Auteur/autrice : CH91
Connemara queen par Hervé Jaouen

Fiche de Connemara queen
Titre : Connemara queen
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël
Première page de Connemara queen
« Le car-ferry a fait machine arrière et les hélices ont brassé la vase du port de Rosslare. Accoudé au bastingage du pont supérieur, j’ai regardé ce limon bouillonner en nuages épais, et c’était comme si tout ce temps passé en Angleterre remontait à la surface, comme si se décollait une caille noire et puante du fond de la cuvette de Birmingham, cette fosse géante où la civilisation industrielle s’était soulagée sur ma tête pendant sept ans pour me punir d’avoir brisé les miroirs de mon âme.
J’ai pensé que dans ce marc de la mer une voyante aurait pu lire mon avenir. Une voyante ? À quoi bon. Je pouvais me tirer les cartes moi-même. Aussi sûrement que l’eau du port allait se décanter et la vase se reposer, j’allais épouser Claire, lui faire des enfants et vieillir sur cette terre d’Irlande que je n’aurais jamais dû quitter. Mon avenir était tracé au cordeau, depuis avant-hier. »
Extrait de : H. Jaouen. « Connemara Queen. »
Ceux de Menglazeg par Hervé Jaouen

Fiche de Ceux de Menglazeg
Titre : Ceux de Menglazeg
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2011
Editeur : Presses de la cité
Première page de Ceux de Menglazeg
« L’histoire de ceux de Menglazeg(1) commence, et peut-être la vie de trois d’entre eux s’achève-t-elle, par une trace, au bord du canal de Nantes à Brest.
Une trace dans le sol détrempé, à l’intersection du chemin de halage et de la devalenn ar c’hanal, la descente grossièrement empierrée et ravinée par les pluies qui dégringole tout droit du hameau de Menglazeg vers l’écluse du même nom, puisque aussi bien, dans ce coin des montagnes Noires de Cornouaille, la toponymie doit beaucoup à l’ardoise, en breton maen-glas, la pierre bleue.
C’est une double trace où la pluie battante a fini d’effacer le dessin des pneus, et donc, à l’heure qu’il est, réduite à deux parallèles lisses à partir desquelles n’importe quel observateur, ou enquêteur, se doit néanmoins de conclure : traces de freinage et plongée d’un véhicule dans le canal en crue, juste en amont de l’écluse, là où l’eau est profonde et ténébreuse comme l’entrée d’un tombeau.
Là, peut-être, s’est achevé le séjour terrestre de trois habitants du hameau de Menglazeg. »
Extrait de : H. Jaouen. « Ceux De Menglazeg. »
Ceux de Ker-Askol par Hervé Jaouen

Fiche de Ceux de Ker-Askol
Titre : Ceux de Ker-Askol
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2009
Editeur : Presses de la cité
Première page de Ceux de Ker-Askol
« Le soleil venait de se lever et la ligne de fuite des rails, en se perdant dans son éclat, faisait miroiter aux voyageurs les attraits du départ vers un infini oriental.
Une drôle de silhouette se dessinait en ombre chinoise sur le pan de ciel délimité par l’auvent de la gare. Massive, comme double, plus large que haute, lestée de bagages, elle progressait vers la tête du train, sans hâte, cahin-caha. Elle franchit la ligne de démarcation du couvert, se retrouva éclairée par la lumière pâle du levant, mais n’en demeura pas moins sombre.
Une religieuse avec, accrochée à ses jupes, une fillette d’une dizaine d’années. La petite était attifée d’un manteau noir trop grand pour elle et de galoches qui ne seyaient pas à une fille. Ses cheveux étaient sagement nattés. Une écharpe grise en laine tricotée était nouée autour de son cou, bien qu’il ne fît pas froid. »
Extrait de : H. Jaouen. « Ceux de Ker-Askol. »
Aux armes zécolos par Hervé Jaouen

Fiche de Aux armes zécolos
Titre : Aux armes zécolos
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2010
Editeur : Editions Diabase
Première page de Aux armes zécolos
« Folledingue de mes racines bretonnes, j’avais quitté Paris avec l’ambition de parachever ma croissance bustière au pays d’Iseut la Blonde, du roi Arthur et de ses glorieux chevaliers de la Table ronde.
En émigrant au cœur de la Cornouaille historique, chez mes aïeuls maternels, j’avais cru remporter sur mes chers parents une victoire décisive qui m’ouvrirait à jamais les portes de l’éden finistérien. À moi les crachins vivifiants et les ciels pommelés, les prairies sauvages et les rivières d’argent, le chant du coq et les chorales de grenouilles, les soirées au coin du feu et les omelettes aux girolles de ma grand-mère.
Et n’oublions pas les beaux Celtes aux yeux clairs, idéalisés en la personne de mon amour d’enfance, le prénommé Gwendal, pour l’heure encore un brin ensauvagé, et qu’il me faudrait civiliser, lors de nos tête-à-tête dans les champs de sarrasin, nombreux par ici, puisque aussi bien cette polygonacée est l’ingrédient de base de la galette de blé noir. »
Extrait de : H. Jaouen. « Aux armes zécolos. »
Au-dessous du calvaire par Hervé Jaouen

Fiche de Au-dessous du calvaire
Titre : Au-dessous du calvaire
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2005
Editeur : Pocket
Première page de Au-dessous du calvaire
« À partir de la vallée de l’Aulne la route n’a cessé de monter, jusqu’à finir par sinuer sur la crête en faux plats de l’un des sommets du pays d’Arrée.
Il y a des sommets plus connus que celui-là, lequel n’a même pas de nom sur les cartes d’état-major. À l’ouest de cet anonyme, le mont Saint-Michel de Brasparts, au nord-ouest le roc Trevezel et le roc Tredudon.
Au tout début de notre chemin de crête, une route départementale descend à perte de vue vers les replis intimes de rondeurs féminines. Avons-nous gravi le ventre ou la poitrine d’une monstrueuse matrone couchée sur le dos ? Dans quelle direction tourne-t-elle la tête ? Impossible de savoir. Peut-être a-t-elle été décapitée. En tout cas, si l’on accepte l’idée que ces deux collines adossées au mont comme des jambes de force figurent ses cuisses, et cette large pilosité sylvestre son pubis, nul doute que c’est à l’endroit de son sexe que se situent les chaos de Saint-Herbot et de Huelgoat, ces éboulis gigantesques que la terre a expulsés de sa matrice il y a des millions d’années. »
Extrait de : H. Jaouen. « Au-Dessous Du Calvaire. »
L’argent de la quête par Hervé Jaouen

Fiche de L’argent de la quête
Titre : L’argent de la quête (La maîtresse en maillot de bain)
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2006
Editeur : Editions Après la lune
Première page de L’argent de la quête
« L’exode rural de l’entre-deux-guerres chassa les brebis du Christ hors des chapelles nichées dans les halliers bretons. En ville, toisés par les bigots embourgeoisés, les anciens campagnards n’osaient pas franchir les portes des fières cathédrales. Le risque était grand de perdre des ouailles. Alors, soit : puisque ces fidèles d’entre les fidèles s’éloignaient du Seigneur, le Seigneur se rapprocherait d’eux, dans des maisons plus modestes où ils retrouveraient l’intimité des chapelles. Quelques années avant la poussée de fièvre mécréante du Front populaire, le trésorier du diocèse cassa sa tirelire. Dans les faubourgs ouvriers qui poussaient autour de la ville, une cité de caractère en basse Bretagne, on fit bâtir trois églises, pour trois nouveaux quartiers.
Sainte-Luce et Saint-Ronan ressemblaient plus à des baraques qu’à des lieux de culte. Sainte-Anne n’était pas laide. Éclairée de vitraux, décorée de compositions en céramique sur son fronton, elle possédait des proportions harmonieuses. Simplement, construite en béton et blanchie à la chaux, elle jurait un peu dans le paysage breton, d’autant que le dôme qui lui servait de clocher lui donnait l’air d’une mosquée. »
Extrait de : H. Jaouen. « L’argent de la quête. »
Marneus Calgar – Fureur par Paul Kearney

Fiche de Marneus Calgar – Fureur
Titre : Marneus Calgar – Fureur (Space Marine Battles – Warhammer 40.000)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 2017
Traduction : B. Bécone
Editeur : Black Library
Première page de Marneus Calgar – Fureur
« J’ai vu s’écouler plus de vingt ans de l’histoire de l’Humanité, et je me suis rendu compte que l’homme avait de plus en plus tendance à s’attarder davantage sur les défaites que sur les victoires éclatantes.
Ce n’est pas seulement le souvenir des frères tombés au combat qui vient à l’esprit, même si cela en fait partie. Au sein de l’Adeptus Astartes, nous ne pleurons pas nos camarades comme le font les hommes. Pour nous, le trépas est l’aboutissement de notre destinée. Nous avons été créés afin de détruire les ennemis de l’humanité, et lorsque nous mourons, notre destinée est accomplie, notre objectif ultime atteint. Il n’est a pas de mission plus noble dans l’univers, de meilleure manière de mourir. Il nous manque peut-être la sagesse et l’esprit, la férocité implacable de ceux qui ont déjà connu la Paix de l’Empereur. A la différence des hommes, nous ne nous attardons pas sur leur mort car nous savons qu’un jour nous les suivrons sur cette route plongée dans les ténèbres.
Non, c’est autre chose. Les victoires nous reviennent du fait de notre prouesse et de la divine bénédiction de l’Empereur. Nous en avons fait une tradition, particulièrement au sein de mon propre chapitre et particulièrement ceux qui parmi nous arborent le symbole de l’Ultima sur l’épaule. Nous avons surmonté des épreuves terribles sur d’innombrables champs de bataille à travers la galaxie tout entière. Nous prenons souvent la victoire comme acquise mais ce sont les défaites qui nous obsèdent – moi y compris, je dois bien l’admettre.
Nous les analysons, nous en tirons les enseignements nécessaires, puis nous les laissons derrière nous et nous continuons, mais certaines laissent un goût amer et ce pour l’éternité. »
Extrait de : P. Kearney. « Marneus Calgar : Fureur – Space Marine Battles – Warhammer 40.000. »
Assaut sur Zalathras par Paul Kearney

Fiche de Assaut sur Zalathras
Titre : Assaut sur Zalathras (Space Marine Battles – Warhammer 40.000)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 2016
Traduction : B. Bécone
Editeur : Black Library
Première page de Assaut sur Zalathras
« Cela fait un demi-siècle que nous avons expulsé la horde tyranide d’Ultramar. Nous portons encore les stigmates de ce conflit gigantesque, des blessures encore vives qui touchent notre chapitre en profondeur. Ma chère 1er Compagnie n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était avant l’attaque de l’immonde flotte-ruche Behemoth sur Macragge. Il faudra des décennies, voire des siècles, avant qu’elle ne retrouve sa superbe.
Cinquante ans. Cela passe tellement vite. Il y a eu d’autres guerres depuis, mais aucune n’a égalé l’enfer sordide que nous avons connu sur notre monde natal. Moi aussi, j’aurais pu mourir sur Cold Steel Ridge si ma garde d’honneur ne s’était sacrifiée pour me protéger.
Je prie chaque matin pour ces héros défunts, car je suis encore en vie et eux non. Ils ont fait ce choix, et je leur en serai redevable jusqu’à la fin des temps. »
Extrait de : P. Kearney. « Assaut sur Zalathras – Space Marine Battles – Warhammer 40.000. »
Les vaisseaux de l’ouest par Paul Kearney

Fiche de Les vaisseaux de l’ouest
Titre : Les vaisseaux de l’ouest (tome 5 sur 5 – Les monarchies divines)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 2002
Traduction : M.-C. Elsen
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Les vaisseaux de l’ouest
« Richard Hawkwood se dégagea du caniveau où la foule l’avait projeté et se tailla violemment un passage au milieu du peuple en liesse, sans hésiter à marcher sur des pieds, à jouer des coudes et à fusiller d’un regard féroce tous ceux qui croisaient ses yeux.
Du bétail. Rien que du fichu bétail.
Il découvrit une espèce de petit havre de sérénité à l’abri d’une bâtisse de haute taille et y fit une halte pour reprendre souffle. Les ovations étaient assourdissantes et, agglutinés, les humbles habitants d’Abrusio ne sentaient pas vraiment la rose. Il essuya la sueur qui dégoulinait de ses paupières. Un rugissement monta de la foule, suivi du fracas de sabots sur la chaussée pavée. Une fanfare de trompettes et de bruits de bottes avançaient d’un pas cadencé. Hawkwood passa la main dans sa barbe. Par le sang de Dieu, il avait besoin de boire un bon coup ! »
Extrait de : P. Kearney. « Monarchies Divines – Les vaisseaux de l’ouest. »
Le second empire par Paul Kearney

Fiche de Le second empire
Titre : Le second empire (tome 4 sur 5 – Les monarchies divines)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 1999
Traduction : M.-C. Elsen
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Le second empire
« Le gouvernail de fortune tressautait sous leurs mains et leur blessait les côtes. Dents serrées, Hawkwood, comme les autres, le serra plus étroitement contre son torse endolori. Une débauche de rage impuissante enflammait son esprit et lui faisait lancer des malédictions contre le vent, le navire, l’océan lui-même, ainsi que le vaste monde indifférent qu’ils parcouraient à une allure folle.
Le vent baissa d’un point. Hawkwood le sentait, alourdi par une pluie glacée, percer son oreille droite. Il desserra la mâchoire, le temps de hurler un ordre par-dessus la furie des éléments déchaînés :
— Lofez ! Il tourne. Lof pour lof, nom de Dieu !
D’autres hommes apparurent sur le pont balayé par les paquets de mer. Ils sortirent en chancelant de leurs abris et traversèrent tant bien que mal la lisse de pavois en pente raide de la caraque. En haillons, ils avaient l’air pour certains d’avoir été jadis soldats, à en juger par les vestiges d’uniformes militaires qui claquaient encore autour de leur torse. Pris dans la tourmente de ces embruns épineux qui les transperçaient, ils étaient ruisselants, gauches et apathiques. Ils auraient été plus à leur place dans un lit de malade que sur le pont d’un navire ballotté par la tempête. »
Extrait de : P. Kearney. « Monarchies Divines – Le second empire. »