Auteur/autrice : CH91
Le second sommeil par Robert Harris

Fiche de Le second sommeil
Titre : Le second sommeil
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2021
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Belfond
Première page de Le second sommeil
« Tard dans l’après-midi du mardi 9 avril de l’an 1468 de Notre Seigneur Ressuscité, un voyageur solitaire traversait à cheval la lande sauvage de cette région très ancienne du sud-ouest de l’Angleterre connue depuis les Saxons sous le nom de Wessex. Si ce jeune homme affichait une expression soucieuse, accordons-lui qu’il avait une bonne raison pour cela. Il n’avait pas croisé âme qui vive depuis plus d’une heure, la nuit allait tomber, et, s’il était surpris dehors après le couvre-feu, il risquait une nuit en prison.
Dans le bourg d’Axford, il avait demandé son chemin à une bande de rustres qui buvaient devant une auberge, sous l’enseigne peinte figurant un cygne. Ils avaient échangé quelques rires en entendant son accent étrange, parodié son voussoiement et ses délicatesses de langage et lui avaient assuré que, pour arriver à destination, il lui suffirait de suivre le soleil couchant. Mais il commençait à soupçonner qu’il avait fait l’objet d’une de ces farces locales. En effet, à peine avait-il dépassé les hauts murs de la prison, où les corps pourrissants de trois condamnés pendaient aux fourches patibulaires, franchi la rivière et gagné la rase campagne, que de gros nuages s’étaient précipités à l’ouest, occultant le soleil couchant. Il y avait longtemps que la haute flèche de l’église d’Axford avait disparu sous l’horizon. Devant lui, la route sinuait et s’enfonçait entre les crêtes inhabitées couvertes de bois sombres et les étendues de bruyères sauvages barbouillées de traînées d’ajoncs jaunes, puis s’évanouissait dans l’obscurité. »
Extrait de : R. Harris. « Le Second Sommeil. »
L’homme de l’ombre par Robert Harris

Fiche de L’homme de l’ombre
Titre : L’homme de l’ombre
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2007
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket
Première page de L’homme de l’ombre
« À l’instant où j’ai appris que McAra était mort, j’aurais dû prendre le large. Je le sais maintenant. J’aurais dû dire « Désolé, Rick, ce n’est pas pour moi. Je ne le sens pas », finir mon verre et partir. Mais il savait si bien raconter les histoires, Rick – j’ai souvent pensé qu’il aurait dû être l’écrivain et moi l’agent –, qu’une fois qu’il a commencé à parler, il n’était plus question pour moi de ne pas écouter, et, le temps qu’il termine, j’étais ferré.
Voici l’histoire, telle que me l’a présentée Rick ce jour-là, pendant le déjeuner :
Deux dimanches plus tôt, McAra avait embarqué sur le dernier ferry pour Martha’s Vineyard à Woods Hole, dans le Massachusetts. J’ai calculé que ce devait être le 12 janvier. Le ferry avait bien failli ne pas partir. Le vent soufflait en tempête depuis le milieu de l’après-midi et les dernières traversées avaient été annulées. Cependant, vers vingt et une heures, les rafales s’étaient un peu calmées, et, à vingt et une heures quarante-cinq, le capitaine décida que le bateau pouvait appareiller sans danger. Le ferry était bondé : McAra eut de la chance de trouver une place pour sa voiture. Il se gara tout en bas puis monta prendre l’air. »
Extrait de : R. Harris. « L’homme de l’ombre. »
Fatherland par Robert Harris

Fiche de Fatherland
Titre : Fatherland
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1992
Traduction : H. Galle
Editeur : Pocket
Première page de Fatherland
« Un nuage lourd avait pesé toute la nuit dans le ciel de Berlin ; il s’attardait à présent sur ce qui pouvait passer pour le point du jour. Dans la banlieue ouest de la ville, tels des rubans de brume, des rafales de pluie chassaient à la surface de la Havel.
Le ciel et l’eau se confondaient sur l’étendue blême du lac, brisée seulement par la ligne plus sombre de la berge opposée. Là-bas, rien ne bougeait. Pas une lumière.
L’inspecteur Xavier March, de la Kripo, la Kriminalpolizei de Berlin, émergea de sa Volkswagen et laissa la pluie fouetter son visage. Il était connaisseur. Cette sorte de grain en particulier. Il en possédait le goût, l’odeur. La pluie de la Baltique, celle du Nord, froide et chargée de sel, aux senteurs de mer. Un court moment, il se retrouva vingt ans en arrière, sur le kiosque du U-Boot, glissant furtivement hors de Wilhelmshaven, tous feux éteints, dans l’obscurité.
Il jeta un coup d’œil à sa montre. À peine plus de sept heures. »
Extrait de : R. Harris. « Fatherland. »
Enigma par Robert Harris

Fiche de Enigma
Titre : Enigma
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1995
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket
Première page de Enigma
« Cambridge au quatrième hiver de la guerre : une ville fantôme.
Un vent sibérien incessant dont rien n’avait émoussé le mordant sur des milliers de kilomètres soufflait de la mer du Nord et balayait les Fens. Il faisait battre les panneaux indicateurs des abris antiaériens de Trinity New Court et s’acharnait sur les fenêtres condamnées de King’s College Chapel. Il s’engouffrait dans les cours et les cages d’escaliers, confinant les quelques professeurs et étudiants dans leurs chambres. Dès le milieu de l’après-midi, les étroites rues pavées étaient toutes désertées. À la tombée de la nuit, sans aucune lumière visible, l’université retrouvait des ténèbres qu’elle n’avait pas connues depuis le Moyen Âge. Une procession de moines traversant à petits pas Magdalene Bridge pour se rendre à Vêpres n’aurait guère semblé déplacée.
La guerre avait anéanti des siècles d’histoire. »
Extrait de : R. Harris. « Enigma. »
D par Robert Harris

Fiche de D
Titre : D
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2013
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de D
« — Commandant Picquart, pour le ministre de la Guerre…
La sentinelle de la rue Saint-Dominique sort de sa guérite pour ouvrir la grille, et je franchis dans un tourbillon de neige la cour venteuse avant de m’engouffrer dans le hall chauffé de l’hôtel de Brienne, où un jeune et élégant capitaine de la garde républicaine se lève pour me saluer. Je répète, sur un ton plus pressant encore :
— Commandant Picquart, pour le ministre de la Guerre… !
Le capitaine ouvrant la marche, nous foulons de conserve le dallage noir et blanc de la résidence officielle du ministre, gravissons le grand escalier tournant en passant devant les armures qui datent d’avant le Roi-Soleil, devant l’horrible Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard, concentré de kitsch napoléonien peint par David, et faisons halte au premier étage, près d’une fenêtre donnant sur les jardins. Le capitaine m’abandonne afin d’annoncer mon arrivée, m’accordant un instant le loisir de contempler le spectacle rare et éblouissant d’un jardin assourdi par la neige matinale en plein cœur de la ville. »
Extrait de : R. Harris. « D. »
Conclave par Robert Harris

Fiche de Conclave
Titre : Conclave
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2016
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Conclave
« Le cardinal Lomeli quitta son appartement du palais du Saint-Office peu avant 2 heures du matin et traversa d’un pas rapide les cloîtres sombres du Vatican vers les appartements du pape.
Il priait : Ô Seigneur, il lui reste tant à faire alors que mon utilité à Ton service est terminée. Il est aimé alors que je suis dans l’oubli. Épargne-le, Seigneur. Épargne-le, Prends-moi plutôt que lui.
Il remonta péniblement la côte pavée vers la place Sainte-Marthe. Il faisait encore doux et brumeux à Rome et pourtant le cardinal y détectait déjà la première fraîcheur de l’automne. Il bruinait. Le préfet de la Maison pontificale avait semblé dans un tel état de panique, au téléphone, que Lomeli s’attendait à trouver une scène de totale confusion. En réalité, la place était particulièrement déserte, à l’exception d’une ambulance solitaire garée à distante discrète, qui se découpait contre le flanc méridional illuminé de Saint-Pierre. Le plafonnier était allumé, les essuie-glaces balayaient le pare-brise, et le cardinal parvint à distinguer le visage du chauffeur et d’un brancardier. Le chauffeur parlait dans un téléphone portable, et l’évidence s’imposa soudain à Lomeli : ils ne sont pas venus conduire un malade à l’hôpital, ils sont venus chercher un corps. »
Extrait de : R. Harris. « Conclave. »
Archange par Robert Harris

Fiche de Archange
Titre : Archange
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1998
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Archange
« Il y a très longtemps – tu n’étais même pas né, mon garçon – un garde du corps fumait, à une heure avancée de la nuit, une cigarette sur la terrasse côté jardin d’une grande maison de Moscou. Il faisait très froid cette nuit-là, il n’y avait ni lune ni étoiles, et l’homme fumait surtout pour se réchauffer, ses grandes mains de garçon de ferme enroulées autour du tube de carton incandescent de la papirossa géorgienne.
Le garde du corps s’appelait Papou Guerassimovitch Rapava. Il avait vingt-cinq ans et était originaire de Mingrélie, sur la côte nord-est de la mer Noire. Quant à la maison en question, le terme de « forteresse » lui aurait mieux convenu. Il s’agissait d’une demeure tsariste qui occupait la moitié d’un pâté de maisons dans le quartier diplomatique, non loin de la Moskova. Quelque part dans l’obscurité glacée, au fond du jardin cerné de murs, il y avait une cerisaie, puis, au-delà, une rue large – Sadovaïa-Koudrinskaïa – et, encore au-delà, le zoo de Moscou.
Il n’y avait pas de circulation. Quand tout était calme, comme maintenant, et que le vent soufflait dans la bonne direction, on entendait les loups encagés hurler dans le lointain. »
Extrait de : R. Harris. « Archange. »
Dictator par Robert Harris

Fiche de Dictator
Titre : Dictator (tome 3 sur 3 – Cicéron)
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2015
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Dictator
« Je me rappelle les clameurs des trompettes guerrières de César qui nous poursuivaient à travers les champs obscurs du Latium – leurs plaintes à la fois sinistres et impatientes, évocatrices de bêtes en rut. Lorsqu’elles s’étaient tues, seuls avaient subsisté le crissement de nos semelles sur la route gelée et notre respiration haletante.
Il ne suffisait pas aux dieux immortels que Cicéron se fît cracher dessus et vilipender par ses concitoyens ; il ne leur suffisait pas qu’il fût chassé du foyer et de l’autel de sa famille et de ses ancêtres au cœur de la nuit ; il ne leur suffisait pas non plus, alors même qu’il fuyait Rome à pied, qu’il pût se retourner et assister à l’incendie de sa maison. À tous ces tourments, ils jugèrent nécessaire d’ajouter un raffinement supplémentaire : qu’il fût forcé d’entendre l’armée de son ennemi lever le camp sur le Champ de Mars. »
Extrait de : R. Harris. « Dictator – Cicéron. »
Conspirata par Robert Harris

Fiche de Conspirata
Titre : Conspirata (tome 2 sur 3 – Cicéron)
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2009
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Conspirata
« Deux jours avant que Marcus Tullius Cicéron ne prenne ses fonctions de consul romain, on tira du Tibre, non loin des hangars à bateaux de la flotte de guerre républicaine, le corps d’un enfant.
Une telle découverte, aussi tragique fût-elle, n’aurait pas en temps normal justifié l’attention d’un consul désigné. Cependant, ce petit cadavre avait quelque chose de tellement monstrueux, de tellement menaçant pour la paix civile, que C. Octavius, le magistrat chargé de maintenir l’ordre dans la cité, envoya un message à Cicéron lui demandant de venir sur-le-champ.
Cicéron hésita d’abord à s’y rendre, prétextant une surcharge de travail. En tant que candidat consulaire qui avait obtenu le plus de voix, c’était à lui qu’incombait de présider la séance d’ouverture du sénat, et il était en train de rédiger son discours inaugural. Je savais néanmoins que ce n’était pas la seule raison. La mort le mettait toujours profondément mal à l’aise. »
Extrait de : R. Harris. « Conspirata – Cicéron. »
Imperium par Robert Harris

Fiche de Imperium
Titre : Imperium (tome 1 sur 3 – Cicéron)
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2006
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Imperium
« Mon nom est Tiron. Pendant trente-six ans, j’ai été le secrétaire particulier de l’homme d’État romain Cicéron. Au début, cela s’est révélé excitant, puis surprenant, puis difficile et, enfin, extrêmement dangereux. Pendant toutes ces années, je crois qu’il a passé plus de temps avec moi qu’avec quiconque, y compris sa famille. J’ai assisté à ses entretiens privés et porté ses messages confidentiels. J’ai consigné par écrit ses discours, ses lettres, ses œuvres littéraires, même ses poèmes – un tel flot de mots que j’ai dû inventer un système d’écriture abrégée afin de pouvoir le suivre, système qui est toujours utilisé pour retranscrire les délibérations du Sénat et pour lequel on m’a récemment accordé une modeste pension. Celle-ci, ajoutée à divers legs et à la générosité de quelques amis, me suffit pour vivre ma retraite. Je n’ai pas de gros besoins. Les vieux vivent d’air pur, et je suis très vieux – près de cent ans, du moins c’est ce qu’on me dit. »
Extrait de : R. Harris. « Imperium – Cicéron. »