Auteur/autrice : CH91

 

Sur les pistes de Scar par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Sur les pistes de Scar

Titre : Sur les pistes de Scar
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2005
Editeur : Mango

Première page de Sur les pistes de Scar

« La plaine scintillante de Salicande semblait passée au rouleau compresseur, sans le moindre relief pour distraire le regard. Brouillée par des ondes de chaleur, la vaste étendue de sel damé s’étalait du campement jusqu’à l’horizon.

Léan plissa les yeux et saisit la gourde qui pendait à sa ceinture. Il ne s’était éloigné que d’une centaine de mètres du bivouac, qui bruissait d’une intense activité derrière lui, mais le simple spectacle de ce désert absolu l’avait instantanément isolé dans une bulle de silence et de mystère. Il but quelques gorgées d’eau avec volupté, les yeux perdus dans le ciel d’un bleu profond où s’inscrivait un quadrige de grosses étoiles dont l’éclat persistant triomphait de la lumière du jour.

Depuis que la navette spatiale de la Wormhole Co — le principal sponsor de la compétition — l’avait débarqué sur Scar, dans l’aire réservée aux concurrents de la course en préparation, il allait d’étonnement en étonnement. Ses sens, en état de choc, découvraient un environnement totalement nouveau pour lui, qui avait passé plus de dix ans à l’intérieur de la station spatiale Naphtia. La morsure du soleil, les souffles de vent chaud, l’acre goût de la poussière sur ses lèvres le dépaysaient et l’exaltaient à la fois. »

Extrait de : J-P Hubert. « Sur les pistes de Scar. »

Scènes de guerre civile par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Scènes de guerre civile

Titre : Scènes de guerre civile
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1982
Editeur : Opta / Galaxie

Première page de Scènes de guerre civile

« Altmann quitta sa table de travail et se dirigea vers la terrasse couverte, d’où il pouvait embrasser du regard le jardin intérieur et le labyrinthe aéré des contreforts qui s’avançaient jusqu’à l’océan, même à marée basse.
Il se sentait un peu lourd, raidi par les longues heures de rêverie trouble qui l’avaient retenu dans la bibliothèque sans but précis.
« C’est peut-être cela la vieillesse », songea-t-il avec une certaine résignation. « Le temps n’a plus de poids, il glisse sur l’esprit sans laisser de trace…»
Pourtant, il ne se sentait pas vieux. Son corps vigoureux, endurci par des efforts physiques répétés et parfois excessifs, semblait avoir trouvé un équilibre entre la pesanteur et l’agitation. Les rides et les cheveux gris qu’il observait chaque matin dans son miroir l’amusaient comme une farce un peu grossière que l’on jouait de loin à l’adolescent qu’il était toujours resté. »

Extrait de : J-P Hubert. « Scènes de guerre civile. »

Sa majesté des clones par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Sa majesté des clones

Titre : Sa majesté des clones
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2002
Editeur : Mango

Première page de Sa majesté des clones

« Souris avait décidé de quitter le dortoir des petits peu avant l’extinction des feux. À neuf ans passés, il avait le droit de prolonger sa soirée jusqu’à dix heures dans la salle de jeux située dans l’aile nord de la station orbitale Mentor. Pour lui, c’était un véritable soulagement, car le gazouillis de ses jeunes compagnons de chambrée le fatiguait. Les pleurs et les disputes puériles des trois Canaris, le babil incessant de la bavarde Pelote lui portaient sur les nerfs à la longue.

« Vivement que je vieillisse ! L’année prochaine, je dormirai avec les grands ! » songeait-il en longeant la coursive externe qui menait à la salle de jeux.

Ses mag-boots résonnaient dans le couloir désert de l’aile septentrionale. Dans l’espace, les notions d’orientation sud-nord et est-ouest n’avaient guère de sens, mais tout le monde s’était habitué à appliquer à la station-école Mentor la vieille rose des vents de l’antique navigation terrestre. »

Extrait de : J-P Hubert. « Sa majesté des clones. »

Planète à trois temps par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Planète à trois temps

Titre : Planète à trois temps
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1975
Editeur : Opta

Première page de Planète à trois temps

« L’Astareth était immobile dans l’espace infiniment aplati. Il n’avait plus de forme précise mais il gardait une cohérence suffisante pour ne pas disperser ses atomes dans l’univers subluminique où il étirait sa trajectoire. Sans bouger, il parcourait en quelques heures des distances que la lumière ne faisait que grignoter au fil des siècles.
Mais la tolérance était limitée. À partir d’un certain seuil, la matière se dissolvait dans le néant, fatiguée de son intangibilité. Le réintégrateur du vaisseau devait véritablement recréer la masse organisée qu’il avait lancée dans l’inexistence.
Solann, étendu sur la couchette centrale de l’auditorium, était le seul occupant humain de la nef à mesurer le terrible danger qui guettait l’Astareth. Rien dans son attitude ne trahissait la tension intolérable que la situation imposait à ses nerfs. Ses yeux voyageaient fébrilement entre les rivets luisants du plafond, traçant sur un échiquier improvisé une carte céleste toute relative. »

Extrait de : J-P Hubert. « Planète à trois temps. »

Ombromanies par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Ombromanies

Titre : Ombromanies
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Première page de Ombromanies

« Comme par défi, Hejne avait lancé son immense cerf-volant octocellulaire dans le vent qui coulait des dunes. L’engin métallique, après un instant d’hésitation, avait déployé ses ailes argentées dans un froissement joyeux et s’était élancé vers la mer pour avaler tout l’espace visible jusqu’à l’horizon muré par la haute falaise de brume qui partait de la pointe orientale de la baie. Ainsi soutenu par le courant d’air régulier qui venait des hautes terres, l’engin paraissait capable de s’éloigner indéfiniment de la zone de l’Académie.
Hejne riait d’excitation en courant sur la longue plage noire. Son corps ne sentait pas l’effort mais uniquement l’aiguillon du jeu. Par moments l’oiseau captif transmettait au filin des soubresauts de bête rétive qui étiraient les muscles de son bras et le déséquilibraient dans sa course. Le vent soufflait légèrement en oblique si bien que de manœuvre en manœuvre, il était amené à s’éloigner des bâtiments de l’école. »

Extrait de : J-P Hubert. « Ombromanies. »

Mort à l’étouffée par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Mort à l’étouffée

Titre : Mort à l’étouffée
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1978
Editeur : Kesselring éditeur

Première page de Mort à l’étouffée

« L’échafaud profilait sa silhouette d’insecte vorace sur le mur du Centre de Classement. La foule habituelle engendrait un bourdonnement tenace où pointaient quelques rires de femmes. Les espaces délimités à la craie étaient soigneusement remplis selon les figures dessinées par le Coryphée…
Le demi-croissant indistinct des Devenants portant encore leurs masques d’humanité, le damier bien ordonné des Défenseurs armés, les rangées successives des Fonctionnaires au Classement, disposés par échelon, grade, ancienneté et département, la masse comprimée des Utilitaires ne disposant que d’une étroite fenêtre de vision sur la place et enfin au centre géométrique de l’ensemble humain ainsi réparti : le Confessionnal noir frappé aux armes du Coryphée. »

Extrait de : J-P Hubert. « Mort à l’étouffée. »

Les sonneurs noirs par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Les sonneurs noirs

Titre : Les sonneurs noirs
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2004
Editeur : Mango

Première page de Les sonneurs noirs

« Après la grande catastrophe écologique et climatique qui faillit anéantir l’humanité, seules dix-huit technopoles sur la planète réussirent à éviter une régression dramatique de la civilisation : ce sont les franches-villes, gouvernées par des Éveillés qui éditèrent de sévères « lois de précaution » interdisant les sciences, les technologies et les connaissances jugées, directement ou indirectement, responsables du désastre.

Au nom de principes écologiques et pacifistes détournés de leur cause généreuse s’installa alors un ordre nouveau préservant les privilèges de quelques nantis et censurant tout ce qui le dérange.

Au nombre des arts estimés mauvais, et donc indésirables, figure comme souvent dans pareil cas le plus innocent et plus universel d’entre eux : la musique.

Ceci est l’histoire d’un jeune musicien nommé Joz Talit. »

Extrait de : J-P Hubert. « Les sonneurs noirs. »

Les faiseurs d’orage par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Les faiseurs d’orage

Titre : Les faiseurs d’orage
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1984
Editeur : Denoël

Première page de Les faiseurs d’orage

« Lieb-Geist remarqua la présence de son poursuivant au troisième niveau de l’Immeuble-Montagne. Le détecteur qu’elle portait à son poignet était formel. Une onde d’hostilité très nette l’enveloppait et se précisait à mesure qu’elle s’efforçait d’éviter tout contact.
Elle poussa un soupir. À d’autres moments, elle pouvait se laisser prendre au jeu mais, présentement, elle comptait passer quelques heures paresseuses sur le flanc ouest de l’immeuble à contempler l’activité lointaine de la ceinture de volcans et la lente progression des courants au sein du magma qui ceinturait l’île de Kérat comme un océan de feu.
« C’est peut-être Néosis. Je me suis opposée à elle lors du dernier conseil », se dit-elle pleine d’espoir. »

Extrait de : J.P Hubert. « Les Faiseurs d’orages. »

Les cendres de Ligna par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Les cendres de Ligna

Titre : Les cendres de Ligna
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2000
Editeur : Mango

Première page de Les cendres de Ligna

« Une agréable odeur de sciure de bois doux flottait dans l’atelier. C’était toujours ainsi après la découpe au laser. Sommairement débités, les bouts de bois de ginnka attendaient leur ultime préparation à la scie manuelle que Maître Harvinn exigeait de ses élèves. La fraîcheur de l’aube se prêtait à ce genre d’effort. Mais bientôt, le petit soleil blanc que les colons de la planète Ligna appelaient respectueusement Chalumeau enflammerait le ciel. Il fallait se mettre à l’ouvrage sans tarder.

Contrairement aux trois autres apprentis, aux yeux encore bouffis de sommeil et qui s’agitaient devant les établis, Jona ne se sentait pas à l’aise dans ce travail. Maître Harvinn avait beau lui expliquer que le ginnka devait être manipulé avec doigté, comme s’il s’agissait d’une matière vivante, elle ne comprenait pas pourquoi il fallait passer par cette pénible séance de façonnage avec un outil primitif mordant aussi mal dans cette essence dure. »

Extrait de : J-P Hubert. « Les cendres de Ligna. »

Le champ du rêveur par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Le champ du rêveur

Titre : Le champ du rêveur
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1983
Editeur : Denoël

Première page de Le champ du rêveur

« Été 1947. Le petit matin blanc sous un ciel lavé de tout nuage pour l’éternité. Tannenburg se prépare à subir une de ces journées de chaleur continentale, sans un souffle d’air, avec le soleil cloué au-dessus de la plaine roussie. Dans les rues de la bourgade, des cases d’ombre géométriques tombent des façades épargnées par les bombardements. Des queues se forment portant bidons et marmots. Quelques tintements de fer-blanc, des pleurs étouffés. Les femmes sont silencieuses. Elles parlent peu. Elles attendent l’ouverture de la coopérative et leurs yeux sont encore embués de sommeil. La journée de travail sera longue, surtout avec le ventre creux… et cette chaleur sans joie…

Peter rêvasse dans la cour bétonnée du bloc 13. Sa mère est quelque part dans la bourgade devant un point d’alimentation. Ses deux sœurs jouent dans le potager miteux, juste derrière la potence métallique servant à taper les carpettes lors des nettoyages collectifs du lundi. »

Extrait de : J-P Hubert. « Le champ du rêveur. »