Auteur/autrice : CH91

 

Pompéi par Robert Harris

Fiche de Pompéi

Titre : Pompéi
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2003
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : France Loisirs

Première page de Pompéi

« Ils quittèrent l’aqueduc deux heures avant l’aube, gravissant au clair de lune les monts qui dominaient le port : six hommes en file indienne, l’ingénieur ouvrant la marche. Il avait lui-même tiré ses hommes du lit − ils avaient tous les membres raides, le visage maussade et les yeux troubles − et il les entendait à présent se plaindre de lui derrière son dos, leurs voix portant davantage qu’ils ne se l’imaginaient dans l’air doux et tranquille.

— Tout ça pour rien, marmonna quelqu’un.

— Les gosses ne devraient pas quitter leurs livres, renchérit un autre.

Il allongea le pas.

Ils peuvent toujours parler, pensa-t-il.

Il sentait déjà monter la chaleur du matin, promettant une nouvelle journée sans pluie. Il était plus jeune que la plupart de ses ouvriers, et plus petit qu’aucun d’entre eux : silhouette compacte et musclée aux cheveux bruns coupés en brosse. »

Extrait de : R. Harris. « Pompéi. »

L’indice de la peur par Robert Harris

Fiche de L’indice de la peur

Titre : L’indice de la peur
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2011
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon

Première page de L’indice de la peur

« Le docteur Alexander Hoffmann était installé au coin du feu, dans son bureau de Genève. Un cigare à demi consumé éteint dans le cendrier près de lui, une lampe d’architecte abaissée juste au-dessus de son épaule, il feuilletait une première édition de L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux de Charles Darwin. La comtoise de l’entrée sonnait minuit, mais Hoffmann ne l’entendait pas. Il ne remarquait pas non plus que le feu était presque éteint. Toute sa formidable capacité d’attention était concentrée sur le livre.

Il savait que l’ouvrage avait été publié en 1872, à Londres, chez John Murray & Cie, et qu’il avait été imprimé à sept mille exemplaires en deux tirages. Il savait aussi que le second tirage contenait une faute d’impression – « htat » – page 208. Comme l’exemplaire qu’il tenait entre les mains ne présentait pas cette coquille, il en déduisait qu’il devait s’agir d’un premier tirage et qu’il avait donc beaucoup plus de valeur. Il le retourna pour en examiner le dos. C’était bien la reliure originale en toile verte et lettres dorées, à peine usée en haut et en bas. »

Extrait de : R. Harris. « L’indice de la peur. »

Charles Dickens

Présentation de Charles Dickens :

Charles Dickens est né à Landport en 1812 et rappelé à Dieu en 1870.
S’il est de bon ton de célébrer avant tout en Charles Dickens le peintre réaliste des bas-fonds londoniens, le pourfendeur des asiles indigents et le créateur de figures inoubliables telles qu’Oliver Twist ou David Copperfield, il serait fort fâcheux de réduire son génie à la seule chronique sociale. Car le maître de l’époque victorienne nourrissait, en vérité, une passion dévorante pour le macabre, le surnaturel et les fantasmagories de l’esprit, s’imposant comme un authentique pionnier de la littérature de l’imaginaire.

Le sommet de cette veine fantastique est indubitablement atteint avec son célébrissime « Un chant de Noël » (A Christmas Carol), publié en 1843. Sous couvert d’une fable morale, Charles Dickens y convoque tout un arsenal merveilleux et spectral. L’usurier Ebenezer Scrooge y est tourmenté par le spectre chargé de chaînes de son ancien associé Jacob Marley, puis par les trois fantômes des Noëls passé, présent et à venir. Par ce récit, l’auteur a su redonner ses lettres de noblesse au conte de revenants, fusionnant avec une maestria étourdissante le merveilleux gothique et la parabole humaniste.

Mais l’exploration des lisières de l’au-delà ne s’arrête point à ce seul joyau. Charles Dickens, en tant que directeur d’illustres revues littéraires comme Household Words, n’eut de cesse d’y publier et d’y écrire des récits proprement terrifiants. Comment ne pas frissonner à la lecture de « L’Aiguilleur » (The Signal-Man, 1866) ? Dans cette nouvelle d’une noirceur insondable, l’écrivain met en scène un employé des chemins de fer hanté par des apparitions spectrales annonciatrices de tragédies sanglantes. C’est là un chef-d’œuvre absolu de l’épouvante psychologique, qui préfigure les frissons de la littérature d’angoisse moderne.

L’on retrouve par ailleurs cette inclination pour le macabre et le mystère jusque dans les interstices de ses grandes fresques. Dès son premier roman, « Les Aventures de Monsieur Pickwick », il insérait déjà de savoureux contes de gobelins. Plus tard, les brouillards spectraux de « La Maison d’Âpre-Vent » (Bleak House) ou l’atmosphère délicieusement oppressante et irrésolue de son roman inachevé, « Le Mystère d’Edwin Drood », témoignent d’une esthétique résolument tournée vers le fantastique et les ombres de l’inconscient.

En somme, Charles Dickens ne s’est pas contenté de dépeindre le monde matériel de la révolution industrielle ; il a également su, avec un talent sans pareil, ouvrir les portes de l’invisible et donner corps aux terreurs nocturnes de ses contemporains.

Livres de Charles Dickens :

Intégrales :

  • Oeuvres

Aventures de Monsieur Pickwick 1
Aventures de Monsieur Pickwick 2
Barnabé Rudge 1
Barnabé Rudge 2
Bleak house
Contes de Noël
David Copperfield
Histoires de fantômes
L’abîme
L’ami commun 1
L’ami commun 2
L’embranchement de Mugby
La maison hantée
La terre de Tom Tiddler
Le grillon du foyer
Le magasin d’antiquités
Le signaleur
Les conteurs à la ronde
Les grandes espérances
Les temps difficiles
Oliver Twist
Paris et Londres en 1793
Vie et aventures de Martin Chuzzlewit 1
Vie et aventures de Martin Chuzzlewit 2
Vie et aventures de Nicolas Nickleby

Pour en savoir plus sur Charles Dickens :

La page Wikipédia sur C. Dickens
La page Noosfere sur C. Dickens
La page isfdb de C. Dickens

Philip Roth

Présentation de Philip Roth :

Philip Roth, né à Newark en 1933 et rappelé à Dieu en l’an 2018.
S’il est de bon ton, dans les salons littéraires, de louer Philip Roth pour ses chroniques grinçantes des névroses de l’Amérique contemporaine ou pour le scandale retentissant de sa « Plainte de Portnoy », il convient surtout de mettre en exergue son redoutable appétit pour l’étrange et la fiction spéculative. Car, sous l’apparat du romancier réaliste, sommeillait un authentique amateur de l’imaginaire, prompt à tordre le cou au réel pour mieux en faire jaillir la vérité.

L’incursion la plus stupéfiante de M. Roth dans le domaine du fantastique demeure sans nul doute sa novella de 1972, intitulée « Le Sein ». Dans une veine délicieusement kafkaïenne, qui n’est pas sans rappeler l’illustre « Métamorphose » du maître pragois, l’auteur y narre la transformation grotesque et surréaliste d’un respectable professeur de littérature, David Kepesh, en une gigantesque glande mammaire. Par cette fable outrancière, il s’aventure sur les terres de l’absurde et de la littérature de l’étrange avec une virtuosité confondante.

Cependant, c’est dans le domaine de l’uchronie que M. Roth livrera son chef-d’œuvre conjectural absolu avec « Le Complot contre l’Amérique », paru bien plus tard. Rejoignant les vertigineuses architectures d’un Ward Moore ou d’un Philip K. Dick, l’écrivain y postule une effroyable bifurcation de l’Histoire : et si, lors de l’élection présidentielle de 1940, le candidat Franklin Delano Roosevelt avait été vaincu par l’aviateur Charles Lindbergh, héros national aux sympathies ouvertement pro-nazies et antisémites ? Il y dépeint avec une minutie glaçante le basculement progressif des États-Unis dans le fascisme, tissant une réalité alternative d’une puissance d’évocation terrifiante.

Enfin, il serait fâcheux d’omettre l’utilisation brillante qu’il fait du motif du doppelgänger, figure classique du fantastique, dans son roman « Opération Shylock ». Philip Roth y met en scène son propre double, un imposteur usurpant son identité en Israël pour prêcher le retour des Juifs en Europe. Il y brouille les frontières entre la réalité et la fiction, s’adonnant à une vertigineuse mise en abyme.

En définitive, Philip Roth fut bien plus qu’un simple observateur des mœurs de son temps : il sut manier le scalpel de la spéculation et de l’imaginaire avec une maestria rare.

Livres de Philip Roth :

David Kepesh :

Némésis :

Trilogie américaine :

Goodbye, Colombus (1962)
La contrevie (1986)
Le complot contre l’Amérique (2004)
Le grand roman américain (1973)
Le théâtre de sabbath (1995)
Les faits (1988)
Ma vie d’homme (1970)
Parlons travail (2001)
Patrimoine (1991)
Quand elle était gentille (1966)
Tromperie (1990)

Pour en savoir plus sur Philip Roth :

La page Wikipédia sur P. Roth
La page Noosfere sur P. Roth
La page isfdb de P. Roth

Ward Moore

Présentation de Ward Moore :

Joseph Ward Moore est né en 1903 dans le New Jersey et nous a quittés en 1978. Si l’homme s’est essayé à divers genres, c’est indubitablement dans le domaine de la littérature d’anticipation et de la science-fiction que son génie a su s’épanouir avec la plus éclatante des originalités. Loin des vulgaires récits de fusées et de pistolets à rayons qui encombrent parfois les publications populaires, Ward Moore s’est imposé comme un authentique orfèvre de la fiction conjecturale, maniant l’ironie et le paradoxe temporel avec une dextérité peu commune.

Son grand œuvre demeure, sans l’ombre d’une contestation possible, le magistral « Autant en emporte le temps » (Bring the Jubilee), publié en 1953. Bien avant que Philip K. Dick ne vienne bouleverser nos certitudes avec « Le Maître du Haut Château », Ward Moore y fixait les lettres de noblesse de l’uchronie moderne. Il y déploie une vertigineuse hypothèse historique : et si les troupes confédérées du général Lee avaient remporté la décisive bataille de Gettysburg, gagnant ainsi la guerre de Sécession ? L’auteur brosse la fresque d’un vingtième siècle alternatif, miséreux et étriqué pour le Nord vaincu, aboutissant à une réflexion mélancolique et brillante sur la trame du temps et la fatalité de l’Histoire.

Mais il serait fâcheux de réduire l’imaginaire de Ward Moore à ce seul chef-d’œuvre. Dès 1947, avec « Tout reverdira » (Greener Than You Think), il livrait une satire féroce aux accents apocalyptiques. L’invention d’un engrais miraculeux y provoque la prolifération incontrôlable d’une herbe mutante, laquelle finit par engloutir inexorablement la civilisation humaine. Sous des dehors burlesques, Ward Moore y distille une angoisse proprement écologique, bien avant l’heure, moquant avec une verve réjouissante l’hubris technologique de la société capitaliste américaine.

L’on se doit également d’évoquer l’hilarant « Joyleg », coécrit au début des années soixante avec son confrère Avram Davidson. Dans cette fable cocasse, nos auteurs mettent en scène un vétéran de la guerre d’Indépendance américaine, miraculeusement maintenu en vie jusqu’à notre époque grâce à des bains réguliers dans un whisky de sa fabrication. C’est là encore une preuve de cette imagination foisonnante qui ne rechigne jamais devant l’absurde pour mieux interroger la nature humaine.

Ward Moore fut donc de ces écrivains rares, de ces artisans méticuleux qui ont su élever les littératures de l’imaginaire au rang de grand art spéculatif.

Livres de Ward Moore :

Autant en emporte le temps (1955)
Encore un peu de verdure (1947)
Frank Merriwell à la Maison Blanche (1973)
Sous le caducée (1978)

Pour en savoir plus sur Ward Moore :

La page Wikipédia sur W. Moore
La page Noosfere sur W. Moore
La page isfdb de W. Moore

Le second sommeil par Robert Harris

Fiche de Le second sommeil

Titre : Le second sommeil
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2021
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Belfond

Première page de Le second sommeil

« Tard dans l’après-midi du mardi 9 avril de l’an 1468 de Notre Seigneur Ressuscité, un voyageur solitaire traversait à cheval la lande sauvage de cette région très ancienne du sud-ouest de l’Angleterre connue depuis les Saxons sous le nom de Wessex. Si ce jeune homme affichait une expression soucieuse, accordons-lui qu’il avait une bonne raison pour cela. Il n’avait pas croisé âme qui vive depuis plus d’une heure, la nuit allait tomber, et, s’il était surpris dehors après le couvre-feu, il risquait une nuit en prison.
Dans le bourg d’Axford, il avait demandé son chemin à une bande de rustres qui buvaient devant une auberge, sous l’enseigne peinte figurant un cygne. Ils avaient échangé quelques rires en entendant son accent étrange, parodié son voussoiement et ses délicatesses de langage et lui avaient assuré que, pour arriver à destination, il lui suffirait de suivre le soleil couchant. Mais il commençait à soupçonner qu’il avait fait l’objet d’une de ces farces locales. En effet, à peine avait-il dépassé les hauts murs de la prison, où les corps pourrissants de trois condamnés pendaient aux fourches patibulaires, franchi la rivière et gagné la rase campagne, que de gros nuages s’étaient précipités à l’ouest, occultant le soleil couchant. Il y avait longtemps que la haute flèche de l’église d’Axford avait disparu sous l’horizon. Devant lui, la route sinuait et s’enfonçait entre les crêtes inhabitées couvertes de bois sombres et les étendues de bruyères sauvages barbouillées de traînées d’ajoncs jaunes, puis s’évanouissait dans l’obscurité. »

Extrait de : R. Harris. « Le Second Sommeil. »

L’homme de l’ombre par Robert Harris

Fiche de L’homme de l’ombre

Titre : L’homme de l’ombre
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2007
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket

Première page de L’homme de l’ombre

« À l’instant où j’ai appris que McAra était mort, j’aurais dû prendre le large. Je le sais maintenant. J’aurais dû dire « Désolé, Rick, ce n’est pas pour moi. Je ne le sens pas », finir mon verre et partir. Mais il savait si bien raconter les histoires, Rick – j’ai souvent pensé qu’il aurait dû être l’écrivain et moi l’agent –, qu’une fois qu’il a commencé à parler, il n’était plus question pour moi de ne pas écouter, et, le temps qu’il termine, j’étais ferré.

Voici l’histoire, telle que me l’a présentée Rick ce jour-là, pendant le déjeuner :

Deux dimanches plus tôt, McAra avait embarqué sur le dernier ferry pour Martha’s Vineyard à Woods Hole, dans le Massachusetts. J’ai calculé que ce devait être le 12 janvier. Le ferry avait bien failli ne pas partir. Le vent soufflait en tempête depuis le milieu de l’après-midi et les dernières traversées avaient été annulées. Cependant, vers vingt et une heures, les rafales s’étaient un peu calmées, et, à vingt et une heures quarante-cinq, le capitaine décida que le bateau pouvait appareiller sans danger. Le ferry était bondé : McAra eut de la chance de trouver une place pour sa voiture. Il se gara tout en bas puis monta prendre l’air. »

Extrait de : R. Harris. « L’homme de l’ombre. »

Fatherland par Robert Harris

Fiche de Fatherland

Titre : Fatherland
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1992
Traduction : H. Galle
Editeur : Pocket

Première page de Fatherland

« Un nuage lourd avait pesé toute la nuit dans le ciel de Berlin ; il s’attardait à présent sur ce qui pouvait passer pour le point du jour. Dans la banlieue ouest de la ville, tels des rubans de brume, des rafales de pluie chassaient à la surface de la Havel.
Le ciel et l’eau se confondaient sur l’étendue blême du lac, brisée seulement par la ligne plus sombre de la berge opposée. Là-bas, rien ne bougeait. Pas une lumière.
L’inspecteur Xavier March, de la Kripo, la Kriminalpolizei de Berlin, émergea de sa Volkswagen et laissa la pluie fouetter son visage. Il était connaisseur. Cette sorte de grain en particulier. Il en possédait le goût, l’odeur. La pluie de la Baltique, celle du Nord, froide et chargée de sel, aux senteurs de mer. Un court moment, il se retrouva vingt ans en arrière, sur le kiosque du U-Boot, glissant furtivement hors de Wilhelmshaven, tous feux éteints, dans l’obscurité.
Il jeta un coup d’œil à sa montre. À peine plus de sept heures. »

Extrait de : R. Harris. « Fatherland. »

Enigma par Robert Harris

Fiche de Enigma

Titre : Enigma
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1995
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket

Première page de Enigma

« Cambridge au quatrième hiver de la guerre : une ville fantôme.

Un vent sibérien incessant dont rien n’avait émoussé le mordant sur des milliers de kilomètres soufflait de la mer du Nord et balayait les Fens. Il faisait battre les panneaux indicateurs des abris antiaériens de Trinity New Court et s’acharnait sur les fenêtres condamnées de King’s College Chapel. Il s’engouffrait dans les cours et les cages d’escaliers, confinant les quelques professeurs et étudiants dans leurs chambres. Dès le milieu de l’après-midi, les étroites rues pavées étaient toutes désertées. À la tombée de la nuit, sans aucune lumière visible, l’université retrouvait des ténèbres qu’elle n’avait pas connues depuis le Moyen Âge. Une procession de moines traversant à petits pas Magdalene Bridge pour se rendre à Vêpres n’aurait guère semblé déplacée.

La guerre avait anéanti des siècles d’histoire. »

Extrait de : R. Harris. « Enigma. »

D par Robert Harris

Fiche de D

Titre : D
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2013
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon

Première page de D

« — Commandant Picquart, pour le ministre de la Guerre…

La sentinelle de la rue Saint-Dominique sort de sa guérite pour ouvrir la grille, et je franchis dans un tourbillon de neige la cour venteuse avant de m’engouffrer dans le hall chauffé de l’hôtel de Brienne, où un jeune et élégant capitaine de la garde républicaine se lève pour me saluer. Je répète, sur un ton plus pressant encore :

— Commandant Picquart, pour le ministre de la Guerre… !

Le capitaine ouvrant la marche, nous foulons de conserve le dallage noir et blanc de la résidence officielle du ministre, gravissons le grand escalier tournant en passant devant les armures qui datent d’avant le Roi-Soleil, devant l’horrible Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard, concentré de kitsch napoléonien peint par David, et faisons halte au premier étage, près d’une fenêtre donnant sur les jardins. Le capitaine m’abandonne afin d’annoncer mon arrivée, m’accordant un instant le loisir de contempler le spectacle rare et éblouissant d’un jardin assourdi par la neige matinale en plein cœur de la ville. »

Extrait de : R. Harris. « D. »