Auteur/autrice : CH91
Rive gauche par Pierre Bordage
Fiche de Rive gauche
Titre : Rive gauche (Tome 1 sur 3 – Métro Paris 2033)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2020
Editeur : L’Atalante
Première page de Rive gauche
« Je suis retourné hier dans la pièce où mon lointain ancêtre a entassé des centaines de livres sauvés de la destruction. Mon père, et son père avant lui, prétendaient qu’en cet endroit étaient conservés les ultimes et précieux vestiges de la civilisation qui nous a précédés. Chacun des ouvrages serrés sur les étagères nous raconte la vie des êtres humains avant la Catastrophe et nous donne un aperçu de ce que nous expérimenterons lorsque le temps sera venu du retour à la surface.
J’ai allumé l’une des milliers de bougies disposées dans un placard aux portes coulissantes et exclusivement destinées à la lecture. Si les autres apprenaient que notre logement de Sorbonne dissimule un tel stock de crache-flammes aux lueurs tremblotantes et de boîtes d’allumettes, ils tenteraient immédiatement de nous en dépouiller afin de les revendre à prix d’or dans tout Rive Gauche. Je suis le seul à connaître l’existence de ce trésor. Avant de mourir, mon père m’a fait solennellement jurer de n’en parler à personne, pas même à ma future épouse. Je ne pourrai, je ne devrai, révéler le secret qu’à mon fils aîné qui, lorsqu’il aura appris à lire et écrire, sera chargé à son tour de veiller sur les livres et de transmettre le secret à son propre fils. Que se passera-t-il si tu n’as que des filles ? pourraient me rétorquer certains. »
Extrait de : P. Bordage. « Rive Gauche – Métro Paris 2033. »
Les chemins de Damas par Pierre Bordage
Fiche de Les chemins de Damas
Titre : Les chemins de Damas (Tome 3 sur 3 – Les prophéties)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2005
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Les chemins de Damas
« Jemma avait toujours cru que ce genre de désastre n’arrivait qu’aux autres, une attitude stupide dans une Europe où les disparitions d’enfants touchaient, selon les dernières statistiques, une famille sur cinq.
Assise sur le petit lit de la chambre aux couleurs pastel, elle serrait à s’en tétaniser les bras l’ours en peluche qui avait partagé pendant neuf ans les nuits et les chagrins de sa fille. Ou plongeait le nez dans l’un des vêtements portés par Manon. De la chair de sa chair ne subsistaient que de vagues senteurs de cannelle et de miel, peu à peu absorbées par le désespoir et les ténèbres.
Le pire était de ne pas savoir ce qu’était devenue sa fille.
« Une fugue peut-être ? » avait lancé le lieutenant de police, un homme d’une trentaine d’années dont la face poupine se perchait au-dessus d’épaules d’haltérophile.
Impossible. Plus craintive qu’une biche, Manon avait besoin de la présence de sa mère ou d’une camarade pour franchir à pied les cent cinquante mètres qui séparaient la maison de l’école, placée au cœur de la résidence. Fuguer n’était ni dans ses intentions ni dans ses possibilités. »
Extrait de : P. Bordage. « Les Chemins de Damas – Les prophéties. »
L’ange de l’abîme par Pierre Bordage
Fiche de L’ange de l’abîme
Titre : L’ange de l’abîme (Tome 2 sur 3 – Les prophéties)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2003
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de L’ange de l’abîme
« Pibe n’aimait pas le ciel.
Il tombait toujours quelque chose de ce plafond sale et bas, eau, grêle, éclairs, nuées d’insectes, merdes d’oiseaux, missiles longue portée dont les sifflements précédaient de quelques secondes les terribles impacts, averses de bombes larguées par des fantômes d’avions aux bourdonnements ténus, presque abstraits.
Pibe n’aimait pas la nuit non plus. C’était toujours en plein cœur des ténèbres et des rêves que surgissaient les légionnaires, les anges gardiens de l’Europe occidentale. Une fois, réveillé en sursaut par le rugissement d’un moteur, Pibe avait eu le courage de se glisser hors du lit et de risquer un regard par une lézarde du volet de sa chambre : un camion bâché, perché sur ses hautes roues, avait vomi une vingtaine de silhouettes vêtues de l’uniforme noir de l’archange Michel et armées de fusils d’assaut plaqués argent. Les légionnaires avaient fracassé la porte d’une maison proche d’où ils étaient ressortis quelques minutes plus tard en traînant sans ménagement un homme et une femme. »
Extrait de : P. Bordage. « L’ange de l’abîme – Les prophéties. »
L’évangile du serpent par Pierre Bordage

Fiche de L’évangile du serpent
Titre : L’évangile du serpent (Tome 1 sur 3 – Les prophéties)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2001
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de L’évangile du serpent
« Mathias n’en avait plus pour longtemps à vivre, un pressentiment qui n’était pas seulement lié aux risques de son métier : la mort rôdait dans les ténèbres, si noires qu’elles étouffaient les halos des lampadaires et semblaient préluder à l’extinction de toute vie sur Terre. Fils et amant de la nuit, nourri à son sein d’encre, Mathias percevait ses souffles comme des chuchotements, il ressentait dans sa chair ses chagrins, ses joies, ses colères, et jamais il n’avait respiré une telle tristesse, une telle détresse, dans les entrailles moites de sa mère et maîtresse. Elle portait en son ventre un bouleversement violent qui n’emporterait pas seulement ses enfants perdus, mais l’ensemble des hommes et leurs rêves insensés.
Les paroles de Fin d’immonde, le dernier hit de Taj Ma Rage, moururent sur les lèvres de Mathias :
Terre des hommes, terre des gnomes,
Ton seul futur : néant, liquidation,
Pas de donnant mal an, pas de rédemption.
L’eau nous attend, destination le fond,
Déluge, déluge, déluge,
Les savants et les prophètes le clament,
Baby, tu m’enflammes,
Feu sur la calotte, feu dans les culottes, ouais,
Les glaces fondent, je t’inonde, bébé,
Fin d’immonde, ouais… »
Extrait de : P. Bordage. « L’évangile du serpent – Les prophéties. »
A nous deux, Satan ! par Pierre Boulle

Fiche de A nous deux, Satan !
Titre : A nous deux, Satan !
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1992
Editeur : Julliard
Première page de A nous deux, Satan !
« Le curé poussa un soupir en reconnaissant le couple qui l’attendait dans la pièce poussiéreuse et délabrée qui servait de sacristie à l’église du village. Celui-ci, situé au sud de la Châtaigneraie, un plateau granitique de l’Aveyron, proche des monts du Cantal, n’abritait plus que quelques familles de cultivateurs et d’éleveurs de bestiaux, beaucoup des anciens habitants ayant cherché ailleurs une terre plus clémente. Le village n’était pas assez important pour justifier la présence d’un pasteur à plein temps. Le curé résidait dans un bourg assez éloigné et n’y faisait que des apparitions plus ou moins périodiques, ainsi que dans d’autres localités, célébrant la messe aussi souvent qu’il le pouvait, confessant quelques rares dévotes et recevant dans la sacristie les paroissiens qui désiraient s’entretenir avec lui.
Aujourd’hui, il n’avait que deux visiteurs, un couple de cultivateurs, mari et femme, dont la vue lui avait arraché ce soupir d’agacement, tandis qu’il élevait un regard résigné vers le ciel. Il connaissait trop bien le motif de leur présence et les doléances qu’il allait entendre. Il se reprocha aussitôt son attitude peu charitable et s’efforça de leur sourire. »
Extrait de : P. Boulle. « À nous deux, Satan !. »
Quia absurdum par Pierre Boulle

Fiche de Quia absurdum
Titre : Quia absurdum – Sur la Terre comme au Ciel
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1970
Editeur : Julliard
Première page de Quia absurdum
« Le voyageur arriva au début de l’après-midi dans une petite ville du Pérou, en bordure des montagnes rocheuses, là où la forêt tropicale vient mourir sur les premières pentes de la sierra. Le car qui l’avait amené déversa ses passagers, presque tous des indigènes, au bord d’une grande place poussiéreuse. L’homme blanc sortit un des premiers, se mit un peu à l’écart de la cohue et respira bruyamment, en essayant de défriper son costume. La dernière partie du voyage s’était effectuée dans une atmosphère étouffante et sa veste blanche était marquée dans le dos d’une large tache de sueur. Ici, la proximité des montagnes rendait l’air plus léger.
L’étranger regarda autour de lui. Il était visible qu’une fête se préparait. La place était encombrée
par des baraques foraines et des Indiens finissaient de décorer un terre-plein préparé pour le bal de palmes et de guirlandes. Il ne paraissait pas s’intéresser à cette agitation. Il restait à l’écart, décontenancé, comme s’il attendait quelqu’un. Le voyage l’avait éprouvé. Il n’était plus jeune, soixante-cinq ou soixante-dix ans, de taille plutôt petite et d’une maigreur qui ne semblait pas naturelle : avec ses membres courts, sa tête ronde aux joues flasques, qui avaient dû être rebondies, on l’imaginait autrefois corpulent. Son visage était marqué de sillons. Ses yeux châtains étaient fréquemment traversés par une lueur trouble, qui semblait la manifestation d’une inquiétude permanente. »
Extrait de : P. Boulle. « Quia absurdum. »
L’univers ondoyant par Pierre Boulle

Fiche de L’univers ondoyant
Titre : L’univers ondoyant
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1987
Editeur : Julliard
Première page de L’univers ondoyant
« Ayant eu la témérité d’évoquer la face spirituelle de l’Univers, et comme sa pénétration est une des folles ambitions de cet essai, je me dois de préciser d’abord ma position au point de vue métaphysique ; un bien grand mot. Je n’ai aucun goût pour les professions de foi, qui exhalent la plupart du temps une désagréable odeur de pédantisme, mais celle-ci me semble indispensable à la suite de cet exposé.
A un inquisiteur qui s’inquiétait de savoir s’il croyait en Dieu, Albert Einstein répondit, par télégramme dit-on : Je ne crois pas au Dieu d’Abraham, mais je crois au Dieu de Spinoza. Je souscris comme pas mal de mes contemporains à cette prise de position, mais avec une réserve essentielle que j’exposerai plus loin. Cela me situe parmi les adeptes du panthéisme, d’une sorte de panthéisme du moins, car cette doctrine comporte bien des ramifications. On peut en compter de nombreuses depuis l’éveil de la philosophie dans toutes les parties du monde, jusqu’à la nouvelle gnose de Princeton et de Pasadena. On pourrait citer beaucoup de Sages, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, qui furent tentés par la croyance en un Dieu qui n’a pu créer la Nature, parce qu’il se confond avec elle, trait essentiel admis dans toutes les variantes et qui a été sans doute précisé et mis en valeur par Spinoza mieux que par tout autre philosophe. Je note à ce propos que Dieu occupe une place prépondérante dans son œuvre, ce qui ne l’a pas préservé d’être considéré comme un abominable athée et soumis comme tel à d’incessantes persécutions de la part des juifs et des chrétiens. »
Extrait de : P. Boulle. « L’Univers ondoyant. »
Les coulisses du ciel par Pierre Boulle

Fiche de Les coulisses du ciel
Titre : Les coulisses du ciel
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1979
Editeur : Julliard
Première page de Les coulisses du ciel
« La Société des nouvelles recherches psychiques méritait la réputation de sérieux qu’elle avait acquise en Europe. Elle n’admettait en son sein que des adhérents jouissant d’un parfait équilibre mental, de préférence habitués par leurs fonctions à des méthodes d’investigation rigoureuses. Elle se flattait ainsi à bon droit d’échapper au soupçon de mysticisme, voire d’hystérie, ou de charlatanisme, comme cela avait été souvent le cas dans le passé pour des organismes analogues. Elle comptait parmi ses membres plusieurs savants confirmés, lesquels, quoique libérés d’un scientisme sclérosé et prêts à considérer toute hypothèse nouvelle, si bizarre qu’elle pût paraître au premier abord, étaient cependant décidés à ne l’admettre qu’après une série d’expériences plusieurs fois recommencées, contrôlées avec la sévérité qu’ils apportaient à toute recherche.
C’était le cas de l’astrophysicien Marcole. Théoricien de grande valeur, persuadé par ses travaux et par ses réflexions que l’esprit n’était pas l’apanage et le privilège des seuls êtres humains, mais qu’il se trouvait au contraire présent partout dans le monde, il ne niait pas a priori la possibilité d’entrer en communication avec cet esprit, au moyen d’un médium approprié. »
Extrait de : P. Boulle. « Les Coulisses du ciel. »
L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II par Pierre Boulle

Fiche de L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II
Titre : L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1968
Editeur : Flammarion
Première page de L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II
« Les légendes qui entourent la renommée des grands hommes sont presque aussi précieuses que les documents pour l’historien de fortune. Il est probable que l’empereur Frédéric II n’a jamais soutenu que le monde avait été berné par trois imposteurs : Moïse, Jésus et Mahomet, comme le pape Grégoire IX l’en a accusé. Il est certain, en tout cas, qu’il n’a jamais écrit le livre de tribus impostoribus, comme le murmurait la rumeur publique. La paternité de ce livre avait été attribuée avant Frédéric au philosophe arabe Averroès, qui découvrit dans Aristote des raisons de mettre en doute l’existence d’un Dieu créateur ; plus tard, le même livre fut considéré comme l’œuvre de Spinoza. Mais personne n’a jamais lu cet ouvrage fameux, excepté dans leurs songes agités certains énergumènes fébriles, et il y a un excellent motif pour cela : le livre de tribus impostoribus fait partie
de la légende et le sacrilège qu’il implique semble avoir été puisé dans l’arsenal des calomnies où les scolastiques choisissaient des armes perfides contre leurs adversaires. »
Extrait de : P. Boulle. « L’Étrange Croisade de l’empereur Frédéric II. »
Le pacte par Pierre Bordage

Fiche de Le pacte
Titre : Le pacte – préambule (Tome 0 sur 3 – Les guerriers du silence)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2012
Editeur : L’Atalante
Première page de Le pacte
« Ce… Cette créature insiste, Votre Sainteté. »
Le muffi Barrofill le Vingt-quatrième réprima son agacement d’une expiration à peine perceptible.
Le contrôle des émotions.
Depuis qu’il avait accédé aux plus hautes fonctions de l’Église du Kreuz, le souverain pontife se sentait épié en permanence, non seulement par le collège des dignitaires et les innombrables serviteurs – dont quatre-vingt-dix pour cent œuvraient pour ses rivaux –, mais également par les omniprésents représentants de la noblesse syracusaine. Arghetti Ang, le seigneur de Syracusa, qui l’avait soutenu tout au long de sa tortueuse accession au trône pontifical, se montrait désormais distant, irrité, lors de leurs entrevues hebdomadaires. Leur pacte n’était pas fondé sur les affinités ni même sur la convergence de vues, mais sur le chantage et l’équilibre des forces, chacun connaissant les faiblesses intimes de l’autre, et Barrofill se demandait si Arghetti Ang n’avait pas trouvé le moyen de le neutraliser et, donc, projeté de l’éliminer comme lui-même avait évincé un à un tous ses rivaux dans la course au titre suprême. »
Extrait de : P. Bordage. « Le pacte – Les guerriers du silence. »