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A nous deux, Satan ! par Pierre Boulle

Fiche de A nous deux, Satan !

Titre : A nous deux, Satan !
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1992
Editeur : Julliard

Première page de A nous deux, Satan !

« Le curé poussa un soupir en reconnaissant le couple qui l’attendait dans la pièce poussiéreuse et délabrée qui servait de sacristie à l’église du village. Celui-ci, situé au sud de la Châtaigneraie, un plateau granitique de l’Aveyron, proche des monts du Cantal, n’abritait plus que quelques familles de cultivateurs et d’éleveurs de bestiaux, beaucoup des anciens habitants ayant cherché ailleurs une terre plus clémente. Le village n’était pas assez important pour justifier la présence d’un pasteur à plein temps. Le curé résidait dans un bourg assez éloigné et n’y faisait que des apparitions plus ou moins périodiques, ainsi que dans d’autres localités, célébrant la messe aussi souvent qu’il le pouvait, confessant quelques rares dévotes et recevant dans la sacristie les paroissiens qui désiraient s’entretenir avec lui.
Aujourd’hui, il n’avait que deux visiteurs, un couple de cultivateurs, mari et femme, dont la vue lui avait arraché ce soupir d’agacement, tandis qu’il élevait un regard résigné vers le ciel. Il connaissait trop bien le motif de leur présence et les doléances qu’il allait entendre. Il se reprocha aussitôt son attitude peu charitable et s’efforça de leur sourire. »

Extrait de : P. Boulle. « À nous deux, Satan !. »

Quia absurdum par Pierre Boulle

Fiche de Quia absurdum

Titre : Quia absurdum – Sur la Terre comme au Ciel
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1970
Editeur : Julliard

Première page de Quia absurdum

« Le voyageur arriva au début de l’après-midi dans une petite ville du Pérou, en bordure des montagnes rocheuses, là où la forêt tropicale vient mourir sur les premières pentes de la sierra. Le car qui l’avait amené déversa ses passagers, presque tous des indigènes, au bord d’une grande place poussiéreuse. L’homme blanc sortit un des premiers, se mit un peu à l’écart de la cohue et respira bruyamment, en essayant de défriper son costume. La dernière partie du voyage s’était effectuée dans une atmosphère étouffante et sa veste blanche était marquée dans le dos d’une large tache de sueur. Ici, la proximité des montagnes rendait l’air plus léger.

L’étranger regarda autour de lui. Il était visible qu’une fête se préparait. La place était encombrée
par des baraques foraines et des Indiens finissaient de décorer un terre-plein préparé pour le bal de palmes et de guirlandes. Il ne paraissait pas s’intéresser à cette agitation. Il restait à l’écart, décontenancé, comme s’il attendait quelqu’un. Le voyage l’avait éprouvé. Il n’était plus jeune, soixante-cinq ou soixante-dix ans, de taille plutôt petite et d’une maigreur qui ne semblait pas naturelle : avec ses membres courts, sa tête ronde aux joues flasques, qui avaient dû être rebondies, on l’imaginait autrefois corpulent. Son visage était marqué de sillons. Ses yeux châtains étaient fréquemment traversés par une lueur trouble, qui semblait la manifestation d’une inquiétude permanente. »

Extrait de : P. Boulle. « Quia absurdum. »

L’univers ondoyant par Pierre Boulle

Fiche de L’univers ondoyant

Titre : L’univers ondoyant
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1987
Editeur : Julliard

Première page de L’univers ondoyant

« Ayant eu la témérité d’évoquer la face spirituelle de l’Univers, et comme sa pénétration est une des folles ambitions de cet essai, je me dois de préciser d’abord ma position au point de vue métaphysique ; un bien grand mot. Je n’ai aucun goût pour les professions de foi, qui exhalent la plupart du temps une désagréable odeur de pédantisme, mais celle-ci me semble indispensable à la suite de cet exposé.
A un inquisiteur qui s’inquiétait de savoir s’il croyait en Dieu, Albert Einstein répondit, par télégramme dit-on : Je ne crois pas au Dieu d’Abraham, mais je crois au Dieu de Spinoza. Je souscris comme pas mal de mes contemporains à cette prise de position, mais avec une réserve essentielle que j’exposerai plus loin. Cela me situe parmi les adeptes du panthéisme, d’une sorte de panthéisme du moins, car cette doctrine comporte bien des ramifications. On peut en compter de nombreuses depuis l’éveil de la philosophie dans toutes les parties du monde, jusqu’à la nouvelle gnose de Princeton et de Pasadena. On pourrait citer beaucoup de Sages, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, qui furent tentés par la croyance en un Dieu qui n’a pu créer la Nature, parce qu’il se confond avec elle, trait essentiel admis dans toutes les variantes et qui a été sans doute précisé et mis en valeur par Spinoza mieux que par tout autre philosophe. Je note à ce propos que Dieu occupe une place prépondérante dans son œuvre, ce qui ne l’a pas préservé d’être considéré comme un abominable athée et soumis comme tel à d’incessantes persécutions de la part des juifs et des chrétiens. »

Extrait de : P. Boulle. « L’Univers ondoyant. »

Les coulisses du ciel par Pierre Boulle

Fiche de Les coulisses du ciel

Titre : Les coulisses du ciel
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1979
Editeur : Julliard

Première page de Les coulisses du ciel

« La Société des nouvelles recherches psychiques méritait la réputation de sérieux qu’elle avait acquise en Europe. Elle n’admettait en son sein que des adhérents jouissant d’un parfait équilibre mental, de préférence habitués par leurs fonctions à des méthodes d’investigation rigoureuses. Elle se flattait ainsi à bon droit d’échapper au soupçon de mysticisme, voire d’hystérie, ou de charlatanisme, comme cela avait été souvent le cas dans le passé pour des organismes analogues. Elle comptait parmi ses membres plusieurs savants confirmés, lesquels, quoique libérés d’un scientisme sclérosé et prêts à considérer toute hypothèse nouvelle, si bizarre qu’elle pût paraître au premier abord, étaient cependant décidés à ne l’admettre qu’après une série d’expériences plusieurs fois recommencées, contrôlées avec la sévérité qu’ils apportaient à toute recherche.

C’était le cas de l’astrophysicien Marcole. Théoricien de grande valeur, persuadé par ses travaux et par ses réflexions que l’esprit n’était pas l’apanage et le privilège des seuls êtres humains, mais qu’il se trouvait au contraire présent partout dans le monde, il ne niait pas a priori la possibilité d’entrer en communication avec cet esprit, au moyen d’un médium approprié. »

Extrait de : P. Boulle. « Les Coulisses du ciel. »

L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II par Pierre Boulle

Fiche de L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II

Titre : L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1968
Editeur : Flammarion

Première page de L’étrange croisade de l’empereur Frédéric II

« Les légendes qui entourent la renommée des grands hommes sont presque aussi précieuses que les documents pour l’historien de fortune. Il est probable que l’empereur Frédéric II n’a jamais soutenu que le monde avait été berné par trois imposteurs : Moïse, Jésus et Mahomet, comme le pape Grégoire IX l’en a accusé. Il est certain, en tout cas, qu’il n’a jamais écrit le livre de tribus impostoribus, comme le murmurait la rumeur publique. La paternité de ce livre avait été attribuée avant Frédéric au philosophe arabe Averroès, qui découvrit dans Aristote des raisons de mettre en doute l’existence d’un Dieu créateur ; plus tard, le même livre fut considéré comme l’œuvre de Spinoza. Mais personne n’a jamais lu cet ouvrage fameux, excepté dans leurs songes agités certains énergumènes fébriles, et il y a un excellent motif pour cela : le livre de tribus impostoribus fait partie
de la légende et le sacrilège qu’il implique semble avoir été puisé dans l’arsenal des calomnies où les scolastiques choisissaient des armes perfides contre leurs adversaires. »

Extrait de : P. Boulle. « L’Étrange Croisade de l’empereur Frédéric II. »

La planète des singes et autres romans par Pierre Boulle

Fiche de La planète des singes et autres romans

Titre : La planète des singes et autres romans
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution :
Editeur : Omnibus

Sommaire de La planète des singes et autres romans

  • Une nuit interminable
  • Le poids d’un sonnet
  • Le règne des sages
  • Le parfait robot
  • Les Luniens
  • L’amour et la pesanteur
  • E = mc2 ou Le roman d’une idée
  • L’homme qui haïssait les machines
  • La planète des singes
  • Les jeux de l’esprit
  • Le bon léviathan
  • L’énergie du désespoir
  • Miroitements
  • La baleine des Malouines
  • Le professeur Mortimer

William Conrad par Pierre Boulle

Fiche de William Conrad

Titre : William Conrad
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1950
Editeur : Le livre de poche

Première page de William Conrad

« La guerre n’avait pas interrompu la série des dîners que lady et lord Goodfellow offraient chaque semaine à un petit groupe d’amis fidèles et respectables. Elle avait seulement imposé à ces cérémonies une certaine austérité Spartiate, dont la jeune femme du vieux lord avait coutume de s’excuser, en murmurant d’une voix attendrissante : « There is a war on, you know. » Elle faisait suivre cette constatation d’un soupir et d’un sourire. Le soupir donnait sa juste valeur au petit morceau de chester que chaque invité recevait dans son assiette ; le sourire faisait pardonner le délayage de l’irish stew, la sécheresse d’un toast sans beurre, et l’orientation un peu exclusive de la conversation.

C’était la guerre. Depuis le jour où cet état anormal avait été décrété entre le monde britannique et le monde teuton, l’œil vigilant de »

Extrait de : P. Boulle. « William Conrad. »

Un métier de seigneur par Pierre Boulle

Fiche de Un métier de seigneur

Titre : Un métier de seigneur
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1960
Editeur : Le livre de poche

Première page de Un métier de seigneur

« L’espèce humaine – la tige essentielle de cette espèce, tout au moins (certains rameaux qui ne participent pas à l’élan central doivent être considérés comme des exceptions) –, l’espèce humaine est en train de se hausser à un degré de loyauté intellectuelle au-delà duquel il lui sera difficile d’évoluer ; car aucun progrès ne peut se concevoir, la perfection atteinte, et des signes innombrables annoncent que celle-ci est bien près de l’être dans ce secteur particulier de la morale, comme dans tant d’autres domaines.

L’indice le plus frappant en est sans doute le dégoût que nous inspirent ces rameaux insolites, qui ne nous ont pas suivis dans notre constante ascension vers la probité mentale. Nous est odieux tout individu qui « ne joue pas le jeu » à ce point de vue et qui, en particulier, cherche à se faire passer pour ce qu’il n’est pas. »

Extrait de : P. Boulle. « Un métier de seigneur. »

Miroitements par Pierre Boulle

Fiche de Miroitements

Titre : Miroitements
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1982
Editeur : Flammarion

Première page de Miroitements

« Le Boeing du chef de l’État se posa sur l’aéroport de Marignane alors que les étoiles scintillaient encore dans le ciel de Provence. Une heure avant l’aube, l’air déjà chaud, mais sans lourdeur, laissait prévoir une belle journée ensoleillée de juin. Jean Blondeau, président écologiste de la République, selon le titre qu’il s’était lui-même décerné, n’aimait guère le Boeing, dévoreur de combustible et d’oxygène. Il eût préféré voyager dans l’avion solaire dont on lui avait fait cadeau peu après son élection, qu’il pilotait lui-même à ses heures de loisir, et qui faisait les délices de sa femme Béatrice. Mais la cérémonie à laquelle il devait assister lui imposait une arrivée nocturne.

À l’atterrissage, le Président manifesta une fébrilité impatiente, dont il avait d’ailleurs fait preuve pendant le vol. Il se précipita vers la sortie à peine l’appareil arrêté, s’immobilisa en haut de la passerelle et embrassa le ciel d’un coup d’œil inquiet. Ayant constaté sa sérénité, il parut apaisé et se frotta les mains avec un sourire triomphant. »

Extrait de : P. Boulle. « Miroitements. »

Les voies du salut par Pierre Boulle

Fiche de Les voies du salut

Titre : Les voies du salut
Auteur : Pierre Boulle
Date de parution : 1958
Editeur : Julliard

Première page de Les voies du salut

« Accroupi à la lisière de la jungle, au bord de la piste qui limitait la plantation de Kebun Besar, Sen, soldat de la libération, commençait à se sentir pénétré par l’humidité de la nuit. Il inspecta le ciel, visible au-dessus des hévéas, et reprit patience en constatant qu’aucune lueur n’annonçait l’aube. Il porta ses mains à sa bouche, en entonnoir, et fit de nouveau le signal. Puis, il écouta, les sourcils froncés, la tête inclinée vers ses pieds ; mais il ne perçut pas de réponse.

Il redressa le cou en entendant tressaillir les plantes qui couvraient le sol, de l’autre côté de la piste, et ses mains étreignirent sa mitraillette. Ses traits se détendirent presque aussitôt en un sourire amusé. Un grognement l’avait rassuré. Il distingua bientôt deux masses sombres et, dans leur sillage, un grouillement de formes indistinctes plus petites. C’était une famille de sangliers qui trottinait sur la piste, avant de regagner la jungle. »

Extrait de : P. Boulle. « Les voies du salut. »