Catégorie : Livres
Le club des billes de billard par Albert Robida

Fiche de Le club des billes de billard
Titre : Le club des billes de billard (Tome 2 sur 2 – La grande mascarade parisienne)
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1881
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Le club des billes de billard
« Antony Cabassol, ce brave et consciencieux garçon, était dans un état de désolation impossible à décrire. La série d’échecs qui venaient de l’accabler lui avait en partie enlevé cette belle confiance en soi qui lui avait fait accepter si hardiment le mandat de vengeur testamentaire de feu M. Timoléon Badinard. Trois vengeances en quatre mois, c’était peu pour un homme qui n’avait que trois ans pour en exécuter soixante-dix-sept ! Cabassol, humilié, sentait que le vindicatif Timoléon Badinard, du haut du ciel, sa demeure dernière, devait froncer un sourcil mécontent !
Et Me Taparel et M. Nestor Miradoux, les exécuteurs testamentaires, que devaient-ils penser, eux aussi, de ce vengeur qui ne vengeait pas, de ce légataire qui n’exécutait pas les conditions imposées ! »
Extrait de : A. Robida. « Le Club des billes de billard – La grande mascarade parisienne. »
Une vie de polichinelle par Albert Robida

Fiche de Une vie de polichinelle
Titre : Une vie de polichinelle (Tome 1 sur 2 – La grande mascarade parisienne)
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1881
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Une vie de polichinelle
« Ils étaient deux, l’un gros et rond, l’autre long et sec, l’un rouge et chauve, l’autre jaune et chevelu, mais tous les deux sanglés dans une redingote noire, tous les deux majestueusement cravatés de blanc, tous les deux portant haut le nez surmonté de lunettes, – une paire à branches d’or, une paire à branches d’argent, – et tous les deux porteurs d’un grand portefeuille noir bourré de papiers, évidemment timbrés.
Le premier, le gros rond, rouge et chauve, n’était autre que Me Taparel, notaire, 52, rue du Bac, la meilleure étude de Paris ; le second, le monsieur long, sec, jaune et chevelu, avait le droit d’inscrire sur ses cartes de visite le nom harmonieux de Nestor Miradoux, avec cette qualification : Principal clerc de Me Taparel.
La porte devant laquelle Me Taparel et M. Miradoux s’étaient arrêtés indécis était celle de l’hôtel Hippocrate, rue de l’École de médecine, l’hôtel meublé le moins sérieux de ce folâtre quartier des Écoles. »
Extrait de : A. Robida. « Une vie de Polichinelle – La grande mascarade parisienne. »
Le vingtième siècle par Albert Robida
Fiche de Le vingtième siècle
Titre : Le vingtième siècle
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1883
Editeur : Saga Egmont
Première page de Le vingtième siècle
« L’arrivée d’un train du Tube de Bretagne avait rapidement mis au complet une douzaine des aéronefs stationnées au-dessus de la gare et fait s’envoler, avec un plein chargement, tout un essaim de légers aérocabs, de véloces, de chaloupes; d’éclairs et de tartanes de charge pour les bagages, ces lourdes gabares ailées qui font à peine leurs trente kilomètres à l’heure.
L’aéronef B portait son contingent complet de voyageurs, une vingtaine dans l’intérieur, autant sur la dunette – l’ancienne impériale des véhicules terriens de jadis – et quatre sur la plate-forme d’arrière. – Ses proportions lui eussent permis d’enlever à travers l’espace une plus grande quantité de kilos vivants, mais les compagnies, talonnées en cela par la concurrence, tenaient à laisser toutes leurs aises aux voyageurs. Quel que fût le nombre des passagers, dès que le chiffre de 2,500 kilos était atteint et marqué par l’aiguille du compteur, le mot complet, en grosses lettres d’un mètre de hauteur, apparaissait sur les deux flancs de la nacelle-omnibus et le contrôleur de la station ne laissait plus monter personnees passagers de l’aéronef B étaient en grande partie des commerçants parisiens, revenant avec leurs familles de leurs villas de Saint-Malo ou d’une petite partie de campagne dans les roches bretonnes; cela se voyait aux paniers vides ayant contenu des provisions, aux boîtes d’herborisation et aux filets à crevettes des enfants. »
Extrait de : A. Robida. « Le Vingtième Siècle. »
En Océanie par Albert Robida
Fiche de En Océanie
Titre : En Océanie (Tome 1 sur 1 – Le roi des singes – Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul)
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1879
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de En Océanie
« C’était vers le 10e parallèle nord et le 150e degré de longitude occidentale, à peu près à la hauteur des îles Pomotou, dans la Polynésie, au milieu de ce grand océan Pacifique, si fécond en tempêtes, et qui, ce jour-là, paraissait encore davantage avoir volé son nom !
Dans le ciel absolument troublé, des masses de nuages d’un noir violet filaient au fond de l’horizon avec une rapidité d’on ne sait combien de nœuds à l’heure. Les vagues montaient à des hauteurs inconnues dans nos mesquines mers européennes ; hurlantes et rugissantes, elles se précipitaient l’une après l’autre et l’une sur l’autre, comme pour monter à l’assaut de ce ciel en fureur qui crevait en trombes épouvantables, sous le poids desquelles les plus hautes vagues s’écroulaient avec fracas dans des tourbillons d’écume.
Quelques fragments de mâts, des bordages de navires et des tonneaux, surnageant çà et là, indiquaient, hélas ! que le génie des tempêtes n’était pas rentré bredouille dans ses antres profonds. »
Extrait de : A. Robida. « Le Roi des Singes. »
Les vieilles villes de Suisse par Albert Robida

Fiche de Les vieilles villes de Suisse
Titre : Les vieilles villes de Suisse
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1879
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Les vieilles villes de Suisse
« Bâle
Chacun sait que de notre côté la Suisse a deux portes : Bâle et Genève, ouvrant aux deux extrémités, et une poterne au milieu : Neuchâtel. À beaucoup d’égards la porte de Bâle est la plus caractéristique et la plus vraiment helvétique de ces trois contrées.
Genève, ville internationale, d’apparence française si l’on veut, anglaise si l’on y tient, mais pas suisse du tout, n’ouvre pas d’horizons nouveaux aux yeux habitués aux plates maisons à sept étages, aux boulevards plantés d’arbres à corsets de fer, de Paris, de Lyon, ou de toutes nos grandes villes.
Tandis qu’en passant par Bâle, on entre de plain-pied dans la vieille Suisse, aux édifices, aux maisons et aux allures parfaitement gothiques ; c’est un pays nouveau qui s’ouvre, il est vrai que l’on ne voit pas encore de montagnes, mais on devine au loin la Suisse montagnarde avec ses gros bourgs à maisons de bois, ses chalets éparpillés dans les étroites vallées ou perdus sur les pentes des Alpes majestueuses à la tête blanche. »
Extrait de : A. Robida. « Les vieilles Villes de Suisse. »
L’indocile par Édouard Rod

Fiche de L’indocile
Titre : L’indocile
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1905
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de L’indocile
« Valentin s’habilla sans hâte, en regardant à travers les vitres pour graver dans ses yeux le paysage familier qu’il allait quitter : les arbres aux troncs noirâtres, poussés en hauteur, comme amaigris par leur effort vers le soleil, les murs tapissés de lierre qui séparent les petits jardins rectangulaires, les fusains, les buis, les gazons maigres, les derrières des maisons de la rue des Grands-Augustins, où des bonnes en camisole battaient les tapis. Il aimait ce coin de Paris, sa chambre mansardée, sa porte-fenêtre ouvrant sur les toits, cette vieille maison de la rue Séguier d’où il descendait presque directement aux quais, dont les bouquinistes le connaissaient bien. C’était un garçon de petite taille, aux membres grêles, au front bombé sous des cheveux châtains, plats, peu abondants, à la bouche mince et serrée, à peine ombrée par un léger duvet roussâtre. Sa myopie, qui l’avait fait dispenser du service militaire, l’obligeait à porter un pince-nez dont les verres grossissaient ses yeux gris. Il avait des mains pâles, maigres, toujours chaudes, d’une extrême maladresse. »
Extrait de : E. Rod. « L’indocile. »
Là-haut par Édouard Rod

Fiche de Là-haut
Titre : Là-haut
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1897
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Là-haut
« Le train repartit, suivant le Rhône aux eaux brouillées, entre des marécages et des lignes de peupliers, vers le rétrécissement de la vallée qui paraît se fermer des quatre côtés. Le long du fleuve, des montagnes aux flancs boisés, aux sommets chauves, se rapprochent avec des airs de murailles, toujours dominées par la Dent de Morcles, bloc énorme, fendu de crevasses, strié de névés, hérissé de proéminences rocheuses qu’en cette fin d’après-midi les jeux étincelants du soleil coloraient de tons violents de pourpre, d’or et d’améthyste. Ainsi, jusqu’aux environs de Saint-Maurice, où le passage devient plus étroit encore, à peine suffisant pour laisser fuir le fleuve, la route et le chemin de fer, comme si, d’un geste brusque, les Alpes étranglaient la vallée pour la séparer du monde. De l’autre côté, cependant, du côté de Martigny, un élargissement des marécages dessine un triangle presque régulier. Puis les montagnes se rapprochent de nouveau, barrant la route, tandis qu’à l’horizon, par dessus les cimes plus basses, le Grand et le Petit Combin emplissent un pan au ciel de leur double coupole de neige. »
Extrait de : E. Rod. « Là-haut. »
Palmyre Veulard par Édouard Rod

Fiche de Palmyre Veulard
Titre : Palmyre Veulard
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1881
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Palmyre Veulard
« Van Sighem avait déjà parlé des théâtres, d’un concert à bénéfice et du temps qu’il faisait. Son stock de conversation était épuisé. Néanmoins, il parvint encore à raconter comment il venait de perdre cinquante louis aux courses de Nice, en jouant sur Boulotte et sur Triboulet.
– À ce qu’il paraît, dit-il, Triboulet est arrivé beau dernier ; quant à Boulotte, elle a démonté son jockey.
Comme Palmyre, un peu moqueuse, lui apprenait que ces deux chevaux n’avaient jamais eu la moindre chance, il reprit :
– C’est Lilas, des écuries Blamont, qui a gagné.
D’un ton de parfaite indifférence, elle répéta :
– Ah ! vraiment, c’est Lilas !
Et tous deux restèrent silencieux dans la pénombre du salon. Dehors, à intervalles réguliers, le chemin de fer de Passy passait avec un sifflet aigu, et son houloulement résonnait dans le calme du boulevard presque solitaire. Palmyre, les regards perdus dans le vague, avait évidemment certain souci. »
Extrait de : E. Rod. « Palmyre Veulard. »
Mademoiselle Annette par Édouard Rod

Fiche de Mademoiselle Annette
Titre : Mademoiselle Annette
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1902
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Mademoiselle Annette
« Parmi mes souvenirs les plus lointains et les plus vivaces, je trouve une catastrophe de la vie réelle que je ne compris guère quand elle se développa sous mes yeux d’enfant, et dont les détails sont pourtant restés gravés dans ma mémoire. D’année en année, bien que parfois à travers de longs intervalles, j’en ai pu suivre les conséquences éloignées, au moins sur une des personnes dont elle détermina la destinée. Elle me revient à l’esprit maintenant, avec une telle netteté que je puis presque me refaire enfant pour en ressaisir l’émotion : probablement parce que des réflexions récentes en ont dégagé pour moi tout le sens. Pendant longtemps, les deux êtres dont je vais tâcher de reconstituer l’histoire m’ont paru des exemplaires plutôt moyens de l’humanité : à l’un d’eux m’attachait le frêle lien d’une sympathie respectueuse et reconnaissante, – lien que la rareté de nos rencontres ne parvint jamais à dénouer tout à fait ; l’autre m’étonnait, m’inquiétait, me déplaisait, et me semblait l’inverse d’un « héros de roman ». »
Extrait de : E. Rod. « Mademoiselle Annette. »
Nouvelles romandes par Édouard Rod

Fiche de Nouvelles romandes
Titre : Nouvelles romandes
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1891
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Nouvelles romandes
- La grande Jeanne
- Pension de famille carnet d’hiver d’un vieux garçon
- La femme à Bouscatey
- Le tabac de mon oncle Jacques
- Les Knie
- Un coupable
- Croquis alpestres
- Souvenirs de Noël
- Le retour (moeurs vaudoises)
Première page de La grande Jeanne
« En feuilletant mon plus vieil album de photographies, j’y trouve un portrait de paysanne : c’est celui de la grande Jeanne. Elle a les traits arrêtés, énergiques, un nez droit, des lèvres minces qui dessinent une grande bouche où il n’y a plus beaucoup de dents ; son visage est creusé de rides qui courent et s’entrecroisent en tous sens ; elle est endimanchée, avec un beau bonnet blanc ; le photographe lui ayant dit qu’il fallait sourire, elle sourit, d’un sourire étonné, voulu, mais convaincu, qui fait aussi clignoter ses petits yeux ; ses mains sont posées sur ses genoux : de vieilles mains déformées par le travail, des mains durcies, des mains aux doigts épais qui lui racontent bien des fatigues… Et voici qu’il me revient l’histoire de cette pauvre vieille, que j’ai vue vivre et que j’ai vue mourir… »
Extrait de : E. Rod. « Nouvelles romandes. »