Catégorie : Livres
Le cycle des épées par Fritz Leiber

Fiche de Le cycle des épées
Titre : Le cycle des épées
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1968
Traduction : J. de Tersac
Editeur : Opta
Sommaire de Le cycle des épées
- Dans la tente de la sorcière
- Le quai des étoiles
- Les deux voleurs de Lankhmar
- Les seigneurs de Quarmall
- Le nuage de haine
- Jours maigres dans Lankhmar
- La mer est leur maîtresse
- Quand le roi de la mer est au loin
- Le mauvais chemin
- Le jeu de l’initié
- Les épées de Lankhmar
Première page de Dans la tente de la sorcière
« La vieille sorcière se pencha sur le brasier dont les volutes de fumée grise se confondaient, se mêlaient avec ses mèches noires tombant en désordre. À la lueur des flammes, son visage semblait noir, raviné, sale, osseux, il ressemblait aux racines tordues qui s’échappent de la souche noire d’un pommier abattu par la foudre. Depuis un demi-siècle, la chaleur et la fumée du brasier toujours alimenté en essences diverses et parfumées avaient boucané sa peau, l’avaient noircie, craquelée, durcie, la faisant ressembler à un vieux morceau de lard de Mingolie.
Par ses narines évasées, par sa bouche distordue, dans laquelle on apercevait quelques dents noirâtres dressées comme de vieilles souches pourries sur le champ gris de sa langue, elle inhalait et rejetait
alternativement la fumée.
Sortant de ses poumons desséchés, racornis, des bouffées de fumée se frayaient un chemin à travers le toit affaissé de la tente, toit qui reposait sur sept nervures courbes partant d’un piquet central, et qui laissait suinter sur le cuir de la vieille des gouttes éparses de résine teintée de suie. »
Extrait de : F. Leiber. « Le cycle des épées. »
Le livre de Lankhmar par Fritz Leiber

Fiche de Le livre de Lankhmar
Titre : Le livre de Lankhmar
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1970
Traduction : J. Parsons
Editeur : Opta
Sommaire de Le livre de Lankhmar
- Les femmes des neiges
- Le rituel profané
- Mauvaise rencontre à Lankhmar
- La boucle est bouclée
- Les bijoux dans la forêt
- La maison des voleurs
- Le rivage désolé
- La tour qui hurle
- Le pays qui coule
- Les sept prêtres noirs
- Des serres dans la nuit
- Le prix de l’oubli
- Le bazar du bizarre
Première page de Les femmes des neiges
« À la Carre Glacée, au milieu de l’hiver, les femmes du Clan des Neiges menaient aux hommes une guerre froide. Elles marchaient péniblement, fantomatiques, vêtues des plus blanches de leurs fourrures, presque invisibles sur le fond de neige fraîche, toujours par groupes et sans hommes, silencieuses ou sifflant tout au plus comme des ombres furieuses. Elles évitaient la Salle des Dieux avec ses arbres-colonnes, ses murs de lanières de cuir entrelacées et son toit majestueux d’aiguilles de pin.
Elles se réunissaient dans la grande Tente ovale des Femmes, plantée comme une sentinelle devant les tentes plus petites servant d’habitations, pour des séances consacrées aux incantations et à des lamentations de mauvais augure ainsi qu’à diverses pratiques silencieuses destinées à faire naître des enchantements puissants qui enchaîneraient les chevilles de leurs maris à la Carre Glacée, immobiliseraient leurs reins et leur procureraient des refroidissements générateurs de reniflements et de nez qui coulent, la menace de la Grande Toux et de la Fièvre d’Hiver était tenue en réserve. »
Extrait de : F. Leiber. « Le livre de Lankhmar. »
Notre-dame des ténèbres par Fritz Leiber

Fiche de Notre-dame des ténèbres
Titre : Notre-dame des ténèbres
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1977
Traduction : G. Abadia
Editeur : Denoël
Première page de Notre-dame des ténèbres
« La masse altière et escarpée de Corona Heights baignait dans un noir d’encre au milieu du silence absolu, véritable cœur de l’inconnu. À ses pieds, au nord-est, la colline contemplait les lumières vives et tremblotantes de San Francisco à la manière d’un grand prédateur nocturne scrutant patiemment son territoire dans l’attente d’une proie.
Le disque gibbeux de la lune avait fini de disparaître à l’horizon et les étoiles, au sommet de la voûte céleste obscure, conservaient l’éclat du diamant pur. À l’ouest, à ras de terre, flottait une longue masse de brouillard cotonneux tandis qu’à l’est, par-delà les quartiers du centre et la baie embrumée de San Francisco, l’étroit ruban de la première aube spectrale éclairait la crête des collines basses qui servaient de toile de fond à Berkeley, Oakland et Alameda. Plus loin encore étaient les contours sombres de la Montagne du Diable, Mount Diablo. »
Extrait de : F. Leiber. « Notre-Dame des Ténèbres. »
La grande machine par Fritz Leiber
Fiche de La grande machine
Titre : La grande machine
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1972
Traduction : A. Dorémieux, P. Billon
Editeur : Casterman
Sommaire de La grande machine
- La grande machine
- Quatre fantômes dans « Hamlet »
Première page de La grande machine
« Juste avant qu’il aperçoive la fille effrayée, le monde aux veux de Carr Mackay fut comme frappé de mort. Chacun a fait cette expérience. Brusquement, la vie semble déserter toute chose. Les visages familiers se réduisent à des dessins abstraits. Les objets usuels paraissent insolites. Les bruits prennent une résonance artificielle. Bien sûr, c’est une impression passagère, mais elle cause un malaise.
C’est ce malaise que ressentait Carr. Rien n ’avait changé en apparence autour de lui. Installés à leurs bureaux disposés en enfilade, ses collègues recevaient à tour de rôle les postulants rassemblés ce jour-là dans les locaux de l’agence pour l’emploi. On entendait l’habituel crépitement des machines à écrire, et à l’arrière-plan la rumeur incessante de Chicago, amplifiée à chaque passage du métro aérien.
Mais, pour Carr Mackay, tout cela était dénué de signification. Les demandeurs d’emploi lui évoquaient des fourmis sorties de leur trou et prêtes à le regagner. Tom Elvested, au bureau voisin du sien, lui fit un signe de tête, mais cela ne conjura pas l’effet d’étrangeté qu’il éprouvait. »
Extrait de : F. Leiber. « La grande machine. »
Le temps des cerises par Christine Renard

Fiche de Le temps des cerises
Titre : Le temps des cerises
Auteur : Christine Renard
Date de parution : 1980
Editeur : Kesselring Editeur
Sommaire de Le temps des cerises
- Le temps des cerises
- La terre promise
- Aux abords des sources
- La longue marche
- Lettre perdue
- Défense d’écrire dans la marge
- Car il faut que jeunesse se passe
- Beaux à faire peur
- A rayer de la carte
- Entre parenthèses
- Berceuse pour s’endormir
Première page de Le temps des cerises
« Solveig entassait soigneusement ses vêtements préférés dans une grande valise aux multiples poches. Elle ne devait pas avoir d’autres bagages dans l’astronef, et, sans cesse, elle pensait à un objet, à un livre, à un souvenir qu’elle n’aurait pas voulu laisser.
— Emporte donc mes chaussures de toile, dit derrière elle, la voix de sa sœur Chloée.
Elle se retourna. Chloée la regardait, l’air tragique, les épaules voûtées. Malgré sa jeunesse, Chloée prenait des allures de vieille femme résignée.
— Tes chaussures de toile ? murmura Solveig, elles ne vont pas te faire faute ?
— Je pourrai en racheter, tandis que toi…
Solveig se pencha sur sa valise, semblant s’absorber dans son travail. Chloée était charmante, son mari était charmant, mais ils supportaient mal de la voir partir, et ne cessaient de lui gâcher son départ en insistant sur la témérité de ce voyage. Certes, les dernières nouvelles de Centaure IV étaient bonnes, excellentes même, mais elles dataient de trois ans, le temps qu’il avait fallu à l’Astronef pour parcourir les années-lumière qui séparaient la Terre de sa colonie. »
Extrait de : C. Renard. « Le temps des cerises. »
Les vacances de Monsieur Dupont par Maurice Renard

Fiche de Les vacances de Monsieur Dupont
Titre : Les vacances de Monsieur Dupont
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1994
Editeur : Editions Opoto
Première page de Les vacances de Monsieur Dupont
« Le 25 mars 1900, au matin, je m’habillais dans mon petit appartement de garçon, au troisième étage, boulevard de Sébastopol, au-dessus de notre magasin de vente. Suivant une habitude vieille de vingt ans, je me disposais à passer la journée du dimanche au grand air, avec Brown.
Brown, mon associé, est Anglais. Son nom fait bien dans une raison sociale, et sa personne est précieuse à la tête d’une entreprise de commerce. Tandis que je m’occupe du négoce proprement dit, Brown se spécialise à la direction des ateliers. Sans lui, les affaires molliraient fatalement, j’en conviens, car j’ai horreur des machines à coudre et des bicyclettes, étant forcé de vivre au milieu de ces engins. Mais Brown me gourmande, et je mets en pratique ses conseils, car, au fond, je les sens très sages. Il m’en donne pour chaque circonstance ; si je prends un peu d’exercice toutes les semaines, si j’écris ces lignes aujourd’hui, c’est également à lui que je le dois. Dans son for intérieur, peut-être me dédaigne-t-il un peu. Quand nous nous promenons dans la banlieue, il me reproche d’être poète… »
Extrait de : M. Renard. « Les vacances de monsieur Dupont. »
Les enquêtes du commissaire Jérôme par Maurice Renard

Fiche de Les enquêtes du commissaire Jérôme
Titre : Les enquêtes du commissaire Jérôme
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1933-1939
Editeur : Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes
Sommaire de Les enquêtes du commissaire Jérôme
- Le coup de la surprise
- Ce qui s’est passé
- Chercher le crime
- Chez le voyant
- Comment John quitta ce monde
- L’affaire de la maison bleue
- L’affaire du boulevard Malesherbes
- La formule
- La victime était un romancier
- Le brin de paille
- Le cambrioleur fantôme
- Le fantôme du Cormoran
- Le mort d’Auteuil
- Le photographe insoupçonné
- Le plus grand détective du monde
- Le procès-verbal
- Le vieux pistolet
- Le vol du Boudha
- L’heure où l’on parle
- L’homme qui tremblait
- L’ingénu
- L’instrument du crime
- L’odeur fantôme
- Mors et vita
- Police
- Trente ans après
Première page de Le coup de la surprise
« Mon vieil ami, l’inspecteur Jérôme, me dit :
— Venez-vous au music-hall, ce soir ? J’ai deux fauteuils pour une revue. Ce sont les débuts d’Irina Rinesco, autrement dit la princesse Vladimir, dans un sketch.
Je le regardai en riant.
— C’est elle, Jérôme, qui nous a envoyé deux fauteuils ? Je ne le pense pas !
— Non, ce n’est pas elle. Mais pourquoi voudriez-vous qu’elle me tînt rigueur ? J’ai fait mon devoir correctement…
— Je vous connais Jérôme. Vous êtes un enquêteur ingénieux et tenace. Elle a dû passer de mauvais quarts d’heure pendant que vous l’interrogiez. Même innocent, je n’aimerais pas avoir affaire à vous !
— Oh ! la princesse n’est pas si craintive ! Je ne l’ai pas embarrassée un instant. Oui, je lui ai tendu des pièges, comme je le devais. Elle n’y est pas tombée. Elle sort de là d’autant plus blanche que je me suis montré plus acharné. »
Extrait de : M. Renard. « Les Enquètes du Commissaire Jérôme. »
Une heure-lumière par Alastair Reynolds

Fiche de Une heure-lumière
Titre : Une heure-lumière
Auteur : Alastair Reynolds
Date de parution : 2020
Traduction : P.P Durastanti
Editeur : Bélial
Première page de Une heure-lumière
« Autolaveuse de classe un, Rubis était une unité d’hygiène de surface.
Elle se présentait comme un parallélépipède rouge trapu à brosses rotatives. Son châssis bas lui permettait de se glisser sous les sièges, sous les ourlets de nappe et par les conduits d’entretien. Elle tournait sur un moteur cognitif de classe deux virgule huit.
Un jour, vers la moitié de la traversée interstellaire d’un siècle entreprise par le Resplendissant, on convoqua Rubis sur le pont d’observation avant du vaisseau. Quarante-neuf autres robots y étaient déjà rassemblés. Rubis les connaissait tous. Plusieurs semblaient humains et certains plus ou moins humanoïdes ; quant aux autres, ils émulaient des araignées, des mantes religieuses et des boas segmentés — voire des tapis richement décorés, des morceaux de corail motile ou des plantes en pot frémissantes.
« Tu sais ce qui ne va pas ? demanda Rubis à son voisin, un grand serviteur médical noir aux nombreux bras. »
Extrait de : A. Reynolds. « Une heure-lumière. »
Le violon par Anne Rice

Fiche de Le violon
Titre : Le violon
Auteur : Anne Rice
Date de parution : 1997
Traduction : F. Straschitz
Editeur : Pocket
Première page de Le violon
« Ce que je cherche à faire ici n’est peut-être pas possible avec des mots. Peut-être la musique serait-elle seule capable de l’exprimer. Je vais pourtant essayer de le dire avec des mots, car je veux donner à cette histoire une véritable structure narrative : un commencement, un milieu et une fin, des événements déployant leur charge par l’intermédiaire de phrases reflétant fidèlement l’impact qu’ils ont eu sur l’auteur.
Il n’est pas nécessaire que vous connaissiez les compositeurs dont les noms reviennent si souvent dans ces pages : Beethoven, Mozart, Tchaïkovski — ni les improvisations endiablées des violonistes du Kentucky ou les lamentations des violons gaéliques. Mes mots devraient suffire à communiquer l’essence même du chant.
Sinon, c’est qu’il y a ici quelque chose qui échappe à l’écriture.
S’agissant de l’histoire que je porte en moi, l’histoire que je me sens tenue de faire partager — ma vie, ma tragédie, mon triomphe et ce qu’il m’a coûté —, je n’ai d’autre choix que de m’y mettre. »
Extrait de : A. Rice. « Le violon. »
Métamorphosa par Philippe Randa

Fiche de Métamorphosa
Titre : Métamorphosa (Tome 4 sur 4 – Lex Buri)
Auteur : Philippe Randa
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Métamorphosa
« Le bloc militaire de Looma ! Les deux soldats de garde devant le poste de surveillance reconnurent Lex et lui firent signe d’entrer. Réjoui de ce gain de temps, il gara son terro-jet dans un box libre avant de sauter à terre. La matinée était ensoleillée, mais à l’intérieur du bloc, il fallait risquer un torticolis pour apercevoir un demi-mètre carré de ciel bleu entre les immenses tours des bâtiments.
L’agent impérial gagna un hall où se croisaient militaires et civils, appela un ascenseur, puis commanda le niveau 23 en pénétrant à l’intérieur. La cabine s’éleva sans un bruit et quelques secondes après, les portes coulissèrent sur deux soldats, leurs fusils-rayonnants braqués sur lui. Derrière eux, trois autres militaires se tenaient prêts à intervenir, mais le sergent Malvioti, responsable de la sécurité au niveau 23, ordonna :
— Laissez passer !… Le colonel Stevenson vous attend, monsieur Buri.
— Et il s’impatiente ?
— Il a déjà demandé deux fois si vous étiez arrivé.
Malvioti frappa lui-même à la porte de Stevenson ; en écho, parvint l’autorisation d’entrer. Le colonel était installé derrière sa table de travail, occupant tout le fond de la pièce, face à trois fauteuils. »
Extrait de : Ph Randa. « Métamorphosa – Lex Buri. »