Catégorie : Livres

 

Phalènes par Philippe Guy

Fiche de Phalènes

Titre : Phalènes
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1966
Editeur : Fleuve noir

Première page de Phalènes

« La flèche perça le cou du chauffeur alors qu’il se penchait pour saisir les rênes de l’attelage. Il s’écroula en avant, bouche bée sur un cri silencieux, ses mains cherchant maladroitement à endiguer le flot de sang qui jaillissait de sa blessure.

Les chevaux piétinaient sur place, renâclaient bruyamment, affolés par l’odeur de la mort.

Deux miliciens prirent position dans le chariot bâché. Huit autres franchirent le porche et s’égaillèrent de chaque côté des murs d’enceinte. Quelques-uns s’abritèrent derrière les colonnades recouvertes de céramiques bleues du promenoir, tandis que les derniers se ruaient dans les escaliers menant au pavillon principal.

Ils tombèrent nez à nez avec deux des estafiers rattachés à la demeure. Les hommes du seigneur Jiwani n’étaient pas des foudres de guerre. Le premier n’avait pas encore porté la main à son arme que deux sabres le lardaient comme un goret. Le second fit demi-tour en s’égosillant mais fut rattrapé par un coutelas et son cri s’éteignit brutalement. Trop tard, pourtant. »

Extrait de : P. Guy. « Phalènes. »

Dernière tempête par Philippe Guy

Fiche de Dernière tempête

Titre : Dernière tempête
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dernière tempête

« Un grand trait de feu zèbre les nuages ventrus. La colère des cieux s’accentue encore. La détonation éclate une poignée de secondes après, aussi assourdissante qu’une cascade de rochers se heurtant à flanc de montagne. Elle résonne longuement, traînée par la bourrasque entre les creux et les collines ondulantes de la mer hérissée.

La pluie cingle l’océan en rafales furieuses, tantôt droite, tantôt oblique, percutant la surface avec une violence inouïe. Minuscule au milieu des pans de murs qui dégringolent en avalanches liquides, le voilier décolle, s’immobilise un instant à mi-ciel, puis retombe avec fracas, son flanc tribord pressé contre l’eau noire houleuse. Une silhouette se déplace dans l’embarcation, attache prestement l’un des focs, repart à la poupe et s’agrippe au gouvernail, courbée sous la tourmente.

Le vent secoue les gréements, les étais, comme s’il leur vouait une haine particulière. Des paquets d’eau se déversent avec rage dans le bateau puis rejaillissent à l’extérieur, laissant derrière eux quelques litres de mer et un dépôt d’écume mousseuse. Le grain dure depuis une paire d’heures, déjà, mais ne semble pas vouloir faiblir. L’homme est fatigué. La lutte l’épuise, et les éléments le dominent. Ses gestes se font plus lents. Ses cheveux blonds ruissellent, collent à son front, couvrant ses yeux et l’empêchant de voir clairement. »

Extrait de : P. Guy. « Dernière tempête. »

Cocons par Philippe Guy

Fiche de Cocons

Titre : Cocons
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Cocons

« Je poussais négligemment mon chariot, empli de gheren plus qu’à ras bord. Les Astris, satisfaits, nous fichaient la paix. Bonne journée pour leurs primes. Un filon énorme découvert dans la galerie quatre et une nouvelle jonction. Avec la six, cette fois. J’étais éreinté, suant, et couvert de terre. On avait bossé dur pour ces sagouins. À la mesure du fouet.

La chance était avec moi depuis le lever, je n’avais pas subi une seule fois la morsure de ces foutues lanières. Encore heureux d’ailleurs, car celles de la veille me cuisaient toujours salement.

Un ordre braillé parvint à mes oreilles bourdonnantes et je parquai docilement le chariot contre la file des autres, tous aussi débordants. Sans me hâter outre mesure, je nettoyai ma pioche, mes bottes, et m’engageai
dans la file d’attente.

La cabine dégorgeait déjà l’équipe de nuit, ceux du niveau 2, aussi blêmes que le laki, yeux bouffis de sommeil, silencieux et propres, marchant d’un pas d’automate. »

Extrait de : P. Guy. « Cocons. »

Chauds, les secrets ! par Robert Sheckley

Fiche de Chauds, les secrets !

Titre : Chauds, les secrets !
Auteur : Robert Sheckley
Date de parution : 1962
Traduction : J. Debruz
Editeur : Gallimard

Première page de Chauds, les secrets !

« À la vue de l’ambulance, il s’arrêta. C’était une antique voiture, imposante et haute sur roues, à la carrosserie vert et gris. Des rideaux discrets garnissaient les vitres latérales. Un chauffeur en livrée se tenait au volant. Elle était montée à moitié sur le trottoir d’un étroit passage qui donnait dans Bolton Lane. Elle avait l’air tout ce qu’il y a de respectable, cette antique Rolls-Royce au moteur ronronnant, bien plus que son chauffeur au visage rougeaud ; un filet de sueur s’échappait de sa casquette bleue et lui dégoulinait le long des joues pour aller se perdre dans le col blanc qui lui serrait le cou. C’était déjà assez remarquable en soi, ce filet de sueur, par une matinée de Londres plutôt frisquette, où le soleil se cachait derrière un matelas de nuages gris chassés par le vent. Carlos résolut d’ouvrir l’œil.

Deux infirmiers en uniforme amenèrent le malade. Il paraissait vraiment très mal en point : le teint plombé, des yeux qui roulaient dans les orbites comme les billes d’un jouet d’enfant. Les infirmiers le soutenaient, un troisième marchait devant lui, tenant à la main un porte-documents. Ils s’approchèrent de l’ambulance en le portant presque. Les jambes du malade semblaient se ployer d’une façon grotesque comme celles d’un ivrogne ou d’un drogué. »

Extrait de : R. Sheckley. « Chauds, les secrets !. »

L’aura maléfique par John T. Sladek

Fiche de L’aura maléfique

Titre : L’aura maléfique
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1974
Traduction : J.P Gratias
Editeur : Clancier – Guenaud

Première page de L’aura maléfique

«  Ne fais pas ça, Steve ! Ne t’imagine pas que tu peux toucher à la drogue sans t’intoxiquer. J’ai payé assez cher pour le savoir. » Tel est le sage conseil qu’un ancien drogué a récemment donné au chanteur Steve Sonday. Mais, tout sage qu’il soit, ce conseil a néanmoins quelque chose d’inquiétant. Car son auteur, David Lauderdale, était mort depuis plus d’un an lorsqu’il l’a prodigué !
L’événement s’est produit dans l’hôtel particulier de Mme Viola Webb, le célèbre médium, au nord de Kensington. Il y a quelques années, la clientèle de Mme Webb se recrutait parmi toutes les classes aisées de la société. Des juges, des jockeys, des vedettes du football et des pairs du royaume se sont tenu la main dans l’obscurité de son salon, et beaucoup d’entre eux devaient en ressortir réconfortés.
Aujourd’hui, Mme Webb sert de gourou à une communauté spirite, la Société du Mandala Aethérique. Tous les membres de ce groupe – dont Steve Sonday et sa compagne – vivent sous le même toit, et consacrent leur temps à méditer, et à « étudier les mystères de l’Univers ». Lauderdale avait également fait partie de la communauté, jusqu’à sa mort tragique en mars dernier. »

Extrait de : J.T Sladek. « L’aura maléfique. »

Maaga-la-Scythe par Alain Billy

Fiche de Maaga-la-Scythe

Titre : Maaga-la-Scythe
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Maaga-la-Scythe

« Le soleil cornu resplendissait dans le ciel ocre de Maaga-la-Scythe mais Ryl, le dernier des Impérors, avait du noir à l’âme.

Accoudé devant le miroir vibrant qui grossissait son image, il s’observait, cherchait entre ses paupières mi-closes, dans son regard bleu, les premières ombres de la peur. Son nez fin pâlissait sous l’effet d’une formidable tension intérieure, et sa bouche large aux lèvres insolentes s’affaissait, tiraillée par l’amertume. Seul le menton orgueilleux conservait ses lignes pures, sa superbe.

L’Impéror soupira, se leva pesamment, gagna l’une des fenêtres triangulaires de la chambre et regarda au-dehors.

Les avenues qui convergeaient vers le Palais étaient désertes. Quelques Volcars abandonnés stationnaient n’importe où. Pas un Bulle ne circulait entre les tours, les globes, les porches suspendus ; les véhicules scintillaient comme des jouets d’enfants délaissés, sur les terrasses vides. »

Extrait de : A. Billy. « Maaga-la-Scythe. »

Les fruits sataniques par Alain Billy

Fiche de Les fruits sataniques

Titre : Les fruits sataniques
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les fruits sataniques

« Pour peindre, Léonard avait besoin de lumière et de ce qui restait de nature, aussi laissait-il dépérir à sa guise la végétation malade autour de la bâtisse démodée mais cossue dans laquelle il se terrait : des massifs maigres, hirsutes, s’égaraient sous les branches filiformes des arbres. Dans les herbes blanchâtres, des ronces fatiguées croisaient en d’interminables lacis leurs tiges dépouillées. Ces végétaux, marqués de taches noires dues aux pluies acides, croupissaient sous des lambeaux de mousses malsaines, des colonies maussades de champignons vénéneux.

Renard rivé à sa tanière, le vieil artiste pénétra dans son atelier, une vaste salle pourvue de baies vitrées à fermetures hermétiques, donnant de plain-pied sur le parc. Il avança parmi ses peintures réalisées sur des panneaux métalliques de la circulation, s’arrêta, les yeux clos, l’esprit taraudé par une pensée. Soudain, il frappa dans ses mains, comme pour applaudir la décision qu’il venait de prendre, et il pianota en sifflotant sur le clavier de la boucle de sa ceinture. Un sidérophone de la grosseur d’une noix se matérialisa à proximité de sa bouche. »

Extrait de : A. Billy. « Les fruits sataniques. »

Le souffle de lune par Alain Billy

Fiche de Le souffle de lune

Titre : Le souffle de lune
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le souffle de lune

« Une nuit obscure, de cauchemar.

Pourtant, ne rien voir était moins pénible que de découvrir, dans la lumière blafarde du jour, ce qu’était devenue la Terre après les Grandes Guerres : une surface chaotique, brûlée, ravagée, un champ infini de ruines où ne poussait pas la moindre végétation.

Rek avançait dans l’obscurité avec des précautions de félin. À chacun de ses pas, le sol vitrifié craquait sous ses semelles. Il détestait ce bruit qui pouvait le faire repérer. Une lueur fugace balafra les ténèbres ; il leva brutalement le front, se tassa, muscles tétanisés, prêt à se défendre. Mais ce n’était qu’une étincelle due à l’électricité dont était chargée l’atmosphère pleine de poisons en suspension. Les décombres cachaient d’innombrables cadavres et l’insoutenable odeur de la mort planait partout.

Rek aperçut, dans un ravin, l’auréole d’un brasier auprès duquel un survivant imprudent devait se réchauffer.

« Encore un fêlé, pensa-t-il. Mieux vaut ne pas aller par là.  »

Extrait de : A. Billy. « Le souffle de Lune.  »

Le rideau de glace par Alain Billy

Fiche de Le rideau de glace

Titre : Le rideau de glace
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le rideau de glace

« Rost écrivait.
Rageur, il ratura les premiers mots de la pièce, froissa les feuillets griffonnés, les expédia d’une chiquenaude dans la corbeille à papiers, puis il repoussa la chaise métallique et se dirigea vers le hublot circulaire ; il n’avait que trois ou quatre pas à faire tant la cellule était exiguë. Il posa à plat ses paumes sur le verre bombé et contempla le ciel. Des nuages rouges, semblables à des blessures ouvertes, s’étiraient sur un fond pâle, d’aspect liquide. Il devait faire froid, mais Rost n’avait plus aucune notion de ce que pouvait être l’air extérieur.
Il se tourna, considéra d’un œil morne son alvéole, s’approcha des barreaux luminescents, glissa son visage entre deux d’entre eux. Une sensation de vertige l’envahit. Il se cramponna car il se trouvait à plus de deux cent cinquante mètres au-dessus du sol dans la sphère-prison de la cité de Tromb, autour de laquelle s’étendaient des rocs et des sables vitrifiés par d’anciennes explosions nucléaires. Les cellules tapissaient l’intérieur de l’immense boule creuse. »

Extrait de : A. Billy. « Le rideau de glace. »

L’orchidée rouge de Madame Shan par Alain Billy

Fiche de L’orchidée rouge de Madame Shan

Titre : L’orchidée rouge de Madame Shan
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’orchidée rouge de Madame Shan

« Toulon, juin 1986.

Un léger bruit fit sursauter le vieux Spingle. Il s’arracha à la contemplation de la rade, dont il apercevait une partie par la fenêtre de sa bibliothèque, et tordit le cou pour regarder la pendule de bronze posée sur la cheminée.

— Les vicelards ! crachota-t-il, la bouche mauvaise. À peine rentrés du boulot, ils remettent ça. Ils n’attendent même pas la nuit pour s’envoyer en l’air.

D’un index à l’ongle cerné de noir, il enfonça l’une des touches de l’accoudoir de son fauteuil d’infirme. Le moteur électrique émit un faible ronronnement, le siège démarra en marche arrière et accomplit une courbe pour contourner la table surchargée de revues chiffonnées.

— Tout de même, continua-t-il en branlant du chef, ils ont la santé, ces mômes !

Le fauteuil s’élança sur le plan incliné qui permettait d’accéder à la mezzanine construite au fond de la pièce. Parvenu sur le plancher de bois, le vieux Spingle arrêta son engin, décrocha un petit tableau qui cachait un œilleton fiché dans la cloison. Après avoir collé son œil gauche à la lunette, il brancha un minuscule haut-parleur. »

Extrait de : A. Billy. « L’orchidée rouge de madame Shan. »