Catégorie : Livres
Race de conquérants par Paul Béra

Fiche de Race de conquérants
Titre : Race de conquérants
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir
Première page de Race de conquérants
« La découverte des Galks est le fait d’un hasard, comme beaucoup de découvertes. Si Frank n’avait pas heurté du coude le volant de commande de son antenne directive, si sous le coup le pivot à rotule ne s’était pas débloqué, orientant la nappe d’éléments en direction de Deneb, nous n’aurions jamais soupçonné l’existence des Galks, pas plus que celle des Oeus (prononcer O-é-us) et je n’aurais jamais assisté à la destruction d’une planète. J’ajoute que je n’aurais peut-être pas épousé Gloria.
Frank n’a rien d’un rêveur. Bien que son dada soit l’existence positive de l’âme humaine sous forme d’ondes, et qu’il croque l’héritage paternel dans de patientes recherches sur la télépathie, ses deux pieds reposent fermement sur la terre et il n’a rien de ces illuminés pour lesquels une hallucination devient une preuve formelle. »
Extrait de : P. Béra. « Race de conquérants. »
Q. I. par Paul Béra

Fiche de Q. I.
Titre : Q. I.
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Q. I.
« Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre que ce qui compte dans la vie, ce sont les petites choses, non les grands projets. Quand je dis « ce qui compte », j’entends : « pour qu’on soit heureux ».
Parce que les grands projets déçoivent toujours, quelles que soient les capacités de celui qui les entreprend : il ne parvient jamais à ce qu’il espérait atteindre, ou du moins il ne le conserve pas.
Cherchez dans l’Histoire. Même Jésus-Christ n’a pas réussi à faire admettre aux hommes qu’ils sont frères. Napoléon est mort à Sainte-Hélène… et, je le suppose, très malheureux. Lui, je ne le plains pas.
Par contre, quand on apporte son temps et son amour aux « petites choses », on se sent bien dans sa peau. Les hommes politiques me comprendront, ainsi que les grands cerveaux, ou les conquérants, militaires ou amoureux.
Le bonheur est dans les « petites choses ». S’occuper de son gosse au lieu d’essayer de devenir vedette du sport ou de la chanson, ou du cinéma ou de la télé. Tapisser soi-même une pièce de l’appartement au lieu de fignoler des tableaux à l’huile ou des aquarelles que l’on entassera dans le grenier. »
Extrait de : P. Béra. « Q. I. »
Planète polluée par Paul Béra

Fiche de Planète polluée
Titre : Planète polluée
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir
Première page de Planète polluée
« — Prêt à enregistrer, dit l’ordinateur de sa voix impassible.
Gork regarda Gora et haussa les épaules. Quelle fichue besogne ils avaient acceptée là ! Bien sûr, pour obtenir leur diplôme, ils devaient tous deux justifier d’un certain temps de navigation interstellaire… Et, ensemble, c’était la Loi. On voulait savoir s’ils étaient capables de supporter pendant des mois la présence du même partenaire.
Tout de même, ils avaient bien mal choisi… Travail de routine. Inspection des systèmes planétaires afin de noter ce qui s’y était produit depuis le dernier passage des gravitonefs. Ils n’étaient pas les seuls. Tous les mondes évolués agissaient ainsi. Le malheur, c’est qu’il y avait des millions de planètes dans la Galaxie et qu’on ne pouvait donc y passer très souvent. Il est vrai que les modifications de structure sont si lentes…
Mais comme cette besogne était fastidieuse !
— Étoile ? demanda Gork en soupirant. »
Extrait de : P. Béra. « Planète Polluée. »
Nuit d’émeute par Paul Béra

Fiche de Nuit d’émeute
Titre : Nuit d’émeute
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1977
Editeur : Fleuve noir
Première page de Nuit d’émeute
« Les cinq ingénieurs-chefs attendaient en silence, assis devant le Président, quand la sonnerie de l’intercom résonna. Chaque fois que le jeune Mac Nott l’entendait, un flux d’étonnement s’élevait en lui. Pourquoi utiliser cet archaïque appareil ? Depuis beau temps on employait des interphones radiotélés qui transmettaient sur un écran l’image du correspondant, et sa voix par un haut-parleur. Mais peut-être précisément Allison, Président de la Confédération européenne, ne tenait-il pas à ce qu’on aperçoive celui auquel il parlait… et même à ce qu’on entende sa voix.
D’ailleurs, tout surprenait dans le bureau présidentiel. Pas un ordinateur, pas un vidéophone. Une salle aux murs tout blancs sur lesquels tranchaient les coupoles translucides de l’éclairage indirect, légèrement bleutées. Pas un tableau, pas même un graphique pour égayer ces murailles d’hôpital. Au sol, un carrelage de marbre gris-bleu. Deux larges baies ouvertes vers la ville. Au centre, une table supportait les intercoms et quelques dossiers. »
Extrait de ; P. Béra. « Nuit d’émeute. »
Nous irons à Kalponéa par Paul Béra

Fiche de Nous irons à Kalponéa
Titre : Nous irons à Kalponéa
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Nous irons à Kalponéa
« Les grandes choses ont parfois à leur origine de minimes détails. Si je n’avais pas rendu son billet à Jacobus, jamais je ne serais allé à l’île de Kalponéa, et cela aurait eu de graves conséquences.
Non que j’aie sauvé la planète ! Certes, je l’ai envisagé… mais c’est elle qui ne l’a pas voulu. D’ailleurs, elle pourrait crever que ça ne me ferait ni chaud ni froid. Ça apprendrait aux humains à ne pas se comporter en béni-oui-oui devant ceux qui nous gouvernent et prétendent détenir la Science infuse.
Il convient que j’explique comment Jacobus m’a engagé, moi, étudiant et chômeur. Dans mon quartier, tout le monde sait que je suis chômeur, mais rien n’indique que j’étudie. Ils n’ont pas besoin de le savoir. Cela inquiéterait peut-être le chef d’îlot s’il apprenait que j’étudie la physique nucléaire. »
Extrait de : P. Béra. « Nous irons à Kalponéa. »
Marée noire sur Altéa par Paul Béra

Fiche de Marée noire sur Altéa
Titre : Marée noire sur Altéa
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Marée noire sur Altéa
« Avant que je descende dans la Bouche du Diable, Lorch s’assit sur un rocher et me remémora les règles essentielles, faute desquelles une organisation contestataire comme la nôtre est condamnée à disparaître.
Comme toujours, il était mal rasé. Je m’étais souvent posé la question : « Comment fait-il pour que nous ne le voyions jamais rasé de frais ? » J’en avais conclu qu’il utilisait son rasoir le soir, peu avant le coucher. Et le lendemain matin, les poils, noirs et drus, avaient si bien poussé que ses joues paraissaient sales.
Cela ne choquait pas, car il avait la cinquantaine. Mais moi, Gwen, à vingt ans, je n’aurais pas aimé me voir ainsi dans un miroir.
— Tu rêves ? grogna Lorch.
C’était vrai. Je rêvais. Depuis des mois et des mois, on ne cessait de rabâcher à mon oreille tout ce qu’il tentait de m’expliquer pour la millième fois. Oh ! Je savais tout cela ! C’était incrusté dans ma tête.
Nous, les indigènes de la planète Altéa, nous étions colonisés, pratiquement réduits à l’esclavage par ceux de l’Empire. Non qu’ils nous contraignent au travail forcé : ils ne l’avaient jamais tenté, et même ils nous payaient… à ne rien faire, ou si peu ! »
Extrait de : P. Béra. « Marée Noire sur Altéa. »
Les manipulateurs par Paul Béra

Fiche de Les manipulateurs
Titre : Les manipulateurs
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les manipulateurs
« J’étais devenu fou. Mais non, je me trompe : je l’avais toujours été. Cela empirait, voilà tout.
Notez, si vous ne l’avez jamais été, que ce n’est pas gênant, et que c’est même plutôt amusant… à la condition que l’on se sache fou. Et je savais que je l’étais.
Ce matin-là, les grincements du vide-ordures me réveillèrent en sursaut. J’avais la bouche pâteuse. Comme je ne bois pratiquement jamais d’alcool, je savais ce que ça signifiait : j’allais entrer en crise. (Quand je dis « pas d’alcool », c’est tout simplement parce que mes moyens ne me le permettent pas. Il a atteint des tarifs prohibitifs !)
Je m’assis sur mon lit et je bâillai en m’étirant. Ma chambre mesurait trois mètres sur trois. Il y avait un lit, une armoire, une petite table et une chaise. J’y vivais depuis trois mois. Ni mieux ni plus mal logé que les autres CH3. CH3 parce que je « pointais » au chômage depuis trois mois. »
Extrait de : P. Béra. « Les Manipulateurs. »
Le vieux et son implant par Paul Béra

Fiche de Le vieux et son implant
Titre : Le vieux et son implant
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1975
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le vieux et son implant
« Il la regardait, très droit, très maigre, un ironique sourire aux lèvres, appuyé sur sa canne. Il ne s’était certainement pas rasé de toute la semaine : la barbe lui mangeait le visage.
Quel âge ? Apparemment, quatre-vingts ans. Un âge intéressant, surtout pour les filles, quand on ne voulait pas que le Vieux vous importune… du moins pas trop souvent. Mais aussi un âge périlleux car lorsque le Vieux mourait on se retrouvait à l’abandon. Et pour en trouver un autre !…
Pourtant, Laura était dans un tel état de faiblesse qu’elle était prête à courir ce risque. Si ce Vieux-là mourait, elle en chercherait un autre avec désespoir. Mais entre-temps elle aurait repris des forces. D’ailleurs, quatre-vingts ans, ce n’était pas très inquiétant. Les Humains vivaient plus longtemps depuis que la Maladie s’était abattue sur la Terre.
Oui, ils vivaient longtemps… ou bien ils mouraient jeunes. À l’âge de Laura… De toute façon, les Jeunes ne pouvaient plus se passer des Vieux. Et cela avait tout changé. Tout. »
Extrait de : P. Béra. « Le Vieux et son Implant. »
La nuit est morte par Paul Béra
Fiche de La nuit est morte
Titre : La nuit est morte
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir
Première page de La nuit est morte
« Dieu sait pourquoi Philippe Lemarchand pensait aux opérateurs et aux équipements radio de l’époque héroïque quand « Son Honneur » Hélène entra sans s’annoncer, comme de coutume. Elle en avait le droit puisque, sur décision de son père, elle avait été nommée Inspectrice générale, mais chaque fois Lemarchand grinçait des dents.
Il admettait mal de se sentir surveillé par une femme plus jeune que lui. Et quelle femme ! Aussi prétentieuse que belle, ce qui n’était pas peu dire…
Dans son fauteuil dont les contours imprécis relaxaient agréablement ses muscles, il attendait avec patience que se déclenchât l’impérieuse sonnerie de l’un des robots de surveillance.
Autrefois, l’opérateur radio passait des heures entières devant un récepteur, et même, oui, les historiens le prétendaient… il était obligé de traduire en « clair » le « langage morse », avec un vulgaire crayon ou un stylo à bille ! Que de temps perdu dans la transmission des messages, et quel casse-tête pour l’opérateur ! »
Extrait de : P. Béra. « La nuit est morte. »
La horde infâme par Paul Béra

Fiche de La horde infâme
Titre : La horde infâme
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de La horde infâme
« Ce matin, j’ai reçu un merveilleux cadeau : un rétrokaléidoscope. Voilà des années que j’enviais les possesseurs de cet instrument qui, comme son nom l’indique, permet d’observer les scintillements du Passé.
Mon salaire d’enseignant ne me permettant pas d’en acquérir un (bien sûr, si je me privais un peu… mais comment se priver dans notre civilisation actuelle ?) et mes travaux littéraires (j’écris des romans S.-F.) n’étant pas pris au sérieux au point qu’un Cénacle pontifiant m’en offrît un, eh bien, je m’en passais.
C’est sur l’initiative de Vané que mes vœux furent comblés. Vané, c’est mon élève préférée. Une magnifique blonde aux yeux noirs. Mais le sort est injuste : elle a dix-huit ans à peine, j’en ai cinquante… »
Extrait de : P. Béra. « La horde infâme. »