Catégorie : Livres

 

Maaga-la-Scythe par Alain Billy

Fiche de Maaga-la-Scythe

Titre : Maaga-la-Scythe
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Maaga-la-Scythe

« Le soleil cornu resplendissait dans le ciel ocre de Maaga-la-Scythe mais Ryl, le dernier des Impérors, avait du noir à l’âme.

Accoudé devant le miroir vibrant qui grossissait son image, il s’observait, cherchait entre ses paupières mi-closes, dans son regard bleu, les premières ombres de la peur. Son nez fin pâlissait sous l’effet d’une formidable tension intérieure, et sa bouche large aux lèvres insolentes s’affaissait, tiraillée par l’amertume. Seul le menton orgueilleux conservait ses lignes pures, sa superbe.

L’Impéror soupira, se leva pesamment, gagna l’une des fenêtres triangulaires de la chambre et regarda au-dehors.

Les avenues qui convergeaient vers le Palais étaient désertes. Quelques Volcars abandonnés stationnaient n’importe où. Pas un Bulle ne circulait entre les tours, les globes, les porches suspendus ; les véhicules scintillaient comme des jouets d’enfants délaissés, sur les terrasses vides. »

Extrait de : A. Billy. « Maaga-la-Scythe. »

Les fruits sataniques par Alain Billy

Fiche de Les fruits sataniques

Titre : Les fruits sataniques
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les fruits sataniques

« Pour peindre, Léonard avait besoin de lumière et de ce qui restait de nature, aussi laissait-il dépérir à sa guise la végétation malade autour de la bâtisse démodée mais cossue dans laquelle il se terrait : des massifs maigres, hirsutes, s’égaraient sous les branches filiformes des arbres. Dans les herbes blanchâtres, des ronces fatiguées croisaient en d’interminables lacis leurs tiges dépouillées. Ces végétaux, marqués de taches noires dues aux pluies acides, croupissaient sous des lambeaux de mousses malsaines, des colonies maussades de champignons vénéneux.

Renard rivé à sa tanière, le vieil artiste pénétra dans son atelier, une vaste salle pourvue de baies vitrées à fermetures hermétiques, donnant de plain-pied sur le parc. Il avança parmi ses peintures réalisées sur des panneaux métalliques de la circulation, s’arrêta, les yeux clos, l’esprit taraudé par une pensée. Soudain, il frappa dans ses mains, comme pour applaudir la décision qu’il venait de prendre, et il pianota en sifflotant sur le clavier de la boucle de sa ceinture. Un sidérophone de la grosseur d’une noix se matérialisa à proximité de sa bouche. »

Extrait de : A. Billy. « Les fruits sataniques. »

Le souffle de lune par Alain Billy

Fiche de Le souffle de lune

Titre : Le souffle de lune
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le souffle de lune

« Une nuit obscure, de cauchemar.

Pourtant, ne rien voir était moins pénible que de découvrir, dans la lumière blafarde du jour, ce qu’était devenue la Terre après les Grandes Guerres : une surface chaotique, brûlée, ravagée, un champ infini de ruines où ne poussait pas la moindre végétation.

Rek avançait dans l’obscurité avec des précautions de félin. À chacun de ses pas, le sol vitrifié craquait sous ses semelles. Il détestait ce bruit qui pouvait le faire repérer. Une lueur fugace balafra les ténèbres ; il leva brutalement le front, se tassa, muscles tétanisés, prêt à se défendre. Mais ce n’était qu’une étincelle due à l’électricité dont était chargée l’atmosphère pleine de poisons en suspension. Les décombres cachaient d’innombrables cadavres et l’insoutenable odeur de la mort planait partout.

Rek aperçut, dans un ravin, l’auréole d’un brasier auprès duquel un survivant imprudent devait se réchauffer.

« Encore un fêlé, pensa-t-il. Mieux vaut ne pas aller par là.  »

Extrait de : A. Billy. « Le souffle de Lune.  »

Le rideau de glace par Alain Billy

Fiche de Le rideau de glace

Titre : Le rideau de glace
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le rideau de glace

« Rost écrivait.
Rageur, il ratura les premiers mots de la pièce, froissa les feuillets griffonnés, les expédia d’une chiquenaude dans la corbeille à papiers, puis il repoussa la chaise métallique et se dirigea vers le hublot circulaire ; il n’avait que trois ou quatre pas à faire tant la cellule était exiguë. Il posa à plat ses paumes sur le verre bombé et contempla le ciel. Des nuages rouges, semblables à des blessures ouvertes, s’étiraient sur un fond pâle, d’aspect liquide. Il devait faire froid, mais Rost n’avait plus aucune notion de ce que pouvait être l’air extérieur.
Il se tourna, considéra d’un œil morne son alvéole, s’approcha des barreaux luminescents, glissa son visage entre deux d’entre eux. Une sensation de vertige l’envahit. Il se cramponna car il se trouvait à plus de deux cent cinquante mètres au-dessus du sol dans la sphère-prison de la cité de Tromb, autour de laquelle s’étendaient des rocs et des sables vitrifiés par d’anciennes explosions nucléaires. Les cellules tapissaient l’intérieur de l’immense boule creuse. »

Extrait de : A. Billy. « Le rideau de glace. »

L’orchidée rouge de Madame Shan par Alain Billy

Fiche de L’orchidée rouge de Madame Shan

Titre : L’orchidée rouge de Madame Shan
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’orchidée rouge de Madame Shan

« Toulon, juin 1986.

Un léger bruit fit sursauter le vieux Spingle. Il s’arracha à la contemplation de la rade, dont il apercevait une partie par la fenêtre de sa bibliothèque, et tordit le cou pour regarder la pendule de bronze posée sur la cheminée.

— Les vicelards ! crachota-t-il, la bouche mauvaise. À peine rentrés du boulot, ils remettent ça. Ils n’attendent même pas la nuit pour s’envoyer en l’air.

D’un index à l’ongle cerné de noir, il enfonça l’une des touches de l’accoudoir de son fauteuil d’infirme. Le moteur électrique émit un faible ronronnement, le siège démarra en marche arrière et accomplit une courbe pour contourner la table surchargée de revues chiffonnées.

— Tout de même, continua-t-il en branlant du chef, ils ont la santé, ces mômes !

Le fauteuil s’élança sur le plan incliné qui permettait d’accéder à la mezzanine construite au fond de la pièce. Parvenu sur le plancher de bois, le vieux Spingle arrêta son engin, décrocha un petit tableau qui cachait un œilleton fiché dans la cloison. Après avoir collé son œil gauche à la lunette, il brancha un minuscule haut-parleur. »

Extrait de : A. Billy. « L’orchidée rouge de madame Shan. »

Parasol 27 par Alain Billy

Fiche de Parasol 27

Titre : Parasol 27 (Tome 2 sur 2 – Le bateleur)
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir

Première page de Parasol 27

« Hortengul Alam Delapan évita avec un soin maniaque une pierre de la grosseur d’un œuf que ses jardiniers, pourtant méticuleux, avaient oubliée sur le chemin. Après avoir grogné, il se dirigea vers le gros arbre qui parachevait l’éminence artificielle à l’extrémité du jardin suspendu au-dessus des rizières.

Quand « l’ivresse de la Création Poétique » l’étreignait, le Président-Gouverneur errait seul sur ses terres et gagnait l’ombre du somptueux banian au pied duquel avait été érigé l’abri d’où l’on surplombait l’impressionnante vallée de Rantépao, au cœur du pays Toraja : une serre de verre et de métal, couverte de fleurs rouges et blanches.

Les cheveux vert pomme d’Hortengul dressaient leurs pointes lumineuses au-dessus du col relevé de son ample vêture. Cette couleur signifiait qu’il ne voulait parler à personne d’autre qu’à lui-même, car il avait, à ce moment, « l’âme végétale ».  »

Extrait de : A. Billy. « Parasol 27 – Le bateleur.  »

Le peintre des orages par Alain Billy

Fiche de Le peintre des orages

Titre : Le peintre des orages (Tome 1 sur 2 – Le bateleur)
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le peintre des orages

« Avec sa chevelure blond-blanc, des yeux lavande striés comme ceux des poupées en celluloïd, une carcasse de footballeur américain, Le Bateleur allait passer aussi inaperçu en Indonésie qu’une orange dans un plat de lentilles. Mais la mission était la mission ; personne ne songeait à discuter les ordres du « Vieux ».
Quand il posa le pied sur la terre de Java, il se demanda si l’avion qui l’avait amené jusque-là ne s’était pas posé au fond d’un aquarium, tant l’air était saturé d’humidité, aussi songea-t-il d’abord à respirer normalement, entreprise qui nécessitait un effort particulier. Cet handicap surmonté, il s’installa à l’hôtel Santika, à Bandung, puis se rendit tranquillement sur les lieux du rendez-vous, un Centre culturel français dont on fêtait l’inauguration.
Le Bateleur se glissa dans la foule qui se pressait devant le bâtiment rénové, jaugea du regard le beau monde et le modeste mélangés, mais fut vite captivé par les danseuses soudanaises qui animaient d’éloquente manière leurs fesses rebondies. »

Extrait de : A. Billy. « Le peintre des orages – Le bateleur. »

1-A par Thomas M. Disch

Fiche de 1-A

Titre : 1-A (nouvelle)
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1972
Traduction : D. Demerle
Editeur : Galaxie / Opta

Sommaire de 1-A

  • Les visages du chaos par Andrew J. Offutt
  • 1-A par Thomas M. Disch

Première page de 1-A

«  Ça », dit Mr. Green d’un ton qui se voulait sans réplique, « c’était une vraie guerre. » Mr. Green, qui avait porté les armes avec le grade de sergent lors de la Seconde Guerre mondiale, replaça le râteau derrière la porte de son garage.

— « Question d’être réelle, celle-là n’est pas mal non plus », releva Bruce Berwyn, sans grande conviction.

Le nez de Mr. Green émit un son empreint de scepticisme mais qui n’était peut-être dû qu’à son effort pour soulever la vaste corbeille de feuilles mortes.

« Tiens ! je vais vous donner un coup de main », proposa Bruce. Ce dernier avait vingt ans et exerçait, avec son père, la profession de déménageur de pianos. Deux ans auparavant, il jouait comme arrière dans l’équipe de rugby de son collège, et il avait montré une telle aptitude à ce rôle que, si l’envie lui avait pris d’entrer à l’Université, il aurait pu choisir entre trois établissements, dont un en Nouvelle-Angleterre. »

Extrait de : T.M Disch. « 1-A. »

Zothique (Mnémos) par Clark Ashton Smith

Fiche de Zothique

Titre : Zothique : les mondes perdus
Auteur : Clark Ashton Smith
Date de parution : 2017
Traduction : J. Bétan
Editeur : Mnémos

Sommaire de Zothique

  • Zothique (poème en français)
  • Zothique (poème en anglais)
  • L’empire des nécromants
  • L’île des tortionnaires
  • Le dieu nécrophage
  • Le sombre Eidolon
  • Le voyage du roi Euvoran
  • Le tisseur dans la tombe
  • Le fruit de la tombe
  • Les charmes d’Ulua
  • Xeetha
  • Le dernier hiéroglyphe
  • Les nécromants de Naat
  • L’abbé noir de Puthuum
  • La mort d’Ilalotha
  • Le jardin d’Adompha
  • Le maître des crabes
  • Morthylla
  • Des morts tu suburas l’adultère
  • Fragments & Synopsis

Première page de L’empire des nécromants

« La légende de Mmatmuor et Sodosma n’apparaîtra qu’avec les cycles derniers de la Terre, quand les récits joyeux des premiers temps seront tombés dans l’oubli. Avant qu’elle ne soit relatée, de nombreuses époques se seront succédé, le niveau des mers aura baissé, de nouveaux continents seront nés. Peut-être alors permettra-t-elle de soulager un peu la sombre lassitude d’une race moribonde, n’ayant plus d’autre espoir qu’embrasser le néant. Je raconte cette histoire telle que la raconteront les hommes de Zothique, le dernier continent, sous un soleil faible et des cieux amers où les étoiles luiront, sans attendre le soir, d’un formidable éclat.

I

Mmatmuor et Sodosma, nécromants venus de l’île sombre de Naat, se rendirent à Tinarath, par-delà les mers étrécies, afin de pratiquer leur art funeste. Mais ils ne prospérèrent point, car la mort était chose sacrée pour le peuple de cette grise contrée : il tenait en abomination la résurrection des défunts, et le néant du tombeau n’y était pas profané à la légère. »

Extrait de : C.A Smith. « Zothique: Les mondes perdus. »

Sur les ailes du chant par Thomas M. Disch

Fiche de Sur les ailes du chant

Titre : Sur les ailes du chant
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1978
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard

Première page de Sur les ailes du chant

« Daniel Weinreb avait cinq ans lorsque sa mère disparut. Bien qu’il ait choisi, à l’instar de son père, de considérer l’événement comme un affront personnel, il se prit bientôt à préférer l’existence sans elle. C’était une fille du genre pleurnicheur, encline aux longs discours décousus, à des accès de haine rentrée vis-à-vis de son père – et qui parfois retombaient également sur lui. Mariée à l’âge de seize ans, elle s’était évanouie à vingt et un, avec ses deux valises, la chaîne stéréo, et l’argenterie pour huit personnes – cadeau de mariage de sa belle-mère, Adah Weinreb.

Une fois terminées les formalités de la rupture – amorcées depuis un bon moment déjà –, le père de Daniel, Abraham Weinreb, un chirurgien-dentiste, déménagea à quinze cents kilomètres de là pour aller vivre avec lui dans l’Iowa, à Amesville : la ville avait besoin d’un praticien, le précédent étant mort. Ils habitaient un appartement au-dessus du cabinet. Daniel y avait sa propre chambre – et non plus un lit pliant. Il y avait des arrière-cours et des rues pour jouer, des arbres où grimper, et des monceaux de neige à longueur d’hiver. »

Extrait de : T.M Disch. « Sur les ailes du chant. »