Catégorie : Livres
L’étroit chemin entre les souhaits par Patrick Rothfuss

Fiche de L’étroit chemin entre les souhaits
Titre : L’étroit chemin entre les souhaits (H.S. – Chronique du tueur de roi)
Auteur : Patrick Rothfuss
Date de parution : 2023
Traduction : O. Debernard
Editeur : Bragelonne
Première page de L’étroit chemin entre les souhaits
« Bast avait presque franchi la porte de derrière de l’auberge de la Pierre levée.
Techniquement, il était sorti. Ses deux pieds se trouvaient sur le seuil et le battant était sur le point de se refermer.
Et puis il entendit la voix de son maître et s’arrêta net. Il savait qu’il avait été d’une discrétion totale. Il connaissait chaque bruit, chaque murmure que l’auberge pouvait produire. Il ne s’était pas contenté d’employer les techniques élémentaires qu’un enfant aurait trouvées subtiles : enlever ses souliers, ouvrir les portes grinçantes à l’avance, étouffer le bruit de ses pas en marchant sur les tapis…
Non. Bast était un professionnel. Il pouvait traverser une pièce sans laisser de trace plus notable qu’un léger déplacement d’air. Il savait quelles marches soupiraient quand il avait plu la veille, quelles fenêtres s’ouvraient sans difficulté et quels volets étaient exposés au vent. Il savait faire un détour par le toit plutôt que traverser un étage pour éviter de faire du bruit. »
Extrait de : P. Rothfuss. « L’étroit chemin entre les souhaits – Chronique du tueur de roi. »
Au seuil de l’invisible par Noëlle Roger

Fiche de Au seuil de l’invisible
Titre : Au seuil de l’invisible
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1949
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Au seuil de l’invisible
- Au seuil de l’invisible
- Le camarade invisible
- Les secrets de monsieur Merlin
- Le chalet du vieil homme
- La coupe de champagne
- Le venin
- Le mystérieux visiteur
- Le sacrifice d’un seul
- La messagère
- Les demoiselles
Première page de Au seuil de l’invisible
« — Denis, tu ne manges pas ta soupe ?
Le garçon tressaillit, parut se réveiller, découvrir la table en bois de sapin et l’assiette fumante. D’un geste machinal, il mangea ; debout en face de lui, tassée dans sa robe sombre, la vieille femme le regardait avec une obscure inquiétude.
Elle n’arrive pas à comprendre… La vie lui a pris ses autres enfants, et celui-là, son dernier fils, est atteint d’un mal étrange. Ce garçon si robuste et si gai ! À cause de son adresse, de sa force, la commune lui remet, chaque été, la surveillance des moutons, dans ces mauvais pâturages accrochés entre les Dents Noires. Cette année, insensible au retour du printemps, il est de plus en plus soucieux, il maigrit, refuse la nourriture, dort à peine.
La meige, consultée, a répondu :
— Ce n’est pas dans le corps qu’il a son mal.
Elle n’ajouta rien, secouant la tête ; ses petits yeux, fentes qui étincellent entre les paupières parcheminées, exprimaient une sorte de crainte. »
Extrait de : N. Roger. « Au Seuil de l’invisible. »
Celui qui voit par Noëlle Roger

Fiche de Celui qui voit
Titre : Celui qui voit
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1926
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Celui qui voit
- Le cordonnier chinois
- Celui qui voit
- Le bonheur
- Cassandre
- Le calvaire
Première page de Le cordonnier chinois
« — Savigné… Ne vous arrive-t-il jamais de vous figurer entrevoir l’avenir ?
Les paroles de Duncan émergèrent des épaisseurs de silence que les minutes lentes accumulaient entre nous, s’ouvrirent un passage à travers ma rêverie et projetèrent une ombre au seuil de mon esprit.
Comme tant d’autres soirs, je goûtais ce silence qui est l’expression la plus parfaite de l’amitié : confondre ses pensées sans qu’il soit besoin de les formuler, tandis que se rejoignent les fumées jumelles des cigarettes.
Une lampe de mosquée éclairait sourdement le désordre oriental de ce cabinet préféré de lord Clarence : tapis et tentures, coussins, divans bas, cabinet chinois incrusté de paillettes de nacre qui égrenaient des gouttes de lumière dans la pénombre ; Bouddhas de bronze doré, vases de jade, émaux cloisonnés où s’accrochaient des lueurs en voyage. »
Extrait de : N. Roger. « Celui qui voit. »
Le nouvel Adam par Noëlle Roger

Fiche de Le nouvel Adam
Titre : Le nouvel Adam
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1924
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Le nouvel Adam
« — Quel courrier, ce matin, François ! dit Mme Flécheyre en posant sur la table du déjeuner une pile d’enveloppes.
Penchée vers son mari, elle ajouta en souriant :
— Tu ne devines pas pourquoi toutes ces lettres, ces cartes ?
Le docteur Flécheyre leva son regard qui revenait de très loin, d’un pays secret où vivaient ses pensées. Et son regard devint très doux en se posant sur elle. Il remarqua le peignoir mauve qui seyait au visage encore jeune sous la couronne de cheveux blancs. Sans répondre à la question qu’il n’avait point entendue, il dit seulement :
— Marie…
Et sa voix prit une intonation de tendresse déférente qu’il n’avait que pour elle. »
Extrait de : N. Roger. « Le nouvel Adam. »
La fin des livres – Contes pour les bibliophiles par Albert Robida et Octave Uzanne

Fiche de La fin des livres – Contes pour les bibliophiles
Titre : La fin des livres – Contes pour les bibliophiles
Auteur : Albert Robida et Octave Uzanne
Date de parution : 1894
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de La fin des livres – Contes pour les bibliophiles
- La fin des livres
- Contes pour les bibliophiles
- L’héritage Sigismond
- Le bibliothécaire Van des Boëcken, de Rotterdam
- Un roman de chevalerie franco-japonais
- Les romantiques inconnus
- Le carnet de notes de Napoléon 1er
- Poudrière et bibliothèque
- L’enfer du chevalier de Kerhany, étude d’éroto-bibliomanie
- Les estrennes du poète Scarron
- Histoires de momies récits authentiques
- La momie fatale
Première page de La fin des livres
« Ce fut, il y a deux ans environ, à Londres, que cette question de la fin des Livres et de leur complète transformation fut agitée en un petit groupe de Bibliophiles et d’érudits, au cours d’une soirée mémorable dont le souvenir restera sûrement gravé dans la mémoire de chacun des assistants.
Nous nous étions rencontrés, ce soir-là, – qui se trouvait être un des vendredis scientifiques de la Royale Institution, – à la conférence de sir William Thompson, l’éminent physicien anglais, professeur à l’Université de Glascow, dont le nom est connu des deux mondes depuis la part qu’il prit à la pose du premier câble transatlantique.
Devant un auditoire brillant de savants et de gens du monde, sir William Thompson avait annoncé que mathématiquement la fin du globe terrestre et de la race humaine devait se produire au juste dans dix millions d’années. »
Extrait de : A. Robida + O. Uzanne. « Le Fin des Livres – Contes pour les Bibliophiles. »
L’image de neige par Nathaniel Hawthorne

Fiche de L’image de neige
Titre : L’image de neige
Auteur : Nathaniel Hawthorne
Date de parution : 1930
Traduction : M. Logé
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de L’image de neige
« L’ouragan venait de cesser et un soleil éclatant et froid éclairait l’après-midi glacial d’hiver. Les deux enfants demandèrent à leur mère la permission d’aller jouer dans la neige fraîchement tombée. L’aînée des enfants était une petite fille que ses parents et ses amis appelaient Violette. Mais son frère était connu sous le sobriquet de Pivoine, à cause de la rougeur de son petit visage rond et large qui rappelait à tout le monde le soleil et les grandes fleurs rouges de ce nom. Le père de ces deux enfants, un certain M. Lindsey, était un homme excellent, mais extrêmement terre à terre, qui exerçait la profession de quincaillier et qui était fermement habitué à considérer toutes les questions qui se présentaient à lui du point de vue du plus strict bon sens. Bien qu’ayant un cœur aussi tendre que celui de la plupart des hommes, il avait une tête aussi dure et aussi impénétrable (donc peut-être aussi vide) qu’une des marmites de fer qu’il vendait. D’autre part, la mère des enfants avait une tendance vers la poésie, ce qui donnait à son caractère un trait de beauté irréelle ; fleur délicate et couverte de rosée, qui avait survécu à sa jeunesse imaginative et qui réussissait à vivre au milieu des réalités poussiéreuses du mariage et de la maternité. »
Extrait de : N. Hawthorne. « L’image de neige. »
Le livre des merveilles par Nathaniel Hawthorne

Fiche de Le livre des merveilles
Titre : Le livre des merveilles
Auteur : Nathaniel Hawthorne
Date de parution : 1852
Traduction : L. Rabillon
Editeur : Bibebook
Première page de Le livre des merveilles
« Par une belle matinée d’automne on pouvait voir, réunis sous le porche d’une maison de campagne appelée Tanglewood, un certain nombre d’enfants, présidés par un jeune garçon dont la taille dépassait de beaucoup celle de ses camarades. Cette bande joyeuse avait projeté une cueillette parmi les noyers des environs, et attendait avec impatience que le brouillard se fût enlevé sur les collines, et que le soleil eût répandu sa chaleur dans les champs, dans les prairies et à travers les bois, dont l’été indien 1 colorait les feuilles de mille nuances. La matinée promettait l’un des plus beaux jours qui aient jamais égayé l’aspect de la nature, si plein de charmes et de délices. Toutefois le brouillard remplissait encore la vallée dans toute son étendue, jusqu’à une petite éminence où était située l’habitation.
À moins de cent yards 2 de la maison, une vapeur blanchâtre voilait tous les objets, à l’exception de quelques cimes vermeilles ou jaunies que venaient dorer les premiers rayons du jour, et qui çà et là perçaient l’épaisseur du brouillard. À une distance de quatre ou cinq milles, vers le sud, se dressait le pic du Monument-Mountain 3 qui semblait flotter sûr un nuage. »
Extrait de : N. Hawthorne. « Le livre des merveilles. »
La vieille fille blanche par Nathaniel Hawthorne

Fiche de La vieille fille blanche
Titre : La vieille fille blanche et autres contes fantastiques
Auteur : Nathaniel Hawthorne
Date de parution : 1926
Traduction : M. Logé
Editeur : Marabout
Sommaire de La vieille fille blanche
- La vieille fille blanche
- Wakefield
- L’artiste du beau
- La statue de bois
- L’expérience du docteur Heidegger
- Le glas nuptial
- Le trésor de Peter Goldthwaite
- Le voile noir du pasteur
- Légendes de la maison provinciale
Première page de La vieille fille blanche
« Les rayons de lune entraient par deux fenêtres étroites et profondes, et éclairaient une vaste chambre meublée à l’ancienne mode. L’ombre des vitres en diamant d’une des fenêtres se découpait sur le plancher ; la pâle lumière filtrant à travers l’autre fenêtre se posait sur le lit entre d’épais rideaux de soie et éclairait le visage d’un jeune homme. Mais comme ce dormeur était tranquille ! Comme ses traits étaient pâles ! Comme le drap qui enveloppait son corps ressemblait à un linceul ! Oui, c’était, en effet, un cadavre dans ses linges mortuaires.
Tout à coup ses traits fixes parurent frémir comme sous le coup d’une émotion obscure. Idée étrange ! Ce n’était que l’ombre du rideau frangé qui flottait entre le visage du mort et le clair de lune, tandis que la porte de la chambre s’ouvrait et qu’une jeune fille se glissait doucement jusqu’au lit. Les rayons de lune créèrent-ils une illusion, ou bien son geste et son regard trahirent-ils un éclair de triomphe, tandis qu’elle se courbait au-dessus du cadavre, – pâle comme lui, – et pressait ses lèvres vivantes contre les lèvres froides du mort ? »
Extrait de : N. Hawthorne. « La vieille fille blanche. »
La lettre écarlate par Nathaniel Hawthorne

Fiche de La lettre écarlate
Titre : La lettre écarlate
Auteur : Nathaniel Hawthorne
Date de parution : 1850
Traduction : P. Leyris
Editeur : I2N
Première page de La lettre écarlate
« Une foule d’hommes barbus, arborant des vêtements de couleurs tristes et des chapeaux à haute calotte, mêlés à des femmes dont certaines portaient un capuchon et d’autres allaient nu-tête, étaient assemblés à la porte d’un édifice de bois à la porte renforcée de pesantes traverses de chêne et garnie de pointes de fer.
Les fondateurs d’une colonie nouvelle, quelque utopie de vertu et de bonheur humains qu’ils aient pu projeter à l’origine, ont invariablement reconnu pour une de leurs premières nécessités pratiques celle d’allouer une portion du sol vierge à un cimetière et une autre portion à l’emplacement d’une prison. Conformément à cette règle, on peut tenir pour assuré que les ancêtres de Boston construisirent la première prison dans le voisinage de Cornhill, avec presque autant d’à-propos qu’ils délimitèrent le premier cimetière sur le terrain d’Isaac Johnson et autour de sa tombe, qui devint dans la suite le noyau de tous les sépulcres rassemblés dans le vieux cimetière de King’s Chapel. »
Extrait de : N. Hawthorne. « La Lettre écarlate. »
La lettre écarlate par Nathaniel Hawthorne

Fiche de La lettre écarlate
Titre : La lettre écarlate
Auteur : Nathaniel Hawthorne
Date de parution : 1850
Traduction : F. Happe
Editeur : Gallmeister
Première page de La lettre écarlate
« UNE foule d’hommes barbus, vêtus de couleurs tristes et portant de hauts chapeaux gris en forme de clocher, mêlés à des femmes, certaines coiffées d’un bonnet, d’autres nu-tête, était rassemblée devant un édifice en bois dont la porte aux lourdes traverses de chêne était hérissée d’énormes clous.
Les fondateurs d’une colonie, quelle que soit l’utopie de vertu et de bonheur qu’ils aient pu projeter à l’origine, ont invariablement dû se rendre à cette évidence que l’une des premières nécessités pratiques qui s’imposaient à eux était d’affecter une portion du sol vierge à un cimetière et une autre à l’emplacement d’une prison. Conformément à cette règle, on peut raisonnablement penser que les ancêtres de Boston construisirent la première prison, quelque part non loin de Cornhill, pratiquement en même temps qu’ils délimitèrent le premier cimetière sur le terrain d’Isaac Johnson et autour de sa tombe, qui devint par la suite le point central de tous les sépulcres rassemblés dans le vieux champ du repos de King’s Chapel. »
Extrait de : N. Hawthorne. « La Lettre écarlate. »