Catégorie : Livres

 

Transition par Iain Banks

Fiche de Transition

Titre : Transition
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Imbert
Date de parution : 2009
Editeur : Calmann-Lévy

Première page de Transition

« Je ne suis pas ce qu’on appelle communément un narrateur digne de foi, mais reconnaissez que vous méritez votre sort si vous croyez tout ce qu’on vous raconte. Croyez-moi, c’est déjà surprenant que vous lisiez ces lignes. Et c’est sans précédent, bien sûr.

Avez-vous déjà vu un sismographe ? Vous savez, ces choses terriblement délicates et sensibles, conçues pour enregistrer les tremblements de terre, pourvues d’un long crayon arachnéen dont la pointe trace une mince ligne sur un rouleau de papier qui se déroule lentement. Imaginez maintenant l’un de ces instruments en situation normale, sans rien de notable, traçant une ligne noire droite et monotone, n’enregistrant que le calme et le silence, là, sous vos pieds, partout dans le monde. Imaginez-le soudain passer en Copperplate, le papier enchaînant les allers-retours pour suivre les élans de cette police douce et tourbillonnante (l’engin écrirait par exemple : « Je ne suis pas ce qu’on appelle communément un narrateur digne de foi… »).

Improbable, n’est-ce pas ? Faites-moi confiance, c’est encore plus improbable que j’écrive ces lignes. Et que quiconque les lise. »

Extrait de : I. Banks. « Transition. »

Retour à Stonemouth par Iain Banks

Fiche de Retour à Stonemouth

Titre : Retour à Stonemouth
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Imbert
Date de parution : 2014
Editeur : Calmann-Lévy

Première page de Retour à Stonemouth

« Un peu de clarté.

Ça n’aurait pas été désagréable.

Mais non. À la place, un brouillard glacial et tenace. Même pas un brouillard, d’ailleurs, juste une brume froide sur l’estuaire. Installé au milieu du pont suspendu, je domine le Firth of Stoun d’une cinquantaine de mètres, au sommet de la longue trajectoire cambrée que l’ouvrage décrit au-dessus des eaux. En bas, les brisants battus par le vent s’alignent dans le sillage du Firth, des crêtes déchiquetées tapissées de fine mousse dérivent d’est en ouest, poussées par une brise régulière. Chaque vague se forme, se brise, grossit encore, puis s’effondre à nouveau avant que d’autres crêtes ne renaissent de leurs restes pâles, telle une armée de fantômes condamnés à disparaître dans le flou de la rivière, en amont.

Derrière moi, en direction du nord, le trafic est assez dense ; des voitures passent en sifflant, des camions font trembler la chaussée et martèlent les joints des plaques asphaltées. La quasi-totalité des véhicules ont allumé leurs phares. Le soir approche et la brume s’intensifie. »

Extrait de : I. Banks. « Retour à Stonemouth. »

Les enfers virtuels 2 par Iain M. Banks

Fiche de Les enfers virtuels 2

Titre : Les enfers virtuels 2 – Détail
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Dusoulier
Date de parution : 2010
Editeur : Robert Laffont

Première page de Les enfers virtuels 2

« Pour Veppers, il n’y avait rien de pire que les losers qui réussissaient. Cela semblait lié à l’ordre des choses – sans doute à la complexité même de la vie – que parfois, quelqu’un qui ne méritait absolument rien d’autre que de faire partie des opprimés, des piétinés, de la lie de la société, se retrouve par hasard dans une position de richesse, de pouvoir et d’admiration.

Au moins, les gagnants naturels savaient comment tenir leur rang, que leur pouvoir résulte de la chance d’être nés riches et puissants, ou qu’ils soient dotés d’ambition et de talents. Les losers qui réussissaient n’étaient jamais à la hauteur. Veppers n’avait rien contre l’arrogance, bien au contraire – c’était une qualité qu’il possédait lui-même en abondance, comme on l’en avait souvent informé –, mais elle devait se mériter. Il fallait avoir travaillé pour ça. Ou du moins, qu’un ancêtre l’ait fait.

L’arrogance sans cause, l’arrogance sans accomplissement – ou celle qui prenait la chance pour un accomplissement –, était une abomination. Les losers donnaient une mauvaise image à tout le monde. Pire encore, à cause d’eux, toute cette affaire – le grand jeu qu’était la vie – semblait arbitraire et presque dénuée de sens. »

Extrait de : I.M Banks. « Les enfers virtuels 2 – Détail. »

Les enfers virtuels 1 par Iain M. Banks

Fiche de Les enfers virtuels 1

Titre : Les enfers virtuels 1 – Surface
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Dusoulier
Date de parution : 2010
Editeur : Robert Laffont

Première page de Les enfers virtuels 1

« — Celle-là pourrait nous causer des ennuis.

Elle en entendit un prononcer ces mots, à une dizaine de mètres seulement dans l’obscurité. Même à travers sa peur, sa terreur d’être ainsi traquée, pourchassée, elle ressentit un frisson d’excitation, presque de triomphe, en comprenant qu’il parlait d’elle. Oui, songea-t-elle, elle allait leur causer des ennuis. Elle avait même déjà commencé. Et en plus, ils étaient inquiets. Les chasseurs ressentent aussi une peur qui leur est propre quand ils poursuivent leur gibier. Enfin, c’était le cas pour au moins l’un des deux. L’homme qui avait parlé était Jasken, le principal garde du corps de Veppers et son chef de la sécurité. Jasken. Bien sûr. Qui d’autre cela pourrait-il être ?

— Ah, tu crois, vraiment ? dit un autre.

C’était Veppers en personne. Elle crut sentir quelque chose se tordre en elle en entendant cette voix grave et parfaitement modulée, qui n’était pour l’instant qu’un chuchotement.

— Mais d’un autre côté, poursuivit-il, ils nous causent… tous des ennuis. (Il semblait essoufflé.) Tu ne… vois rien… avec ces machins ? »

Extrait de : I.M Banks. « Les enfers virtuels 1 – Surface. »

Le seigneur des guêpes par Iain M. Banks

Fiche de Le seigneur des guêpes

Titre : Le seigneur des guêpes
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Arnaud
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le seigneur des guêpes

« J’AVAIS passé ma journée à faire la tournée des Mâts de sacrifices, quand j’ai appris que mon frère s’était échappé. En fait, je savais depuis longtemps que quelque chose allait arriver ; le Sanctuaire m’avait prévenu.

À l’extrémité septentrionale de l’île, près des ruines délabrées de la cale de halage dont le treuil rouillé grince encore quand le vent souffle à l’est, j’avais deux mâts, plantés sur le flanc de la dune la plus éloignée. À l’un d’eux étaient attachées une tête de rat et deux libellules, à l’autre, une mouette et deux souris. J’étais en train de rattacher une souris, quand des oiseaux s’élevèrent en cercle au-dessus du chemin qui serpentait entre les dunes, et longeait ainsi leurs nids. Je m’assurai que la bête tenait bien, puis me hissai au sommet de la dune pour observer ce qui se passait avec mes jumelles. »

Extrait de : I.M Banks. « Le seigneur des guêpes. »

La plage de verre par Iain M. Banks

Fiche de La plage de verre

Titre : La plage de verre
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : B. Sigaud
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de La plage de verre

« Elle appuya son menton sur le bois en dessous de la fenêtre. Il était froid et luisant. Elle s’agenouilla sur le siège ; il avait une odeur différente du bois. Le siège était large, et rouge comme le soleil couchant ; il avait plein de petits boutons qui le ridaient profondément et le faisaient ressembler au ventre de quelqu’un. Le ciel était sombre, les lumières étaient allumées dans le téléphérique. Des gens skiaient sur les pentes raides en dessous. Elle voyait son propre visage la narguer dans le miroir de la vitre ; elle commença à se faire des grimaces.

Au bout d’un moment, la vitre devant son nez s’embua. Elle tendit la main et la nettoya. Quelqu’un, dans une cabine descendante, lui fit signe. Elle l’ignora. Les collines et les arbres blancs s’inclinèrent lentement vers l’arrière, puis vers l’avant. »

Extrait de : I.M Banks. « La plage de verre. »

L’algébriste par Iain M. Banks

Fiche de L’algébriste

Titre : L’algébriste
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : N. Savic
Date de parution : 2004
Editeur : Bragelonne

Première page de L’algébriste

« J’ai une histoire à vous raconter. Elle a plusieurs débuts et peut-être une seule fin. Ou peut-être pas. Les débuts et les fins sont des artifices contingents, des inventions. Où les histoires commencent-elles ? Il y a toujours un contexte, une épopée plus vaste dans laquelle s’inscrit l’intrigue. À moins bien sûr de débuter chaque récit par : « BANG ! Expansion ! Sssss…» et de raconter en détail la naissance de l’univers jusqu’au moment où débute l’aventure qui nous intéresse. De même, aucun dénouement n’est final, sauf à considérer qu’il est la fin de tout…
Quoi qu’il en soit, j’ai une histoire à vous raconter. Le rôle que j’y joue est tellement infime que je n’ai pas jugé nécessaire de me doter d’un nom propre. C’eût été présomptueux de ma part. Néanmoins, j’étais là. Au tout début de l’un de ses commencements.
 
À ce qu’on dit, vue du ciel, la Maison d’Automne ressemble à un flocon géant gris et rose à moitié enfoncé dans de vertes collines chiffonnées. Elle est sise sur l’escarpement long et peu élevé qui figure la frontière sud des Hautes Terres du tropique nord.  »

Extrait de : I.M Banks. « L’Algébriste. »

ENtreFER par Iain M. Banks

Fiche de ENtreFER

Titre : ENtreFER
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : B. Sigaud
Date de parution : 1986
Editeur : Gallimard

Première page de ENtreFER

« Coincé. Écrasé. Le poids vient de partout, empêtré dans l’épave (on ne fait plus qu’un avec la machine). Pas d’incendie S.V.P., pas d’incendie. Merde. Ça fait mal. Saleté de pont sanguinaire ; et c’est ma faute (oui, rouge sang le pont, la couleur est exacte ; vise le pont, vise le type qui conduit la bagnole, vise le type qui voit pas l’autre bagnole, vise le grand crash, vise le type aux os brisés qui saigne ; le sang couleur du pont. Eh oui, c’est ma faute. Quel idiot !). Pas d’incendie S.V.P. Rouge sang. Sang rouge. Vise le type qui saigne, vise la bagnole qui fuit de partout ; rouge le radiateur, rouge sang, sang comme de l’huile rouge. La pompe marche encore – merde, j’ai dit merde ça fait mal –, la pompe marche encore mais le liquide se répand partout bordel ! Probablement touché par l’arrière maintenant et bien fait pour moi, mais au moins pas d’incendie, enfin pas encore ; ça dure depuis combien de temps je me demande. »

Extrait de : I.M Banks. « ENtreFER. »

Le tsar d’acier par Michaël J. Moorcock

Fiche de Le tsar d’acier

Titre : Le tsar d’acier (Tome 3 sur 3 – Oswald Bastable)
Auteur : Michaël J. Moorcock
Date de parution : 1982
Traduction : J. Schmitt
Editeur : Opta / Galaxie

Première page de Le tsar d’acier

« Ce dut être au cours de mon cinquième jour en mer que j’eus cette révélation. De même qu’à un certain stade de son existence, un homme peut décider de la future conduite de sa vie, de même peut-il un jour faire choix d’une attitude envers la mort : soit en accepter la terrible réalité, soit s’évader dans une vision réconfortante, rêve de paradis ou de rédemption, et affronter ainsi sa fin presque avec plaisir.
Le sixième jour, il me parut évident que j’allais mourir, et c’est alors que je choisis l’illusion plutôt que la réalité.
J’étais resté allongé toute la matinée au fond du canot, le visage pressé contre le bois humide et fumant. Le soleil tropical me tapait sur la nuque et boursouflait mes chairs desséchées. Les battements ralentis de mon cœur me tambourinaient aux oreilles, formant contrepoint avec le heurt intermittent d’une vague contre le flanc de l’embarcation. »

Extrait de : M.J Moorcock. « Le tsar d’acier – Oswald Bastable. »

Le leviathan des terres par Michaël J. Moorcock

Fiche de Le leviathan des terres

Titre : Le leviathan des terres (Tome 2 sur 3 – Oswald Bastable)
Auteur : Michaël J. Moorcock
Date de parution : 1974
Traduction : D. Hersant
Editeur : Opta / Galaxie

Première page de Le leviathan des terres

« Si je devais écrire un livre de voyages, quelle que fût l’étrangeté des événements que j’y relaterais, je n’éprouverais jamais, j’en suis sûr, autant de difficultés à en assurer la publication que je n’en connus en essayant d’intéresser un éditeur à l’extraordinaire récit fait par Oswald Bastable de son incursion dans le Futur, en 1973. Les gens n’ont pas peur de l’insolite, du moment que celui-ci se place dans un contexte acceptable. Un livre rapportant comme un fait avéré la découverte, au Tibet par exemple, d’une race d’hommes à quatre jambes ou à trois yeux, d’une intelligence exceptionnelle et dotés de pouvoirs prodigieux, serait probablement considéré par une grande partie du public comme parfaitement plausible. De même, si j’avais présenté le récit de Bastable comme un ouvrage de fiction, je suis certain que les critiques auraient loué ma fertile imagination et qu’un public assez nombreux, trouvant ce livre passionnant pour son prix, l’aurait dévoré en un ou deux après-midi d’été, pour l’oublier aussitôt la dernière page tournée. »

Extrait de : M.J Moorcock. « Le leviathan des terres – Oswald Bastable. »