Catégorie : Livres
Les marches de la lune morte par Yves Meynard

Fiche de Les marches de la lune morte
Titre : Les marches de la lune morte
Auteur : Yves Meynard
Date de parution : 2015
Editeur : Editions Alire
Première page de Les marches de la lune morte
« La naissance de l’héritier de Théodore Szeleky, Comte de la Marche Orientale, eut lieu une nuit du début de l’hiver. Quatre personnes étaient réunies au chevet d’Amélia, l’épouse du Margrave. Outre le Margrave Théodore Szeleky lui-même, le docteur Azemann et son apprentie Lioubka étaient présents pour mener à bien l’accouchement. Il y avait aussi l’astrologue du château, le vieux Klaus.
Ce dernier était tout pâle et nerveux, pas tellement à l’idée d’assister à une naissance, mais plutôt à celle de devoir exercer les talents qu’il était censé posséder. Il était si troublé qu’il gardait les yeux baissés, certain que les regards de tout le monde étaient fixés sur sa personne. Mais, en fait, nul ne lui prêtait la moindre attention ; c’était la Margravine Amélia qu’on regardait. Le visage blême de la jeune femme était convulsé par la douleur. L’accouchement était difficile ; le travail durait depuis déjà fort longtemps et semblait ne pas vouloir aboutir. Klaus, ne connaissant rien à l’obstétrique, supposait que cette lenteur était normale. Il se concentrait sur ses instruments et le thème astral qu’il avait tracé. Toutes les cinq minutes, il ajustait la position d’une des roues dentées de son astrolabe, pour refléter le passage du temps. »
Extrait de : Y. Meynard. « Les marches de la Lune morte. »
Le livre des chevaliers par Yves Meynard

Fiche de Le livre des chevaliers
Titre : Le livre des chevaliers
Auteur : Yves Meynard
Date de parution : 1999
Editeur : Editions Alire
Première page de Le livre des chevaliers
« La plus ancienne chose dont Adelrune se souvienne était sa découverte du Livre des Chevaliers, dissimulé dans le grenier de la maison de briques à quatre étages où vivaient ses parents adoptifs.
Il était pourtant, à bien y penser, presque impensable de trouver un livre quelconque dans cette maison austère et sans joie – mis à part la Règle et ses douze volumes de Commentaires qui garnissaient une des étagères de chêne du salon. Combien de fois n’avait-il pas entendu Père répéter, d’un ton plein de suffisance, les paroles du Didacteur Mornude : « Toute la sagesse du monde se retrouve dans la Règle et ses Commentaires. Tout autre texte n’est que du parchemin gaspillé. »
Mais il avait bel et bien trouvé le livre dans la maison de ses parents adoptifs : au fond du grenier, non seulement coincé entre un énorme coffre vide et le mur arrière de la maison mais aussi camouflé par des toiles d’araignées coagulées, chargées de décennies de poussière. Il avait extrait le livre de sa cachette, l’avait posé sur ses genoux, en avait essuyé la couverture et vu les lettres dorées revenir à la vie. Une vie qui n’était que partielle, puisqu’il ne savait pas encore lire et ne pouvait donc saisir leur sens. »
Extrait de : Y. Meynard. « Le livre des Chevaliers. »
L’enfant des mondes assoupis par Yves Meynard

Fiche de L’enfant des mondes assoupis
Titre : L’enfant des mondes assoupis
Auteur : Yves Meynard
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Alire
Première page de L’enfant des mondes assoupis
« Mashak était un cri brûlant. Il ne restait rien d’autre de lui. Si son corps demeurait le même – même peau grenue d’une blancheur de craie, même crâne long, méticuleusement épilé, mêmes membres puissamment musclés aux tendons saillants – l’idée qu’une intelligence quelconque résidait encore à l’intérieur de cette enveloppe physique était devenue inadmissible.
Mashak n’était plus qu’un cri, un cri qui ne s’interrompait jamais. Les murs de Manoâr le répercutaient parfaitement : pendant les fractions de seconde où Mashak gonflait ses poumons, les échos de son cri emplissaient le silence ; et tout de suite, la voix de Mashak reprenait. Il y avait deux jours que le hurlement n’avait pas cessé.
Mervelld et moi avions gravi les marches de la tour de veille, usant de nos prérogatives de Guetteurs pour tenter d’échapper au cri, ne fût-ce que partiellement. En vain : au sommet de la tour, le son, à peine assourdi par la distance, était rendu encore plus terrible par les vibrations qu’il éveillait au sein des murs de métal. »
Extrait de : Y. Meynard. « L’Enfant des Mondes Assoupis. »
Le royaume en guerre par Yves Meynard
Fiche de Le royaume en guerre
Titre : Le royaume en guerre (Tome 3 sur 3 – Chrysanthe)
Auteur : Yves Meynard
Date de parution : 2020
Editeur : Editions Alire
Première page de Le royaume en guerre
« Evered contemplait le feu dans l’âtre. En de tels moments, il parvenait à ressentir une forme de paix, quand son esprit était absorbé par la danse des flammes. C’était comme si le fardeau du passé se retirait de ses épaules. Il oubliait tout ce qu’il savait, tout ce qu’il avait vu ; pendant un bref moment, il n’était plus personne, son identité s’était évaporée. Mais cette transe ne durait jamais longtemps ; bientôt il sentirait sa rage renaître, fouettée par le reflux de ses souvenirs.
Ces derniers jours, il avait constamment cherché refuge dans la contemplation des flammes, pour faire écran à ses angoisses. À force de recourir à la technique, ses effets diminuaient : les périodes de calme devenaient de plus en plus courtes. Au moins, il n’avait pas eu de crises, même si la tension qui lui taraudait les entrailles semblait promettre le pire. Il fallait absolument que les choses avancent ; Evered ne supportait plus cette interminable attente. Casimir ne cessait de lui promettre un triomphe toujours plus grand, à condition d’attendre, attendre encore un peu… »
Extrait de : Y. Meynard. « Le Royaume en guerre – Chrysanthe. »
Le prince rebelle par Yves Meynard

Fiche de Le prince rebelle
Titre : Le prince rebelle (Tome 2 sur 3 – Chrysanthe)
Auteur : Yves Meynard
Date de parution : 2019
Editeur : Editions Alire
Première page de Le prince rebelle
« Quentin et Mélogianne poussèrent la porte de la salle du Griffon et se retrouvèrent enfin en présence du roi. Edisthen était seul dans la pièce, assis les mains sur les genoux. À sa gauche, une table basse était couverte de piles de livres et de cartes repliées. D’autres sièges étaient dispersés çà et là dans un désordre confortable. Il n’y avait aucune fenêtre dans cette pièce ; une multitude de chandelles jetaient une lueur tremblotante sur les murs lambrissés de bois sombre. C’était comme si la salle du Griffon appartenait à un tout autre château, prisonnier d’un âge révolu marqué au sceau de la tristesse.
Quentin avait oublié une bonne partie du protocole qu’il avait mémorisé une décennie plus tôt, et dans ses voyages il avait appris une telle quantité de coutumes imaginaires que pendant un long moment il ne sut plus s’il devait se mortifier à plat ventre, jeter une pincée de cendres par-dessus son épaule gauche, ou se couvrir le visage et ululer son respect. Puis le bon sens lui revint ; il s’agenouilla et inclina la tête.
Il y eut un long silence, puis Quentin entendit Edisthen se lever et s’approcher de lui. »
Extrait de : Y. Meynard. « Chrysanthe – Le Prince rebelle. »
La princesse perdue par Yves Meynard

Fiche de La princesse perdue
Titre : La princesse perdue (Tome 1 sur 3 – Chrysanthe)
Auteur : Yves Meynard
Date de parution : 2018
Editeur : Editions Alire
Première page de La princesse perdue
« — Il était une fois, disait Tap Pleine-Lune, une petite princesse nommée Christine qui vivait avec son oncle.
Christine enfouissait sa tête plus profondément dans son oreiller ; il était froid là où le tissu était encore humide de larmes. Elle fermait les yeux très fort, tentait d’imaginer la princesse dans son château. Elle la voyait portant une robe pleine de volants et de galons, cousue d’étoiles – de vraies étoiles, non pas des découpures de papier d’aluminium mais des lumières éblouissantes, couleur d’argent et d’or. Elle vivait dans un immense château plein d’amis et de trésors, et tout le monde l’appelait « Altesse ». Une larme perla à son œil gauche, traversa l’arête de son nez avant d’être bue par la taie d’oreiller.
La princesse Christine n’avait pas de maman : sa mère était morte depuis longtemps et Christine ne l’avait jamais connue. Elle avait un père : un homme très grand, avec une barbe à la fois noire et blanche, mais Christine ne pouvait plus se l’imaginer que comme une lointaine présence, une figure vue du coin de l’œil. »
Extrait de : Y. Meynard. « Chrysanthe – La Princesse perdue. »
Les signaux du soleil par Jacques Spitz

Fiche de Les signaux du soleil
Titre : Les signaux du soleil
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1943
Editeur : Jean Vigneau
Première page de Les signaux du soleil
« — Un observatoire n’est pas nécessairement fait pour observer, répétait le petit père Lobatsky en bourrant sa pipe.
Philippe Bontemps s’en apercevait bien tout seul. Depuis huit jours qu’il avait rejoint l’observatoire accroché au flanc du pic, la tempête de neige faisait rage. Pour préparer une thèse de doctorat sur les taches du soleil, le Pic du Midi lui avait semblé plus favorable que Meudon. Il avait eu tout le loisir de monter ses appareils, mais quant à s’en servir, il n’en était pas question. Le soleil était aussi invisible que dans la nuit polaire.
Seul astronome de la mission qui allait hiverner là cinq mois, il était le seul à se plaindre. Lobatsky, le chef de mission, était météorologue. « Grand avantage, disait-il ; quel que soit le temps, il y a toujours quelque chose à en dire… » C’était un Polonais, naturalisé Français, qui s’était fait un nom dans la météorologie en acceptant les missions dont personne ne voulait. Marié, père de onze enfants, il disait n’avoir trouvé que ce moyen pour avoir la paix : filer pour deux ans au Groenland sur l’inlandsis, ou consentir comme maintenant à passer l’hiver dans une cabane à deux mille huit cent soixante mètres d’altitude, avec un fil téléphonique pour toute liaison avec le monde civilisé. »
Extrait de : J. Spitz. « Les signaux du soleil. »
Les évadés de l’an 4000 par Jacques Spitz

Fiche de Les évadés de l’an 4000
Titre : Les évadés de l’an 4000
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1936
Editeur : Gallimard
Première page de Les évadés de l’an 4000
« — Pat ! Par exemple ! j’ai failli ne pas te reconnaître ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
— Le froid, le soleil… fit Pat.
Il souriait et l’éclat de ses dents accentuait la teinte brique de son visage méconnaissable. Il expliqua :
— Pendant les vacances j’ai suivi les fouilles du Moyen Nord et je n’ai pas couché une fois sous terre.
— Moi, reprit Wassermann blanc comme un navet, j’étais aux stations de repos, sur les bords du nouveau Tanganika. Ah ! mon vieux, vingt-deux degrés toute la journée, on vit en pagnes. La voûte a par endroits trois cents mètres au-dessus du lac. Brise marine, vent, tempête à volonté. Planking, hydroplaneurs sur toutes les plages et les plus jolies filles du sous-sol ! Vois-tu ce que ça représente deux cents kilomètres de nappe d’eau souterraine, avec éclairage artificiel continu ?
— Un lieu dont j’aurais horreur, dit froidement Pat.
— Ça va ! fit Wassermann brusquement calmé par ce manque d’enthousiasme.
Ils suivaient l’allée de sable menant du vestiaire des ascenseurs au grand bâtiment neuf dont le fronton portait : Amphithéâtre Thucydide. D’autres groupes, enveloppés de peaux de phoque, se hâtaient sur le chemin en maugréant. »
Extrait de : J. Spitz. « Les évadés de l’an 4000. »
La parcelle « Z » par Jacques Spitz

Fiche de La parcelle « Z »
Titre : La parcelle « Z »
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1942
Editeur : Jean Vigneau
Première page de La parcelle « Z »
« — Monsieur Desmaisons, le patron voudrait vous voir le plus tôt possible, jeta le jeune stagiaire par la porte entrebâillée.
Desmaisons qui feuilletait un cahier d’observations, se leva lentement, ferma l’interrupteur électrique des autoclaves, remit en ordre quelques ballons qui traînaient sur l’évier du laboratoire, puis, sans enlever sa blouse, prit le chemin du bureau patronal.
Pourquoi le vieux le demandait-il ? Ce n’était pas dans sa manière. À l’ordinaire, il venait lui-même dans les laboratoires. Cécile lui aurait-elle déjà parlé ? Pourtant, d’un commun accord, ils avaient estimé préférable que ce fût lui qui annonçât le premier la nouvelle au patron. L’avait-il apprise par une autre voie, ou par des racontars ? Comment alors avait-il réagi ? Pas mal, évidemment, mais enfin on ne sait jamais. »
Extrait de : J. Spitz. « La Parcelle «Z». »
La guerre des mouches par Jacques Spitz

Fiche de La guerre des mouches
Titre : La guerre des mouches
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1946
Editeur : Marabout
Première page de La guerre des mouches
« Juste-Évariste Magne, né à Cahors, dans le Lot, troisième fils d’un tonnelier, avait échappé de justesse au ridicule d’être prénommé Charles, comme son père. Il le devait à sa mère, dont le jugement fut peut-être éclairé par l’approche de la mort : elle mourut en effet trois jours après la venue au monde du nouveau-né. L’enfance du jeune Juste, privé de mère, se traîna, comme tant d’autres enfances malheureuses, dans les ruisseaux d’abord, sur les bancs de l’école communale ensuite. Elle se fût peut-être poursuivie sur ceux de la Correctionnelle, si un Frère de la doctrine chrétienne, dont la sœur était voisine de la cabane du père Magne, ne s’était intéressé à juste et ne l’avait fait entrer au petit séminaire. Il s’y montra relativement studieux, mais peu tenté par la vocation ecclésiastique. À vingt ans, après une suite de hasards variés dont le miracle est qu’ils aboutirent, un diplôme de licencié ès sciences de l’université de Montpellier vint terminer cette première période de son existence.
Licencié ès sciences naturelles, Juste-Évariste Magne ne trouva pas plus aisément qu’avant l’obtention de ce titre le moyen de vivre, comme faisaient apparemment tous ceux qui l’entouraient. »
Extrait de : J. Spitz. « La guerre des mouches. »