Catégorie : Livres

 

Voile vers Sarance par Guy Gavriel Kay

Fiche de Voile vers Sarance

Titre : Voile vers Sarance (Tome 1 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 1998
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Voile vers Sarance

« LES ORAGES étaient assez fréquents à Sarance les nuits d’été pour justifier la légende abondamment colportée selon laquelle l’empereur Apius avait rejoint le dieu au cœur d’une violente tourmente qui avait pris d’assaut la Sainte Cité de ses éclairs et de ses grondements de tonnerre. Même Pertennius d’Eubulus, dont les écrits n’étaient que de vingt ans postérieurs, présentait ainsi le décès, allant jusqu’à prétendre qu’une statue de l’empereur avait basculé devant la porte d’airain du complexe palatial et que la foudre avait fendu un chêne en deux au pied de la muraille continentale. Les historiens privilégient parfois le spectaculaire au détriment de l’authentique. C’est un travers de la profession.
En vérité, la nuit où Apius rendit son dernier souffle dans la chambre pourpre du palais attenin, il ne pleuvait pas sur la ville. Néanmoins, on avait bien aperçu quelques éclairs et entendu un ou deux coups de tonnerre un peu plus tôt dans la soirée, loin au nord de Sarance, vers les plaines céréalières de Trakésie. Étant donné les événements qui suivraient, d’aucuns auraient pu voir dans cette manifestation du Nord un sinistre présage.
L’empereur n’avait pas de fils en vie et ses trois neveux avaient échoué de manière éclatante à prouver leur mérite voilà moins d’un an ; ils en avaient subi les justes conséquences. Il n’y avait donc aucun empereur désigné à Sarance quand Apius entendit – ou non – les derniers mots de sa longue vie, que lui souffla le dieu en son for intérieur : Ôte ta couronne, le Seigneur des empereurs t’attend. »

Extrait de : G.G Kay. « Voile vers Sarance – La mosaïque de Sarance. »

Le fleuve céleste par Guy Gavriel Kay

Fiche de Le fleuve céleste

Titre : Le fleuve céleste (Tome 2 sur 2 – Les chevaux célestes)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2013
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Le fleuve céleste

« FIN D’AUTOMNE, début de matinée. Il faisait froid, la brume montait de l’humus, enveloppait les tiges vertes de la bambouseraie, étouffait les bruissements, dissimulait les Douze Cimes au levant. Les feuilles d’érable tombaient sur le chemin, tapissaient la terre de rouge et de jaune. Le tintement des cloches des temples à l’orée de la ville semblait lointain, comme venu d’un autre monde.

Des tigres rôdaient dans les forêts, mais c’étaient des prédateurs nocturnes ; ils n’auraient pas faim si tôt et ce bois était peu profond. Les habitants de Shengdu en avaient peur et les anciens déposaient des offrandes au dieu tigre sur les autels. Pourtant, ils s’aventuraient dans la forêt en plein jour si nécessaire pour y ramasser du bois mort ou pour chasser, sauf si la présence d’un mangeur d’hommes était avérée. Alors, une terreur primitive les emportait et nul ne labourait les champs ni ne récoltait le thé tant que la bête n’était pas terrassée, ce qui exigeait des efforts considérables et entraînait parfois des décès.

Le garçon était seul dans la bambouseraie par cette matinée nimbée de brume. Un rayon de soleil ténu, blafard, se frayait un chemin à travers les feuillages : la lumière cherchait à s’imposer mais n’y arrivait pas encore. Furieux, il faisait tournoyer une épée en bambou de sa confection. »

Extrait de : G.G Kay. « Le fleuve céleste – Les chevaux célestes. »

La chanson d’Arbonne par Guy Gavriel Kay

Fiche de La chanson d’Arbonne

Titre : La chanson d’Arbonne
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 1992
Traduction : H. Rioux
Editeur : L’Atalante

Première page de La chanson d’Arbonne

« Un matin de printemps, alors que fondaient les neiges des montagnes et que les rivières accéléraient leur cours, Aëlis de Miraval regarda son mari s’éloigner, à l’aube, sur son cheval, pour chasser dans la forêt à l’ouest de leur château. Peu après, elle enfourcha elle aussi sa monture et se dirigea vers le nord-est, le long des rives du lac. Son but était tout tracé : elle allait concevoir un enfant.

Elle ne voyageait pas seule ni clandestinement, ce qui eût été d’une inconcevable folie. Malgré sa jeunesse et sa témérité, Aëlis n’avait jamais été folle et, même amoureuse, elle n’allait pas commencer maintenant.

Sa jeune cousine l’accompagnait, ainsi qu’une escorte de six corans armés, ces guerriers du domaine entraînés et consacrés. Son voyage avait été planifié, comme elle en avait informé son mari plusieurs jours auparavant. Elle s’en allait passer un jour et une nuit chez la duchesse de Talair, dans son château cerné de douves sur la rive nord du lac Dierne. Tout était en ordre, on y avait veillé. »

Extrait de : G.G Kay. « La chanson d’Arbonne. »

Les derniers feux du soleil par Guy Gavriel Kay

Fiche de Les derniers feux du soleil

Titre : Les derniers feux du soleil
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2004
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Les derniers feux du soleil

« Il manquait un cheval, disait-on. Tant qu’on ne l’aurait pas retrouvé, la cérémonie ne pourrait se tenir. Le marché de l’île était noir de monde en ce matin gris de printemps. Il se trouvait là beaucoup d’hommes robustes, armés, barbus, mais ils n’étaient pas venu commercer. Pas ce jour-là. Aucun étal ne serait dressé, si irrésistibles que fussent les trésors dont regorgeaient les cales d’un navire fraîchement arrivé du Sud.
Ce n’était à l’évidence pas le bon jour pour accoster.
Firaz ibn Bakir, marchand de Fézana désireux de représenter dignement le glorieux califat d’Al-Rassan avec ses soieries de couleurs vives (qui le protégeaient mal du vent mordant), ne put s’empêcher de considérer ce contretemps comme une nouvelle épreuve à lui imposée en punition des fautes commises au cours d’une vie par trop éloignée de la vertu.
Il était difficile pour un marchand de mener une existence vertueuse. Ses associés exigeaient des bénéfices, lesquels ne pouvaient pleuvoir sur qui ignorait pieusement les besoins – et les aubaines – du monde de la chair. L’ascétisme d’un ermite du désert n’était pas pour lui, avait-il décidé voilà bien longtemps. »

Extrait de : G.G Kay. « Les derniers feux du soleil. »

Toutes les mers du monde par Guy Gavriel Kay

Fiche de Toutes les mers du monde

Titre : Toutes les mers du monde (Tome 5 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2024
Traduction : E. Vonarburg
Editeur : Les Editions Alire

Première page de Toutes les mers du monde

« Le souvenir d’un foyer peut être trop éloigné, dans le temps, dans l’espace, dans l’immensité de la terre, ou de la mer.

Il peut pâlir et se brouiller à mesure que passent les années, et en cela aussi c’est une souffrance. Certains, dans leurs rêves, reviennent à des voix remémorées, des sons, des parfums, des images. Mais beaucoup ne rêvent pas, ou ne rêvent pas du lieu d’où ils viennent. Une perte trop grande, un chagrin trop ancien et trop douloureux. Et certains de ceux qui font de tels rêves les oublient dans la lumière du matin là où ils se réveillent.

C’est parfois une bénédiction.

Il y en aura d’autres qui ne peuvent oublier. Qui se drapent dans leurs souvenirs comme dans une lourde cape. On marche dans la rue d’une cité lointaine au crépuscule, on entendra les cordes d’un instrument de musique résonner dans une allée, et l’on se trouve projeté dans le passé. Peut-être décidera-t-on d’entrer dans cette allée, de se rendre là où une échappée de lumière suggère la présence d’une taverne, ou la cour d’une maison où l’on s’offre de la musique à la fin du jour. »

Extrait de : G.G Kay. « La mosaïque de Sarance – Toutes les mers du monde. »

Sur toutes les vagues de la mer par Guy Gavriel Kay

Fiche de Sur toutes les vagues de la mer

Titre : Sur toutes les vagues de la mer (Tome 5 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2024
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Sur toutes les vagues de la mer

« Le souvenir que l’on garde de son foyer est parfois trop lointain, dans le temps ou dans l’espace, à travers l’immensité de la terre ou de la mer.
Il s’estompe ou se brouille parfois à mesure que passent les années. Et c’est alors souvent une source de douleur. Dans leurs rêves, d’aucuns s’en retournent vers des voix, des bruits, des odeurs, des images. Mais beaucoup ne rêvent pas, du moins pas de leur pays d’origine. Trop de pertes, une affliction trop ancienne et trop forte. Et certains de ceux qui font de ces rêves les oublient au petit jour, là où ils se trouvent. C’est parfois une bénédiction.
Il en est d’autres qui ne peuvent oublier. Qui se drapent dans leurs souvenirs ainsi que dans un lourd manteau. Déambulant dans une cité lointaine au crépuscule, ils entendent au fond d’une ruelle un instrument à cordes qui leur rappelle leur passé. Peut-être décideront-ils de remonter cette voie, de s’approcher de cette clarté diffuse suggérant une taverne, ou alors peut-être une habitation dotée d’un jardin, où l’on jouerait de la musique à la fin du jour. »

Extrait de : G.G Kay. « Sur toutes les vagues de la mer – La mosaïque de Sarance. »

Enfants de la Terre et du ciel par Guy Gavriel Kay

Fiche de Enfants de la Terre et du ciel

Titre : Enfants de la Terre et du ciel (Tome 4 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2016
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Enfants de la Terre et du ciel

« Le nouvel ambassadeur de Séresse sentit son cœur se serrer quand il comprit que l’empereur Rodolfo, connu pour son excentricité, ne le dispenserait pas d’une innovation apportée au protocole de la cour à titre d’expérience.

L’empereur aimait les expériences. Tout le monde le savait.

Apparemment, l’ambassadeur serait tenu d’exécuter une triple révérence – à deux reprises ! – quand on l’inviterait enfin à s’approcher du trône impérial. Ces civilités, lui expliqua le dignitaire de très haute stature qui l’escortait, seraient semblables à celles que l’on rendait au grand calife Gurçu en Asharias.

Ainsi se présentait-on jadis devant les grands empereurs d’Orient, ajouta le courtisan d’un air pensif. Rodolfo semblait s’intéresser depuis peu aux effets d’une déférence aussi solennelle, effets que l’on observait et qu’on lui rapportait. Puisqu’il descendait de ces augustes figures du passé, cela ne tombait-il pas sous le sens ?

Pas du tout, considérait l’ambassadeur en son for intérieur. »

Extrait de : G.G Kay. « La Mosaïque de Sarance – Enfants de la terre et du ciel. »

Comme un diamant dans ma mémoire par Guy Gavriel Kay

Fiche de Comme un diamant dans ma mémoire

Titre : Comme un diamant dans ma mémoire (Tome 3 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2019
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Comme un diamant dans ma mémoire

« Un homme plus tout jeune dans une salle spacieuse, la nuit. Des lanternes et des lampes, des torches fixées à leur monture, une belle table, de hautes fenêtres occultées de volets, des tableaux aux murs dans l’obscurité. Il n’est pas seul. Quoi qu’il en soit, il se prend à repenser à des temps où, jeune, il l’était encore. Cela nous arrive à tous. Un parfum nous emporte, une voix, un nom, un visage qui nous en rappelle un autre…
Des événements sont en cours à cet instant, mais un contretemps est intervenu, une interruption dans la succession des visiteurs, et le passé se rapproche toujours la nuit.
Il se remémore un épisode survenu à l’époque où il étudiait le monde et la place qu’il y occupait. Il ne saurait tout raconter et il ne s’y risquera pas. On ne perçoit jamais que des bribes de l’histoire, même de la nôtre. Elle nous échappe toujours en partie, que ce soit dans nos souvenirs ou nos écrits, dans ce que nous entendons ou lisons. On ne peut saisir qu’un fragment du passé. Parfois, c’est suffisant…
 
Comme le racontent les marins, la pluie se languit des nuages alors même qu’elle tombe vers la mer à travers la lumière ou l’obscurité. Je me languis d’elle de la même manière alors que je tombe vers la mort à travers le temps, le chaos de notre époque. Il m’arrive encore de rêver d’elle la nuit, mais rien ne confère de poids ni de valeur à ces songes car il s’agit seulement de moi et de mes aspirations. De mes désirs. »

Extrait de : G.G Kay. « Comme un diamant dans ma mémoire – La mosaïque de Sarance. »

Ecrit sur la nuit par Guy Gavriel Kay

Fiche de Ecrit sur la nuit

Titre : Ecrit sur la nuit
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2025
Traduction : E. Vonarburg
Editeur : Les éditions Alire

Première page de Ecrit sur la nuit

« Au plus profond de la nuit la plus noire de l’hiver le plus féroce de l’année la plus froide qu’on puisse se rappeler.

C’était ce que pensait Thierry, au son des cloches de minuit signifiant qu’il devait se lever – pour sortir, à l’instant. Aller en ville. Dans la glace, dans la noirceur.

Il n’en avait pas envie. Quelle personne raisonnable en aurait eu envie ? Y avait-il assez de pièces d’argent à dérober pour qu’il vaille la peine de se rendre dans les rues à cette heure ?

Évidemment, oui. Parce qu’ils allaient l’essayer. Pas en si grande quantité, les pièces, mais… assez ?

Il était étendu, seul, dans le lit de Silvy. Elle était montée à l’étage dans la chambre d’Anni et d’Eudes, avec la chandelle. Il n’y avait pas de lumière. Elle lui avait dit de rester là, cependant. Elle savait pourquoi il voulait ne pas dormir chez sa mère ce soir. Elle ne posait pas de questions, ne le forçait pas à garder le silence, ou à mentir. C’était l’amie en qui il avait le plus confiance, peut-être la seule (il ne voulait pas trop y penser, pas en cet instant). »

Extrait de : G.G Kay. « Écrit sur la nuit. »

Des fleurs pour Algernon (édition augmentée) par Daniel Keyes

Fiche de Des fleurs pour Algernon (édition augmentée)

Titre : Des fleurs pour Algernon (édition augmentée)
Auteur : Daniel Keyes
Date de parution : 1966
Traduction : G. H. Gallet, H.-L. Planchat
Editeur : J’ai lu

Première page de Des fleurs pour Algernon (édition augmentée)

« Conte randu N° 1

3 mars. Le Dr Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu’ils voie si ils peuve mutilisé. J’espaire qu’ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu’ils peuve peut être me rendre un télijan. Je m’apèle Charlie Gordon et je travail à la boulangerie Donner. Mr Donner me donne 11 dolar par semène et du pain ou des gâteau si j’en veut. J’ai 32 ans et mon aniversère est le mois prochin. J’ai dit au Dr Strauss et au proféseur Nemur que je sait pas bien écrire mes il dit que sa fait rien il dit que je dois écrire come je parle et come j’écrit les composisions dans la clase de Miss Kinnian au cour d’adultes atardé du Colege Bikman où je vait 3 fois par semène a mes heure de liberté. Le Dr Strauss dit d’écrire bocou tou ce que je panse et tou ce qui m’arive mes je peux pas pansé plus pasque j’ait plus rien a écrire et je vais marété pour ojourdui.

Charlie GORDON. »

Extrait de : D. Keyes. « DES FLEURS POUR ALGERNON Édition augmentée. »