Catégorie : Livres
Tous mes univers par Joël Champetier

Fiche de Tous mes univers
Titre : Tous mes univers
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2020
Editeur : Editions A Lire
Sommaire de Tous mes univers
- En guise d’entrée
- Des débuts prometteurs
- Humour, originalité, brièveté
- Au coeur de l’oeuvre
- Intermèdes
- La fin du parcours
- En guide de sortie…
- L’oeuvre inachevée
Première page de Le chemin des fleurs
« Ce matin, je n’ai presque plus mal à la tête.
— Voici les derniers résultats. Vous aviez finalement raison, une lobotomie était nécessaire. Tout ce secteur était sous-oxygéné.
— Avez-vous réussi à augmenter la finesse de l’image ultrasonique ?
— Non, la pénétration n’était pas suffisante. Seul le crâne était visible. Nous devrons nous contenter des images prises à cette fréquence.
— De toute façon, il semble bien se remettre. On essaiera de nouveau que s’il y a des complications.
Mon déjeuner arrive. Du lait, des rôties avec de la confiture, un œuf dur. Ensuite, Julie me fait descendre au parc. Elle est contente que la douleur ait disparu. Elle me laisse près de la clôture qui borde le parc, une haute clôture en grillage, surmontée de barbelés. Combien de jours suis-je resté isolé dans ma chambre ?
Je m’assois sur le banc vert, un peu de la même couleur que le gazon. Déjà je suis fatigué, m’asseoir me fait du bien. Je tâte la cicatrice près de ma tempe. Les cheveux repoussent par-dessus. »
Extrait de : J. Champetier. « Tous mes univers. »
Reset Le voile de lumière par Joël Champetier
Fiche de Reset Le voile de lumière
Titre : Reset Le voile de lumière
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2011
Editeur : Editions A Lire
Première page de Reset Le voile de lumière
« La lumière.
Tout commence avec la lumière.
Un voile éblouissant, sans contour ni profondeur.
À la fois plein et vide.
Un absolu qui transcende toute conception de l’absolu.
Cela dure un temps qui transcende toute notion de durée.
Une forme d’éternité.
*
Dans les profondeurs du néant lumineux, des masses s’agglomèrent.
Là où il n’y avait que le vide – ou le plein qui lui est semblable –, des bordures apparaissent.
Des zones distinctes.
Des notions abstraites se superposent aux morcelures ainsi révélées.
Haut.
Bas.
Bleu.
Vert. »
Extrait de : J. Champetier. « RESET – Le Voile de lumière. »
Le prince Japier par Joël Champetier

Fiche de Le prince Japier
Titre : Le prince Japier
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1995
Editeur : Médiaspaul
Première page de Le prince Japier
« Au sud de la mer Géante, il y a très longtemps, si longtemps que presque aucun livre d’histoire ne le mentionne plus, existait le royaume de Contremont. Sur la rive du lac Emblic, célèbre cent lieues à la ronde pour ses eaux d’un vert lumineux, se dressait une belle ville fortifiée, dominée par les tours d’un château. Le roi qui trônait à Contremont en ce temps se nommait Darien. Quoiqu’un peu distrait et sans grande habileté, ni à la chasse ni au maniement des armes, Darien était bon et son peuple l’aimait. Il se maria assez tard à une charmante jeune comtesse nommée Téodora. Après bien des années où l’on s’inquiéta pour la succession de Contremont, la reine finit par donner un enfant à son roi et mari. Un fils, qu’on nomma Japier.
Physiquement, le prince Japier ressemblait beaucoup à son père. Mêmes cheveux noirs, même bouche rieuse, même silhouette élancée. Il en allait tout autrement de son caractère. Alors que le roi Darien avait toujours été placide et patient, Japier ne tenait pas en place. De mémoire de nourrice, on n’avait jamais vu enfant aussi bruyant et remuant. »
Extrait de : J. Champetier. « Le prince Japier. »
Le jour-de-trop par Joël Champetier

Fiche de Le jour-de-trop
Titre : Le jour-de-trop
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1993
Editeur : Editions Paulines
Première page de Le jour-de-trop
« Il y avait longtemps, bien longtemps que Mircaï voulait aller en ville. Cusagnas était la capitale de Milanéra : c’était une grande ville pleine d’animation, plusieurs milliers d’hommes l’habitaient, n’importe quel étranger y était admis. Voilà à quoi se limitait la réputation de la ville, c’est-à-dire très peu de choses. Cela n’empêchait pas Mircaï de rêver du jour où il quitterait son canton, où il fuirait pour toujours l’humidité des marais et la petitesse de ses habitants.
Aidé sans enthousiasme par son père, qui avait espéré que cette lubie de pré-cube lui passerait avant sa majorité, Mircaï s’engagea presque naïvement dans l’engrenage d’un long processus administratif. Il ne tarda pas à comprendre que si Cusagnas accueillait volontiers les vrais étrangers, de préférence les riches industriels de la Terre ou des planètes majeures, l’invitation était beaucoup moins empressée quand elle s’adressait aux étireurs de bois, aux marais-maréchaux, aux cultivateurs et autres paysans des cantons. Une formidable bureaucratie semblait avoir été conçue afin de décourager les voyageurs. Le moindre permis de visite impliquait une kyrielle de formalités, et ce n’était rien comparé à ce qui était exigé pour une demande de déménagement. Surtout pour Cusagnas. »
Extrait de : J. Champetier. « Le Jour-de-trop. »
La taupe et le dragon par Joël Champetier

Fiche de La taupe et le dragon
Titre : La taupe et le dragon
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1999
Editeur : Editions A Lire
Première page de La taupe et le dragon
« Dans l’astroport de la Nouvelle-Chine, le tumulte régnait. Une masse compacte d’immigrants chinois bloquait complètement les corridors du vaste bâtiment, trop excitée pour prêter attention aux signes des officiers de la sécurité ou aux vociférations des haut-parleurs. De peine et de misère, Réjean Tanner se dégagea de l’engorgement et réussit à s’enfuir jusqu’à un coin moins achalandé. Il aperçut le commandant Wang Zhong qui lui avait réservé une place sur un des rares bancs encore libre. Tanner remercia son supérieur, puis s’assit avec un soupir de soulagement, épuisé par l’éprouvante rentrée en navette atmosphérique et par les heures à faire le pied de grue à la douane. Il se massa le front : il avait la nausée et une migraine d’enfer lui fissurait le crâne. Après six semaines de voyage interstellaire, son corps avait perdu l’habitude de la gravité.
Par réflexe, Tanner consulta sa montre. Elle n’indiquait rien, évidemment. Avec un soupir d’irritation, il détacha le bracelet devenu inutile, l’ionisation de la haute atmosphère en Nouvelle-Chine y interdisait la mise en orbite de satellites de synchronisation horaire. Son premier achat sur cette planète consisterait sans doute en une montre locale. »
Extrait de : J. Champetier. « La Taupe et le Dragon. »
La peau blanche par Joël Champetier

Fiche de La peau blanche
Titre : La peau blanche
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2004
Editeur : Editions A Lire
Première page de La peau blanche
« Au départ, cette histoire était chapeautée d’une citation de Michel Tremblay. Or, à la réflexion, j’ai trouvé prétentieux d’infliger au lecteur une citation en exergue, comme si ma narration ne pouvait se suffire à elle-même sans la caution involontaire d’un auteur plus célèbre. Il a suffi d’une manipulation de clavier, d’un attouchement de souris, et la phrase amoureusement choisie est retournée au néant. Dans une seconde version, j’abordais le lecteur avec une méditation sur la vie, l’amour et la mort, dont les échos philosophiques auraient resurgi tout le long du récit. Mais, des profondeurs de mes souvenirs j’ai cru entendre les protestations d’Henri : Que c’est chiant ton début ! Souris, sélection et touche d’effacement… Petits meurtres sans importance…
La vérité, c’est que je ne sais plus combien de temps il me reste pour écrire ceci. J’essaierai donc de m’en tenir aux faits, bien assez accablants dans leur terrible nudité. »
Extrait de : J. Champetier. « La peau blanche. »
La mer au fond du monde par Joël Champetier
Fiche de La mer au fond du monde
Titre : La mer au fond du monde
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1990
Editeur : Editions Paulines
Première page de La mer au fond du monde
« Désolation : le dernier village nordique de Creuse mérite bien son nom. Par la fenêtre encroûtée de givre, le spectacle de la tempête était impressionnant. Un vent glacial hurlait et sifflait, la neige crépitait contre la vitre, des bourrasques subites soulevaient des murs blancs qui, l’espace d’une seconde, voilaient les façades à demi submergées des maisons faisant face à la salle communale. J’ai frissonné. Moi qui, une semaine plus tôt, n’avais jamais quitté l’équateur, voilà deux jours que je me rongeais les sangs, prisonnier de la tempête, incapable de mettre le nez dehors.
J’essayais de me convaincre que les fridjis devaient trouver la situation plus pénible que moi, mais c’était bien maigre comme consolation. Effectivement, au fond de la salle, les douze fridjis qui accompagnaient l’expédition se morfondaient, frileusement couchées en groupe, chaque couple s’embrassant pour se consoler de son ennui. C’est pour ça qu’on m’avait installé un lit dans la salle communale, pour leur tenir compagnie. »
Extrait de : J. Champetier. « La mer au fond du monde. »
La mémoire du lac par Joël Champetier

Fiche de La mémoire du lac
Titre : La mémoire du lac
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2001
Editeur : Editions A Lire
Première page de La mémoire du lac
« Je n’aurais jamais imaginé que le lac Témiscamingue me manquerait autant. Je m’ennuie de ses caps de granit, de ses plages glaiseuses, des reflets du soleil sur ses vagues opaques. Je m’ennuie de son odeur, de son souffle. Je m’ennuie de ces matins d’été où je me levais de bonne heure, vite habillé dans la maison silencieuse, et où je détachais le canot du quai pour une promenade en solitaire. Parfois, dans l’ombre d’une baie, je pêchais, apportant pour tout déjeuner une pomme et un thermos de café. D’autres fois je ramais : vers le sud, jusqu’à la pointe du vieux Fort ; ou vers le nord, jusqu’à l’île du Collège, pagayant devant Ville-Marie endormie. La fin de semaine il m’arrivait de rester allongé dans le canot, bercé par la vague, pendant des heures. D’autres canotiers s’approchaient parfois en croyant que c’était un canot à la dérive, pour m’apercevoir à la dernière minute, endormi au fond. J’en ai fait sursauter plus d’un comme ça. La plupart du temps on riait et on s’excusait. Mais parfois des femmes avaient si peur qu’elles se mettaient à pleurer. Ça n’arrivait pas souvent les derniers temps. Les gens avaient fini par reconnaître le canot vert de ce fou de Daniel Verrier. »
Extrait de : J. Champetier. « La mémoire du lac. »
L’aile du papillon par Joël Champetier
Fiche de L’aile du papillon
Titre : L’aile du papillon
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1999
Editeur : Editions A Lire
Première page de L’aile du papillon
« Pendant des siècles, peut-être des millénaires, Caligo était demeuré prisonnier des caves du funérarium. Il n’était pas né dans ce sombre caveau, de cela il était certain – une certitude intuitive qui ne nécessitait aucune preuve. Son éveil à la conscience avait été un processus si graduel qu’il aurait été incapable d’identifier le moment où il avait compris qu’il était distinct du néant. Les premières années – mais il aurait tout aussi bien pu s’agir de minutes que de siècles – il avait nagé dans un brouillard flou, au sein d’un bruissement dont il ne percevait ni la source, ni la nature. Au fil du temps, le brouillard qui masquait sa vue s’était dissipé, et le bruissement qui noyait tous les sons s’était atténué. Caligo, pour la première fois sans doute de son existence, avait éprouvé un désir. Le désir, encore vacillant, de comprendre.
Il tendit la main et toucha une paroi dure et lisse. Il ne distingua rien au-dessus de sa tête et ne sentit rien sous ses pieds. Il flottait à la verticale au sein d’un tube de matière transparente. Au-delà de la paroi courbe, une lumière jaune, tout d’abord faible comme le souffle d’un mourant mais de plus en plus vive, traça les contours d’une vaste pièce au sol de pierre noire, au plafond bas soutenu par de lourdes arches d’un bois si sombre et usé qu’il en paraissait huileux. »
Extrait de : J. Champetier. « L’Aile du papillon. »
Le mystère des Sylvaneaux par Joël Champetier
Fiche de Le mystère des Sylvaneaux
Titre : Le mystère des Sylvaneaux (Tome 3 sur 3 – L’univers de Contremont)
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2009
Editeur : Editions A Lire
Première page de Le mystère des Sylvaneaux
« Il y a longtemps, si longtemps que presque aucun livre d’histoire n’en parle, un pays prospère s’étendait entre la mer Géante et la mer Tramail. Au centre géographique de ce territoire se dressait Contremont, une belle ville construite sur les rives du lac Emblic, célèbre cent lieues à la ronde pour ses eaux d’un vert lumineux. Les tours d’un château dominaient la ville, et dans ce château habitait un roi nommé Japier.
Japier était aimé du peuple de Contremont, qui l’appelait « le bon roi triste ». Ce n’était pas un de ces héros dont les faits d’armes innombrables émerveillaient ceux qui en avaient entendu parler. C’était un homme simple, prompt au rire et lent à la colère, qui dans sa jeunesse avait aimé se joindre à la population à l’occasion des foires, des fêtes de moisson et des chasses qui s’échelonnaient au long de l’année, sans jamais perdre à ce contact sa noblesse ni sa dignité.
Car Japier était sage et comprenait le cœur des hommes.
Mais il était triste aussi, depuis que sa douce compagne, la reine Anne, avait perdu la vie à cause d’une chute de cheval. Cette tragédie avait secoué le royaume entier. Anne aussi était aimée du peuple, presque autant que l’était Japier. Quiconque l’avait rencontrée gardait en mémoire ses cheveux blonds, ses yeux brillants et rieurs, son nez bien fait et son corps si clair que les marguerites sous ses pas semblaient des taches brunes auprès de ses pieds blancs. »
Extrait de : J. Champetier. « Le mystère des Sylvaneaux – L’univers de Contremont. »