Catégorie : Livres

 

Te retrouver par Joëlle Wintrebert

Fiche de Te retrouver

Titre : Te retrouver
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 2020
Editeur : ActuSF

Première page de Te retrouver

«  La prochaine fois, il te tuera. »
Chère Nina, toujours aussi péremptoire…
Ce qui me surprend, en revanche, c’est le ton employé, presque dépassionné. Je remarque alors la drogue qui agrandit ses pupilles et lui prête le regard de son père. Ce regard patient, lourd, de ceux qui ont longtemps travaillé à convaincre. Nina est incapable d’une telle maîtrise. Sans l’aide de la chimie, elle n’aurait pas gardé son calme. Pas plus que lors de ses deux précédentes visites. Et pour qu’elle réussisse à maintenir une expression aussi neutre, je soupçonne Alec de lui avoir conseillé de s’entraîner devant un miroir.
Je mords l’intérieur de mes joues afin de retenir le rire que cette image suscite, et plaque sur mon visage l’air bienveillant que j’adopte en sa présence même quand elle m’exaspère.
« Il ne me tuera pas. Au bout de tant d’années, tu devrais savoir que je ne suis pas sans ressources. Je me déplace avec un choqueur, maintenant.
— Il est trois fois plus lourd, plus rapide et plus fort que toi, maman. Le temps que tu sortes ton arme, tu seras balayée. J’ai vu son neurologue, cet après-midi. »

Extrait de : J. Wintrebert. « Te retrouver. »

Pollen par Joëlle Wintrebert

Fiche de Pollen

Titre : Pollen
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 2002
Editeur : Au diable vauvert

Première page de Pollen

« Telle était la loi de Pollen.

Sandre regardait le stylet. Une arme affilée, coupante. Il l’avait affûtée avec soin.

Tu ne tueras pas.

Il scruta la Citadelle. La porte qui donnait sur les jardins s’ouvrit enfin. Un guerrier en sortit et se mit à courir. Ses pas lourds creusaient le sable des allées. Il ne s’arrêterait qu’à bout de souffle. Sandre frapperait à cet instant.

Le guerrier pénétra dans le Jardin Rouge. Sandre le guettait depuis deux jours. Le cycle de ses foulées était immuable. Bientôt il atteindrait le Jardin Bleu, il s’arrêterait devant la fontaine, épuisé.

Caché derrière la statue des Mères, Sandre attendait, ses doigts moites sur le stylet. Un tic agitait sa paupière. Tu ne tueras pas. La peur lui serrait la gorge mais sa résolution n’avait pas faibli. Et si mon corps me trahit ? Et si mon bras manque de puissance. C’est un guerrier que je vais attaquer. Un être d’exception, entraîné au combat. »

Extrait de : J. Wintrebert. « Pollen. »

Nunatak par Joëlle Wintrebert

Fiche de Nunatak

Titre : Nunatak
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1983
Editeur : Casterman

Première page de Nunatak

« Noir. Cet endroit était noir et peuplé de râles, ce qui le rendait plus noir encore et plus effrayant. Matt ramena bras et jambes contre son ventre dans un geste instinctif de protection. Puis, recroquevillé, tassé sur lui-même, il perdit connaissance à nouveau.

Quand il revint à lui, une lumière diffuse et glauque avait remplacé les ténèbres. Le sol sur lequel il gisait était ébranlé par les martèlements sourds d’une machinerie proche. Se soulevant sur les coudes, Matt découvrit les parois incurvées d’une soute immense dont le plancher matelassé était jonché de corps. Alors, une sensation atroce l’envahit : Guill ! Il avait perdu Guill ! Il s’assit avec difficulté, saisit sa tête entre ses mains, se boucha les oreilles pour ne plus entendre l’insupportable lamentation des autres occupants de la cale. Son intense effort de concentration aggrava sa migraine sans lui renvoyer le plus petit écho de son frère jumeau. »

Extrait de : J. Wintrebert. « Nunatak. »

Les maîtres – feu par Joëlle Wintrebert

Fiche de Les maîtres – feu

Titre : Les maîtres – feu
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1983
Editeur : J’ai lu

Première page de Les maîtres – feu

« Le saurien s’était mis en route au premier soleil. Il marchait vite malgré le poids du havresac qui tirait ses épaules en arrière. Il savait que les anciens ne se trompaient jamais et que s’il manquait cette chance de profiter du séisme, ce seraient trois jours de marche supplémentaires.

Lorsqu’il ressentit la première secousse, il venait d’atteindre la zone de mouvance. Le remugle spécifique des collines, le reflux brutal de toute vie animale, le silence abyssal, tous ces symptômes du tremblement de terre imminent, le saurien les accueillait avec ivresse.

Fugitif, l’aiguillon de la peur vint poinçonner ce plaisir. La seconde secousse faisait onduler le sol. Bên-ïî-ïî porta une main à sa corne frontale qu’il sentait devenir turgescente et se hâta de dégager son dos du havresac. Ses doigts coururent sur les fermetures électromagnétiques et la planche télescopique jaillit de son compartiment. Le saurien lui donna aussitôt sa dimension maximale. »

Extrait de : J. Wintrebert. « Les maîtres-feu. »

Le créateur chimérique par Joëlle Wintrebert

Fiche de Le créateur chimérique

Titre : Le créateur chimérique
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1988
Editeur : J’ai lu

Sommaire de Le créateur chimérique

  • La créode
  • Fontaraigne
  • Fontenoire
  • Mercure
  • La malédiction de Khimer
  • Le messager
  • Genèse

Première page de La créode

« Il rugit. C’était le dernier jeu inventé par les jeunes Ouqdars. Peu d’entre eux arrivaient à reproduire toute la gamme des sons qu’éructait leur animal fétiche. Damballah seul en avait maîtrisé les plus subtiles modulations.
Son cri se répercuta longtemps de miroir en miroir avant de se briser sur les parois rocheuses. L’acoustique était parfaite dans le cirque désert. Damballah aimait s’y installer dès l’aube. À cette heure, il pouvait rêver sans risque d’être interrompu.
C’était le cri du lion blessé et le jeune Ouqdar était presque trop convaincant… Le bassin l’accueillit et il s’enfouit au plus profond du glaisor. L’action mécanique du sil enrichi dénoua les nœuds musculaires qui avaient résisté au cri. Damballah se détendit. Au-dessus de sa tête, le jour naissant effilochait la nuit. Bientôt les miroirs capteraient les rayons du soleil, transmettant leur chaleur au système de régulation du bassin, et le glaisor s’échaufferait lentement jusqu’à sa température idéale. »

Extrait de : J. Wintrebert. « Le créateur chimérique. »

La fille de Terre Deux par Joëlle Wintrebert

Fiche de La fille de Terre Deux

Titre : La fille de Terre Deux
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1987
Editeur : Flammarion

Première page de La fille de Terre Deux

« Zélie pressait ses doigts contre ses oreilles. Elle ne voulait plus entendre les éclats de voix qui provenaient de la chambre voisine. Elle rêvait d’effacer en même temps que le bruit cette ville sinistre où ils avaient emménagé quand sa mère avait changé de travail, effacer la nouvelle école où, au bout de deux trimestres, elle ne s’était fait aucun ami.

Si je disposais d’une gomme magique, grognait Zélie, je l’utiliserais sur moi. Fini, Zélie. Fini tous les problèmes.

Elle jeta un regard dégoûté à son reflet dans le miroir dédoré qui trônait au-dessus de la cheminée. Elle se reconnaissait à peine. Comment avait-elle pu grossir à ce point ? Pas de doute, on l’avait ensorcelée, on avait soufflé dans son corps comme dans un ballon.

Saisissant une épingle qui traînait sur le marbre de la cheminée, elle l’approcha de sa joue. Si je pique, se demandait-elle, vais-je exploser ? Une baudruche qui se dégonfle en sifflant ? Trop douillette pour tenter l’expérience, elle reposa l’épingle. »

Extrait de : J. Wintrebert. « La fille de terre deux. »

La créode par Joëlle Wintrebert

Fiche de La créode

Titre : La créode (et autres récits futurs)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 2010
Editeur : Bélial

Sommaire de La créode

  • La créode
  • Hétéros et Thanatos
  • Qui sème le temps récolte la tempête
  • Le nirvâna des accalmeurs
  • Le verbiage du Verbic
  • Il ne faut pas jouer avec les enfants
  • Et après ?
  • La femme est l’avenir de l’homme
  • La journée de la guerre
  • Pur esprit
  • Avatar
  • La déesse noire et le diable blond
  • Hydra
  • Cendres
  • Arthro
  • Imago
  • Alien bise
  • La fiancée du roi
  • Hurlegriffe

Première page de La créode

« Il rugit. C’était le dernier jeu inventé par les jeunes Ouqdar. Peu d’entre eux arrivaient à reproduire toute la gamme des sons
émis par leur animal fétiche. Damballah seul en maîtrisait toutes les modulations.

Il rugit et son cri se répercuta longtemps de miroir en miroir avant de se briser sur les parois rocheuses. L’acoustique était parfaite dans le cirque désert. Damballah aimait s’y installer dès l’aube. À cette heure, il pouvait chevaucher ses rêves sans risque d’être interrompu.

Damballah rugit encore une fois. Pour le plaisir ? C’était le cri du lion blessé et le jeune Ouqdar était presque trop convaincant. Les hurlements sont des soupapes qui permettent d’exhaler bien des souffrances… »

Extrait de : J. Wintrebert. « La Créode et autres récits futurs. »

Chromoville par Joëlle Wintrebert

Fiche de Chromoville

Titre : Chromoville
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1984
Editeur : J’ai lu

Première page de Chromoville

« Les ombres rampent dans la ruelle, s’agrippent aux murs de l’entrepôt, s’agglutinent sous les porches, effacent les signes, avalent la couleur. Ombre parmi les ombres, un petit garçon hasarde quelques pas sur le pavé graisseux qu’irradie encore une mauvaise lueur. Il lève les bras au ciel et salue son amie, la nuit.
Alors, trois démons se détachent des murs. Le trait de feu d’un fouet-lumière cisaille l’obscurité. L’enfant, sa joue creusée d’un fin sillon fumant, exhale un cri suraigu qu’une main puante étouffe. Sous ce bâillon trop étanche, le petit garçon suffoque et s’évanouit.
Un choc brutal le ranime.
Fin de la trêve. Il vient de heurter le sol d’une cave, l’un de ces lieux secrets et rituels où les malformés comme lui rencontrent tôt ou tard la violence.
Pénombre. Une bourrade le force à se relever. Un couteau lacère sa tunique sans ménager son corps. Honteux, l’enfant baisse les yeux sur sa nudité moquée, mais le pire est encore à venir. »

Extrait de : J. Wintrebert. « Chromoville. »

Bébé – miroir par Joëlle Wintrebert

Fiche de Bébé – miroir

Titre : Bébé – miroir (Tome 2 sur 2 – Les olympiades truquées)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Bébé – miroir

« Debout. Debout dans l’océan qui gronde et flagelle tes jambes. Bien campée sur tes pieds enfoncés dans le sable. Avec ta vie rouge dans tes veines. Avec ce flux et ce reflux tout en bas de ton ventre. Avec cette boule douloureuse, obstinée dans ta gorge, cette boule en lutte contre le cri enflé dans ta poitrine.

Tes bras s’écartent, comme pour décomprimer ton corps. Ton visage se convulse et le cri fuse enfin, pour ne finir qu’avec ton souffle.

Ce hurlement tenait ton être aussi tendu qu’un arc. Maintenant qu’il a décoché sa flèche, ton corps s’affaisse, recroquevillé sur
l’absolu de ce vide nouveau. Le goût salé de tes larmes se mêle sur tes lèvres à celui des embruns. Ta tête a rejoint tes genoux et, pour la première fois, tu cèdes. L’étreinte de la mer se referme sur toi.

L’eau est douce, âcre, et tu te mets à sangloter sans retenue.

Une aiguille s’enfonce dans ton bras. Le rythme sourd des percussions t’apaise. C’est bon de ne plus résister. C’est bon de s’abandonner, de s’endormir, délivré de soi-même. Tu es syntone, syntone, syntone. »

Extrait de : J. Wintrebert. « bébé miroir. »

Les olympiades truquées par Joëlle Wintrebert

Fiche de Les olympiades truquées

Titre : Les olympiades truquées (Tome 1 sur 2 – Les olympiades truquées)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les olympiades truquées

« Elle avait nagé longtemps avant de se hisser sur la margelle du bassin. Maintenant, bras et jambes écartés, elle s’abandonnait à l’étreinte solaire, laissant les doigts avides de l’astre fragmenter sa peau en mille et une parcelles picotantes où les cristaux de sel et les gouttelettes évaporées dessinaient des méandres crissants. Elle sentait sur elle la respiration haletante du vent, son haleine chaude prise au piège des duvets de son corps.

Elle se leva pour mieux embrasser la brise, prise de vertige, se mit à tituber telle une bacchante. D’étranges figures fuligineuses traversèrent ses yeux, fermés sur un tourbillon d’étoiles.

Habituée à ces éblouissements, elle attendit sans impatience que s’en dissipent les derniers symptômes pour se glisser dans l’eau. Il lui fallait prendre garde à ne pas se couper sur les coquillages qui tapissaient le ciment des parois. Le bassin n’était pas assez profond pour permettre à quiconque de plonger, mais il était assez large et long, et la mer ici canalisée était maintenue à la température très douce de vingt-cinq degrés. »

Extrait de : J. Wintrebert. « Les olympyades truquées. »