Catégorie : Livres

 

Le cinquième est dément par Jean-Marc Ligny

Fiche de Le cinquième est dément

Titre : Le cinquième est dément (Le Poulpe)
Auteur : Jean-Marc Ligny
Date de parution : 2000
Editeur : Baleine

Première page de Le cinquième est dément

« Ça vient. Lassie le sent. Dans les cuisses, l’utérus, la matrice. Ça part de sa chatte et irradie tout son corps, par vagues successives, convulsives. Ça accélère avec les coups de piston du mec qui la fourre en ahanant, rouge et suant. Pas une belle gueule, mais il a trouvé le truc. Waouh – comme un flash, en plus doux.

Lassie se met à gémir, puis à crier. Elle ne peut s’en empêcher : chaque fois qu’elle jouit, elle vocalise : des ah, des oh et des hi sur tous les tons. En général ça plaît aux clients, ça excite leur frénésie et ils ajoutent parfois un petit pourliche, parce qu’elle n’est pas obligée de jouir en plus. Toutefois Lassie ne simule pas : elle manque totalement de talent pour la comédie, quand elle n’est pas trop défoncée pour remarquer qu’elle baise – ou plutôt se fait baiser.

En tout cas, ce mec l’emmène au ciel. Classique pourtant, missionnaire de base. Un grand sourire fend ses traits de bureaucrate un peu poupins. Heureux de la voir prendre son pied, il sue et ahane avec une belle conviction, se concentre pour pas venir trop vite, bien la monter au top. Plein d’attentions, quoi. »

Extrait de : J.M Ligny. « Le cinquième est dément – Le Poulpe. »

La saga d’Oap Täo par Jean-Marc Ligny

Fiche de La saga d’Oap Täo

Titre : La saga d’Oap Täo
Auteur : Jean-Marc Ligny
Date de parution : 1990
Editeur : ActuSF

Sommaire de La saga d’Oap Täo

  • Rasalgethi
  • Apex (M57)
  • Bérénice

La mort peut danser par Jean-Marc Ligny

Fiche de La mort peut danser

Titre : La mort peut danser
Auteur : Jean-Marc Ligny
Date de parution : 1994
Editeur : Denoël

Première page de La mort peut danser

« Le bûcher était dressé face à la mer, au sommet de la falaise de Ceann Boirne (qui, bien plus tard, serait nommée Black Head). Le ciel était clair pour un 1er novembre : de l’autre côté de la baie, on distinguait des fumées qui montaient dans l’air pâle du matin : celles de Gaillimh(1) – foyers ou incendies, qui savait ? Tant de malheurs étaient survenus… À l’ouest, les éminences plates des îles d’Aran s’allongeaient sur l’horizon. Au milieu, la mer étirait de longues rides rose-mauve, irisées par le soleil qui pointait à peine au-dessus des monts Gleann Eidhneach…

La petite foule hâve et déguenillée, pelant de froid et ployée par le vent, ne s’était pas rassemblée là pour admirer le paysage. Tous les regards étaient tournés vers le bûcher, gardé par une troupe de « Soldats Noirs » – des Normands. Immobiles, terrifiants, bardés de fer – heaumes, hauberts, écus d’airain – les envahisseurs. Ils étaient là pour empêcher que l’on dispersât le bûcher… Certains villageois avaient essayé durant la nuit : leurs corps gisaient au pied de la falaise, léchés par la mer et picorés par les mouettes, et leurs âmes avaient rejoint le Sid… »

Extrait de : J.M Ligny. « La mort peut danser. »

Kriegspiel par Jean-Marc Ligny et Dominique Goult

Fiche de Kriegspiel

Titre : Kriegspiel
Auteur : Jean-Marc Ligny et Dominique Goult
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Kriegspiel

« Soleil. Soleil dans le ciel délavé. Soleil sur la ville, éclatante de blancheur, carrelée d’ombres fraîches. Soleil sur les vitres, carrés en fusion. Soleil sur les places, pointillés des feuillages. Soleil sur la plage, ors couverts de corps de bronze. Soleil sur la mer, reflets étincelants.

Reflets étincelants sur la paire de jumelles, dont le regard de verre survole la ville. Le regard s’attarde sur la plage, glisse lentement d’un corps à l’autre, vise une tête rieuse sortant de l’eau, suit les rebonds d’un volant de badminton entre des raquettes maladroites.

— … responsables… tous responsables…

La voix, derrière les jumelles, est rauque, cassée, coupante comme des tessons de verre. Les jumelles tremblent un instant, se fixent encore sur la plage, devant un pique-nique : les enfants crient, la femme sourit, le mari agite des mains excédées, l’oreille collée à un transistor. »

Extrait de : J.M Ligny + D. Goult. « Kriegspiel. »

Jihad par Jean-Marc Ligny

Fiche de Jihad

Titre : Jihad
Auteur : Jean-Marc Ligny
Date de parution : 1998
Editeur : L’Atalante

Première page de Jihad

« Assis sur une pierre au pied d’un olivier tors, Ali Belkacem était occupé à bourrer son sipsi de kif quand il entendit les ronflements des hélicoptères. Avec des gestes vifs pour son âge, il rangea sa bourse, se leva et scruta le ciel chauffé à blanc à travers les branches tourmentées. Le grondement s’amplifiait, enflait derrière la montagne.

Il jeta un coup d’œil à ses moutons disséminés dans la pente, vaquant en quête d’une herbe rare et sèche entre les oliviers moribonds. Le bruit ne semblait pas les inquiéter.

Le vieux berger, si : lui savait ce qu’il signifiait.

AQMI lançait un raid sur Aït-Idja.

Ali résista à l’impulsion de détaler comme un lapin. Au contraire, il tenta de se fondre dans l’ombre falote de l’arbre. Peut-être qu’ils n’allaient pas le voir, bî din illâh, qu’ils allaient juste passer, s’éloigner vers Tizi-Ouzou… Peut-être que cette fois ils ne mettraient pas le feu à la montagne. »

Extrait de : J.M Ligny. « Jihad. »

Le temple d’os par Jean-Claude Dunyach

Fiche de Le temple d’os

Titre : Le temple d’os (Tome 2 sur 2 – Le jeu des sabliers)
Auteur : Jean-Claude Dunyach
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le temple d’os

« Depuis l’aube, la caravane serpentait parmi les arêtes de roche fondue et les cuvettes de sable rouge. Entre les aiguilles prismatiques couronnant les rochers, jaillissait par instants un arc-en-ciel qui s’évanouissait à son approche comme le linteau d’une porte interdite. Une multitude de lézards, dérangés par son passage, s’enfuyaient vers les rares zones d’ombre, leur corps iridescent accrochant de brefs éclairs qui se perdaient dans le reflet des quartz. Le silence n’était empli que de leurs crissements et du heurt régulier des pattes des montures, avec, de temps en temps, le cri d’un rapace invisible. A l’horizon, des tourbillons brûlants regroupaient les dunes en troupeaux pour les conduire vers de nouveaux pâturages de silice et d’oxyde. 
Jern cheminait en arrière-garde, obéissant à l’ordre strict d’Olym de se tenir sans cesse à l’écart des caravaniers. Ses yeux protégés par des coquilles-miroirs lui donnaient un regard d’insecte. En proie à l’une de ses crises coutumières, il s’était peu à peu laissé distancer et luttait contre la tension de l’invisible fil qui s’étirait, à travers l’espace, jusqu’à sa terre natale. »

Extrait de : J.C Dunyach. « Le temple d’os – Le jeu des sabliers. »

Le temple de chair par Jean-Claude Dunyach

Fiche de Le temple de chair

Titre : Le temple de chair (Tome 1 sur 2 – Le jeu des sabliers)
Auteur : Jean-Claude Dunyach
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le temple de chair

« Les billes de verre dansaient dans la lumière crue de l’après-midi, projetant des éclairs de couleur sur les murs de la ruelle. Jern jonglait distraitement, les yeux fixés sur le sol inégal pour éviter les flaques boueuses qui risquaient d’éclabousser son costume de scène. Les doigts de sa main gauche effectuaient leur ronde avec une habileté presque surnaturelle, indifférents à son humeur du moment. Sur ses épaules recouvertes de velours noir, les deux griffes d’argent des outre-mondiers luisaient comme des larmes gelées. Les rares passants détournaient la tête à son approche.

En quelques minutes, il atteignit le canal principal qui séparait la ville en deux comme un coup d’épée, traversa le pont de pierre et s’arrêta un instant près des péniches amarrées le long du quai. La rumeur monotone des canaux enveloppait les rues étroites, mêlée aux cris des marchands de poissons et d’algues séchées. L’air était chargé d’odeurs fortes, remugles de goudron, de saumure et d’épices. »

Extrait de : J.C Dunyach. « Le temple de chair – Le jeu des sabliers. »

Voleurs de silence par Jean-Claude Dunyach

Fiche de Voleurs de silence

Titre : Voleurs de silence (Tome 3 sur 3 – Étoiles mortes)
Auteur : Jean-Claude Dunyach
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Voleurs de silence

« Vorst se savait l’homme le plus recherché de l’univers. Il survivait grâce à cette conviction. Lorsque les règles du jeu à l’échelle des mondes avaient soudain changé en sa défaveur, il s’était trouvé dans le camp des fuyards, trop vite pour avoir pu s’y préparer. Il avait perdu ses moyens d’existence, ce qui était grave, mais aussi sa confiance en lui, ce qui était infiniment pire. Son nouveau rôle de fugitif traqué l’avait empêché de céder à l’attraction du vide de sa propre vie. Se sentir en danger l’avait protégé du suicide.

Dans ses rares instants de lucidité, il devait s’avouer qu’il était peu probable que Closter, son ennemi personnel, se soit immédiatement lancé à ses trousses. Après l’atterrissage des Animaux Villes sauvages, vingt-sept nouvelles planètes s’étaient ouvertes d’un seul coup à la colonisation, au moment précis où la guerre civile éclatait sur Vieille Terre. Il y avait eu un exode massif des pauvres et des sans-abri, avec à leur tête les gitans que Vorst haïssait. Vu le chaos qui régnait à l’époque, Vorst n’avait sans doute pas été au centre des préoccupations de Closter. »

Extrait de : J.C Dunyach. « Voleurs de silence – Etoiles mortes. »

Aigue-marine par Jean-Claude Dunyach

Fiche de Aigue-marine

Titre : Aigue-marine (Tome 2 sur 3 – Étoiles mortes)
Auteur : Jean-Claude Dunyach
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Aigue-marine

« Le bout de mes doigts trempe dans un liquide épais, glacé. Je retire ma main, la renifle. C’est bien ce que je pensais… Le pire saut de ma vie.

Le froid m’entaille la peau. À l’autre bout de la pièce, une toux grasse déchire le silence. Je tente de décoller des paupières trop lourdes. Obscurité. Comment savoir si j’ai bien ouvert les yeux ?

La toux reprend, à la façon d’un appel au secours. Je me redresse. Ombre est quelque part dans cette encre, en train de se noyer dans une mer de vomissures. Lumière ! J’ai beau crier, le terminal ne réagit pas. Je me laisse retomber. La couchette, dure sous les épaules. Stable. Partir de là, puis reconstruire tout le reste…

Une tête jaillit de ma poitrine. Des cheveux laiteux qui s’agitent. Un cou, des épaules de femme qui se fraient un passage hors de moi, des seins nus, vaguement lumineux. Je m’ouvre comme un cocon et mes bras se replient sur mon torse, impuissants à enrayer cette déchirure. »

Extrait de : J.C Dunyach. « Aigue-Marine – Étoiles mortes. »

Nivôse par Jean-Claude Dunyach

Fiche de Nivôse

Titre : Nivôse (Tome 1 sur 3 – Étoiles mortes)
Auteur : Jean-Claude Dunyach
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Nivôse

« Comme d’habitude, Ombre a vomi sur le tapis. Crétin de chat ! La belle symétrie du motif de laine est souillée d’une longue traînée verdâtre. L’odeur est suffocante mais un bataillon de fourmis nettoyeuses s’affaire déjà à réparer les dégâts. Ombre est invisible, sans doute réfugié dans un recoin de la salle de bains pour s’y laisser mourir plus à son aise. Ça lui passera…

Je savoure la façon dont les choses se remettent en place après un échange. Lentement : d’abord, le sentiment poignant de ne pas être au bon endroit, le décor qui n’est plus ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Une balafre sur le tapis qui se reflète dans le miroir du plafond, une harmonie rompue, des fêlures qu’il faut réparer, rien de vraiment palpable. Puis, soudain, le déclic ! J’ai réussi le grand saut une fois de plus, je suis là où je dois être, même s’il me faut du temps pour le réaliser. »

Extrait de : J.C Dunyach. « Nivôse – Étoiles mortes. »