Catégorie : Livres

 

Zodiac par Neal Stephenson

Fiche de Zodiac

Titre : Zodiac
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 1988
Traduction : J.P Pugi
Editeur : Denoël

Première page de Zodiac

« Roscommon déversa ses gravats dans le jardin une heure après l’aube. Les autres jours, c’est à peu près le moment où je me lève et où il s’effondre ivre mort sur le bas-côté d’une voie express. Nous avons passé un accord, tous les deux. Il se contente d’un loyer raisonnable, voire ridicule selon les normes bostoniennes, et en contrepartie nous – moi et mes colocataires – le laissons dévaster notre écosystème. Chaque année, en cette saison, il sème le chaos. Il est également connu pour envoyer sans préavis des artisans démolir des parois en plein milieu de la nuit, couper l’eau pendant que nous prenons une douche, saturer le sous-sol de relents non identifiables, abattre des ormes et des érables pour en faire du bois de chauffage et tout retapisser. Puis il déclare que de nouveaux locataires en puissance vont venir visiter la baraque et que nous avons intérêt à la rendre présentable. Et plus vite que ça ! »

Extrait de : N. Stephenson. « Zodiac. »

Snow crash par Neal Stephenson

Fiche de Snow crash

Titre : Snow crash (Le Samuraï virtuel)
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 1992
Traduction : G. Abadia
Editeur : Bragelonne

Première page de Snow crash

« Le Dépêcheur appartient à une élite, une sous-catégorie sacrée. Totalement imbu de sa mission, il se prépare en ce moment à accomplir sa troisième livraison de la soirée. Son uniforme, noir comme du charbon actif, filtre jusqu’à la lumière de l’air. La moindre balle rebondirait sur la texture de ses arachnofibres comme un moineau se cognant à un carreau, alors que son excédent de transpiration passe au travers comme une brise sur une forêt récemment arrosée de napalm. Aux endroits où son corps présente des saillies osseuses, la combinaison a sécrété des plaques d’armorgel dont la consistance est celle d’une mousse granuleuse et qui le protègent aussi efficacement que plusieurs couches d’annuaires du téléphone.

Quand ils lui ont confié ce travail, ils lui ont remis une arme. Le Dépêcheur ne manipule jamais d’espèces, mais quelqu’un pourrait en vouloir à son véhicule ou aux marchandises qu’il transporte. Le pistolet est minuscule, aérodynamique, léger comme une plume, une vraie parure de styliste de mode. »

Extrait de : N. Stephenson. « Snow Crash. »

L’âge de diamant par Neal Stephenson

Fiche de L’âge de diamant

Titre : L’âge de diamant ou Le manuel illustré d’éducation pour Jeunes Filles
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 1995
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Le livre de poche

Première page de L’âge de diamant

« Les cloches de St. Mark carillonnaient sur la montagne tandis que Bud patinait vers le salon de mod pour la remise à niveau de son pistocrâne. Bud étrennait sa nouvelle paire, d’une vitesse maxi de cent à cent cinquante kilomètre-heure, selon que vous étiez plus ou moins gras ou portiez ou non une aérotenue. Bud aimait le cuir collant qui mettait en valeur sa musculature. Lors d’une précédente visite au salon, deux ans plus tôt, il s’était fait inclure quelques nanosites dans l’épaisseur des muscles ; trop minuscules pour être visibles ou perceptibles, ces zites effectuaient une stimulation électrique des fibres musculaires, selon un programme censé développer la carrure. Combiné à la pompe à testostérone incorporée dans l’avant-bras, le système équivalait à passer vingt-quatre heures sur vingt-quatre en salle de gym, sauf qu’on n’avait strictement rien à faire et qu’on n’était jamais en nage. Seul inconvénient, ces petits chatouillis aussi crispants qu’irritants. Il avait fini par s’y habituer ; malgré tout, ça le rendait toujours un rien nerveux lorsqu’il patinait, surtout lorsqu’il fonçait à cent à l’heure dans une artère bondée. »

Extrait de : N. Stephenson. « L’Âge de Diamant. »

Choc terminal Tome 1 par Neal Stephenson

Fiche de Choc terminal Tome 1

Titre : Choc terminal Tome 1
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 2021
Traduction : B. Domis
Editeur : Albin Michel

Première page de Choc terminal Tome 1

« La canicule à Houston perturbait le trafic aérien. Le jet de la reine aurait certes pu atterrir, ayant rejeté dix tonnes de carburant transformé en gaz carbonique dans l’atmosphère pendant le vol depuis Schiphol. Une fois l’appareil ravitaillé en revanche, sa portance ne lui aurait pas permis de décoller sans danger avant que s’achève le pic de chaleur. Et ce qui allait y mettre fin était un ouragan.

Sous la direction des aiguilleurs du ciel, Frederika Mathilde Louisa Saskia – le nom de baptême de la reine – et son copilote, un capitaine de la Royal Dutch Air Force nommé Johan, se lancèrent dans la série de manœuvres qui les mènerait à Waco. Peut-être pas la destination optimale de leur point de vue, mais pas question d’ergoter. L’avion d’affaires, un peu bondé avec sept âmes à bord, volait plus haut et plus vite que les long-courriers. Il fendait la partie inférieure de la stratosphère légèrement au-dessus de neuf cents kilomètres-heure, presque prêt à entamer sa descente vers Houston, quand on les avait avertis de la trop faible densité de l’air dans cette ville. »

Extrait de : N. Stephenson. « Choc terminal T1. »

Anatèm Tome 2 par Neal Stephenson

Fiche de Anatèm Tome 2

Titre : Anatèm Tome 2
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 2008
Traduction : J. Collin
Editeur : Albin Michel

Première page de Anatèm Tome 2

« Le voyage vers le sud fut rapide. Nous le couvrîmes en quatre jours et trois nuits. Nous n’avions presque plus d’argent, alors nous campions. Yul préparait les petits déjeuners et les dîners. Nous préservions nos fonds pour le carburant et les déjeuners, glissant à travers les chaînes de restauration rapide et les stations-service comme des fantômes.

Durant presque toute la première journée, le panorama demeura dominé par d’immenses étendues d’arbres-à-carburant. Seules les agglomérations qui entouraient les usines de traitement, broyant et cuisant les arbres pour en extraire le combustible liquide, maculaient ce paysage de forêts. Puis nous traversâmes durant deux jours le territoire le plus densément peuplé que j’eusse jamais vu et strictement à l’image du continent dont nous étions partis : les mêmes panneaux et les mêmes boutiques, partout. Les villes étaient si proches que leurs fauxbourgs s’entremêlaient, et nous n’y vîmes jamais la moindre terre cultivée ou sauvage. Nous déroulions le réseau autoroutier cahin-caha, d’un embouteillage à l’autre. J’aperçus de nombreuses concentes. »

Extrait de : N. Stephenson. « Anatem T2. »

Anatèm Tome 1 par Neal Stephenson

Fiche de Anatèm Tome 1

Titre : Anatèm Tome 1
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 2008
Traduction : J. Collin
Editeur : Albin Michel

Première page de Anatèm Tome 1

«  Vos voisins se brûlent-ils vifs les uns les autres ? » voilà comment fraa Orolo entama la conversation avec artisan Flec.

L’embarras me frappa. L’embarras est une chose que je ressens dans ma chair, comme une motte de boue chauffée au soleil s’écrasant sur ma tête.

« Vos chamans se déplacent-ils sur des échasses ? » poursuivit fraa Orolo, en consultant une feuille qui, à en juger par son aspect brunâtre, avait au moins cinq cents ans. Puis il releva les yeux et ajouta obligeamment : « Il se peut que vous les appeliez pâtres ou guérisseurs. »

L’embarras commença à se répandre. Il me hérissa le cuir chevelu en deux pans égaux.

« Quand un enfant tombe malade, priez-vous ? Faites-vous des sacrifices à un bâton peint, ou incriminez-vous une vieille femme ? »

Maintenant, l’embarras brûlait mon visage, bouchait mes oreilles et irritait mes yeux. Je n’entendais quasiment plus les questions de fraa Orolo. »

Extrait de : N. Stephenson. « Anatèm t1. »

La frontière par Neal Stephenson

Fiche de La frontière

Titre : La frontière (Tome 2 sur 2 – Les deux mondes)
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 2011
Traduction : H. Esquié
Editeur : Sonatine

Première page de La frontière

« Curtis. Peter Curtis. Il avait fallu plusieurs heures de dérive sur Google à Richard pour retrouver le nom de famille du petit ami de Zula. L’obstination du jeune homme à employer un pseudonyme différent dans chaque système auquel il avait accès lui avait rendu la tâche affreusement difficile. Si Peter et Zula avaient pris une chambre au Schloss comme des clients ordinaires, Richard aurait pu accéder à ses relevés de carte bancaire. Mais ils avaient séjourné dans l’appartement de Richard, comme invités.
L’avancée décisive dans l’affaire avait été réalisée par Vicki, la fille du ravitaillement en munitions dans la Grand Marquis et de l’anecdote sur la peau d’ours. Elle était en licence à Creighton. Apparemment, elle souffrait d’insomnie sévère ou possédait un énorme stock d’Adderall. Vicki avait accès à la page Facebook de Zula et à son compte de partage de photos sur Flickr. Elle disposait aussi des clichés qu’elle avait pris elle-même pendant la Ré-U. Elle avait constitué un portfolio de photos de Peter et s’était servie d’un site Internet qui pratiquait la technologie de reconnaissance faciale pour chercher sur le web des photos du même visage ou de visages semblables. »

Extrait de : N. Stephenson. « Les deux mondes – La Frontière. »

Le réseau par Neal Stephenson

Fiche de Le réseau

Titre : Le réseau (Tome 1 sur 2 – Les deux mondes)
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 2011
Traduction : H. Esquié
Editeur : Sonatine

Première page de Le réseau

« Richard gardait les yeux rivés au sol. Toutes les bouses de vache n’étaient pas sèches et, sur celles qui l’étaient, on aurait eu tôt fait de se tordre la cheville. Il n’avait pris qu’un bagage à main, aussi les pointures 45 qui se faufilaient parmi les mottes brun-vert étaient-elles des chaussures de cross-training en toile noire qu’on aurait pratiquement pu plier en deux et fourrer dans une poche. Il aurait pu aller s’acheter des bottes au Walmart le matin. L’assemblée, cependant, l’aurait remarqué et n’aurait pas manqué de le charrier pour une telle extravagance.

Deux douzaines de membres de sa famille, déployés par grappes le long du grillage à sa droite, étaient en train de tirer des coups de feu dans le ravin ou de recharger leurs armes. C’était une tradition qui avait été instaurée pour permettre aux garçons les plus jeunes de se défouler un peu pendant l’attente interminable de la dinde et du gâteau. »

Extrait de : N. Stephenson. « Le réseau – Les Deux Mondes. »

Golgotha par Neal Stephenson

Fiche de Golgotha

Titre : Golgotha (Tome 3 sur 3 – Cryptonomicon)
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 1999
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Payot

Première page de Golgotha

« Du point de vue des technocrates mâles et blancs prétendument privilégiés tels que Randy Waterhouse et ses ancêtres, les Palouses évoquent surtout un immense laboratoire grandeur nature pour l’étude de l’aérodynamique non linéaire et de la théorie du chaos. Comme il n’y a pas grand-chose de vivant dans ce pays, les éventuelles observations ne sont pas entravées en permanence par les arbres, les fleurs, la faune ou les efforts sordidement linéaires et rationnels du genre humain. La chaîne des Cascades bloque les brises tièdes, humides et revigorantes venues du Pacifique, intercepte l’essentiel de l’humidité pour tapisser de neige les pistes de ski au grand bonheur des citadins de Seattle au teint humide de rosée, et détourne le reste de celle-ci vers le nord en direction de Vancouver et vers le sud en direction de Portland. Conséquence de cet état de fait, la région des Palouses en est réduite à devoir importer son air en gros du Yukon et de la Colombie britannique. »

Extrait de : N. Stephenson. « Golgotha – Cryptonomicon. »

Le réseau Kinakuta par Neal Stephenson

Fiche de Le réseau Kinakuta

Titre : Le réseau Kinakuta (Tome 2 sur 3 – Cryptonomicon)
Auteur : Neal Stephenson
Date de parution : 1999
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Payot

Première page de Le réseau Kinakuta

« Il fait un temps chaud et couvert sur la mer de Bismarck le jour où Goto Dengo perd la guerre. Les bombardiers américains arrivent en volant au ras des vagues. Il se trouve que Goto Dengo est monté sur le pont s’oxygéner en faisant sa gymnastique matinale. Respirer de l’air pur qui ne sent ni la merde ni le vomi le rend euphorique et invulnérable. Tous les autres doivent se sentir dans le même état d’esprit, car il contemple les avions un bon moment avant d’entendre enfin le Klaxon d’alerte.

Les soldats de l’empereur sont censés se sentir en permanence euphoriques et invulnérables, parce que leur esprit indomptable les rend ainsi. Que Goto Dengo n’éprouve la même sensation que lors qu’il est dehors, sur le pont, à respirer l’air pur, le couvre de honte. Les autres soldats ne doutent jamais, eux ; du moins, ils ne le montrent pas. Goto Dengo se demande quand il a commencé à prendre la mauvaise pente. »

Extrait de : N. Stephenson. « Le réseau Kinakuta – Cryptonomicon. »