Catégorie : Livres
Valcrétin par Régis Messac
Fiche de Valcrétin
Titre : Valcrétin
Auteur : Régis Messac
Date de parution : 1973
Editeur : Edition spéciale / J. C. Lattès
Sommaire de Valcrétin
- Valcrétin
- Musique arachnéenne
Première page de Valcrétin
« — Plus d’espaces inexplorés sur le globe ? Quelle plaisanterie !
Je me rappelle encore sur quel ton Corrabin lança cette phrase. Charles Corrabin, un ami de toujours ; un grand basque brun et efflanqué, aux longues jambes presque toujours gainées de houseaux de cuir, que j’avais amené chez mon maître, le professeur Baber. Je fais de la médecine en amateur, n’ayant rien de mieux à faire, et ça fait passer le temps d’aider le maître dans ses recherches. Et ça vous donne une petite auréole : « M. Le Bret, vous savez, le collaborateur du professeur Baber… » Quand on n’a pas quelque chose comme ça à son actif, on a trop l’air d’un imbécile. Les gens comme moi, du moins.
Nous étions sous la véranda vitrée de la villa du maître, au Vésinet ; on venait de prendre le café, la longueur et la vigueur d’octobre se répandaient autour de nous sur les massifs de lauriers et de seringas et dans la chaude couleur des feuilles de platane qui jonchaient les allées. »
Extrait de : R. Messac. « Valcrétin. »
Quinzinzinzili par Régis Messac

Fiche de Quinzinzinzili
Titre : Quinzinzinzili
Auteur : Régis Messac
Date de parution : 1935
Editeur : La fenêtre ouverte
Première page de Quinzinzinzili
« Moi, Gérard Dumaurier…
Ayant écrit ces mots, je doute de leur réalité. Je doute de la réalité de l’être qu’ils désignent : moi-même. Est-ce que j’existe ? Suis-je autre chose qu’un rêve, ou plutôt un cauchemar ? L’explication la plus raisonnable que je puisse trouver à mes pensées, c’est que je suis fou.
Oui, je suis sans doute un pauvre fou qui gribouille du papier dans un asile, inconscient de toutes les réalités du monde extérieur. Sans doute les docteurs lui laissent du papier et des plumes afin de pouvoir étudier ensuite ses griffonnages et en tirer la matière de savants traités de psychiatrie. S’il en est ainsi, tant mieux. J’aimerais cent mille fois mieux être un fou délirant au fond d’une cellule capitonnée, que de vivre – d’avoir vécu – les cauchemars délirants qui me semblent être mes souvenirs.
Souvenirs, effrayants souvenirs, puissiez-vous n’être que des songes. »
Extrait de : R. Messac. « Quinzinzinzili. »
La cité des asphyxiés par Régis Messac
Fiche de La cité des asphyxiés
Titre : La cité des asphyxiés
Auteur : Régis Messac
Date de parution : 1937
Editeur : Edition spéciale
Première page de La cité des asphyxiés
« Ceci n’est pas un traité sur la relativité. Et d’ailleurs je dois avouer que je n’y ai jamais rien compris. On pourrait s’y méprendre à cause de mon nom, et certaines gens pourront trouver étrange que la fille du professeur Sims, le plus illustre continuateur d’Einstein, manifeste une telle désinvolture à l’égard de ce qui fut au premier plan des préoccupations de son père, pendant toute la vie de ce dernier. Plus surprises encore, peut-être même indignées, seront les quelques personnes qui me savent fiancée à Rodolphe Carnage, le premier dans tout l’univers, je crois, à avoir tiré des théories d’Einstein et de Sims une application pratique. – Jusqu’à quel point on peut considérer comme justifié ce qualificatif de pratique, on le verra bientôt. – Mais je reviens à mes moutons. J’ai toujours eu horreur des faux-fuyants. Cet amour intransigeant de la vérité, de la vérité simple et nue, sous sa forme la plus dépouillée, la plus directe, si je puis dire, est sans doute un trait hérité de mon père. Mais alors que chez lui il a donné naissance à ce non-conformisme intellectuel qui est le propre de tous les grands inventeurs et découvreurs, chez moi, peut-être par le fait d’une mère et d’une grand-mère puritaines, il s’est transporté dans le domaine moral. Je suis d’une sincérité gênante pour moi et pour les autres, et, ce qui est encore plus gênant, j’exige de mes amis et de mes amies la même sincérité. Inutile de dire que mes exigences ne sont pas toujours satisfaites. »
Extrait de : R. Messac. « La cité des asphyxiés. »
Un peu de nuit en plein jour par Erik L’Homme

Fiche de Un peu de nuit en plein jour
Titre : Un peu de nuit en plein jour
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2019
Editeur : Calmann Levy
Première page de Un peu de nuit en plein jour
« Féral est dans l’arène, sur le sol de béton crasseux marqué de taches sombres mal épongées. Torse et pieds nus, pantalon de toile. Il attend, impatient, son corps frémit, le sang bat dans ses tempes, il serre et desserre ses poings déformés d’avoir tant frappé, serre et desserre ses mâchoires carrées, piquées de poils gris. Enfin ! L’ancien gymnase frissonne. Le public est nombreux. Insatiable. Il est venu pour les odeurs de sueur, les impacts des coups sur la chair dans la pâle lumière des néons, les cris, les jets de sang, l’exaltant exutoire – l’exultoire.
Féral attend, il entend la rumeur, le brouhaha, il calme son cœur, les battements comme un tambour dans le temple, le temple de la vérité qu’il contemple chaque mardi – jour de Mars-la-colère – et chaque jeudi – jour de Thor-le-tonnerre – et dans les yeux de son adversaire. Prunelles ardentes. Que vaut-on vraiment à l’aune de sa propre peur, face à des frères taillés comme lui pour la cogne, âpres et gigantesques ? Féral balaye l’espace du regard. »
Extrait de : E. L’Homme. « Un peu de nuit en plein jour. »
Nouvelle Sparte par Erik L’Homme
Fiche de Nouvelle Sparte
Titre : Nouvelle Sparte
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2017
Editeur : Gallimard
Première page de Nouvelle Sparte
« Il s’était introduit dans l’habitacle de la squaline. Il s’était assis dans le fauteuil du pilote, du cuir, de l’ours tanné, renforcé aux coutures par de la peau de golomianka pêché dans le Baïkal par les prêtresses néréides. Là, il rêve. Il rêve, Valère, du haut de ses seize ans, il rêve au moment où il s’élancera à son tour dans l’azur bleu du ciel, semblable à un dieu par la puissance des moteurs solaires à hydrogène. Il était entré à l’académie Ikaros, où étaient formés les pilotes qui s’en iraient un jour briser-surclasser les ennemis de la Fédération. Valère rêve, les mains sur les commandes de l’aéronef d’acier. Il pense : « Cinq années… Cinq années pour apprendre à maîtriser une squaline… Jaillir ruisselant d’eau du tréfonds du lac et sécher sa carlingue au beau soleil froid… » Ça lui fait bondir le cœur, Valère, de s’imaginer dans la fameuse combinaison en cuir de loup et peau de phoque gris, en train de brandir la dague en lapis-lazuli des pilotes et de prononcer les phrases rituelles. « Belle squaline… Je te confie ma vie… Emporte-moi dans le ciel… » Il rêve tant qu’il continue à se croire seul dans le hangar pressurisé qui lac-abritait à trois cents mètres de profondeur les aéronefs du complexe Ikaros. »
Extrait de : E. L’Homme. « Nouvelle Sparte. »
Les murmures du ciel par Erik L’Homme

Fiche de Les murmures du ciel
Titre : Les murmures du ciel ou quand revient Jeanne
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2023
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson
Première page de Les murmures du ciel
« À L’ORAGE EST LE CIEL, chahuté par un vent coutumier de l’hiver, mais pas d’une fin de mai. Le cavalier qui chevauche en direction de la Grange-aux-Ormes, maison forte de Didier Le Gournay, est vêtu d’un pourpoint noir fatigué, de chausses d’une laine épaisse, maintenues par vingt œillets et autant d’aiguillettes, d’une courte robe de gros gris noir bordé de mouton, serrée par une ceinture de cuir étroite. Y sont pendues une escarcelle ainsi qu’une dague, cachée dans son fourreau. Des bottes de chagrin souple et un manteau de serge vert sombre complètent l’équipement.
Le cavalier, de taille plus haute que la moyenne, a trente ans environ. Il se fait appeler Claude, mais cela n’est pas son nom véritable. Il doit se montrer prudent. Un chapeau de feutre rouge couvre un visage aux traits lourds, mais pas dénué de grâce. Des yeux clairs, étonnamment fixes, flamboient sous des paupières tombantes. Le nez est droit et la bouche aux plis amers, déshabituée à sourire. Ses épaules musclées lui font paraître le cou trop court. Les mains qui tiennent la bride de la haquenée prêtée par Élisabeth de Luxembourg sont larges et puissantes. »
Extrait de : E. L’Homme. « Les murmures du ciel. »
Le regard des princes à minuit par Erik L’Homme

Fiche de Le regard des princes à minuit
Titre : Le regard des princes à minuit
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2014
Editeur : Gallimard
Sommaire de Le regard des princes à minuit
- Le commando Mazurka
- L’odeur des ombres
- Relever la tête
- Attendre l’aube
- Puisque les étoiles tremblent
- Affronter les ténèbres
- La dureté du nombre
Première page de Le commando Mazurka
« Arnaud avait déployé des ruses d’Indien pour échapper à la vigilance des gardiens, tout ça pour se retrouver seul, à minuit passé, sur un parking de l’autre côté du périphérique, engoncé dans un costume de location qui le gênait aux entournures.
Il se demanda où il avait la tête lorsque Faustine lui avait filé son rencard.
« Tu fais quoi samedi soir ? – Samedi soir ? Je ne sais pas encore. Pourquoi ? – Ça te dirait qu’on se retrouve quelque part ? – Ben… oui, bien sûr. Tu voudrais aller où ? »
Elle lui avait balancé le rendez-vous sur le parking.
« Hein ? – Il faudra que tu viennes en costume. – En costume ? Sur un parking ? Mais pour quoi faire ? »
Elle avait juste précisé : « Un truc plutôt genre costard, tu vois ? – James Bond ? – Dans l’esprit en tout cas ! – Mais je ne comprends pas… »
Elle lui avait demandé s’il lui faisait confiance et il avait répondu oui, sans hésiter.
Est-ce que Faustine était là, quelque part, en train de filmer et de se marrer ? »
Extrait de : E. L’Homme. « Le regard des princes à minuit. »
Le livre des étoiles – la trilogie par Erik L’Homme
Fiche de Le livre des étoiles – la trilogie
Titre : Le livre des étoiles – la trilogie
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2022
Editeur : Gallimard
Sommaire de Le livre des étoiles – la trilogie
- Qadehar le sorcier
- Le seigneur Sha
- Le visage de l’ombre
- Le carnet de Guillemot
Le grand voyage par Erik L’Homme
Fiche de Le grand voyage
Titre : Le grand voyage
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2023
Editeur : Gallimard
Première page de Le grand voyage
« – Mange quelque chose, Victor. On ne peut pas commencer la journée avec le ventre vide.
– Je n’ai pas très faim, Grand-père.
– C’est parce que tu rentres au collège aujourd’hui ? Tu devrais être tout excité, au contraire. Finis l’école, la cour de récréation minuscule et le petit village de Kermonac’h. Tu vas découvrir le collège et la ville de Plouermor. Un nouvel horizon s’offre à toi, mon grand.
– J’aimais bien mon école, moi. La maîtresse était chouette. Et puis j’avais mon ami Fanch.
– Ne dis pas de bêtises. Fanch entre en sixième avec toi. Et puis vous vous ferez plein de nouveaux amis. Allez, fais-moi plaisir, mange un peu.
– Grand-père, j’y arrive pas. J’ai l’impression qu’un monstre a pris mon estomac entre ses griffes et le serre de toutes ses forces.
– Bois au moins ton chocolat. Je me suis laissé dire que le chocolat est un puissant antidote contre les monstres.
– Ah ah, très drôle !
Victor se força néanmoins à avaler quelques gorgées, pour faire plaisir à son grand-père. »
Extrait de : E. L’Homme. « Le Grand Voyage. »
Le battement d’ailes d’un corbeau par Erik L’Homme

Fiche de Le battement d’ailes d’un corbeau
Titre : Le battement d’ailes d’un corbeau
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2020
Editeur : Gallimard
Première page de Le battement d’ailes d’un corbeau
« Krrrooo ! Salut les Normaux ! Moi c’est Fafnir. Je sais, vous allez me dire, Fafnir, c’est pas un nom. C’est vrai, c’est pas un nom… pour un humain ! Mais moi je suis un corbeau. Un corbeau qui pense et qui parle (certains disent un peu trop, mais ce sont de mauvaises langues).
À la base, j’étais un sortilège. Je ressemblais à un ruban de fumée et j’avais la vague forme d’un dragon. C’est ça, un dragon de brume, et c’est pourquoi Jasper, le jeune sorcier qui m’a conçu, m’a donné le nom de Fafnir. Jasper, c’est le sorcier le plus puissant et le plus intelligent du monde (la meilleure preuve c’est qu’il m’a inventé). J’étais donc un banal sortilège, créé avec une poignée d’épines de genévrier (c’est mon côté piquant), d’un morceau de tourmaline (un tour plutôt malin) et d’une incantation en quenya, la vieille langue des elfes. Mon maître avait besoin d’aide pour retrouver des gens. Cherche, Fafnir, cherche ! Il me disait ça pour me motiver avant que je parte en chasse. Krrroaaasss ! »
Extrait de : E. L’Homme. « Le battement d’ailes d’un corbeau. »