Catégorie : Livres

 

Le débat des dames par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Le débat des dames

Titre : Le débat des dames (Tome 3 sur 3 – Le chevalier aux épines – Récit du Vieux Royaume)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2024
Editeur : Gallimard

Première page de Le débat des dames

« Trois chevaliers traversaient un territoire perdu. La brise de mer courait en longues ondulations sur les prairies du delta ; elle jouait avec la chevelure du plus beau des preux et faisait claquer la bannière du plus sévère. Le vent y animait les chevaux héraldiques du comté de Kimmarc ; le froissement de leur robe d’étoffe accompagnait la foulée des destriers. Au nord, l’immense arc de cercle formé par la grève miroitait de mares et de ruissellements avant de s’abandonner à la caresse des vagues. Les élans arrivés du large s’étalaient sur les plages, puis avaient l’air de se prolonger jusque dans les frissons des herbages. Un azur un peu pâle, où dérivaient des nuages de beau temps, se mirait dans le bleu plus profond du golfe de Vicsund, çà et là crêté d’écume. Dans cette vastitude littorale, le soleil allumait un feu liquide sur les mors, les bardes d’acier et les harnois blancs ; la lumière d’été enrichissait les émaux et les métaux des armoiries peintes sur les boucliers. Le premier chevalier, le banneret qui brandissait les couleurs de Kimmarc, avait un blason d’argent à l’échelle de sinople ; l’écu de celui qui marchait à sa gauche était orné de deux pies tête-bêche aux ailes coudées ; les armes de celui qui chevauchait à droite étaient d’argent aux trois épines de sinople. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Le débat des dames – Le chevalier aux épines – Récit du Vieux Royaume. »

Le conte de l’assassin par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Le conte de l’assassin

Titre : Le conte de l’assassin (Tome 2 sur 3 – Le chevalier aux épines – Récit du Vieux Royaume)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2023
Editeur : Gallimard

Première page de Le conte de l’assassin

« Tôt ou tard, tout lecteur devient nécromancien.

Tôt ou tard, tout lecteur lit les mots d’un défunt, suit le fil de sa pensée, découvre ses souvenirs, partage ses émotions ou, au contraire, lutte contre ses erreurs ou son influence. Feuilleter un livre, c’est s’exposer à ouvrir la porte aux morts. C’est convoquer les esprits, écouter des voix sans timbre, vibrer avec les spectres. Du moins s’agit-il encore d’une activité de vivant… Pour la plupart des lettrés, en tout cas. Mais qu’en est-il du chroniqueur ? Qu’en est-il du poète ? Qu’en est-il de l’auteur ? S’il rêve à la postérité – ils sont nombreux à le faire, quand ils conçoivent le texte comme un artifice pour se survivre – alors l’insensé qui compose une œuvre bâtit son tombeau. Il se projette dans un temps où il ne sera plus qu’un peu de cendre, il parle déjà en revenant. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Le conte de l’assassin – Le chevalier aux épines – Récit du Vieux Royaume. »

Le tournoi des preux par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Le tournoi des preux

Titre : Le tournoi des preux (Tome 1 sur 3 – Le chevalier aux épines – Récit du Vieux Royaume)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2023
Editeur : Gallimard

Première page de Le tournoi des preux

« Il est des créatures dont l’existence croît en fructueuses violences. En sévices soufferts autant qu’infligés, car il faut avoir reçu pour savoir donner. À la différence des braves gens que le sort brise lorsqu’il s’acharne, ces âmes-là s’épanouissent dans l’exérèse et dans l’épreuve. Ce qu’on leur retranche les augmente, la perte les nourrit et l’absence les enracine. En elles la persévérance de la vigne : elles puisent leur force dans l’émondage ; le fer qui les discipline alimente leur sève. Meurtries sans cesse, obstinément bourgeonnantes, elles durent davantage que les essences communes qui s’élancent et s’essoufflent en quelques saisons. Concentrés par la coupe, leurs fruits mûrissent des sucs plus riches de terre, de lune et de soleil. Une fois vendangé et foulé, ce cépage saigne des nectars aux robes nobles, qui réchauffent le cœur et font dangereusement tourner la tête. Ainsi en est-il de ces créatures que l’adversité renforce, qui prospèrent dans la rigueur et les privations. Aux jours difficiles, dureté, ténacité et aplomb leur prêtent un charme que l’on prendrait à tort pour une grâce célestielle. En fait, rien de plus périlleux que ces engeances – nombre d’entre elles ont le mauvais œil. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Le tournoi des preux – Le chevalier aux épines – Récit du Vieux Royaume. »

La trilogie chronolytique par Michel Jeury

Fiche de La trilogie chronolytique

Titre : La trilogie chronolytique
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 2026
Editeur : Robert Laffont

Première page de La trilogie chronolytique

  • Le temps incertain
  • Les singes du temps
  • Soleil chaud poisson des profondeurs

Les mondes furieux par Michel Jeury

Fiche de Les mondes furieux

Titre : Les mondes furieux (Tome 1 sur 3 – Les mondes furieux)
Auteur : Michel Jeury (sorti à l’origine sous le nom d’Albert Higon)
Date de parution : 1988
Editeur : Bragelonne

Première page de Les mondes furieux

« Morgan s’attendait à voir le code noir « refus d’envoi » s’allumer sur la plaque du porteur-spirale. Il reçut au contraire le rassurant signal jaune : service rétabli.

— Yella, ça marche. Vite !

— Où va-t-on ?

Morgan se dispensa de répondre. Où aller, il n’en savait rien. L’essentiel était de quitter le palais du gouvernement avant l’attaque des Sarkars.

Ses amis Sarkars, qui vivaient dans les îles artificielles du Système solaire et qu’on appelait sur Terre les Spaciens. Il était un espion, un agent ennemi. Et Yella, depuis longtemps, l’avait deviné. Mais au lieu de le trahir, elle était devenue son alliée, dans l’espoir de quitter la planète surpeuplée pour aller vivre dans un paradis de l’espace.

Depuis quelques heures, la guerre menaçait entre l’Union Terrienne et ses colonies du Système solaire d’une part, et la Confédération Libre de l’Espace : Sarkar. Non seulement les représentants de l’Union avaient quitté la table de conférence, mais ils avaient rompu la trêve et attaqué un convoi civil au large de la Lune.

La cabine se referma sur les deux fugitifs. Morgan respira. »

Extrait de : M. Jeury. « Les mondes furieux. »

L’univers-ombre (version étendue) par Michel Jeury

Fiche de L’univers-ombre

Titre : L’univers-ombre (version étendue)
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 2010
Editeur : Bragelonne

Première page de L’univers-ombre

« Une pluie de lumière m’éveilla. Il me sembla un instant que le soleil tout entier se mettait à fondre et coulait autour de moi en un ruisseau mousseux et pétillant. J’étais dans mon lit et le matin m’avait réveillé. Mais quel lit ? Et quel matin ? La lumière qui baignait la chambre m’étonna par une qualité que je n’arrivais pas à définir. Elle était vive et pâle, éclatante et soyeuse, intense et douce à la fois.

Je regardai avec curiosité ma chambre au plafond peint et le décor luxuriant de l’autre côté des baies vitrées. Je m’emplis les yeux de lumière, je laissai le ciel bleu se poser sur moi et j’admirai le paysage sans arrière-pensée. Ma tête était encore vide. Les pensées viendraient plus tard, je le savais, en avant, en arrière, avec la ronde infernale de la peur et de l’espoir.

Lentement, un souvenir naquit dans ma mémoire, grossit et devint plus brillant que mille soleils : Syris. Je me rappelai Syris. Je revis avec une précision bouleversante son visage long et mince, ses grands yeux verts, rêveurs et doux, ses cheveux d’un blond presque roux qui dansaient sur ses épaules quand elle marchait de ce pas balancé dont le rythme me souleva une seconde. Syris… Où était Syris ?

Qui était Syris ? »

Extrait de : M. Jeury. « L’Univers-ombre (version étendue). »

Prologue – Les corbeaux par Robert Jordan

Fiche de Prologue – Les corbeaux

Titre : Prologue – Les corbeaux (Tome 0 à 14 – La roue du temps)
Auteur : Robert Jordan
Date de parution : 2002
Traduction : J.-C. Mallé
Editeur : Bragelonne

Première page de Prologue – Les corbeaux

« Si loin en aval de Champ d’Emond, à mi-chemin du bois de l’Eau, des arbres s’alignaient le long des berges de la Cascade à Vin. Des saules, pour la plupart, leurs branches feuillues ombrageant l’onde au bord de la rivière. Alors que l’été approchait – le soleil montant vers son zénith –, dans cette partie abritée, une brise piquante rafraîchissait la sueur sur la peau d’Egwene.
Le bas de sa robe de laine marron relevé et noué au-dessus de ses genoux, la fillette avança dans l’eau sur la pointe des pieds afin de remplir son seau. Les garçons, eux, pataugeaient de bon cœur, se fichant de tremper leur pantalon jusqu’à la ceinture. Avec des éclats de rire, certaines filles et certains garçons s’aspergeaient d’eau, mais Egwene, plus retenue, se contentait de savourer la caresse du courant sur ses jambes nues et de sentir ses orteils se recroqueviller sur le fond sablonneux de la rivière tandis qu’elle reculait vers la berge.
Elle n’était pas là pour s’amuser. À neuf ans, elle portait de l’eau pour la première fois, résolue à devenir un jour la meilleure dans cet exercice. »

Extrait de : R. Jordan. « Prologue – Les corbeaux. »

La splendeur des monstres par Esther Rochon

Fiche de La splendeur des monstres

Titre : La splendeur des monstres
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2015
Editeur : Editions Alire

Sommaire de La splendeur des monstres :

  • L’étoile de mer
  • L’initiateur et les étrangers
  • Nourrir les fantômes affamés
  • L’attrait du bleu
  • La dame rouge
  • La nappe de velous rose
  • L’oiseau de fer de la rue Norman
  • Coquillage

Première page de L’étoile de mer

« Parfois, quand Annie rêve, elle voit l’océan dont les profondeurs sont éclairées par le soleil. Des groupes d’étoiles de mer aussi grandes que des hommes s’éloignent de la côte avec des mouvements rapides, un de leurs bras écarlates fendant l’eau. « Où vont-elles ainsi ? se demande Annie. Vers quelle rive étrange et monstrueuse qu’elles seules connaissent ? »

Puis elle s’éveille. Il fait clair, il est grand temps de se rendre au travail. Dans l’autobus bondé, elle évoque le souvenir de ces vacances qu’elle passa, il y a déjà si longtemps, au bord de la mer. Encore endormie, se balançant au rythme de l’autobus en marche, elle ose se rappeler cette plage entourée de rochers rouges, où un jour se traîna une sorte d’étoile de mer aussi grande qu’un homme. « Pense-t-il encore à moi ? s’interroge Annie. Peut-être est-il mort ; s’il vit encore, peut-être ne pense-t-il plus. Peut-être est-il au-delà de la pensée, ainsi que ses semblables, s’ils existent. Ils reviendront un jour pour se venger du tort qu’on leur a fait… Pourra-t-il me reconnaître ? »

Extrait de : E. Rochon. « La splendeur des monstres. »

La rivière des morts par Esther Rochon

Fiche de La rivière des morts

Titre : La rivière des morts
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2007
Editeur : Editions Alire

Première page de La rivière des morts

« Valtar était debout dans la pirogue. Le grand bâton qu’il tenait du côté droit s’appuyait fermement sur le fond, au-delà de la vase, et lui permettait d’avancer en poussant des deux mains vers l’arrière.

Valtar avait les cheveux longs, raides, et la peau brune. Dans le brouillard de l’entre-saisons, dans l’espace indéterminé du marécage primordial, il avançait lentement. Des souches et des branches mortes surgissaient de l’eau grise – à moins qu’il ne s’agisse de membres épars, jetés là, fraîchement morts. L’eau aurait pu apparaître teintée de sang, sinon changée en sang plein de caillots, si la lumière avait été plus forte.

Dans l’entre-temps, Valtar – appelé ici par le nom qu’il allait porter des dizaines de siècles plus tard, ou encore lors de temps parallèles, surgissant de nulle part, s’engloutissant plus loin – avançait en un mouvement transcendant le sens et l’intention. Dans cette dimension floue du marécage, cet univers peuplé de colères vaincues et de dieux morts, en ce monde où l’indéterminé désarmait l’espoir, Valtar, silhouette grise par empathie, mais nette par la force qui l’habitait, glissait sur l’eau dans sa pirogue dure et huileuse, témoin de la déroute ambiante. »

Extrait de : E. Rochon. « La rivière des morts. »

L’herbe naïve par Esther Rochon

Fiche de L’herbe naïve

Titre : L’herbe naïve
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2025
Editeur : Editions Alire

Première page de L’herbe naïve

« Il est de ces maisons qui s’élèvent comme des constructions inouïes, impensables, des modèles uniques que personne ne pourrait reproduire. Telle était celle où Thalie occupait un logement. C’était près du palais des congrès à Montréal, le long d’une ancienne rue aux trottoirs trop neufs dont les rares édifices, poussiéreux, s’élevaient parmi des terrains de stationnement dont le sol couvert de gravier ou d’asphalte était parsemé de mauvaises herbes. Juste à côté se trouvaient des avenues et des autoroutes achalandées jour et nuit. Chacune de ces demeures avait connu des jours plus calmes, et en conservait des traces.

Dès qu’on passait l’entrée, on pénétrait dans un monde unique et paisible. La cage de l’escalier était déjà une cathédrale de pénombre et d’intimité. Une fois dans le logement, les multiples crochets à vêtements témoignaient des familles nombreuses qui avaient dû y suspendre leurs manteaux. Dans le corridor, on avait fait sécher le linge sur une étroite et longue planche horizontale lustrée par les ans, qui pouvait descendre et remonter grâce à un système de cordes et poulies. »

Extrait de : E. Rochon. « L’herbe naïve. »