Catégorie : Livres
Un navire ancré dans le ciel par Roland Wagner

Fiche de Un navire ancré dans le ciel
Titre : Un navire ancré dans le ciel (Tome 1 sur 2 – Les derniers jours de mai)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Un navire ancré dans le ciel
« Alors sont arrivés les derniers jours de mai…
Et tout le reste, tout ce qui avait pu se passer auparavant, toutes ces années d’angoisse et de désespoir, toutes ces choses qui m’attendaient, tapies dans l’ombre visqueuse de la nuit rouge – tout le reste s’est effacé derrière moi, englouti par la bouche béante de l’oubli.
Les derniers jours de mai !
C’était comme une frontière que je m’apprêtais à franchir. Je me suis levé de mon cercueil de verre gradué et j’ai sauté dans le premier train, sans me préoccuper de sa destination. Il s’est trouvé qu’il allait à Paris, mais cela n’avait aucune importance à mes yeux. Je ne songeais qu’à fuir. Fuir cette existence misérable, cette drogue pulvérulente qui avait creusé des cernes violacés sous mes yeux sans éclat et constellé mes avant-bras d’essaims de croûtes brunâtres.
Le long convoi vert-de-gris s’est ébranlé, quittant avec une lenteur théâtrale la gare Centrale d’Amsterdam – ce port qui, tout comme Aigues-Mortes, se retrouve aujourd’hui enfermé à l’intérieur des terres. »
Extrait de : R.C Wagner. « Un navire ancré dans le ciel – Les derniers jours de mai. »
Ganja par Red Deff

Fiche de Ganja
Titre : Ganja (Tome 2 sur 2 – La sinsé gravite au 21)
Auteur : Red Deff
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ganja
« Je me préparais à plonger dans l’hyperespace, à quelque chose comme six milliards de kilomètres du Soleil, quand Isadora me fit part d’un appel sur la fréquence d’interception de la douane volante.
Je fis rapidement le compte des raisons pour lesquelles j’étais obligé de prendre la fuite. Outre les cent Clowns Gris catatonisés sagement alignés sur leurs paillasses dans la plus grande soute – au sujet desquels je pouvais toujours fournir une explication – je convoyais une biopuce expérimentale, modèle Shag 73-S à prises A+, propriété de la S.T.P., qu’on m’accuserait vraisemblablement d’avoir volée, un transmetteur de matière ultra-perfectionné et un surgénérateur à collapsar sur lesquels la Terre aurait été bien contente de poser sa grosse patte malhabile. Rien de tout cela n’était exactement illégal, en dehors de la biopuce baladeuse nommée Ganja, mais j’avais trop souvent eu affaire aux douaniers pour me laisser arraisonner dans ces conditions. Ils étaient capables de saisir, dans la foulée, le fret destiné à Nieuw-Amsterdam que m’avait confié un Swonxx pelucheux nommé Mordecai et les cristaux-m pornographiques de Stellara. »
Extrait de : R. Deff. « Ganja – La sinsé gravite au 21. »
Viper par Red Deff

Fiche de Viper
Titre : Viper (Tome 1 sur 2 – La sinsé gravite au 21)
Auteur : Red Deff
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Viper
« — Vous savez que ce livre représente près d’un an de loyer ? voulut m’épater le gérant.
Il referma avec précaution l’édition originale de Tintin au pays des Soviets avant de la replacer dans la crypte portable NT, puis tourna vers moi son visage inexpressif.
Je me fendis d’un sourire entendu. Tout le monde considérait les Xawors comme des maniaques, dont l’échelle de valeurs ne correspondait à celle d’aucun peuple connu. Là où les Qîmks ou les Ssellnoorrs exigeaient des lingots d’uranium enrichi ou du minerai de tungstène, les pointilleux Xawors aux ocelles pédonculés demandaient de vieux albums de bandes dessinées. Naguère, leur préférence allait aux splendides bas-reliefs des lents artistes nemquars, à qui il fallait mille ans pour chaque œuvre, mais l’accession de la Terre au rang de Puissance Radiante leur avait permis de découvrir la BD – dont ils étaient aussitôt devenus des inconditionnels.
De doux dingues que l’on aimait bien, en dépit de la condescendance, voire de l’irritation que l’on se surprenait à éprouver devant leur manies. Après tout, on prend plus de plaisir à lire une antique BD qu’à contempler une tonne de plutonium… »
Extrait de : Red Deff. « Viper – La sinsé gravite au 21. »
L’autoroute de l’aube par Roland C. Wagner
Fiche de L’autoroute de l’aube
Titre : L’autoroute de l’aube (Tome 2 sur 2 – Images rémanentes)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’autoroute de l’aube
« Quand ils s’arrêtèrent, au terme de quinze heures de marche, ils avaient traversé, au bas mot, plusieurs milliers d’univers.
Elric jeta un coup d’œil circulaire. Ils se trouvaient au creux d’une dépression assez vaste, cernée de falaises d’un rouge un peu ocre. Une végétation maigrelette parsemait le sol dur, raviné de crevasses sinueuses. Il faisait à peine quatre ou cinq degrés au-dessus de zéro. Le soleil, plus orange que celui sous lequel était né le disquaire, déclinait à l’horizon. Pas la moindre trace d’une quelconque présence humaine.
Il se tourna vers Maggie, qui grelottait malgré l’épais blouson fourré qu’il lui avait donné, à des univers de là, quelque part à la lisière du Bleu et de l’Indigo. La jeune femme, croisant son regard, se força à sourire puis secoua sa chevelure de flamme, comme pour se donner du courage. Elle avait l’habitude du froid ; le monde d’où elle venait vivait dans une misère totale – et ce, depuis des générations, suite à l’effondrement de l’économie mondiale à la fin du XIXe siècle. »
Extrait de : R.C Wagner. « L’Autoroute de l’aube – Images rémanentes. »
Le rêveur des terres agglutinées par Roland C. Wagner

Fiche de Le rêveur des terres agglutinées
Titre : Le rêveur des terres agglutinées (Tome 1 sur 2 – Images rémanentes)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le rêveur des terres agglutinées
« — Tu me donnes du feu ? demanda le chien jaune en posant une patte amicale sur la cuisse blanche de Suzy.
La jeune femme considéra de son regard changeant le court brûle-gueule coincé entre les crocs acérés, puis fouilla dans son sac et en tira un briquet jetable, avec lequel elle embrasa le tabac tassé dans le fourneau noirci par l’usage.
— Merci, dit le chien en recrachant un épais nuage de fumée. Ça faisait un sacré bout de temps que je ne m’étais pas fumé une bonne pipe de gris !
Maggie cessa un instant de démêler sa crinière rousse pour émettre un ricanement qui se voulait méprisant. L’animal lui lança un regard noir et posa sur les genoux de Suzy sa grosse tête carrée de corniaud, qu’une main fine ne tarda pas à venir caresser. »
Extrait de : R.C Wagner. « Le rêveur des terres agglutinées – Images rémanentes. »
Les derniers jours de mai par Roland C. Wagner

Fiche de Les derniers jours de mai
Titre : Les derniers jours de mai (Tome 3 sur 3 – Futur Proche)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2014
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Les derniers jours de mai
« Alors sont arrivés les derniers jours de mai…
Et tout le reste, tout ce qui avait pu se passer auparavant, toutes ces années d’angoisse et de désespoir, toutes ces choses qui m’attendaient, tapies dans l’ombre visqueuse de la nuit rouge – tout le reste s’est effacé derrière moi, englouti par la bouche béante de l’oubli.
Les derniers jours de mai ! !
C’était comme une frontière que je m’apprêtais à franchir. Je me suis levé de mon cercueil de verre gradué et j’ai sauté dans le premier train, sans me préoccuper de sa destination. Il s’est trouvé qu’il allait à Paris, mais cela n’avait aucune importance à mes yeux. Je ne songeais qu’à fuir. Fuir cette existence misérable, cette drogue pulvérulente qui avait creusé des cernes violacés sous mes yeux sans éclat et constellé mes avant-bras d’essaims de croûtes brunâtres.
Le long convoi vert-de-gris s’est ébranlé, quittant avec une lenteur théâtrale la gare centrale d’Amsterdam – ce port qui, tout comme Aigues-Mortes, se retrouve aujourd’hui enfermé à l’intérieur des terres. »
Extrait de : R.C Wagner. « Les derniers jours de mai – Futur Proche. »
Le paysage déchiré par Roland C. Wagner

Fiche de Le paysage déchiré
Titre : Le paysage déchiré (Tome 2 sur 3 – Futur Proche)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le paysage déchiré
« Il reprit conscience.
Il gisait dans un lit aux montants de fer. Un lit blanc d’hôpital qui semblait perdu au milieu d’une chambre sans porte ni fenêtre que baignait la lumière bleutée d’une veilleuse.
Il regarda autour de lui avec des yeux d’enfant. Des sangles de plastimétal froid maintenaient ses membres. Un liquide sans couleur suintait goutte à goutte dans son réseau sanguin par l’intermédiaire d’un drain planté dans la veine palpitante qui saillait au creux de son coude. La table de nuit supportait plusieurs flacons opaques dépourvus d’étiquette et un pistoinjecteur. Une lézarde presque invisible sillonnait le plafond à la verticale de son regard. Une minuscule tache de sang maculait la blancheur du drap.
Il enregistra ces détails sans émotion ; nulle image ne naquit de cette vision. Son cerveau était vide, aussi vide que cette pièce anonyme.
Cette situation était nouvelle pour lui ; toutes les situations l’étaient. Sa mémoire ne recelait que le strict nécessaire : un langage articulé nommé français et les concepts illustrés par les vocables de celui-ci. »
Extrait de : R.C Wagner. « Le paysage déchiré – Futur Proche. »
Le serpent d’angoisse par Roland C. Wagner

Fiche de Le serpent d’angoisse
Titre : Le serpent d’angoisse (Tome 1 sur 3 – Futur Proche)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le serpent d’angoisse
« Le soir tombait sur Salmirande, teintant de sang et d’or coupoles et minarets. A l’horizon, le soleil disparaissait derrière les courbes douces de lointaines collines. L’azur du jour cédait la place au mauve du crépuscule ; bientôt apparaîtraient les premières étoiles, agencées en constellations bien différentes de celles visibles de la Terre.
Guthar allait et venait, les mains derrière le dos, ne cessant de consulter la clepsydre – bien qu’il n’en eût pas besoin pour s’informer du retard des combattants. Sans doute Mareuil Dunbar avait-il quelque peine à revêtir son armure, à moins que la compagnie des deux odalisques fournies par Guthar ne lui eût ôté la conscience du temps.
Une demi-douzaine de silhouettes apparurent au sommet de la colline voisine, à l’instant précis où l’ultime fragment du soleil sanglant s’engloutissait au fond d’une vallée herbeuse. Guthar soupira. Il était temps ! Encore dix minutes et ce serait la nuit sans lune. Le combat ne pouvait en aucun cas avoir lieu à la clarté des étoiles. »
Extrait de : R.C Wagner. « Le serpent d’angoisse – Futur Proche. »
Phalènes par Philippe Guy
Fiche de Phalènes
Titre : Phalènes
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1966
Editeur : Fleuve noir
Première page de Phalènes
« La flèche perça le cou du chauffeur alors qu’il se penchait pour saisir les rênes de l’attelage. Il s’écroula en avant, bouche bée sur un cri silencieux, ses mains cherchant maladroitement à endiguer le flot de sang qui jaillissait de sa blessure.
Les chevaux piétinaient sur place, renâclaient bruyamment, affolés par l’odeur de la mort.
Deux miliciens prirent position dans le chariot bâché. Huit autres franchirent le porche et s’égaillèrent de chaque côté des murs d’enceinte. Quelques-uns s’abritèrent derrière les colonnades recouvertes de céramiques bleues du promenoir, tandis que les derniers se ruaient dans les escaliers menant au pavillon principal.
Ils tombèrent nez à nez avec deux des estafiers rattachés à la demeure. Les hommes du seigneur Jiwani n’étaient pas des foudres de guerre. Le premier n’avait pas encore porté la main à son arme que deux sabres le lardaient comme un goret. Le second fit demi-tour en s’égosillant mais fut rattrapé par un coutelas et son cri s’éteignit brutalement. Trop tard, pourtant. »
Extrait de : P. Guy. « Phalènes. »
Dernière tempête par Philippe Guy

Fiche de Dernière tempête
Titre : Dernière tempête
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dernière tempête
« Un grand trait de feu zèbre les nuages ventrus. La colère des cieux s’accentue encore. La détonation éclate une poignée de secondes après, aussi assourdissante qu’une cascade de rochers se heurtant à flanc de montagne. Elle résonne longuement, traînée par la bourrasque entre les creux et les collines ondulantes de la mer hérissée.
La pluie cingle l’océan en rafales furieuses, tantôt droite, tantôt oblique, percutant la surface avec une violence inouïe. Minuscule au milieu des pans de murs qui dégringolent en avalanches liquides, le voilier décolle, s’immobilise un instant à mi-ciel, puis retombe avec fracas, son flanc tribord pressé contre l’eau noire houleuse. Une silhouette se déplace dans l’embarcation, attache prestement l’un des focs, repart à la poupe et s’agrippe au gouvernail, courbée sous la tourmente.
Le vent secoue les gréements, les étais, comme s’il leur vouait une haine particulière. Des paquets d’eau se déversent avec rage dans le bateau puis rejaillissent à l’extérieur, laissant derrière eux quelques litres de mer et un dépôt d’écume mousseuse. Le grain dure depuis une paire d’heures, déjà, mais ne semble pas vouloir faiblir. L’homme est fatigué. La lutte l’épuise, et les éléments le dominent. Ses gestes se font plus lents. Ses cheveux blonds ruissellent, collent à son front, couvrant ses yeux et l’empêchant de voir clairement. »
Extrait de : P. Guy. « Dernière tempête. »