Catégorie : Livres
Traqueur par Samuel Dharma
Fiche de Traqueur
Titre : Traqueur
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Traqueur
« Traqueur marchait dans la forêt, sans véritable but. Il aspira l’air chargé d’odeurs, sentit le craquement des branches sous ses pieds, toutes sensations nouvelles pour lui. Derrière lui, l’incendie teintait de rose le ciel nocturne piqueté d’étoiles.
Traqueur était encore sous le choc. D’abord il y avait eu ce tourbillon brûlant qui l’avait étourdi, ensuite la tuerie brutale, le feu et la destruction. Puis il s’était retrouvé seul, perdu dans un endroit qu’il ne connaissait pas. Après le grand tourbillon, seul son instinct l’avait guidé, au milieu de ces créatures étrangères, alors qu’il fuyait le bruit et les coups. Traqueur avait réagi de la façon la plus logique, avec ces grandes choses gesticulantes : il avait attaqué avant qu’on ne l’attaque. En fait, il avait frappé sans réfléchir, encore tout épouvanté au sortir du Grand Tourbillon. Mais Traqueur était sûr d’avoir bien fait. C’avait été un beau combat. Le premier depuis… Il n’arrivait même pas à s’en rappeler. Sa mémoire lui faisait défaut. Il ne gardait guère de souvenirs des choses qu’il avait faites, et se rappeler était pour lui quelque chose de bien plus douloureux qu’affronter n’importe quel ennemi. Heureusement que Mach pensait pour lui. »
Extrait de : S. Dharma. « Traqueur. »
Nécromancies par Samuel Dharma

Fiche de Nécromancies
Titre : Nécromancies
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Nécromancies
« Le gigantesque soudard se leva lentement en repoussant sa chaise. Jehna comprit alors qu’il venait de se plonger dans les ennuis.
Et ce n’était vraiment pas le moment !
Le gros lard se déplia, puis toisa Jehna de ses presque deux mètres, oscillant un brin sur sa base. Son regard se voulait terrifiant, mais se voilait presque du rouge de tout le vin absorbé.
Jehna considéra en soupirant son bol de poulet au riz. Non, ce n’était pas sa faute, tous les dieux du firmament pouvaient en témoigner. Tout ce qu’il voulait, c’était manger un morceau tranquillement, sans penser à mal, puis dormir. Se reposer. Oui, surtout se reposer… Des images de batailles, cauchemars sanglants bardés de lames et de métal, faces hurlantes et corps enchevêtrés, traversèrent son esprit.
Il s’était battu. Il était un guerrier ; non : il l’avait été. Mais pas un héros. La preuve : il était encore en vie. Et n’en était pas spécialement heureux… Il avait cessé d’être un guerrier juste au bon moment. »
Extrait de : S. Dharma. « Nécromancies. »
Le chemin d’ombres par Samuel Dharma

Fiche de Le chemin d’ombres
Titre : Le chemin d’ombres
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le chemin d’ombres
« C’était un véritable après-midi d’automne anglais. Dans le ciel moutonnaient des nuages dégradés du blanc au gris sombre, qui se déchiraient parfois pour laisser apparaître les cônes irisés des rayons de soleil. Tout autour, la campagne offrait ses prés verdoyants d’humidité; vraie country anglaise, si paisible que le temps semblait vouloir s’y arrêter, comme si rien n’importait plus que de s’asseoir au pied d’un arbre et regarder passer les nuages, à l’horizon du ciel immense…
Le docteur Darras inclina sa tête auréolée de cheveux blonds ramenés en chignon au sommet du crâne. Elle ne se lassait pas de contempler ce paysage si rassurant, si tranquille avec ses villages de brique rouge aux barrières blanches plantés ici et là, derrière lesquelles passaient des silhouettes impassibles. Dire qu’à quelques dizaines de miles à peine, c’était Londres… »
Extrait de : S. Dharma. « Le chemin d’ombres. »
Comme une odeur de tombeau par Samuel Dharma

Fiche de Comme une odeur de tombeau
Titre : Comme une odeur de tombeau
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Comme une odeur de tombeau
« Mullington se réveilla en sursaut.
Ses yeux soudain écarquillés sur d’immatérielles visions d’épouvante parcoururent le décor familier de sa chambre aux murs immaculés. Puis se posèrent sur l’élément qu’il cherchait inconsciemment. Une reproduction d’une toile de Monet, représentant le port de Londres noyé dans le brouillard d’un petit matin de pâle soleil.
Londres.
Chez lui.
Visions connues, rassurantes…
Voilà pourquoi il avait accroché ce tableau au mur, seul ornement dans une pièce Spartiate, dès son arrivée en terre étrangère. Lorsqu’il le regardait, il pouvait percevoir les senteurs et les bruits de la ville, sourire à ces souvenirs, et se sentir mieux. Le tableau était une oasis rassurante de familiarité égarée dans un monde autre, donc hostile…
Il se redressa sur son lit, vaguement rassuré, et passa une main tremblante sur son front baigné de sueur.
Il ne se rappelait pas précisément du cauchemar. Juste de l’odeur de sang qui demeura quelques instants dans ses narines avant de se dissiper. »
Extrait de : S. Dharma. « Comme une odeur de tombeau. »
Le cycle des épées par Fritz Leiber

Fiche de Le cycle des épées
Titre : Le cycle des épées
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1968
Traduction : J. de Tersac
Editeur : Opta
Sommaire de Le cycle des épées
- Dans la tente de la sorcière
- Le quai des étoiles
- Les deux voleurs de Lankhmar
- Les seigneurs de Quarmall
- Le nuage de haine
- Jours maigres dans Lankhmar
- La mer est leur maîtresse
- Quand le roi de la mer est au loin
- Le mauvais chemin
- Le jeu de l’initié
- Les épées de Lankhmar
Première page de Dans la tente de la sorcière
« La vieille sorcière se pencha sur le brasier dont les volutes de fumée grise se confondaient, se mêlaient avec ses mèches noires tombant en désordre. À la lueur des flammes, son visage semblait noir, raviné, sale, osseux, il ressemblait aux racines tordues qui s’échappent de la souche noire d’un pommier abattu par la foudre. Depuis un demi-siècle, la chaleur et la fumée du brasier toujours alimenté en essences diverses et parfumées avaient boucané sa peau, l’avaient noircie, craquelée, durcie, la faisant ressembler à un vieux morceau de lard de Mingolie.
Par ses narines évasées, par sa bouche distordue, dans laquelle on apercevait quelques dents noirâtres dressées comme de vieilles souches pourries sur le champ gris de sa langue, elle inhalait et rejetait
alternativement la fumée.
Sortant de ses poumons desséchés, racornis, des bouffées de fumée se frayaient un chemin à travers le toit affaissé de la tente, toit qui reposait sur sept nervures courbes partant d’un piquet central, et qui laissait suinter sur le cuir de la vieille des gouttes éparses de résine teintée de suie. »
Extrait de : F. Leiber. « Le cycle des épées. »
Le livre de Lankhmar par Fritz Leiber

Fiche de Le livre de Lankhmar
Titre : Le livre de Lankhmar
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1970
Traduction : J. Parsons
Editeur : Opta
Sommaire de Le livre de Lankhmar
- Les femmes des neiges
- Le rituel profané
- Mauvaise rencontre à Lankhmar
- La boucle est bouclée
- Les bijoux dans la forêt
- La maison des voleurs
- Le rivage désolé
- La tour qui hurle
- Le pays qui coule
- Les sept prêtres noirs
- Des serres dans la nuit
- Le prix de l’oubli
- Le bazar du bizarre
Première page de Les femmes des neiges
« À la Carre Glacée, au milieu de l’hiver, les femmes du Clan des Neiges menaient aux hommes une guerre froide. Elles marchaient péniblement, fantomatiques, vêtues des plus blanches de leurs fourrures, presque invisibles sur le fond de neige fraîche, toujours par groupes et sans hommes, silencieuses ou sifflant tout au plus comme des ombres furieuses. Elles évitaient la Salle des Dieux avec ses arbres-colonnes, ses murs de lanières de cuir entrelacées et son toit majestueux d’aiguilles de pin.
Elles se réunissaient dans la grande Tente ovale des Femmes, plantée comme une sentinelle devant les tentes plus petites servant d’habitations, pour des séances consacrées aux incantations et à des lamentations de mauvais augure ainsi qu’à diverses pratiques silencieuses destinées à faire naître des enchantements puissants qui enchaîneraient les chevilles de leurs maris à la Carre Glacée, immobiliseraient leurs reins et leur procureraient des refroidissements générateurs de reniflements et de nez qui coulent, la menace de la Grande Toux et de la Fièvre d’Hiver était tenue en réserve. »
Extrait de : F. Leiber. « Le livre de Lankhmar. »
Notre-dame des ténèbres par Fritz Leiber

Fiche de Notre-dame des ténèbres
Titre : Notre-dame des ténèbres
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1977
Traduction : G. Abadia
Editeur : Denoël
Première page de Notre-dame des ténèbres
« La masse altière et escarpée de Corona Heights baignait dans un noir d’encre au milieu du silence absolu, véritable cœur de l’inconnu. À ses pieds, au nord-est, la colline contemplait les lumières vives et tremblotantes de San Francisco à la manière d’un grand prédateur nocturne scrutant patiemment son territoire dans l’attente d’une proie.
Le disque gibbeux de la lune avait fini de disparaître à l’horizon et les étoiles, au sommet de la voûte céleste obscure, conservaient l’éclat du diamant pur. À l’ouest, à ras de terre, flottait une longue masse de brouillard cotonneux tandis qu’à l’est, par-delà les quartiers du centre et la baie embrumée de San Francisco, l’étroit ruban de la première aube spectrale éclairait la crête des collines basses qui servaient de toile de fond à Berkeley, Oakland et Alameda. Plus loin encore étaient les contours sombres de la Montagne du Diable, Mount Diablo. »
Extrait de : F. Leiber. « Notre-Dame des Ténèbres. »
La grande machine par Fritz Leiber
Fiche de La grande machine
Titre : La grande machine
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1972
Traduction : A. Dorémieux, P. Billon
Editeur : Casterman
Sommaire de La grande machine
- La grande machine
- Quatre fantômes dans « Hamlet »
Première page de La grande machine
« Juste avant qu’il aperçoive la fille effrayée, le monde aux veux de Carr Mackay fut comme frappé de mort. Chacun a fait cette expérience. Brusquement, la vie semble déserter toute chose. Les visages familiers se réduisent à des dessins abstraits. Les objets usuels paraissent insolites. Les bruits prennent une résonance artificielle. Bien sûr, c’est une impression passagère, mais elle cause un malaise.
C’est ce malaise que ressentait Carr. Rien n ’avait changé en apparence autour de lui. Installés à leurs bureaux disposés en enfilade, ses collègues recevaient à tour de rôle les postulants rassemblés ce jour-là dans les locaux de l’agence pour l’emploi. On entendait l’habituel crépitement des machines à écrire, et à l’arrière-plan la rumeur incessante de Chicago, amplifiée à chaque passage du métro aérien.
Mais, pour Carr Mackay, tout cela était dénué de signification. Les demandeurs d’emploi lui évoquaient des fourmis sorties de leur trou et prêtes à le regagner. Tom Elvested, au bureau voisin du sien, lui fit un signe de tête, mais cela ne conjura pas l’effet d’étrangeté qu’il éprouvait. »
Extrait de : F. Leiber. « La grande machine. »
Le temps des cerises par Christine Renard

Fiche de Le temps des cerises
Titre : Le temps des cerises
Auteur : Christine Renard
Date de parution : 1980
Editeur : Kesselring Editeur
Sommaire de Le temps des cerises
- Le temps des cerises
- La terre promise
- Aux abords des sources
- La longue marche
- Lettre perdue
- Défense d’écrire dans la marge
- Car il faut que jeunesse se passe
- Beaux à faire peur
- A rayer de la carte
- Entre parenthèses
- Berceuse pour s’endormir
Première page de Le temps des cerises
« Solveig entassait soigneusement ses vêtements préférés dans une grande valise aux multiples poches. Elle ne devait pas avoir d’autres bagages dans l’astronef, et, sans cesse, elle pensait à un objet, à un livre, à un souvenir qu’elle n’aurait pas voulu laisser.
— Emporte donc mes chaussures de toile, dit derrière elle, la voix de sa sœur Chloée.
Elle se retourna. Chloée la regardait, l’air tragique, les épaules voûtées. Malgré sa jeunesse, Chloée prenait des allures de vieille femme résignée.
— Tes chaussures de toile ? murmura Solveig, elles ne vont pas te faire faute ?
— Je pourrai en racheter, tandis que toi…
Solveig se pencha sur sa valise, semblant s’absorber dans son travail. Chloée était charmante, son mari était charmant, mais ils supportaient mal de la voir partir, et ne cessaient de lui gâcher son départ en insistant sur la témérité de ce voyage. Certes, les dernières nouvelles de Centaure IV étaient bonnes, excellentes même, mais elles dataient de trois ans, le temps qu’il avait fallu à l’Astronef pour parcourir les années-lumière qui séparaient la Terre de sa colonie. »
Extrait de : C. Renard. « Le temps des cerises. »
Les vacances de Monsieur Dupont par Maurice Renard

Fiche de Les vacances de Monsieur Dupont
Titre : Les vacances de Monsieur Dupont
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1994
Editeur : Editions Opoto
Première page de Les vacances de Monsieur Dupont
« Le 25 mars 1900, au matin, je m’habillais dans mon petit appartement de garçon, au troisième étage, boulevard de Sébastopol, au-dessus de notre magasin de vente. Suivant une habitude vieille de vingt ans, je me disposais à passer la journée du dimanche au grand air, avec Brown.
Brown, mon associé, est Anglais. Son nom fait bien dans une raison sociale, et sa personne est précieuse à la tête d’une entreprise de commerce. Tandis que je m’occupe du négoce proprement dit, Brown se spécialise à la direction des ateliers. Sans lui, les affaires molliraient fatalement, j’en conviens, car j’ai horreur des machines à coudre et des bicyclettes, étant forcé de vivre au milieu de ces engins. Mais Brown me gourmande, et je mets en pratique ses conseils, car, au fond, je les sens très sages. Il m’en donne pour chaque circonstance ; si je prends un peu d’exercice toutes les semaines, si j’écris ces lignes aujourd’hui, c’est également à lui que je le dois. Dans son for intérieur, peut-être me dédaigne-t-il un peu. Quand nous nous promenons dans la banlieue, il me reproche d’être poète… »
Extrait de : M. Renard. « Les vacances de monsieur Dupont. »