Catégorie : Livres

 

Le livre du grand secret par Serge Brussolo

Fiche de Le livre du grand secret

Titre : Le livre du grand secret
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1999
Editeur : J’ai lu

Première page de Le livre du grand secret

« Pendant le trajet en autocar, Purcell Forbes fit un rêve curieux, presque prémonitoire. Les éléments récurrents qui le charpentaient provenaient de la lecture en édition de poche d’un livre à succès écrit par son grand-père, Darian Forbes, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y avait plus de dix ans qu’on ne trouvait plus les romans de Darian Forbes ailleurs que dans les bibliothèques publiques, et pourtant, dans cette gare routière minable, sur ce tourniquet garni de paperbacks brûlés par le soleil, un exemplaire d’Immersion périscopique, un texte jadis couronné par le Booker Price, se racornissait comme une momie de papier oubliée depuis le début des sixties. Purcell choisit d’y voir un signe du destin.
Avant de grimper dans le Greyhound, il acheta donc au kiosque de San Pascualito le livre craquant, écaillé, dont l’illustration de couverture avait été mangée par la lumière au point de devenir indiscernable. L’ouvrage était si desséché que la reliure se cassa en deux quand il voulut en relire les premiers mots. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Livre du grand secret. »

Le hasard et la nuit par Serge Brussolo

Fiche de Le hasard et la nuit

Titre : Le hasard et la nuit
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2020
Editeur : Editions H&O

Première page de Le hasard et la nuit

« C’est encore le même cauchemar. Encore et toujours. Un souvenir vu et revu au cours des années.
La ville est là, empilement de taudis bâtis sur des ruines. Ordures gigognes dont le cœur n’est plus que cendre. Empilement branlant qu’un prochain séisme éparpillera au moindre éternuement tellurique…
Julia a dix ans, elle court à perdre haleine. Ses épaules, à force de heurter les parois du couloir trop étroit, sont à vif, mais elle n’éprouve aucune douleur, la peur est plus forte. À travers les bourdonnements que le sang vrille dans ses tympans, elle capte les hurlements de P’pa et de M’man lancés à ses trousses. La voix de sa mère, d’abord :
— Reviens ! C’est pour ton bien, tu le sais…
Puis celle du père :
— C’est un grand honneur qu’on nous fait ! Tu es assez grande pour le comprendre. Tu vas attirer la honte sur notre famille ! Tu veux qu’on se fasse lapider, c’est ça !
Julia n’écoute pas. À bout de souffle, elle puise dans ses réserves d’énergie. Elle sait que la ville et son dédale peuvent la sauver pourvu qu’on lui accorde le temps de s’y perdre. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le hasard et la nuit. »

Le cycle angoisse 1 par Serge Brussolo

Fiche de Le cycle angoisse 1

Titre : Le cycle angoisse 1
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1996
Editeur : Editions du rocher

Sommaire de Le cycle angoisse 1

  • Cauchemar à louer
  • La meute
  • Krucifix

Première page de Cauchemar à louer

« C’était l’une de ces journées où tout va de mal en pis ; où les images qui vous entourent semblent une extension des cauchemars de la nuit, une sorte d’épanchement de l’imaginaire dans le réel. La pluie noyait le paysage, encadrant la route de rideaux liquides ininterrompus derrière lesquels les maisons n’étaient plus que des ombres fuyantes. Le père de David conduisait, les dents serrées, les mains crispées sur le volant. Le bruit de l’averse dominait celui de l’autoradio, écrasant la musique sous son martèlement humide. M’man, elle, demeurait silencieuse, tendue. Elle n’avait qu’une confiance limitée dans les talents de conducteur de son mari, de plus elle n’ignorait pas qu’il avait bu en cachette avant de partir.

Elle l’avait vu s’isoler dans la remise du jardin, là où il cachait la bonbonne d’eau-de-vie de pomme. Lorsqu’il en était ressorti, il avait une seconde titubé dans l’allée des citrouilles – dont certaines portaient encore les cicatrices de la dernière fête d’Halloween ! – et n’avait retrouvé son équilibre qu’en s’accrochant à la corde à linge. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le cycle angoisse 1. »

Le chien de minuit par Serge Brussolo

Fiche de Le chien de minuit

Titre : Le chien de minuit
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1994
Editeur : Le livre de poche

Première page de Le chien de minuit

« Il se nommait Jedediah Wayne Paulson, mais depuis dix ans il se faisait appeler Bambata N’Koula Bassaï, parce qu’on lui avait dit qu’en dialecte (lequel ?) cela signifiait Le guerrier de la nuit. Il était noir, il avait vingt-trois ans, ce qui était déjà vieux pour un enfant des rues et des slums.

Pour l’heure ses mains tremblaient et il n’avait pas plus de force qu’un enfant. Au cours des dernières minutes, il avait bel et bien cru qu’il allait lâcher prise, tout près du but. Il s’était injurié mentalement, espérant que la colère infuserait dans ses veines quelques gouttes d’adrénaline supplémentaires, juste de quoi lui permettre d’atteindre le sommet du mur de brique. Des images effrayantes avaient commencé à déferler dans sa tête, et ses sensations s’étaient bizarrement amplifiées, comme chaque fois qu’il prenait de la dope. Soudain, il s’était vu, minuscule araignée humaine accrochée en pleine nuit sur la façade d’un brownstone de quarante étages et grimpant à mains nues, sans le secours d’aucune corde. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le chien de minuit. »

Le château des poisons par Serge Brussolo

Fiche de Le château des poisons

Titre : Le château des poisons
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1997
Editeur : Editions du Masque

Première page de Le château des poisons

« Il rêvait souvent de la bataille. En ces temps-là, il portait un autre nom : Jehan.
Au cœur de la nuit, au cœur de la fièvre, surgissait alors la ligne des chevaux chargeant poitrail contre poitrail, le chanfrein de métal dont leur museau était couvert reflétant douloureusement la lumière du soleil.
Il se revoyait, seul, au milieu de la plaine, les mains crispées sur le manche de la hache.
La peur lui faisait les paumes si moites qu’elles dérapaient sur le bois de la cognée, et il avait dû les frotter avec de la terre pour les assécher. La terre, cette bonne terre pour laquelle tant d’hommes étaient en train de verser leur sang.
Il avait toujours eu peur des chevaux car c’était là bêtes de seigneurs auxquelles, paysan, il n’était pas habitué, et jamais au grand jamais ils ne lui avaient paru aussi grands.
Plus que tout, il entendait le martèlement des sabots sous ses pieds. Le roulement montait dans ses chevilles, ses genoux, explosait dans son ventre comme pour le disloquer, faisant de lui un tambour humain à la peau frémissante. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le chateau des poisons. »

Le château d’encre par Serge Brussolo

Fiche de Le château d’encre

Titre : Le château d’encre
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1988
Editeur : Denoël

Première page de Le château d’encre

« Chaque fois que j’essaye de la situer, les mêmes mots me montent aux lèvres : La maison se dressait à la sortie de la nuit…

Je regarde couler le flot sombre du fleuve. Au-dessus des berges s’élève le château d’encre. Drôle de nom pour une bicoque délabrée dont personne ne connaît plus en fait le ou les propriétaires. « Le château d’encre », cela sonne de manière un peu grotesque, comme l’appellation d’un palais appartenant depuis des lustres – des siècles – à quelque obscure famille transylvanienne ruinée. Mythes et fantasmes se mêlent à l’ombre de cette demeure à demi avalée par la berge, et qui s’enfonce un peu plus chaque année dans la vase.

Je me tiens en équilibre à la proue du bateau, comme on m’a recommandé de ne jamais le faire. Le château d’encre me domine, vautré dans sa bauge, dans son limon. Amas de planches et de cloisons déjà digéré, et qui paraît enveloppé par les sucs gastriques des eaux. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le château d’encre. »

Le carnaval de fer par Serge Brussolo

Fiche de Le carnaval de fer

Titre : Le carnaval de fer
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1983
Editeur : Denoël

Première page de Le carnaval de fer

« Le train file dans la nuit. Et la locomotive creuse sa trouée dans l’épaisseur des ténèbres, dévorant les rails, crachant un panache de suie que le vent de la course rabat aussitôt sur son échine de wagons comme un voile de mariée sur le négatif d’une pellicule photographique.

Aucune lumière dans les voitures, aucune veilleuse dans les couloirs, rien qu’une dizaine de wagons aveugles où le moindre lumignon semble tabou. Un convoi obscur qui file dans l’obscurité, un curieux train fantôme aux passagers tâtonnants.

Dans le huitième compartiment de tête, assis dans le fauteuil réservé n°1234 (sens de la marche – côté vitre) il y a un homme. Un vieillard à peau grise engoncé dans un costume de confection trop grand pour lui. Sa glotte s’agite constamment sur le trajet de sa gorge à la chair grumeleuse et plissée. Ses mains tremblent sur ses cuisses maigres, comme deux bêtes racornies tavelées de jaune et de brun. Il s’appelle David, il se rend à la Cité des Oracles. Il a près de soixante-dix ans. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Carnaval de fer. »

La route obscure par Serge Brussolo

Fiche de La route obscure

Titre : La route obscure
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1993
Editeur : Le livre de poche

Première page de La route obscure

« Parfois, l’employé songeait que la muraille des consignes automatiques, avec ses alignements de petites portes carrées, toutes identiques, avait quelque chose de ces cimetières verticaux en usage dans certains pays. Un jour, en vacances, il avait visité un de ces funérariums où l’on rangeait les cercueils les uns au-dessus des autres, comme des caisses dans un entrepôt. Ça lui avait fait bizarre. Les morts avaient beau être chacun chez soi, et chaque niche fermée par une belle dalle de marbre, on ne pouvait s’empêcher de penser qu’on les avait stockés telles des marchandises en attente, et qu’un gros camion allait venir prendre d’une minute à l’autre pour les emmener vers un drôle de supermarché.

À cause de ce souvenir l’employé éprouvait toujours un pincement désagréable lorsqu’il longeait les consignes automatiques. Les portes, les portes avec leur numéro… Ça faisait penser également à des tiroirs de morgue. En plus petit bien sûr. Des petits tiroirs réfrigérés pour de petits cadavres. Des cadavres de nains ? Ou d’enfants ? Non, les enfants morts c’était une idée trop déprimante, il préférait encore les nains. Les nains, c’est jamais très beau, alors tant qu’à faire… »

Extrait de : S. Brussolo. « La Route obscure. »

La route de Santa Anna par Serge Brussolo

Fiche de La route de Santa Anna

Titre : La route de Santa Anna
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2014
Editeur : Editions du Masque

Première page de La route de Santa Anna

« C’est quelque part dans le désert du Nevada, loin des routes habituellement patrouillées par les Rangers. Une de ces zones qui, parfois, sont le théâtre de fêtes clandestines. Autant dire que c’est nulle part, ou presque. Une tache blanche sur la carte.
Le désert a toujours abrité d’étranges rituels auxquels les fidèles, conviés par un efficace bouche à oreille, se pressent en secret. Les esprits forts ont décidé qu’il s’agissait là de légendes urbaines ; ils se trompent lourdement ; mais faire croire qu’il n’existe pas n’est-elle pas la suprême ruse du Diable ?
Markh serre le volant poisseux de toutes ses forces. Le va-et-vient des voitures au centre de l’arène soulève tant de poussière qu’il ne distingue plus les gradins où s’entassent les spectateurs hurlants. Il conduit au sein d’un brouillard jaune, au hasard, sachant qu’une collision peut se produire à tout moment.
Le public du premier rang le bombarde de boulons qu’il sème à grosses poignées, visant les pare-brise des véhicules. »

Extrait de : S. Brussolo. « La Route de Santa Anna. »

La princesse noire de Serge Brussolo

Fiche de La princesse noire

Titre : La princesse noire
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2004
Editeur : Le livre de poche

Première page de La princesse noire

« Le loup a rompu sa chaîne. Il est là, qui court, silhouette géante à l’horizon du monde. Il se hâte pour un rendez-vous de mort fixé de toute éternité. Dans un instant il ouvrira la gueule pour dévorer la lune et le soleil. Alors, la lumière s’éteindra dans le ciel, et la nuit tombera sur Asgard, le château des dieux, ainsi que sur le Midgard, la terre du milieu, là où demeurent les humains…

Le loup a rompu sa chaîne. De tous les coins de l’horizon des guerriers colossaux se lèvent et rassemblent pour l’ultime bataille, le chaos final. Même le serpent géant qui fait le tour de la terre s’est redressé. Le venin coule de sa gueule sans discontinuer, empoisonnant les campagnes.

C’est le dernier combat des divinités. Jetées les unes contre les autres, elles périront l’épée à la main, et toute vie s’éteindra, et le vent ne soufflera plus que des bourrasques de cendre grise.

Fenrir le loup a rompu sa chaîne. Il va dévorer la lune et le soleil. L’âge des ténèbres s’installera sur le champ de bataille des dieux morts. Ce sera l’obscurité des temps nouveaux voués à la désespérance. »

Extrait de : S. Brussolo. « La princesse noire. »