Catégorie : Livres

 

L’inversion de Polyphème par Serge Lehman

Fiche de L’inversion de Polyphème

Titre : L’inversion de Polyphème
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1997
Editeur : Bélial

Première page de L’inversion de Polyphème

« Ça fait trois jours que Mick m’a appris la mort de Paul Venditti, et trois jours qu’elle me harcèle pour que je raconte son histoire. J’ai beau lui répéter que j’ai un roman à finir, une conférence à préparer, des épreuves à corriger, elle ne veut rien entendre. Hier, elle a même trouvé un nouvel argument : « Tu es écrivain. Je suis médecin-légiste. Notre travail, c’est de faire parler les morts. Où est le problème ? »

Le problème, c’est que la seule idée de m’assoir à ma table et de commencer à écrire me donne la chair de poule. J’avais treize ans quand Paul est devenu fou. J’en ai trente-deux aujourd’hui, mais ça ne rend pas les choses plus faciles. La bande n’existe plus, c’est vrai. Francis est reparti au Portugal. Mick habite à Grenoble. Mais pour moi, rien n’a changé. Je vis toujours ici, aux Loges, dans la maison de mon père. Je n’ai pas décroché les posters de Science-Fiction Magazine des murs de ma chambre, ni enlevé les vieux Fleuve Noir de mes étagères. Et même si j’ai fini par acheter un Macintosh, je continue d’écrire mes trucs sur des cahiers d’écolier. »

Extrait de : S. Lehman. « L’Inversion de Polyphème. »

L’art du vertige par Serge Lehman

Fiche de L’art du vertige

Titre : L’art du vertige
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 2023
Editeur : Les moutons électriques

Première page de L’art du vertige

« Dans Tlön, Uqbar, Urbis, Tertius, une de ses plus belles nouvelles, Jorge Luis Borges raconte le remplacement de notre monde par un autre, né de l’imagination d’un groupe d’encyclopédistes-démiurges.
La jonction s’effectue d’abord dans un texte avant de s’étendre à tout le réel. Dans une caisse de vaisselle précieuse, on découvre une boussole gravée de signes inconnus ; dans un couloir à côté d’un cadavre, de minuscules cônes métalliques trop lourds pour être soulevés (on dira plus tard que ce sont des statues des dieux de Tlön) ; entre les rives à sec d’un ancien fleuve, « un masque en or, une épée archaïque, deux ou trois amphores de terre et le torse verdâtre et mutilé d’un roi portant sur la poitrine une inscription qu’on n’a pas encore réussi à déchiffrer. »
Momies dépecées, dieux coniques, masques et alphabets inhumains : si on s’en tient aux indices livrés par Borges, le monde de Tlön ne se distingue pas de celui de Philippe Druillet. »

Extrait de : S. Lehman. « L’art du vertige. »

L’homme chimérique par Serge Lehman et Christine Luce

Fiche de L’homme chimérique

Titre : L’homme chimérique
Auteur : Serge Lehman et Christine Luce
Date de parution : 2024
Editeur : Les moutons électriques

Première page de L’homme chimérique

« Ben alors, ballot, t’as jamais vu une dame écrire ?! »
Assise sur un muret à moitié écroulé, Renée avait relevé la tête de sa pige pour France en Guerre, la gazette de la capitale qui s’essayait au créneau provincial afin d’informer les Parigots, et elle avait croisé le regard curieux d’un échalas en cache-poussière, coiffé en plein hiver d’un invraisemblable Panama. Elle ne l’avait pas entendu arriver malgré le silence de mort qui régnait. Contre toute attente, l’homme éclata d’un rire joyeux.
« C’est bien toi, c’est bien la petite Nénette ! Mais que fiches-tu au milieu de ce décor dévasté ? Tu avais juré que jamais plus tu ne mettrais un pied en province, en bouserie, selon toi. »
Le visage de « Nénette » s’assombrit dangereusement, elle détestait ce sobriquet, et sautant avec souplesse de son perchoir, elle faillit d’abord arracher les yeux de l’importun. Grâce au ciel, éclairci soudain par la victoire d’un rayon sur le front nuageux, elle reconnut sous l’ombre du chapeau les joues un peu tombantes et mal rasées de Varlet.
« Théo ! Tu as manqué le coup de griffes de peu. Et toi donc, par quel hasard désastreux as-tu quitté ton mas rose en Provence ?  »

Extrait de : S. Lehman + C. Luce. « L’homme chimérique. »

Maîtres du vertige par Serge Lehman

Fiche de Maîtres du vertige

Titre : Maîtres du vertige
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 2021
Editeur : L’arbre vengeur

Sommaire de Maîtres du vertige

  • Dans trois cents ans de P. Mille
  • Tsadé (une aventure de Palmyre) de R. Dunan
  • Les navigateurs de l’infini de J.H. Rosny aîné
  • La terreur rose de J. Ray
  • Où ? de C. Farrère
  • L’agonie du globe de J. Spitz

Thenser par Tanith Lee

Fiche de Thenser

Titre : Thenser (Tome 2 sur 2 – Aradia)
Auteur : Tanith Lee
Date de parution : 1989
Traduction : E. Valls de Gomis
Editeur : Editions de l’Oxymore

Première page de Thenser

« Le navire se soulevait et tanguait. Les autres passagers reposaient dans leurs cabines, à l’agonie. Le capitaine était réjoui, ayant subi le mal de mer, déclara-t-il, pendant ses cinq premières années de service ; il éprouvait donc à la fois de la pitié et de l’allégresse à l’égard de ceux qui en souffraient.
Moi, je n’étais pas malade, ne ressentais aucune nausée, seulement parfois des vertiges. Une telle passagère dans une mer déchaînée devenait un genre d’animal favori.
Les vagues étaient d’une centaine de nuances de vert, comme un étrange marbre liquide. L’équipage m’assura, bien que nous soyons ballottés, que l’océan n’était pas dangereux. Pourtant, de temps à autre, un foulard d’eau arrivait en roulant et nous dépassait de toute sa hauteur. Je restais peu convaincue que nous ne coulerions pas. »

Extrait de : T. Lee. « Thenser – Aradia. »

Aara par Tanith Lee

Fiche de Aara

Titre : Aara (Tome 1 sur 2 – Aradia)
Auteur : Tanith Lee
Date de parution : 1989
Traduction : E. Valls de Gomis
Editeur : Editions de l’Oxymore

Première page de Aara

« La maison de ma tante se trouvait au coin du Forum Hapsid. On la trouvait inhabituelle, et elle l’était probablement, avec ses murs couleur de minuit, ses épaisses colonnes écarlates et ses volets rehaussés de rouge. Du jardin, un gigantesque pin s’élançait haut au-dessus du toit, les branches devenant visibles dès qu’on arrivait dans l’Avenue Est. Et ma mère disait toujours vivement : « Voilà le pin de ta tante. »
« Voilà le pin de ta tante.
— Oui maman.
— Les vents n’ont pas été tendres avec lui, » remarqua ma mère avec une touche de malice.
Je me tournai dans la calèche pour voir ce qui était arrivé au pin.
« Ne te tortille pas comme ça, mon enfant. T’avons-nous élevée pour que tu deviennes une hermine ?
— J’aimerais ça, être une hermine. »

Extrait de : T. Lee. « Aara – Aradia. »

Un pas de côté par Murray Leinster

Fiche de Un pas de côté

Titre : Un pas de côté
Auteur : Murray Leinster
Date de parution : 1934
Traduction :
Editeur :

Première page de Un pas de côté

« Avec le recul, il semble étrange que personne d’autre que le professeur Minott n’ait compris la chose à l’avance. Les indications étaient plus que simples. Début décembre 1934, le professeur Michaelson a annoncé sa constatation que la vitesse de la lumière n’était pas un absolu ne pouvait pas être considéré comme invariable. Bien sûr, c’était l’une des premières indications de ce qui allait se passer.

Une deuxième indication est survenue le 15 février, alors qu’à 12 h 40, le temps moyen de Greenwich, le soleil brillait soudainement bleu-blanc et le taux accru de rayonnement a augmenté la température de la surface de la Terre de vingt-deux degrés Fahrenheit en cinq minutes. À la fin des cinq minutes, le soleil est revenu à son taux de rayonnement normal sans aucun autre symptôme de perturbation.

Un grand nombre d’articles cherchant renommée scientifique ont suivi, bien sûr, mais aucune explication plausible du phénomène pour le manque total de perturbations dans la photosphère du soleil. »

Extrait de : M. Leinster. « Un pas de côté. »

Les âmes croisées par Pierre Bottero

Fiche de Les âmes croisées

Titre : Les âmes croisées (Tome 7 sur 7 – Gwendalavir)
Auteur : Pierre Bottero
Date de parution : 2010
Editeur : Rageot

Première page de Les âmes croisées

« Elle avait cinq ans la première fois qu’elle vit une Armure.

Comme à chaque nouvelle lune chaude, elle avait accompagné ses parents au palais pour le Symposium. Elle détestait ces interminables réunions durant lesquelles les Robes les plus influentes du royaume dissertaient sur l’avenir des douze cités mais sa mère se montrait inflexible quant à sa présence, et son père, indolent partisan du confort domestique, lui donnait toujours raison.

Ce jour-là toutefois, la duègne chargée de la surveiller s’était endormie sur sa chaise et elle avait réussi à se faufiler hors de la salle des Hypothèses sans que personne la remarque.

Elle avait emprunté un couloir aussi large que sa chambre, caressant les murs lambrissés de bois précieux, observant avec défiance les tableaux de femmes imposantes et d’hommes sévères, tous des Robes, qui y étaient accrochés, admirant les vitrines et les legs des Anciens qu’elles abritaient.

Un bruit de voix l’avait arrachée à la contemplation d’un cône métallique environné d’un nuage de particules bleutées en suspension. »

Extrait de : P. Bottero. « Gwendalavir – Les Âmes Croisées. »

La huitième porte – L’Autre par Pierre Bottero

Fiche de La huitième porte

Titre : La huitième porte (Tome 3 sur 3 – L’Autre // Tome 6 sur 7 – Gwendalavir)
Auteur : Pierre Bottero
Date de parution : 2007
Editeur : Rageot

Première page de La huitième porte

« Elio quitta le chemin pour se faufiler derrière un gros rocher.

Les buissons épineux qui poussaient là jouaient à la perfection leur rôle dissuasif, mais il avait découvert un passage.

Un passage secret.

En se plaquant contre le tronc de l’arganier qui montait la garde près du rocher, en se baissant puis en rampant sur quelques mètres, on parvenait à un éboulis qu’il était facile de descendre.

Tout au fond, une source chuintante emplissait d’eau claire une vasque qu’un farfadet avait taillée dans la roche. Une toute petite vasque, contenant juste assez d’eau pour se désaltérer. Hors de question d’y tremper les pieds et encore moins d’y prendre un bain mais l’endroit était magnifique, ombragé par les branches courageuses d’un pistachier rabougri, invisible du chemin, à l’abri du vent et des regards…

Un refuge idéal pour un aventurier de huit ans.

Elio cachait son trésor dans une anfractuosité près de la source : un caillou transparent à l’éclat rosé — du quartz, lui avait appris son père — une mue de serpent, une plume d’aigle et une molaire de chèvre. »

Extrait de : P. Bottero. « Gwendalavir – L’Autre – La Huitième Porte. »

Le maître des tempêtes – L’Autre par Pierre Bottero

Fiche de Le maître des tempêtes

Titre : Le maître des tempêtes (Tome 2 sur 3 – L’Autre // Tome 5 sur 7 – Gwendalavir)
Auteur : Pierre Bottero
Date de parution : 2007
Editeur : Rageot

Première page de Le maître des tempêtes

« Confortablement installé dans un fauteuil de cuir sombre, l’homme approcha son verre de ses lèvres. Il but une gorgée de bourbon puis reporta son attention sur l’écran plat accroché au mur. Le reportage exposait les conséquences dramatiques du raz-de-marée qui avait déferlé sur l’île de Kyushu au Japon. Des milliers de morts, des dizaines de milliers de disparus, la ville de Miyazaki rayée de la carte…

L’homme appuya sur un bouton de la télécommande.

L’épidémie de choléra qui avait débuté en Bolivie avait désormais rang de pandémie et ravageait la moitié de l’Amérique du Sud. Le vibrion responsable de la maladie se montrait résistant à toutes les souches d’antibiotiques testées jusqu’à présent et le nombre de victimes s’élevait déjà à plusieurs milliers…

L’homme appuya sur un bouton de la télécommande.

Les inondations en Europe de l’Est prenaient un tour catastrophique. Des digues cédaient, des villes étaient évacuées et les pluies torrentielles qui s’abattaient sur ces régions ne cessaient pas. Les météorologues se demandaient si ces précipitations d’une amplitude jamais vue étaient en rapport avec la tempête qui, depuis quelques jours, dévastait la péninsule ibérique et le Sud-Ouest de la France…

L’homme éteignit la télévision. »

Extrait de : P. Bottero. « Gwendalavir – L’Autre – Le Maître des Tempêtes. »