Catégorie : Livres
Dernière querelle par Joe Abercrombie
Fiche de Dernière querelle
Titre : Dernière querelle (Tome 3 sur 3 – La première loi)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2008
Traduction : M. Ssossé
Editeur : Pygmalion
Première page de Dernière querelle
« L’Inquisiteur Glotka entra dans le palais et s’arrêta un instant. Il étira son cou tordu d’un côté, puis de l’autre, prêtant l’oreille aux craquements familiers des articulations, suivant le parcours de la douleur qui empruntait ses itinéraires routiniers, à travers l’entrelacs des muscles noués entre ses omoplates. Pourquoi ne puis-je m’empêcher de faire ça, alors que j’en souffre à chaque fois ? Pourquoi sommes-nous toujours enclins à irriter le point sensible ? Agacer l’ulcère de la langue, frotter l’ampoule, gratter la croûte ?
« Eh bien ? » lança-t-il d’une voix sèche.
Le buste de marbre qui trônait au pied de l’escalier ne lui offrit qu’un mépris silencieux en guise de réponse. J’en ai déjà par-dessus la tête de tout ça, Glotka se remit en marche d’un pas traînant, son pied invalide raclait les dalles derrière lui, les moulures du haut plafond lui renvoyaient l’écho du claquement de sa canne. »
Extrait de : J. Abercrombie. « Dernière quérelle – La première loi. »
Déraison et sentiments par Joe Abercrombie

Fiche de Déraison et sentiments
Titre : Déraison et sentiments (Tome 2 sur 3 – La première loi)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2007
Traduction : B. Mariot
Editeur : Pygmalion
Première page de Déraison et sentiments
« Maudit brouillard, qui se faufile sous vos paupières et vous empêche de voir à plus de trois pas. Qui s’insinue dans vos oreilles et vous plonge dans un tel silence que, lorsque vous finissez par percevoir un bruit, impossible d’en déterminer la provenance. Qui s’immisce dans vos narines pour vous priver de toute odeur, hormis l’humidité et la moiteur. Maudit brouillard ! Une calamité pour les éclaireurs.
En quittant le Nord pour pénétrer dans le pays des Angles, ils avaient franchi la Tumultueuse quelques jours auparavant ; depuis, Renifleur était à cran. Aller en reconnaissance dans un pays étranger en guerre n’était pas leur spécialité. Tous ses compagnons restaient sur le qui-vive. Excepté Séquoia, aucun d’eux n’était jamais sorti du Nord. Sauf le Sinistre, peut-être. Le Sinistre, cependant, ne parlait jamais des endroits qu’il avait visités. »
Extrait de : J. Abercrombie. « Déraison Et Sentiments – La première loi. »
Premier sang par Joe Abercrombie
Fiche de Premier sang
Titre : Premier sang (Tome 1 sur 3 – La première loi)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2006
Traduction : B. Mariot
Editeur : Pygmalion
Première page de Premier sang
« Logen s’élança à travers les arbres. Ses pieds nus glissaient sur la terre mouillée, la neige à moitié fondue et les aiguilles de pin humides. Un souffle rauque raclait sa poitrine, son sang battait contre ses tempes. Il trébucha et s’étala, manquant de s’ouvrir le torse avec sa propre hache. Haletant, il resta allongé à observer la forêt baignée dans l’ombre.
Il était sûr que Renifleur le talonnait quelques instants plus tôt, mais il n’y avait maintenant plus aucun signe de sa présence. Quant aux autres… qu’étaient-ils devenus ? Pas brillant pour un chef d’être ainsi séparé de ses compagnons ! Il aurait dû essayer de retourner là-bas, mais les Shankas l’encerclaient. Il les sentait se déplacer entre les arbres, leur odeur lui emplissait les narines. Il avait l’impression d’entendre des cris sur sa gauche… peut-être se battait-on ! Comme il se redressait avec la plus grande discrétion, Logen entendit une branche se briser. Il fît volte-face. »
Extrait de : J. Abercrombie. « Premier sang – La première loi. »
La moitié d’une guerre par Joe Abercrombie

Fiche de La moitié d’une guerre
Titre : La moitié d’une guerre (Tome 3 sur 3 – La mer éclatée)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2015
Traduction : J. Parichet
Editeur : Bragelonne
Première page de La moitié d’une guerre
« — Nous avons perdu, constata le roi Fynn, les yeux rivés sur sa bière.
Dans la salle du trône déserte, Skara savait qu’il était inutile de le nier. L’été dernier, au même endroit alors bondé, une pléthore de héros rivalisant de fierté et assoiffés de sang, chantant leur gloire à venir, avait promis la victoire sur le petit peuple du Haut Roi.
Les discours de ces hommes s’étaient avérés plus vaillants que leurs actes, comme c’était souvent le cas. Après un piteux début, quelques mois sans gloire ni profit, ils avaient fui, un par un, et seule une poignée de malchanceux demeurait auprès du grand foyer, qui abritait des flammes aussi minables que la bonne fortune du Trovenland. La Forêt aux nombreuses colonnes, naguère garnie de guerriers, était désormais peuplée d’ombres. Emplie de déceptions.
Ils avaient perdu. Et ils ne s’étaient même pas battus.
Bien sûr, mère Kyre voyait les choses sous un autre angle.
— Nous avons passé un accord, mon roi, le corrigea-t-elle tout en mâchonnant docilement sa viande, telle une jument devant une botte de foin. »
Extrait de : J. Abercrombie. « La mer éclatée – La moitié d’une guerre. »
La moitié d’un monde par Joe Abercrombie
Fiche de La moitié d’un monde
Titre : La moitié d’un monde (Tome 2 sur 3 – La mer éclatée)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2015
Traduction : J. Parichet
Editeur : Bragelonne
Première page de La moitié d’un monde
« Il n’hésita qu’un instant, mais Épine en profita pour lui balancer son bouclier dans les noix.
Malgré le brouhaha ambiant, essentiellement des acclamations en faveur de Brand, son adversaire, elle entendit celui-ci gémir.
Le père d’Épine disait toujours : La moindre pause peut causer ta mort. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire, Épine avait suivi ce principe toute sa vie. Elle montra les dents – pratique courante chez elle, après tout – et, avec un grognement, se rua de toutes ses forces sur Brand.
Dans un fracas de boucliers, elle le percuta de l’épaule et le força à reculer vers la mer, soulevant un nuage de sable. Secoué, il tenta de la frapper au visage, mais elle l’esquiva en se baissant. Elle en profita pour lui assener un coup en plein mollet, sous sa cotte de mailles trop grande. »
Extrait de : J. Abercrombie. « La mer éclatée – La moitié d’un monde. »
La moitié d’un roi par Joe Abercrombie

Fiche de La moitié d’un roi
Titre : La moitié d’un roi (Tome 1 sur 3 – La mer éclatée)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2014
Traduction : J. Parichet
Editeur : Bragelonne
Première page de La moitié d’un roi
« La tempête faisait rage la nuit où Yarvi apprit qu’il était roi. Ou du moins, la moitié d’un roi.
Il soufflait un vent fureteur, comme le nommaient les Gettlandais : il s’élevait depuis père Océan en gémissant tel un damné, s’insinuait dans chaque fissure de chaque demeure pour glacer ses habitants, blottis les uns contre les autres au coin du feu.
Il faisait claquer les volets aux étroites fenêtres des quartiers de mère Gundring, trembler la porte en bois et acier dans son cadre. Il taquinait les flammes dans l’âtre, qui crachotaient de colère en retour, projetant sur les murs les sinistres ombres frémissantes des bouquets d’herbes séchées pendus au plafond ainsi que des racines que tenait mère Gundring dans ses doigts noueux.
— Et ceci ?
« Ceci » avait l’allure d’une simple motte de terre, mais Yarvi n’était pas dupe.
— De la racine de Langue-noire. »
Extrait de : J. Abercrombie. « La mer éclatée – La moitié d’un roi. »
Transition par Iain Banks

Fiche de Transition
Titre : Transition
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Imbert
Date de parution : 2009
Editeur : Calmann-Lévy
Première page de Transition
« Je ne suis pas ce qu’on appelle communément un narrateur digne de foi, mais reconnaissez que vous méritez votre sort si vous croyez tout ce qu’on vous raconte. Croyez-moi, c’est déjà surprenant que vous lisiez ces lignes. Et c’est sans précédent, bien sûr.
Avez-vous déjà vu un sismographe ? Vous savez, ces choses terriblement délicates et sensibles, conçues pour enregistrer les tremblements de terre, pourvues d’un long crayon arachnéen dont la pointe trace une mince ligne sur un rouleau de papier qui se déroule lentement. Imaginez maintenant l’un de ces instruments en situation normale, sans rien de notable, traçant une ligne noire droite et monotone, n’enregistrant que le calme et le silence, là, sous vos pieds, partout dans le monde. Imaginez-le soudain passer en Copperplate, le papier enchaînant les allers-retours pour suivre les élans de cette police douce et tourbillonnante (l’engin écrirait par exemple : « Je ne suis pas ce qu’on appelle communément un narrateur digne de foi… »).
Improbable, n’est-ce pas ? Faites-moi confiance, c’est encore plus improbable que j’écrive ces lignes. Et que quiconque les lise. »
Extrait de : I. Banks. « Transition. »
Retour à Stonemouth par Iain Banks

Fiche de Retour à Stonemouth
Titre : Retour à Stonemouth
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Imbert
Date de parution : 2014
Editeur : Calmann-Lévy
Première page de Retour à Stonemouth
« Un peu de clarté.
Ça n’aurait pas été désagréable.
Mais non. À la place, un brouillard glacial et tenace. Même pas un brouillard, d’ailleurs, juste une brume froide sur l’estuaire. Installé au milieu du pont suspendu, je domine le Firth of Stoun d’une cinquantaine de mètres, au sommet de la longue trajectoire cambrée que l’ouvrage décrit au-dessus des eaux. En bas, les brisants battus par le vent s’alignent dans le sillage du Firth, des crêtes déchiquetées tapissées de fine mousse dérivent d’est en ouest, poussées par une brise régulière. Chaque vague se forme, se brise, grossit encore, puis s’effondre à nouveau avant que d’autres crêtes ne renaissent de leurs restes pâles, telle une armée de fantômes condamnés à disparaître dans le flou de la rivière, en amont.
Derrière moi, en direction du nord, le trafic est assez dense ; des voitures passent en sifflant, des camions font trembler la chaussée et martèlent les joints des plaques asphaltées. La quasi-totalité des véhicules ont allumé leurs phares. Le soir approche et la brume s’intensifie. »
Extrait de : I. Banks. « Retour à Stonemouth. »
Les enfers virtuels 2 par Iain M. Banks

Fiche de Les enfers virtuels 2
Titre : Les enfers virtuels 2 – Détail
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Dusoulier
Date de parution : 2010
Editeur : Robert Laffont
Première page de Les enfers virtuels 2
« Pour Veppers, il n’y avait rien de pire que les losers qui réussissaient. Cela semblait lié à l’ordre des choses – sans doute à la complexité même de la vie – que parfois, quelqu’un qui ne méritait absolument rien d’autre que de faire partie des opprimés, des piétinés, de la lie de la société, se retrouve par hasard dans une position de richesse, de pouvoir et d’admiration.
Au moins, les gagnants naturels savaient comment tenir leur rang, que leur pouvoir résulte de la chance d’être nés riches et puissants, ou qu’ils soient dotés d’ambition et de talents. Les losers qui réussissaient n’étaient jamais à la hauteur. Veppers n’avait rien contre l’arrogance, bien au contraire – c’était une qualité qu’il possédait lui-même en abondance, comme on l’en avait souvent informé –, mais elle devait se mériter. Il fallait avoir travaillé pour ça. Ou du moins, qu’un ancêtre l’ait fait.
L’arrogance sans cause, l’arrogance sans accomplissement – ou celle qui prenait la chance pour un accomplissement –, était une abomination. Les losers donnaient une mauvaise image à tout le monde. Pire encore, à cause d’eux, toute cette affaire – le grand jeu qu’était la vie – semblait arbitraire et presque dénuée de sens. »
Extrait de : I.M Banks. « Les enfers virtuels 2 – Détail. »
Les enfers virtuels 1 par Iain M. Banks
Fiche de Les enfers virtuels 1
Titre : Les enfers virtuels 1 – Surface
Auteur : Iain M. Banks
Traduction : P. Dusoulier
Date de parution : 2010
Editeur : Robert Laffont
Première page de Les enfers virtuels 1
« — Celle-là pourrait nous causer des ennuis.
Elle en entendit un prononcer ces mots, à une dizaine de mètres seulement dans l’obscurité. Même à travers sa peur, sa terreur d’être ainsi traquée, pourchassée, elle ressentit un frisson d’excitation, presque de triomphe, en comprenant qu’il parlait d’elle. Oui, songea-t-elle, elle allait leur causer des ennuis. Elle avait même déjà commencé. Et en plus, ils étaient inquiets. Les chasseurs ressentent aussi une peur qui leur est propre quand ils poursuivent leur gibier. Enfin, c’était le cas pour au moins l’un des deux. L’homme qui avait parlé était Jasken, le principal garde du corps de Veppers et son chef de la sécurité. Jasken. Bien sûr. Qui d’autre cela pourrait-il être ?
— Ah, tu crois, vraiment ? dit un autre.
C’était Veppers en personne. Elle crut sentir quelque chose se tordre en elle en entendant cette voix grave et parfaitement modulée, qui n’était pour l’instant qu’un chuchotement.
— Mais d’un autre côté, poursuivit-il, ils nous causent… tous des ennuis. (Il semblait essoufflé.) Tu ne… vois rien… avec ces machins ? »
Extrait de : I.M Banks. « Les enfers virtuels 1 – Surface. »