Catégorie : Livres
Jean-Jacques le promeneur solitaire par Noëlle Roger

Fiche de Jean-Jacques le promeneur solitaire
Titre : Jean-Jacques le promeneur solitaire
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1933
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Jean-Jacques le promeneur solitaire
« … « Libre et maître de moi-même, je croyais pouvoir tout faire, atteindre à tout : je n’avais qu’à m’élancer pour m’élever et voler dans les airs. »
— Jean-Jacques !
— Voyons, Jean-Jacques !
— En voilà une affaire ! A-t-on jamais vu…
Ils étaient deux gamins genevois autour du petit Rousseau gisant sur le glacis, la figure enfouie dans l’herbe, sa gerbe de fleurs sauvages échappée de ses doigts, le corps secoué de sanglots.
Essoufflés par leur course vaine, eux riaient de la mésaventure : la retraite sonnée, le premier pont levé quelques minutes avant l’heure réglementaire, une journée de dimanche qui se prolonge, la nuit qu’on passerait dans le foin d’une grange accueillante, la rentrée le lendemain à l’aube – belles raisons de pleurer ! »
Extrait de : N. Roger. « Jean-Jacques le promeneur solitaire. »
Docteur Germaine par Noëlle Roger

Fiche de Docteur Germaine
Titre : Docteur Germaine
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1904
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Docteur Germaine
« — Bon courage ! dit le docteur Germaine à la femme qu’elle venait d’examiner. Il ne faut pas se laisser abattre. Allons, adieu ! Et revenez jeudi.
Une des infirmières ouvrit la porte et la malade sortit.
Le docteur Germaine, assise devant une petite table en sapin égayée par un bouquet de bruyères, inscrivit quelques mots dans un registre. Elle releva la tête et, rencontrant le regard interrogateur de la plus âgée des infirmières, haussa doucement les épaules. Miss Cox aperçut ses yeux pleins de larmes. Elle traitait le docteur Germaine avec infiniment de respect aux consultations et dans les salles d’hôpital. Mais lorsque d’aventure, pendant une heure de liberté, elles causaient au coin du feu, la vieille femme devenait maternelle envers la jeune fille. »
Extrait de : N. Roger. « Docteur Germaine. »
L’impossible oublie par Noëlle Roger

Fiche de L’impossible oublie
Titre : L’impossible oublie
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1907
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de L’impossible oublie
« Debout au milieu de la route poussiéreuse, Michelle demeurait immobile, perdue dans sa rêverie. Elle souleva sa petite fille qui riait en tendant vers elle son visage et lui baisa le front longuement. Puis la remettant à terre, elle dit :
— Ma petite Marie-Anne va s’en aller avec sa bonne attendre maman dans le bois de l’Étang. Prenez garde que l’enfant n’ait froid. Vous savez le chemin ?
— Oui, madame.
Marie-Anne, docilement, se mit à trottiner à côté de sa bonne.
— Donne la main ! réclama-t-elle en levant ses doigts potelés.
Michelle suivit l’enfant des yeux, puis se retournant, aperçut la voiture qui les avait amenées, déjà très lointaine sur la route déserte. Elle releva sa longue jupe de deuil et se rapprocha du cimetière.
Le long du trottoir, des marronniers fleuris s’espaçaient, trop jeunes encore pour donner de l’ombre. Dans le grand soleil orageux, les villas blanches, à droite et à gauche, apparaissaient plus neuves, plus semblables à des jouets bon marché. »
Extrait de : N. Roger. « L’impossible oubli. »
Projet Nouvelle-Vénus par Claude-Jacques Legrand

Fiche de Projet Nouvelle-Vénus
Titre : Projet Nouvelle-Vénus
Auteur : Claude-Jacques Legrand
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Projet Nouvelle-Vénus
« — Ainsi, lieutenant, vous êtes décidé à solliciter votre mutation au Corps ? demanda le Commodore en reposant son verre vide.
Son aide de camp fit signe à l’un des serveurs sanglés dans la livrée pourpre de l’Ambassadeur Shang-Ho. L’homme s’approcha et remplit silencieusement les coupes.
Le major Krauser vit le regard du Commodore qui détaillait silencieusement le serf. Les deux hommes étaient irrités par l’affectation avec laquelle les Vénusiens faisaient grouiller leurs ambassades de serfs d’origine terrienne. Sommeliers, laquais, chambrières, valets de pied, pas un dont le teint ou les yeux ne trahissent une provenance unique : la planète-mère.
Par contre, à l’exception du Commodore et de quelques autres invités terriens, tous les sujets libres qui circulaient dans le hall d’apparat avaient le teint olivâtre et les yeux légèrement globuleux caractéristiques des races adaptées.
— Oui, monsieur, répondait Forrester. Si le Corps veut bien de moi, je quitterai sans regrets la Marine et mon grade. »
Extrait de : C.J Legrand. « Projet Nouvelle-Vénus. »
Un voleur par Joseph-Henri Rosny aîné
Fiche de Un voleur
Titre : Un voleur
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1932
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Un voleur
« Nous partons après-demain pour Vichy, dit la vieille Mme Rivelaines pendant un entr’acte de Topaze.
Roland de Langares pâlit sous le coup.
— J’ai le foie fatigué, soupira la dame… Il paraît qu’il me faut boire leur eau sur place, à la source. Je suis sceptique, mais disciplinée : j’obéis !
Comme l’homme emporté par la rivière, Roland s’accrocha à la première touffe d’herbes :
— Mme Montaverne vous accompagne ?
— Et qui m’accompagnerait ? se récria Mme Rivelaines, indignée.
C’était la catastrophe. Roland regarda l’étincelante Gilberte Montaverne avec désespoir.
Tous ses goûts l’avaient entraîné vers cette femme, avant l’amour même. Jamais elle ne l’avait déçu. Attaché à elle comme à sa propre vie, il ne concevait plus qu’aucune autre, jusqu’à la fin de ses jours, pût la remplacer. »
Extrait de : J.H Rosny aîné. « Un Voleur. »
La fille d’affaires par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de La fille d’affaires
Titre : La fille d’affaires
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1925
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de La fille d’affaires
« Le vicomte Guillaume de Rocheverne dépouillait sa correspondance avec cette fureur qu’il transportait dans le plaisir, dans le travail, dans l’amour même… Parce qu’elle remontait à son enfance, il savait la juguler ; elle piaffait, elle écumait, mais ne démarrait que lorsqu’il le voulait bien : seulement, elle lui dévorait les entrailles et lui congestionnait le cerveau…
— Crétin ! Crétin ! Crétin ! grogna-t-il en rejetant une épaisse missive bleue.
À ce gentilhomme aux mains rudes, aux joues larges, dont les yeux scintillaient dans la pénombre, la nature avait départi une poitrine profonde, une stature de cent-garde et une vaine force musculaire.
Il boitait, ayant reçu un éclat d’obus dans la cuisse.
Bientôt, il repoussa les lettres et jeta un regard vers sa fille. Elle éprouvait une compassion impuissante pour ce solide organisme qui semblait si bien fait pour vaincre et qui perdait constamment la bataille. »
Extrait de : J.H Rosny aîné. « La Fille d’affaires. »
Nouvelles préhistoriques par Joseph-Henry Rosny aîné
Fiche de Nouvelles préhistoriques
Titre : Nouvelles préhistoriques
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1896-1933
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Nouvelles préhistoriques
- La vie chez les mammouths
- Le lion géant et la tigresse
- Amour des temps farouches, idylle préhistorique
- Combat préhistorique
Première page de La vie chez les mammouths
« Quand Naoh, fils du Léopard, ramena son compagnon Gaw, qu’il avait repris aux Dévoreurs d’Hommes, le feu brûlait clair et pur dans sa cage, sous la garde de Nam. Et le troupeau des Mammouths paissait tout le long du fleuve. Quoique sa fatigue fût extrême, qu’une blessure mordît sa chair comme un loup, que sa tête bourdonnât de fièvre, Naoh eut un grand moment de bonheur. Dans sa large poitrine battait toute l’espérance humaine, plus belle de ce que, sans l’ignorer, il ne songeait pas à la mort. La jeunesse palpitait en lui, et, pour sa courte prévoyance, c’était l’Éternité. Il vit le marécage au printemps, lorsque les roseaux dardent tous ensemble leurs flèches tendres, lorsque les peupliers, les aulnes et les saules revêtent leur fourrure verte et blanche, lorsque les sarcelles, les hérons, les ramiers, les mésanges s’interpellent lorsque la pluie tombe si allègre que c’est comme si la vie même tombait sur la terre. »
Extrait de : J.H Rosny aîné. « Nouvelles préhistoriques. »
Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise
Titre : Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1931
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise
- Ambor le loup, vainqueur de César
- Dans la forêt gauloise
Première page de Ambor le loup, vainqueur de César
« La grande insurrection gauloise, menée par Vercingétorix, surprit César, alors en Italie. Il assembla rapidement une armée, franchit les Alpes, les Cévennes, et parut sur le sol même des Arvernes, d’où la révolte était partie.
Son arrivée fut un coup de foudre pour les Gaulois. Menacé par un parti formidable, allié aux Romains, Vercingétorix fut contraint de revenir en arrière pour abattre les conspirateurs.
Or, un matin, sept grands chefs gaulois tinrent conseil dans une boucle de rivière, parmi les saules et les peupliers.
C’étaient Lucter le Cadurque, les rois ou chefs des Aulerques, des Andécaves, des Lemovices, des Bituriges, des Carnutes, et Vercingétorix lui-même.
Les gardes étaient à distance, mais une armée campait dans la vallée : les sept avaient voulu s’assurer une entrevue à l’abri de toute surprise. »
Extrait de : J.H Rosny aîné. « Ambor le Loup, Vainqueur de César. »
La mort de la Terre – Contes par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de La mort de la Terre – Contes
Titre : La mort de la Terre – Contes
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1912
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de La mort de la Terre – Contes
- La mort de la Terre
- Contes – première série
- Contes – deuxième série
Première page de La mort de la Terre
« L’affreux vent du Nord s’était tu. Sa voix mauvaise, depuis quinze jours remplissait l’oasis de crainte et de tristesse. Il avait fallu dresser les brise-ouragan et les serres de silice élastique. Enfin, l’oasis commençait à tiédir.
Targ, le veilleur du Grand Planétaire, ressentit une de ces joies subites qui illuminèrent la vie des hommes, aux temps divins de l’Eau. Que les plantes étaient belles encore ! Elles reportaient Targ à l’amont des âges, alors que des océans couvraient les trois quarts du monde, que l’homme croissait parmi des sources, des rivières, des fleuves, des lacs des marécages. Quelle fraîcheur animait les générations innombrables des végétaux et des bêtes ! La vie pullulait jusqu’au plus profond des mers. Il y avait des prairies et des sylves d’algues comme des forêts d’arbres et des savanes d’herbes. Un avenir immense s’ouvrait devant les créatures ; l’homme pressentait à peine les lointains descendants qui trembleraient en attendant la fin du monde. Imagina-t-il jamais que l’agonie durerait plus de cent millénaires ? »
Extrait de : J.H Rosny aîné. « La Mort de la Terre – Contes. »
Amour étrusque par Joseph-Henri Rosny aîné
Fiche de Amour étrusque
Titre : Amour étrusque
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1911
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Amour étrusque
« Le voyageur s’arrêta près du Volturne aux grands roseaux. C’était l’heure terrible où les cigales sont heureuses de vivre et chantent toutes ensemble leur hymne à Phoïbos. Les peupliers noirs et les sycomores se pâmaient sous la fournaise du ciel ; les vastes étangs, sauvages comme au jour où ils sortirent du Chaos, enveloppaient Veïla mollement endormie sur la terre campanienne.
Le voyageur rejeta sa chlamyde et déposa sur une racine son pilos lamentable. Il portait un bâton d’olivier poli par plusieurs générations, et la flûte que Pan tira du corps mélancolique de Syrinx. Car il cultivait l’art magique des sons. Parti de Syracuse sur une trirème phocéenne, il avait marché de ville en ville, de bourgade en bourgade, dans la volonté d’atteindre Rome. Il était jeune, fait comme les hommes d’Argos ou de Mycènes, agile, les yeux vifs, la chevelure ardente et noire. Son âme avait reçu la culture délicate des philosophes, des aèdes et des courtisanes. Mais l’aveugle fortune ayant englouti son patrimoine, il vivait de son art.
L’excès de sa fatigue lui cachait la beauté du paysage. Il n’avait guère dormi, dans une bourgade farouche, et marchait depuis l’aube. »
Extrait de : J.H Rosny aîné. « Amour Étrusque. »