Catégorie : Livres
L’enfant de Noé par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de L’enfant de Noé
Titre : L’enfant de Noé (tome 4 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2004
Editeur : Albin Michel
Première page de L’enfant de Noé
« Lorsque j’avais dix ans, je faisais partie d’un groupe d’enfants que, tous les dimanches, on mettait aux enchères.
On ne nous vendait pas : on nous demandait de défiler sur une estrade afin que nous trouvions preneur. Dans le public pouvaient se trouver aussi bien nos vrais parents enfin revenus de la guerre que des couples désireux de nous adopter.
Tous les dimanches, je montais sur les planches en espérant être reconnu, sinon choisi.
Tous les dimanches, sous le préau de la Villa Jaune, j’avais dix pas pour me faire voir, dix pas pour obtenir une famille, dix pas pour cesser d’être orphelin. Les premières enjambées ne me coûtaient guère tant l’impatience me propulsait sur le podium, mais je faiblissais à mi-parcours, et mes mollets arrachaient péniblement le dernier mètre. Au bout, comme au bord d’un plongeoir, m’attendait le vide. Un silence plus profond qu’un gouffre. »
Extrait de : E.E Schmitt. « L’enfant de Noé – Le cycle de l’invisible. »
Oscar et la dame Rose par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Oscar et la dame Rose
Titre : Oscar et la dame Rose (tome 3 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2002
Editeur : Albin Michel
Première page de Oscar et la dame Rose
« Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps.
Je te préviens tout de suite : j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu’écrire c’est guirlande, pompon, risette, ruban, et cetera. Écrire, c’est rien qu’un mensonge qui enjolive. Un truc d’adultes.
La preuve ? Tiens, prends le début de ma lettre : « Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps », j’aurais pu aussi bien mettre : « On m’appelle Crâne d’Œuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes. »
Seulement si j’écris ça, ça la fout mal, tu vas moins t’intéresser à moi. Or j’ai besoin que tu t’intéresses. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Oscar et la dame rose – Le cycle de l’invisible. »
Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran
Titre : Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran (tome 2 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2001
Editeur : Albin Michel
Première page de Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran
« À onze ans, j’ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes.
Mon cochon, c’était une tirelire en porcelaine vernie, couleur de vomi, avec une fente qui permettait à la pièce d’entrer mais pas de sortir. Mon père l’avait choisie, cette tirelire à sens unique, parce qu’elle correspondait à sa conception de la vie : l’argent est fait pour être gardé, pas dépensé.
Il y avait deux cents francs dans les entrailles du cochon. Quatre mois de travail.
Un matin, avant de partir au lycée, mon père m’avait dit :
— Moïse, je ne comprends pas… Il manque de l’argent… désormais, tu inscriras sur le cahier de la cuisine tout ce que tu dépenses lorsque tu fais les courses. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran – Le cycle de l’invisible. »
Milarepa par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Milarepa
Titre : Milarepa (tome 1 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1997
Editeur : Albin Michel
Première page de Milarepa
« Tout a commencé par un rêve.
De hautes montagnes… une bâtisse posée sur les rochers, une bâtisse rouge, d’un rouge assourdi, un rouge de soleil couchant ; plus bas, des carcasses de chiens qui pourrissaient dans un nuage de mouches… Le vent me pliait. Dans mon rêve, je me tenais sur mes deux pieds mais j’avais l’impression d’être très haut, plus haut que moi-même, au-dessus d’un corps assez fin sec comme une aile de papillon.
C’était mon corps et ce n’était pas le mien.
Dans mon sang circulait une haine intarissable qui me poussait à chercher sur les sentiers un homme que je voulais tuer avec mon bâton ; la haine était si forte, un lait noir bouillonnant, qu’elle finit par déborder et qu’elle me réveilla.
Je me retrouvai avec moi, rien que moi, dans mes draps ordinaires ma chambre de Montmartre, sous un ciel parisien. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Milarepa – Le cycle de l’invisible. »
Cycle de l’invisible par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Cycle de l’invisible
Titre : Cycle de l’invisible
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution :
Editeur : Albin Michel
Sommaire de Cycle de l’invisible :
- Milarepa
- Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran
- Oscar et la dame Rose
- L’enfant de Noé
- Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Concerto à la mémoire d’un ange par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Concerto à la mémoire d’un ange
Titre : Concerto à la mémoire d’un ange
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2010
Editeur : Albin Michel
Sommaire de Concerto à la mémoire d’un ange :
- L’empoisonneuse
- Le retour
- Concerto à la mémoire d’un ange
- Un amour à l’Elysée
- Journal d’écriture
Première page de L’empoisonneuse
« — Attention, voici l’empoisonneuse !
Le groupe d’enfants se figea soudain, telle une main qui se referme. Ils coururent se réfugier au fond du lavoir, sous le banc de pierre, un coin frais, ombreux qui permettait de voir sans être vu ; là, histoire de s’effrayer davantage, les gamins suspendirent leur respiration.
Sous le soleil de midi, Marie Maurestier traversa la rue. C’était une grande femme de soixante-dix ans, lente, ridée, propre, raide et souvent agacée. Amidonnée dans un tailleur noir qui la sanglait au niveau de l’abdomen, elle avançait d’un pas parcimonieux, soit parce qu’elle redoutait la chaleur, soit parce que ses articulations enflammées retenaient sa marche crispée. Elle tanguait avec une majesté maladroite qui la rendait impressionnante. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Concerto à la mémoire d’un ange. »
Soleil sombre par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Soleil sombre
Titre : Soleil sombre (tome 3 sur 5 – La traversée des temps)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2022
Editeur : Albin Michel
Première page de Soleil sombre
« Me délivrerai-je ici d’un pénible secret ?
La rédaction de ces mémoires m’incline aux révélations, moi, Noam, qui ai tant dissimulé.
Les équipages de mots piaffent à mesure que je noircis des pages, ils me poussent à consigner les faits. Les seuls faits.
Enfoui depuis des millénaires, mon secret recèle un pouvoir de destruction supérieur à celui des pires bombes atomiques. À l’époque où j’ai choisi de le préserver, sa divulgation aurait démoli un monde, ses villes, ses temples, ses pyramides. Par mon silence, j’ai abusé des millions d’individus, des esclaves aux pharaons, des riches aux mendiants, des paysans aux citadins, des prêtres aux scribes. Je les ai tous trompés ; à aucun je n’ai laissé entrevoir ma supercherie. Ignorant encore que les civilisations étaient vouées à mourir, je redoutais que ma parole ne mît à mal celle qui croissait au bord du Nil. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Eric-Emmanuel Schmitt – La traversée des temps. »
La porte du ciel par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La porte du ciel
Titre : La porte du ciel (tome 2 sur 5 – La traversée des temps)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2021
Editeur : Albin Michel
Première page de La porte du ciel
« Il court.
Combien de fois Noam s’est-il évadé ?
Il court à perdre haleine.
La fuite n’apporte pas une solution, elle dessine une méthode : s’échapper, réfléchir, agir. Noam quitte le repaire des activistes. Trois jours, il lui reste trois jours… Si, durant ce délai, Noam ne parvient pas à révéler au monde leur plan d’extermination, ils attaqueront les centrales nucléaires, provoqueront une pénurie d’électricité, une rupture d’Internet, une panique généralisée. Au milieu de ce désordre, il leur suffira d’enchaîner les attentats pour finir de précipiter la civilisation dans le chaos. Ces survivalistes radicaux haïssent cette société, ils n’ont qu’une idée en tête : la supprimer afin d’en instaurer une autre dont ils deviendront les maîtres. »
Extrait de : E.E Schmitt. « La porte du ciel – La traversée des temps. »
Paradis perdu par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Paradis perdu
Titre : Paradis perdu (tome 1 sur 5 – La traversée des temps)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2021
Editeur : Albin Michel
Première page de Paradis perdu
« Un frisson.
D’abord un frisson.
Insistant, le frisson pèse, file, s’étend, lézarde, se multiplie, devenant deux, quinze, cinquante frissons qui conquièrent la peau, réveillent les sens.
L’homme ouvre les paupières.
La nuit… Le silence… La fraîcheur… La soif…
Il regarde les ténèbres alentour. L’obscurité l’épouvanterait s’il ne savait où il se situe. Recroquevillé sur le calcaire humide, il inspire l’air tonique, revigorant, qui emplit ses poumons et ranime ses entrailles. Volupté d’exister… Comme c’est bon, une renaissance ! Meilleur qu’une naissance…
Leur tâche achevée, les frissons se dissipent : l’homme a pris conscience de son corps. »
Extrait de : E.E Schmitt. « La Traversée des temps – Paradis perdus. »
Histoire d’un homme du peuple par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un homme du peuple
Titre : Histoire d’un homme du peuple
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : Feedbooks
Première page de Histoire d’un homme du peuple
« Lorsque mon père, Nicolas Clavel, bûcheron à Saint-Jean-des-Choux, sur la côte de Saverne, mourut au mois de juin 1837, j’avais neuf ans. Notre voisine, la veuve Rochard, me prit chez elle quinze jours ou trois semaines, et personne ne savait ce que j’allais devenir. La mère Rochard ne pouvait pas me garder ; elle disait que nos meubles, notre lit et le reste ne payeraient pas les cierges de l’enterrement, et que mon père aurait bien fait de m’emmener avec lui.
En entendant cela, j’étais effrayé ; je pensais :
« Mon Dieu ! qui est-ce qui voudra me prendre ? »
Durant ces trois semaines, nous cherchions des myrtilles et des fraises au bois, pour les vendre en ville, et je pouvais bien en ramasser cinq ou six chopines par jour ; mais la saison des myrtilles passe vite, la saison des faînes arrive bien plus tard, en automne, et je n’avais pas encore la force de porter des fagots.
Souvent l’idée me venait que j’aurais été bien heureux de mourir. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un homme du peuple (suivi de Les Bohémiens sous la Révolution). »