Catégorie : Livres
Les papillons noirs par Gabriel Katz

Fiche de Les papillons noirs
Titre : Les papillons noirs
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2022
Editeur : Editions du masque
Première page de Les papillons noirs
« La rage. Les cris. Les insultes. Le grondement de la foule, qui se masse derrière les grilles. Les poings fermés, les mains tendues, le V de la victoire. Et cette joie sauvage, déchaînée, assourdissante, qui déferle sur la rue comme un torrent de lave.
Ils vont ouvrir les portes.
Alors elles se serrent, les unes contre les autres, dans cette petite cour souillée de crachats, comme si elles pouvaient endiguer la vague. Comme si elles pouvaient se fondre, disparaître sous les pavés, tout oublier, tout refaire. Mais on les pousse dans le dos, et la rue les attend, gorgée de haine, de rires et de bière.
Elle s’est avancée la première, parce que c’est pire d’attendre, et parce qu’elle est enceinte. On ne tue pas une femme enceinte. Pas comme ça. Pas pour ça. Ces gens n’ont plus de visage, ils ne sont plus qu’un bloc de rage, mais ils ont grandi avec elle, ils sont allés à l’école avec elle, ils lui ont acheté des bonnets, du temps où elle tricotait encore. Des bonnets pour l’hiver, avec de grosses mailles. Et des châles, et des mitaines. Peut-être qu’ils s’en souviennent, sous ce ciel trop bleu pour mourir, dans la chaleur du mois d’août.
Les deux mains sur son ventre, elle se laisse happer par la foule, sans fixer son regard, et son cœur s’emballe comme un tambour. Ses chaussures à semelle de bois accrochent la terre battue de la grand-rue. Une main agrippe son chandail. Une femme lui hurle au visage, un homme lui jette quelque chose, qui s’écrase dans son dos. Un fruit pourri, peut-être. Ou pire. Et les mots sifflent comme des balles, salope, pute à Boches, collabo. »
Extrait de : G. Katz. « Les papillons noirs. »
Le silence des noyées par Gabriel Katz

Fiche de Le silence des noyées
Titre : Le silence des noyées
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2023
Editeur : Editions du masque
Première page de Le silence des noyées
« Une main dans ses cheveux. Presque douce, comme une caresse, puis ferme, lourde, insistante, intrusive. Dans les vapeurs du bain trop chaud, elle a ouvert les yeux, prise de nausées, de vertiges, cette tension qui refuse de retomber. Elle voudrait se retourner, lever la tête, dire quelque chose mais elle a bu, trop bu, en croyant que ce serait plus simple, mais non, ce n’est pas plus simple, et son verre est encore à moitié plein. De cognac, d’armagnac, un alcool français qui rappelle les années d’insouciance, de glaçons qui tombent, un à un, dans l’eau brûlante, pour ne laisser qu’une trace infime, un craquement furtif, de petits cristaux qui se désagrègent. La musique danse autour d’elle, trop forte, un peu trop forte, mêlée de savon, de sels, de mousse, de toute cette eau qui perle sur le miroir. Les doigts se referment sur ses cheveux, sa nuque bascule en arrière, son crâne cogne contre l’émail. »
Extrait de : G. Katz. « Le silence des noyées. »
Le puits des mémoires – l’intégrale par Gabriel Katz

Fiche de Le puits des mémoires – l’intégrale
Titre : Le puits des mémoires – l’intégrale
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2015
Editeur : Scrineo
Sommaire de Le puits des mémoires – l’intégrale :
- La traque
- Le fils de la lune
- Les terres de cristal
La part des ombres (partie 2) par Gabriel Katz

Fiche de La part des ombres
Titre : La part des ombres
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2018
Editeur : Scrineo
Première page de La part des ombres
« Rouge. Elle avait choisi le rouge. Un rouge moiré aux reflets sombres, brodé de mille perles, dont la couleur de sang était comme un affront. L’héritière du trône de Goranie allait épouser un Traceur. Un guerrier des montagnes, un éleveur de chèvres, une brute tatouée ivre de violence. Et pourtant, elle souriait.
– Le corset n’est pas trop serré, Votre Altesse ?
Il l’était. Au point de ralentir sa respiration. Mais il n’en faudrait pas moins pour affronter la cérémonie, la descente des marches, la lente remontée des salons d’honneur au son de la musique nuptiale, et le regard hostile de ceux qui croyaient encore à la souveraineté gorane. En ces heures de profonde solitude, cette robe serait une armure.
– Ça ira.
Comme un essaim d’abeilles, les six couturières de la garde-robe royale tournoyaient autour d’elle, achevant de dissimuler les agrafes, nouant les derniers rubans. »
Extrait de : G. Katz. « La part des ombres – Tome 2. »
La part des ombres (partie 1) par Gabriel Katz

Fiche de La part des ombres
Titre : La part des ombres
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2016
Editeur : Scrineo
Première page de La part des ombres
« Elle était belle. Plus belle que toutes les femmes de Goranie, et son sourire timide, fragile, lui donnait un air d’enfance. Dans sa robe pourpre aux reflets sombres, une couronne d’orchidées sur ses longs cheveux de métisse, elle était plus princesse que paysanne. Mais les sabots de bois qui pointaient sous le velours rappelaient que le matin même, elle était allée aux champs comme les autres, qu’elle avait bêché la terre comme les autres.
Denkan la regardait, le cœur battant, comme s’il la voyait pour la première fois. Elle était son amie de toujours, son amour, sa complice. Tant d’hommes l’avaient courtisée que son père avait fait monter les enchères, poussant les prétendants à garnir leurs paniers de parcelles de terre, d’outils neufs, de moutons et de chèvres. Elle les avait refusés. Tous. Et de guerre lasse, sa famille l’avait cédée à ce laboureur sans fortune, qui n’avait que le bonheur à lui promettre. »
Extrait de : G. Katz. « La part des ombres. »
La nuit des cannibales par Gabriel Katz

Fiche de La nuit des cannibales
Titre : La nuit des cannibales
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2017
Editeur : Flammarion
Première page de La nuit des cannibales
« J’ai toujours détesté les soirées. Même avec DJ machin aux platines, les people qui se font coucou en dansant sur les tables, et du champagne comme s’il en pleuvait. Je me suis ennuyé comme d’habitude, j’ai fait des bises à la ronde, comme d’habitude – ça va, toi ? – et si je me souviens bien, j’ai fini dans un coin du coin VIP, à boire des shots en faisant clic clic avec la bague de ma montre. Ça sert à quelque chose, il paraît, pour la plongée ou quelque chose comme ça. Je suis rentré vers 2 ou 3 heures, je ne sais plus… Si j’avais su que cette soirée serait la dernière, je me serais peut-être moins ennuyé.
Je m’appelle Max. Maxime de Retz, pour les intimes, avec une particule qui m’a valu une bonne moitié de mon chiffre d’affaires – les clients adorent, surtout les étrangers. À ceux qui me demandent si je descends de Gilles de Rais, parce que ça s’écrit pareil, je réponds que oui, même si en fait non. Pendant des années, ça a été mon arme de drague. Le grand frisson pour pas cher : oui, madame, mon ancêtre était un compagnon de Jeanne d’Arc, et oui madame, on l’a brûlé pour sorcellerie. La vérité, c’est que ma mère a hérité ce nom d’un premier mariage, avant que j’en hérite à mon tour, moyennant une petite procédure et un bon avocat. Mon vrai nom, c’est Maxime Corbier, c’est moins bien pour draguer, moins bon pour les affaires, et puis c’est le nom de mon père, que j’ai vu trois fois dans ma vie. »
Extrait de : G. Katz. « La nuit des cannibales. »
La maîtresse de guerre par Gabriel Katz

Fiche de La maîtresse de guerre
Titre : La maîtresse de guerre
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2013
Editeur : Scrineo
Première page de La maîtresse de guerre
« Le village était en deuil. Devant une grande maison au toit couvert de neige, un groupe d’hommes se tenait en silence. Ils étaient tous là, malgré le froid, malgré le vent de la montagne qui soulevait des nuages de givre. Le meunier, le forgeron, le tanneur, le bûcheron et ses fils, les clercs, le marchand de fourrures, l’ébéniste, les trappeurs. Et même les gamins du village, qui se pressaient derrière leurs pères. Il ne manquait que Horn, le maître d’armes, et c’était lui qu’on attendait.
Quelqu’un lança à voix haute :
– Il ne viendra pas.
Il y eut des murmures d’approbation. Le jour déclinait déjà sur les crêtes, bientôt la route serait trop dangereuse pour chevaucher. Lorsque la nuit tombait sur les montagnes du Nordland, le pays appartenait aux loups et aux esprits des ténèbres.
Les villageois se dispersaient quand résonna le grondement sourd d’un galop sur la neige. C’était lui. Avec son manteau détrempé, son bonnet de laine, sa grande épée nordique. Sa barbe tressée était blanche de givre. »
Extrait de : G. Katz. « La Maîtresse de guerre. »
L’assassin de Pigalle par Gabriel Katz

Fiche de L’assassin de Pigalle
Titre : L’assassin de Pigalle
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2026
Editeur : City Editions
Première page de L’assassin de Pigalle
« Il y a des endroits comme ça, qui sont faits pour le crime. Un petit hôtel coincé entre deux immeubles, avec son enseigne qui grésille, sa façade lézardée, ses fenêtres opaques. La pluie et la crasse y ont laissé de longues traînées noires, comme des stigmates d’incendie. On se croirait presque dans un film, sauf qu’il y a trop de bruit, trop de lumières, trop de tout. Deux voitures, une camionnette de police, des agents en pèlerine. Dans la lueur des gyrophares, des grappes de curieux se bousculent, parce qu’il y a un mort et qu’on veut le voir.
Comme s’ils n’en avaient pas assez vu, des morts.
Max Weber leur laisserait volontiers sa place, mais il l’a voulue cette place, au lieu de choisir les bureaux, comme tout le monde le lui conseillait. Question de fierté, sans doute. »
Extrait de : G. Katz. « L’assassin de Pigalle. »
Dehors tu vas avoir si froid par Gabriel Katz

Fiche de Dehors tu vas avoir si froid
Titre : Dehors tu vas avoir si froid
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2024
Editeur : Editions du Masque
Première page de Dehors tu vas avoir si froid
« J’aime pas le foie gras. J’ai jamais aimé le foie gras. Ou alors il y a longtemps, quand ma mère en achetait pour Noël, en promo au Leclerc, sous vide, dans un torchon à carreaux 100% synthétique. C’est gras, le foie gras. Ça colle au palais, ça laisse une pellicule de graisse et une culpabilité terrible, comme si c’était moi qui la gavais, l’oie. Ce qui ne m’a pas empêché de tartiner des toasts toute la journée, parce que j’ai besoin de ce job, et qu’il y a pire. Comme le pauvre mec au rayon jouets qui étouffe dans son costume de Père Noël, ou la nana qui vend des huîtres à l’extérieur, dans le bon air des pots d’échappement, alors qu’il s’est remis à neiger. J’ai fait ça, moi aussi. J’ai tout fait. Et s’il faut choisir, j’aime autant déambuler avec mon plateau dans les allées du Monop, pour proposer mon foie gras industriel à des gens qui ne l’achèteront pas.
— Bonjour, madame ! Un petit toast ?
Mamie fronce les sourcils sous son bonnet de douche dégoulinant de neige fondue, comme si je lui proposais du shit. »
Extrait de : G. Katz. « Dehors tu vas avoir si froid. »
Avec des jouets par milliers par Gabriel Katz

Fiche de Avec des jouets par milliers
Titre : Avec des jouets par milliers
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2025
Editeur : Editions du Masque
Première page de Avec des jouets par milliers
« Ça peut toujours être pire. Même quand on croit que non. J’ai fait le Père Noël aux grands magasins, le contrôle des sacs à l’opéra, j’ai fait goûter du foie gras au Monop’, servi du vin chaud qui troue le bide et des churros à l’huile rance, agité une clochette pour l’Armée du salut, distribué des flyers en costume de poulet, et chaque fois, mais alors chaque fois, je me dis que ça ne peut pas être pire.
Ça peut.
Ce soir, je suis dans une boîte. Et ce n’est pas une façon de parler. Une vraie boîte en carton, un peu trop étroite pour mon costume de Père Noël, où j’ai du mal à me caser sans rentrer le menton, le nez dans les poils de ma fausse barbe. Et comme ce serait dommage de m’éviter le pire du pire, on m’a abandonné dans ma boîte depuis dix bonnes minutes, probablement au pied du sapin. »
Extrait de : G. Katz. « Avec des jouets par milliers. »