Catégorie : Livres
Au bout des doigts par Gabriel Katz

Fiche de Au bout des doigts
Titre : Au bout des doigts
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2018
Editeur : Fayard
Première page de Au bout des doigts
« Je n’aime pas la foule. Je n’ai jamais aimé la foule. Je ne suis pas de ceux qui s’entassent dans les stades ou s’agglutinent en terrasse, pour cuire au soleil dans les relents de sueur et de pots d’échappement. Ni de ceux qui s’infligent la gare du Nord à la pire heure de la journée, mais on ne peut pas toujours passer entre les mailles. Paris est une ville étrange, oscillant sans cesse entre paradis et enfer, et pour peu qu’on en maîtrise les rouages, on s’en sort plutôt bien. Il faut connaître les détours, les passages, les ruelles. Éviter le flot. Échapper aux grands axes. Surveiller sa montre. Ne pas accepter de rendez-vous chez son psy à l’heure où la banlieue s’engouffre en masse dans les trains du soir. Tout ça pour qu’un freudien aux jambes croisées, impassible comme un bonze, approuve mes constats d’échec d’un hochement de tête. Je me demande vraiment pourquoi je perds mon temps avec ce type.
Quant à prendre un taxi, c’est le meilleur moyen de passer une heure dans les embouteillages, pour cinquante euros sur fond de Radio Nostalgie. C’est au-delà de mes forces. Je préfère encore le métro, vingt minutes de lutte pour l’oxygène dans les haleines de cigarette froide. »
Extrait de : G. Katz. « Au bout des doigts. »
Le serment de l’orage par Gabriel Katz

Fiche de Le serment de l’orage
Titre : Le serment de l’orage (tome 1 sur 1 – Le serment de l’orage)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2019
Editeur : BigBang
Première page de Le serment de l’orage
« Ils étaient sept. Sept chevaliers sous un ciel d’orage, leurs boucliers luisant sous l’averse, leurs capes claquant dans la bourrasque. Un éclair déchira le ciel, illuminant la scène comme en plein jour, distordant leurs ombres sur le sol détrempé. Un cheval se cabra dans un hennissement, mais son cavalier le maîtrisa d’une main de fer. Au pied de la falaise, la mer rugissait sous le vent.
Trempé jusqu’aux os, le petit berger se tapit dans le buisson où il avait trouvé refuge. Il retint son souffle comme si ces hommes pouvaient l’entendre, à quelques mètres de là, sous leurs heaumes de métal. Une peur irraisonnée le tenaillait. Ces chevaliers sans suite, sans écuyers et sans bannières étaient comme des fantômes, revenus d’entre les morts pour célébrer la tempête.
En cercle, silencieux, immobiles, ils attendaient. Puis l’un d’eux prit la parole. Il n’avait pas de visage, juste un heaume cabossé ruisselant sous la pluie. Et un surcot noir sur une cotte de mailles, des gantelets de fer, une lourde épée bâtarde. Sa voix résonna, caverneuse, étouffée par le casque et les rafales de vent. Il parla longtemps, par phrases hachées et sèches, tandis que la pluie s’intensifiait. »
Extrait de : G. Katz. « Le serment de l’orage – Le serment de l’orage. »
Les terres de cristal par Gabriel Katz

Fiche de Les terres de cristal
Titre : Les terres de cristal (tome 3 sur 3 – Le puits des mémoires)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2013
Editeur : Scrineo
Première page de Les terres de cristal
« Le monde à nouveau n’était plus que ténèbres. Une obscurité insondable, moite et suffocante, et l’air si rare que chaque bouffée paraissait être la dernière. À tâtons, Olen chercha la paroi de sa prison roulante, dont le bois crissa sous ses ongles. Un goût amer, presque acide, lui monta aux lèvres, tandis qu’il luttait contre le sommeil. Sa mémoire meurtrie lui renvoyait des bribes de rêves enfiévrés, des rêves de fuite éperdue, de femmes nues, de guerre et de tempêtes. Des images furtives de chevauchées glaciales, de villages en feu. Un délire insensé, peuplé de visages inconnus, où il se réveillait prince, acclamé par la foule, croulant sous l’or, le pouvoir et les honneurs.
Soudain, les cahots cessèrent. Ses yeux se fermaient comme si une vague de plomb coulait sur ses paupières, mais il refusa de s’endormir. Cette scène, il l’avait déjà vécue ; les dernières secousses, le silence, puis l’ouverture sur le ciel, le froid de la montagne, le chemin sinueux vers la vallée d’Helion. Dans quelques minutes, il en était sûr, des coups sourds résonneraient dans la boîte, une brèche s’ouvrirait dans le bois, une planche se casserait pour laisser apparaître les visages hagards de ses compagnons de route. »
Extrait de : G. Katz. « Le Puits des mémoires – Les Terres de Cristal. »
Le fils de la Lune par Gabriel Katz

Fiche de Le fils de la Lune
Titre : Le fils de la Lune (tome 2 sur 3 – Le puits des mémoires)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2012
Editeur : Scrineo
Première page de Le fils de la Lune
« Il y eut un craquement, une déchirure. Un grondement sourd qui montait des ténèbres. Une secousse. Un roulement étouffé, menaçant. Et le monde se mit à trembler ; une force invisible le frappait à l’aveugle, comme un marteau de guerre. Il n’y avait plus de haut, plus de bas, plus de ciel ni de terre. Le sol, secoué de soubresauts, montait à la verticale avant de retomber, dans un fracas de fin du monde. L’univers roulait sur lui-même.
– Karib !
Deux yeux hébétés s’ouvrirent sur la violente lueur d’un éclair. L’obscurité revint aussitôt, mais le spectre de la scène restait imprimé : une cale de navire secouée par la tempête, de lourdes caisses qui glissaient de bout en bout comme des graviers sous le vent. Des sacs, des bottes, des bouteilles, des écuelles, littéralement arrachés du sol, rebondissaient contre la coque. »
Extrait de : G. Katz. « Le Puits des Memoires – le Fils de la Lune. »
La traque par Gabriel Katz

Fiche de La traque
Titre : La traque (tome 1 sur 3 – Le puits des mémoires)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2012
Editeur : Scrineo
Première page de La traque
« Au commencement étaient les ténèbres. Un monde où n’existaient ni le temps, ni la faim, ni la soif. Peut-être était-ce cela, la mort, une éternité dans un néant si étroit que l’on ne pouvait s’y tenir que recroquevillé, comme un enfant à naître. L’air était rare, moite, chargé d’une écœurante odeur de bois humide. Il avait fallu s’accoutumer à respirer lentement, calmement, à petites bouffées. Lutter contre l’engourdissement et les nausées. Cesser de crier, de s’étouffer, de céder à une affreuse impression de noyade. Les premiers temps, de véritables crises de terreur prenaient au ventre ; au réveil c’était de nouveau les ténèbres, parcourues de grincements, de craquements, de bruits sourds.
Mais un jour une faille s’était ouverte dans le bois. Une infime percée de lumière, comme un coup de couteau dans l’obscurité. Il avait fallu réapprendre à ouvrir et à fermer les yeux. On distinguait les veines du bois, les brins de paille humide qui tapissaient le sol, et ses propres mains, avec leurs veines, leurs ongles, leurs petites blessures, leur grain de peau. »
Extrait de : G. Katz. « Le Puits des mémoires – La Traque. »
La guerre des couronnes par Gabriel Katz

Fiche de La guerre des couronnes
Titre : La guerre des couronnes (tome 2 sur 2 – Excaliber)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2025
Editeur : Scrineo
Première page de La guerre des couronnes
« L’aube, enfin. Une aube grise, délavée, furtive, comme si le temps refusait encore de s’écouler. Les heures de la nuit avaient été trop longues. Trop lourdes. Dans l’odeur humide des feux éteints, il avait fallu attendre. S’asseoir sur le rempart éboulé, scruter les ténèbres, tendre l’oreille au moindre bruit. Se laisser aller à l’espoir que tout cela n’était qu’une illusion, que le jour se lèverait sur un paysage désert. Rien n’était pire que l’attente. Mais l’horizon renaissait à la cime des arbres, traçant une ligne sombre sur le ciel endormi.
Pas un bruit.
Serrant les poings sur le manche de sa hache de guerre, le guetteur plissa les yeux en direction des collines. L’ennemi était là, quelque part, dans ce mélange de brume et d’obscurité. La nuit se retirait lentement, emportée par le vent, laissant apparaître les silhouettes des guerriers alignés au pied du mur. Ils se battraient là, sur la plaine, dos à cette enceinte qu’ils n’auraient jamais cru voir assiégée un jour. Ce fort avait été imprenable autrefois, quand il était occupé par les légions romaines, à présent il n’en restait que des ruines, des tours éventrées, des bâtiments transformés en bergeries. Vu de loin, il pouvait encore passer pour une place forte, mais il n’était plus qu’un village aux constructions anarchiques. »
Extrait de : G. Katz. « Excaliber – La guerre des couronnes. »
La fabrique des rois par Gabriel Katz

Fiche de La fabrique des rois
Titre : La fabrique des rois (tome 1 sur 2 – Excaliber)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2024
Editeur : Scrineo
Première page de La fabrique des rois
« La terre n’était qu’un nuage. Une lourde nappe de brouillard avait dévoré les collines avant de déferler sur la plaine, comme une traînée d’écume. Elle s’enroulait dans les jambes des soldats, s’infiltrait dans les cottes de mailles. Elle s’insinuait entre les hommes, effaçant les visages, donnant à chacun l’impression d’être seul, désespérément seul, face à un ennemi invisible. Sans les tambours de guerre qui résonnaient comme un battement de cœur, faisant vibrer les flaques sur la terre boueuse, on aurait pu croire que tout cela n’était qu’un rêve, un mauvais rêve dont on ne s’était pas réveillé depuis des siècles.
Mais derrière le mur de brouillard se dessinaient les premières silhouettes, floues, échevelées, presque animales, et elles ressemblaient à des démons.Kay inspira profondément. Les lacets de son armure de cuir, trop serrés sur les flancs, lui donnaient la sensation d’étouffer. Ou peut-être était-ce la peur, cette peur sourde qu’il ne parvenait plus à chasser, et qui lui tordait le ventre comme un poison. Ils étaient tous passés par là, son père, ses cousins, son maître d’armes. La première bataille était un passage, un rituel initiatique, où les meilleurs guerriers du monde vomissaient leurs tripes. Mais Kay n’était pas un guerrier. »
Extrait de : G. Katz. « Excaliber – La fabrique des rois. »
L’envers du monde par Gabriel Katz

Fiche de L’envers du monde
Titre : L’envers du monde (tome 2 sur 2 – Aeternia)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2015
Editeur : Scrineo
Première page de L’envers du monde
« Attendre. Laisser venir. Ne pas deviner, ne pas prévoir. Ne regarder que les yeux, le fond des yeux, le fond de l’âme. Attendre l’étincelle, le souffle imperceptible qui s’infiltre dans les épaules, dans les poignets, jusqu’au bout de la lame. Attendre l’attaque comme on attend une vague, au bruit, à l’instinct, à la sensation d’écume. Distinguer l’animal apeuré derrière le jeu des postures… Et frapper.
Un premier coup au creux du genou, à la jointure de l’armure, un autre pour écarter la lame, un troisième au flanc gauche. Et déjà le sang sur le sable… Dans les gradins éclatait un rugissement sauvage, grisant, qui faisait presque trembler les fondations de l’arène. L’armure, comme désarticulée, se tournait en tous sens, pour tenter de suivre la volée de coups qui s’abattait sur elle, mais dans sa carapace de fer, le gladiateur était trop lent. Alors la lame trancha à la nuque, une première fois dans le cuir, une deuxième fois dans la chair, une troisième fois dans l’os. Le sang jaillissait en étoile, les spectateurs hurlaient et la tête se détachait, rebondissant sur la cuirasse pour venir s’échouer dans le sable. Voilà. C’était aussi simple que cela. Toutes ces simagrées pour dix secondes de combat. »
Extrait de : G. Katz. « Aeternia – L’envers du monde. »
La marche du prophète par Gabriel Katz

Fiche de La marche du prophète
Titre : La marche du prophète (tome 1 sur 2 – Aeternia)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2015
Editeur : Scrineo
Première page de La marche du prophète
« Respirer. Ne plus penser à rien. Sentir sous ses doigts le manche rugueux de la hache, planter son talon dans le sable de l’arène, fermer les yeux et attendre. Oublier le murmure de la foule, la chaleur qui montait du sol, le claquement des bannières au sommet des gradins. Se recueillir, comme pour une prière. Un rituel si familier qu’il en devenait presque apaisant, quelques secondes à peine avant le choc des armes. Mais, cette fois, Leth Marek ne put s’empêcher d’ouvrir les yeux, car c’était la dernière.
Sans se détourner de la herse qui se levait devant lui, il embrassa du regard cette arène qu’il connaissait si bien, la grande arène de Morgoth, avec ses murs hauts de six mètres, ses gradins noirs de monde et ses statues monumentales aux visages érodés par le temps. Des dieux oubliés, qui avaient vu tomber la pluie, la neige et les hommes, pendant des siècles… Cette arène était là depuis toujours, bien avant la ville, quand Morgoth n’était encore qu’un village, quand la mémoire des hommes ne se transmettait que par les récits des anciens. »
Extrait de : G. Katz. « Aeternia – La Marche du prophete. »
Le chevalier de Wielstadt par Pierre Pevel

Fiche de Le chevalier de Wielstadt
Titre : Le chevalier de Wielstadt (tome 3 sur 3 – La trilogie de Wielstadt)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2013
Editeur : Bragelonne
Première page de Le chevalier de Wielstadt
« Pour l’occasion, Rainer von Regenhalt avait passé des habits qui ne convenaient guère au gentilhomme qu’il était. Coiffé d’un feutre cabossé, une vieille rapière au côté et des bottes avachies aux pieds, il était vêtu de cuir usé et de gros drap. Une barbe de vingt-quatre heures lui mangeait les joues et alourdissait sa moustache d’ordinaire bien taillée. Ses cheveux blonds s’étalaient aux épaules sur le col d’une chemise jaunie, tachée de crasse et de sueur.
Il ressemblait ainsi à ces spadassins qui hantaient les rues et tavernes de Wielstadt depuis six ans que la guerre avait éclaté dans le Saint Empire, et plus encore depuis que les canons s’étaient tus au printemps. Déserteurs en fuite, soldats de régiments dispersés ou mercenaires sans emploi, ils étaient beaucoup à avoir gagné la cité rhénane. La paix, qui les avait jetés désœuvrés sur les routes de régions dévastées, n’était sans doute que provisoire. Mais elle avait déjà duré de longs mois en cette année 1624, et il était certain qu’elle passerait l’hiver puisqu’on ne menait campagne qu’aux beaux jours. En l’attente, il fallait bien vivre. La prospérité insolente de Wielstadt avait donc attiré nombre de reîtres et brigands qui s’étaient mêlés à la foule famélique des réfugiés chassés par les pillages.
Si la dégaine de Regenhalt ne convenait pas à son rang, elle convenait en revanche fort bien au quartier où il se trouvait. C’était celui des Deux-Gibets, l’un des plus pauvres et mal famés de Wielstadt. Tout, ici, n’était que venelles, murs lépreux et bâtisses branlantes. On y menait des vies sans espoir ni joies, dans les ordures et les décombres, et l’on s’écharpait pour une paire de souliers troués. Le guet se montrait peu souvent et toujours en nombre. Une patrouille isolée essuyait immanquablement des regards haineux et des insultes à peine contenues. Mais elle pouvait aussi être prise à parti par une population dont la misère exaspérait la colère. Dès lors, les attroupements avaient tôt fait de se muer en embuscades. »
Extrait de : P. Pevel. « Le Chevalier de Wielstadt – La trilogie de Wielstadt. »