Catégorie : Livres
La secte des égoïstes par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La secte des égoïstes
Titre : La secte des égoïstes
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1994
Editeur : Le livre de poche
Première page de La secte des égoïstes
« C’était un soir de décembre à la Bibliothèque nationale.
Lassé d’avoir fiché, noté, annoté, relevé, discuté, dépouillé, médité tout le jour, les yeux usés et la main lourde, je posai ma plume et repoussai ma chaise.
Alentour, des corps cassés sur les bureaux, des crânes luisant sous les lampes, et de longs murs de livres fermés, muets, impénétrables. Une glu liquide et glauque figeait la Grande Salle dans un silence étale. Rien ne bougeait. Il stagnait une odeur de poussière propre, de celles que l’on remue tous les matins.
« Je rêve… je ne vis plus… Je me suis fait épingler dans un trompe-l’œil… »
Pour la première fois, je pris mon travail en haine. Je regardai mes piles de dossiers comme des choses lointaines, étrangères, ces dossiers sur lesquels me pliait depuis des années mon labeur d’érudit, d’obscures recherches sur la linguistique médiévale qui n’intéressaient personne, pas même moi. »
Extrait de : E-E Schmitt. « La secte des égoistes. »
La rêveuse d’Ostende par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La rêveuse d’Ostende
Titre : La rêveuse d’Ostende
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2007
Editeur : Albin Michel
Sommaire de La rêveuse d’Ostende :
- La rêveuse d’Ostende
- Crime parfait
- La guérison
- Les mauvaises lectures
- La femme au bouquet
Première page de La rêveuse d’Ostende
« Je crois que je n’ai jamais connu personne qui se révélât plus différente de son apparence qu’Emma Van A.
Lors d’une première rencontre, elle ne donnait à voir qu’une femme fragile, discrète, sans relief ni conversation, d’une banalité promise à l’oubli. Pourtant, parce qu’un jour j’ai touché sa réalité, elle ne cessera de me hanter, intriguante, impérieuse, brillante, paradoxale, inépuisable, m’ayant pour l’éternité accroché dans les filets de sa séduction.
Certaines femmes sont des trappes où l’on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus sortir. Emma Van A. m’y tient.
Tout a commencé un timide, frais mois de mars, à Ostende.
J’avais toujours rêvé d’Ostende. »
Extrait de : E-E Schmitt. « La rêveuse d’Ostende. »
Hugues le Loup par Erckmann-Chatrian

Fiche de Hugues le Loup
Titre : Hugues le Loup
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1859
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Hugues le Loup
« Vers les fêtes de Noël de l’année 18…, un matin que je dormais profondément à l’hôtel du Cygne, à Fribourg, le vieux Gédéon Sperver entra dans ma chambre en s’écriant :
« Fritz, réjouis-toi !… je t’emmène au château de Nideck, à dix lieues d’ici. Tu connais Nideck ?… la plus belle résidence seigneuriale du pays : un antique monument de la gloire de nos pères ! »
Notez bien que je n’avais pas vu Sperver, mon respectable père nourricier, depuis seize ans ; qu’il avait laissé pousser toute sa barbe, qu’un immense bonnet de peau de renard lui couvrait la nuque, et qu’il me tenait sa lanterne sous le nez.
« D’abord, m’écriai-je, procédons méthodiquement : qui êtes-vous ?
— Qui je suis !… Comment, tu ne reconnais pas Gédéon Sperver, le braconnier du Schwartz-Wald ?… »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Hugues-le-Loup. »
Histoire d’un sous-maître par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un sous-maître
Titre : Histoire d’un sous-maître
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1881
Editeur : BNF
Sommaire de Histoire d’un sous-maître :
- Histoire d’un sous-maître
- Les papiers de madame Jeannette
- Les orateurs de mon village
- Le bon vieux temps
- La sentinelle perdue 1796
Première page de Histoire d’un sous-maître
« En 1816, me dit le vieil herboriste Renaud, je travaillais comme surnuméraire chez M. Benoît, huissier à Saint-Nicolas-du-Port, en Lorraine. Mon père était piéton de la poste aux lettres ; il avait cinq enfants, – deux garçons et trois filles, – et gagnait 400 francs par an. Tu peux penser si nous mangions tous les jours à notre appétit.
Je venais d’entrer dans ma dix-septième année, et je me désolais de vivre encore à la charge de mes parents, lorsque fut publiée la fameuse ordonnance du roi Louis XVIII, portant qu’il serait formé dans chaque canton un comité gratuit et de charité, afin de surveiller et d’encourager l’instruction primaire.
Les ordonnances, les arrêtés, les circulaires sur l’instruction du peuple n’ont jamais manqué depuis cinquante ans, mais l’argent. On a toujours trouvé de l’argent pour les rois, pour les empereurs, les princes, les évêques, les ministres, les généraux et les soldats ; mais, pour éclairer le peuple et récompenser les instituteurs, les caisses ont toujours été vides. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un sous-maître. »
Histoire d’un paysan tome 4 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 4
Titre : Histoire d’un paysan tome 4
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 4
« Je vous ai raconté notre campagne de Vendée, ce que les Vendéens eux-mêmes appellent la grande guerre. Nous avions exterminé la mauvaise race sur les deux rives de la Loire, mais les trois quarts d’entre nous avaient laissé leurs os en route. Tout ce qu’on a vu depuis n’est rien auprès d’un acharnement pareil.
Le restant des Vendéens, après l’affaire de Savenay, s’était sauvé dans les marais le long de la côte, où le dernier de leurs chefs, le fameux Charette, tenait encore. Cette espèce de finaud ne voulait pas livrer de batailles rangées ; il pillait, autour de ses marais, les fermes et les villages, emmenant bœufs, vaches, foin, paille, tout ce qu’il pouvait happer ; les malheureux paysans, réduits à n’avoir ni feu, ni lieu, finissaient toujours par le rejoindre, et la guerre civile continuait.
La 18e demi-brigade et les autres troupes cantonnées aux environ de Nantes, d’Ancenis et d’Angers, fournissaient de forts détachements, pour tâcher d’entourer et de prendre ce chef de bandes ; mais à l’approche de nos colonnes il se retirait précipitamment, et d’aller le suivre à travers les saules, les joncs, les aunes et autres plantations touffues, où les Vendéens nous attendaient en embuscade, on pense bien que nous n’étions pas si bêtes : ils nous auraient tous détruits en détail. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan IV. »
Histoire d’un paysan tome 3 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 3
Titre : Histoire d’un paysan tome 3
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 3
« Nous voilà maintenant loin du pays ; je ne vous parlerai plus de la petite forge du Bois-de-Chênes, de l’auberge des Trois-Pigeons et de la baraque du vieux père Bastien ; les marches, les contre-marches, les rencontres, les attaques et les batailles vont commencer.
Les volontaires nationaux du district de Sarrebourg restèrent cantonnés à Rülzheim jusqu’à la fin de juillet ; c’est là que ceux de la haute montagne, venus avec leurs faux et leurs bâtons, reçurent des fusils, des gibernes et des cartouches. Il en arrivait encore tous les jours par bandes ; on leur apprenait l’exercice ; et, dans ce coin de l’Alsace, entre Wissembourg et Landau, vous n’entendiez que le tambour des fantassins qu’on habituait à marcher au pas, et la trompette des cavaliers qu’on faisait galoper en rond.
Derrière nous s’étendait une grande ligne de redoutes, entre le camp de Kellermann et celui de Biron ; elle pouvait bien avoir quatre à cinq lieues de long, et suivait le cours de la Lauter, c’est ce qu’on a nommé depuis « les lignes de Wissembourg. »
Le service du train n’existait pas encore ; comme il fallait mettre les paysans en réquisition avec leurs chevaux et leurs charrettes, pour nous amener des vivres, souvent la distribution manquait. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan III. »
Histoire d’un paysan tome 2 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 2
Titre : Histoire d’un paysan tome 2
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 2
« Je vous ai raconté les misères du peuple avant 1789 : la masse d’impôts qu’on nous faisait supporter ; le compte rendu de Necker, où l’on apprit qu’il existait un gros déficit tous les ans ; la déclaration du parlement de Paris, que les états généraux avaient seuls le droit de voter les impôts ; les tours de Calonne et de Brienne pour avoir de l’argent ; les deux réunions de notables, qui refusèrent d’imposer leurs propres biens ; et finalement, quand il fallut payer ou faire banqueroute, la convocation des états généraux à Versailles, après cent soixante-quinze ans d’interruption.
Je vous ai dit que nos députés avaient l’ordre écrit d’abolir les barrières intérieures, qui gênaient le commerce ; les maîtrises et jurandes, qui gênaient l’industrie, les dîmes et droits féodaux, qui gênaient l’agriculture ; la vénalité des charges et offices, contraire à la justice ; les tortures et autres barbaries, contraires à l’humanité ; et les vœux des moines, contraires aux familles, aux bonnes mœurs et au bon sens.
Voilà ce que demandaient tous les cahiers du tiers état. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan II. »
Histoire d’un paysan tome 1 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 1
Titre : Histoire d’un paysan tome 1
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 1
« Michel bastien,
cultivateur au Valtin, à ses amis
Mes chers amis,
Permettez-moi d’abord de vous dire que mon histoire va très bien ; que le libraire, après en avoir vendu beaucoup de volumes, veut la mettre en petits cahiers à deux sous, avec de belles images de mon ami Théophile Schuler, pour en faire jouir tout le monde à bon marché.
Naturellement, cela m’encourage, et je vais continuer d’écrire tout ce que j’ai vu, soit à la guerre, soit au pays, jusque vers le temps où je me suis retiré à la ferme du Valtin.
Beaucoup d’autres, je le sais, ont raconté l’histoire de la Révolution à leur manière. Les uns ont dit que le peuple était bien plus heureux avant 89 ! – Ceux-là étaient des nobles, et je suis sûr que leurs idées ne s’étendront jamais chez nous. – D’autres, de soi-disant Jacobins, ont raconté les massacres, les déportations, le changement des églises en écuries, comme les plus belles choses de la Révolution. Ça n’a pas le sens commun ! Les massacres ont toujours été et seront toujours des choses épouvantables. L’égoïsme des nobles et des évêques a provoqué ces grands malheurs ; ils voulaient rétablir l’ancien régime, au moyen de la guerre civile et de l’invasion étrangère : la Révolution s’est défendue, comme on se défend lorsqu’il faut vaincre ou mourir. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan I. »
Cycle du Professeur Manderpootz par Stanley G. Weinbaum
Fiche de Cycle du Professeur Manderpootz
Titre : Cycle du Professeur Manderpootz
Auteur : Stanley G. Weinbaum
Date de parution : 1935
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr
Cycle du Professeur Manderpootz — Stanley G. Weinbaum
Nouvelles publiées en 1935, aujourd’hui dans le domaine public.
Traduction française : Mais-Encore.fr
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Première page de Cycle du Professeur Manderpootz
« Je m’arrêtai en chemin vers l’aéroport de Staten Island pour passer un coup de téléphone. Ce fut sans doute une erreur, car sans cela, j’aurais probablement eu une chance d’y arriver à temps. Mais au bureau de la compagnie, on se montra aimable : « Nous retiendrons l’appareil cinq minutes pour vous », dit l’employé. « C’est le maximum que nous puissions faire. »
Je me précipitai donc à l’intérieur de mon taxi, et nous démarrâmes en trombe pour rejoindre le troisième niveau, traversant le pont de Staten Island à toute allure, comme une comète filant sur un arc-en-ciel d’acier. Je devais être à Moscou avant le soir — à vingt heures tapantes, pour être exact — pour l’ouverture des plis de l’appel d’offres du tunnel de l’Oural. Le gouvernement exigeait la présence physique d’un représentant de chaque entreprise soumissionnaire. La firme aurait pourtant dû y regarder à deux fois avant de m’envoyer, moi, Dixon Wells, même si la N. J. Wells Corporation est, pour ainsi dire, la propriété de mon père. J’ai la réputation — tout à fait injustifiée — d’être toujours en retard pour tout. Il se produit systématiquement quelque chose qui m’empêche d’arriver à l’heure. »
Extrait de : S.G Weinbaum. « Cycle du Professeur Manderpootz. »
La part de l’autre par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La part de l’autre
Titre : La part de l’autre
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2001
Editeur : Le livre de poche
Première page de La part de l’autre
« Hitler regarda autour de lui. Des dizaines d’adolescents, oreilles cramoisies, mâchoire crispée, le corps tendu sur la pointe des pieds, les aisselles mouillées par l’affolement, écoutaient l’appariteur qui égrenait leur destin. Aucun ne faisait attention à lui. Personne n’avait remarqué l’énormité qu’on venait d’annoncer, la catastrophe qui venait de déchirer le hall de l’Académie des beaux-arts, la déflagration qui trouait l’univers : Adolf Hitler recalé.
Devant leur indifférence, Hitler en venait presque à douter d’avoir bien entendu. Je souffre. J’ai une épée glacée qui me déchire de la poitrine aux entrailles, je perds mon sang et personne ne s’en rend compte ? Personne ne voit le malheur qui me plombe ? Suis-je seul, sur cette terre, à vivre avec autant d’intensité
? Vivons-nous dans le même monde ?
L’appariteur avait fini la lecture des résultats. Il replia son papier et sourit dans le vide. Un grand type jaunâtre, sec comme un canif, des jambes et des bras raides, interminables, maladroits, presque indépendants du tronc et retenus par une attache incertaine. »
Extrait de : E-E Schmitt. « La Part De L’Autre. »