Catégorie : Livres
Le sabre de l’Islam par Dominique Hennemont

Fiche de Le sabre de l’Islam
Titre : Le sabre de l’Islam
Auteur : Dominique Hennemont
Date de parution : 1952
Editeur : André Martel
Première page de Le sabre de l’Islam
« Deux falaises, au-dessus d’une mer morte, encadraient l’immense lune. Le premier méhari qui parut sur la crête en prit une majesté fantastique.
C’était une bête de rêve, un dromadaire blanc à pompons et à franges et il hésitait là-haut, avançant sur la vallée des Tombeaux un col qui ployait et une tête dédaigneuse de dévote.
Des grelots tintèrent. Un choc de tambourin se répercuta sur la plaine.
Au pied des dunes, deux hommes se regardèrent. La triple Palmyre leur prêtait son théâtre de colonnades et de voies triomphales.
Ils étaient à leur place : Marchand, un vieux briscard, le capitaine des méharistes — et Axel de Horn, un légionnaire. L’élégance précise de celui-ci et sa taille — 1 m. 80 — s’accordaient avec un profil d’Aiglon aux yeux clairs et morts. Il venait de conduire à tombeau ouvert la vieille Ford du gouverneur du vilayet. Heureusement, ils arrivaient à temps. »
Extrait de : D. Hennemont. « Le Sabre de l’Islam. »
Puce mission évasion ! par Johan Heliot
Fiche de Puce mission évasion !
Titre : Puce mission évasion !
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2023
Editeur : Poulpe Fictions
Première page de Puce mission évasion !
« Le craquement de la foudre réveille Bastien en sursaut. La chambre s’illumine malgré les rideaux tirés. Un éclair gigantesque fend le ciel en deux. Et puis, c’est le déluge.
Le garçon se frotte les yeux. Il quitte le lit et s’approche de la fenêtre à pas traînants. Un roulement de tonnerre fait vibrer les carreaux sous sa paume. L’orage s’abat sur la ville avec une violence inouïe. Le vent pousse des sifflements furieux. Des trombes d’eau frappent les toits des maisons et des immeubles dans un fracas assourdissant. Les étoiles et la lune ne sont plus visibles, cachées par d’énormes nuages d’une noirceur absolue.
D’un coup, les lumières des réverbères s’éteignent, plongeant la rue et le jardin dans l’obscurité. Bastien tâtonne jusqu’à l’interrupteur et l’actionne en vain.
Plus d’électricité non plus dans la maison.
Bon, pas de panique… Il possède une lampe-torche, rangée quelque part. Mais où l’a-t-il fourrée ?
Ah oui, ça lui revient !
À quatre pattes dans son lit, Bastien tend le bras pour soulever le couvercle de son vieux coffre à jouets et se met à fouiller parmi les voitures, les avions, les vaisseaux spatiaux et les robots amassés depuis des années.
Une fois sa lampe trouvée, il promène le rayon de lumière jaune sur les posters affichés aux murs, les livres et les figurines de super-héros encombrant les étagères.
Dehors, l’averse fait toujours rage. La foudre tombe de nouveau, encore plus près de la maison… »
Extrait de : J. Heliot. « Puce, mission évasion. »
La fin par Lemony Snicket
Fiche de La fin
Titre : La fin (Tome 13 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2006
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan
Première page de La fin
« S’il vous est arrivé d’éplucher un oignon, vous avez pu constater que sous la première fine pelure se cache une autre fine pelure, et sous cette autre fine pelure une autre encore, puis une autre, et une autre, et une autre, si bien qu’avant longtemps vous vous retrouvez avec des dizaines, des centaines de pelures sur la table de la cuisine et des torrents de larmes dans les yeux, au point de regretter d’avoir entrepris d’éplucher cet oignon pour commencer, et de vous dire que vous auriez mieux fait de le laisser se momifier en paix sur son étagère, mieux fait de poursuivre sans lui le cours de votre vie, quitte à renoncer à tout jamais aux saveurs complexes, envahissantes et douces-amères de cet étrange et âpre légume.
À sa façon, l’histoire des orphelins Baudelaire est un oignon, et si vous vous obstinez à éplucher jusqu’à la dernière les fines pelures de cette série de désastreux événements, vous vous retrouverez avec cent soixante-dix chapitres navrants sur vos rayonnages et plus de larmes dans les yeux que vous n’auriez cru pouvoir en produire. »
Extrait de : L. Snicket. « La Fin – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »
Le pénultième péril par Lemony Snicket

Fiche de Le pénultième péril
Titre : Le pénultième péril (Tome 12 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2005
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan
Première page de Le pénultième péril
« Aux dires de certains, le monde est un peu comme un étang : la plus infime action du moindre être vivant,
pareille à un caillou jeté à l’eau, y provoque remous et ridules, et ces ondulations se propagent de proche en proche, plus loin, plus loin, toujours plus loin, jusqu’à ce que pour finir le monde entier se retrouve changé par ce geste anodin.
Si tel est le cas, le livre que voici est l’objet idéal à jeter dans l’étang. Des vaguelettes en cercles rideront l’eau tranquille et le monde ne s’en portera que mieux : un écrit déplorable en moins et un noir secret de plus enfoui là où personne ne devrait avoir l’idée d’aller voir. La consternante histoire des orphelins Baudelaire ira dormir, paisible, dans les profondeurs vaseuses, et vous-même ne vous porterez que mieux de ne jamais lire le sombre récit que j’en ai fait, mais de regarder plutôt l’onde se troubler de la fange remontée du tréfonds.
Les orphelins Baudelaire eux-mêmes, assis à l’arrière d’un taxi conduit par une femme dont ils savaient fort peu, auraient sans doute choisi de sauter dans un étang s’ils avaient su ce qui les attendait au bout de ce trajet tortueux, le long des rues de la ville où ils avaient grandi. Dévorant le paysage à travers les vitres teintées, Violette, Klaus et Prunille s’étonnaient de voir leur quartier natal si peu changé depuis le jour où ils l’avaient quitté, après qu’un terrible incendie eut détruit leur logis, les faisant orphelins et troublant leurs jeunes vies de tant de remous et ridules que plus jamais, sans doute, elles ne retrouveraient le calme. »
Extrait de : L. Snicket. « Le Pénultième Péril – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »
La grotte Gorgone par Lemony Snicket
Fiche de La grotte Gorgone
Titre : La grotte Gorgone (Tome 11 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2004
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan
Première page de La grotte Gorgone
« Après avoir longuement observé les rivières et les océans, après avoir étudié les averses, les crachins et les giboulées, après avoir médité sur les flaques, les gouttières et les lavabos, les scientifiques de notre planète ont élaboré une théorie qu’ils ont baptisée « cycle de l’eau ».
En gros, le cycle de l’eau repose sur trois phénomènes : a) évaporation ; b) précipitations ; c) ruissellement. Et ces trois phénomènes sont d’un ennui mortel – ennuyeux comme la pluie.
Clairement, rien n’est plus barbifiant que de lire des choses barbifiantes, mais que vaut-il mieux : bâiller ou
sangloter ? Piquer du nez sur la page ou verser toutes les larmes de son corps, autre cycle de l’eau, au risque de détremper l’oreiller, les draps, la précieuse collection de boomerangs et tout le reste ?
À l’image du cycle de l’eau, l’histoire des orphelins Baudelaire repose, en gros, sur trois phénomènes. Mais pourquoi lire ce récit navrant ? Si j’étais vous, je m’attellerais plutôt au cycle de l’eau.
Le plus ancien des phénomènes Baudelaire avait pour prénom Violette. À quinze ans, ou peu s’en fallait, Violette était, ou peu s’en fallait, le plus brillant génie inventif que la terre eût porté. »
Extrait de : L. Snicket. « La Grotte Gorgone – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »
La pente glissante par Lemony Snicket

Fiche de La pente glissante
Titre : La pente glissante (Tome 10 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2003
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan
Première page de La pente glissante
« L’un de mes excellents confrères a jadis écrit un poème, « Le chemin délaissé », inspiré d’une balade solitaire le long d’un sentier de sous-bois sur lequel ne passait pas un chat.
Ce chemin-là, aux dires du poète, était remarquablement tranquille, quoique un peu désert aussi. Rien de très rassurant, au fond. Là où pas un chat ne passe, si vous avez des ennuis, qui donc entendra vos cris ? Et le fait est qu’aujourd’hui notre homme n’est plus de ce monde.
Tel le poète défunt, le récit que voici s’engage sur un chemin peu passant, et cela plutôt deux fois qu’une : d’abord, l’action démarre au cœur des monts Mainmorte, destination guère courue des touristes, pour s’achever dans les tourbillons de la Frappée, rivière que bien peu de voyageurs ont jamais approchée ; mais surtout, il s’écarte fort des récits dont raffolent la plupart des lecteurs. Loin de raconter les espiègleries de gentils personnages et d’animaux charmants, il n’annonce que tourments, horreurs et tremblements. Les personnages qui ont la malchance d’y figurer sont vingt fois trop stressés pour se montrer gentils, et ne parlons pas des animaux ! »
Extrait de : L. Snicket. « La Pente glissante – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »
La fête féroce par Lemony Snicket

Fiche de La fête féroce
Titre : La fête féroce (Tome 9 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2002
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan
Première page de La fête féroce
« Ma journée de travail achevée – mon stylo recapuchonné, mon cahier camouflé, mon canoë coulé, invisible –, j’aime à passer la soirée avec les rares amis qui me restent, ceux qui sont encore de ce monde.
Parfois nous discutons littérature. Parfois nous discutons de ces gens qui aimeraient bien nous éliminer, et de nos maigres chances de leur échapper. Parfois encore nous discutons calamités, et presque toujours la conversation dévie sur cette question : quelle est la pire situation ?
Pour certains, c’est le mauvais quart d’heure ; calamiteux à coup sûr, surtout si c’est aussi le dernier. Pour d’autres, c’est la gueule du loup, surtout s’il a mauvaise haleine. D’autres encore disent : le bord du gouffre, et il est vrai que je préfère le bord de mer.
Mais pour moi, le pire, c’est le fond du gouffre. Parce que, pour toucher ce fond-là, il faut avoir connu le bord, si bien qu’on a triple dose d’horreur : un, l’horrible appréhension de tomber dans le vide ; deux, l’horrible sensation de tomber dans le vide ; trois, l’horrible certitude d’être tombé dans le vide, sans parler du fait qu’on est au fond d’un trou et que rien ne garantit qu’on pourra en ressortir. »
Extrait de : L. Snicket. « La fête féroce – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »
100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones par Christophe & Claude

Fiche de 100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones
Titre : 100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones
Auteur : Christophe & Claude
Date de parution : 2026
Editeur : Mais-Encore.fr
Première page de 100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones
Quand on pense à la science-fiction, les noms qui viennent spontanément à l’esprit sont presque toujours anglo-saxons : Asimov, Wells, Le Guin, Herbert. C’est pourtant en France que paraît, dès 1887 avec Les Xipéhuz de Rosny aîné, l’un des tout premiers récits mettant en scène une forme de vie radicalement étrangère à l’humain. C’est un Français, Rosny aîné encore, qui invente en 1925 le mot « astronaute ». C’est un ingénieur nommé Jacques Spitz qui écrit, dès 1938, un roman sur une invasion d’insectes intelligents, ou un poète nommé Théo Varlet qui se fait plagier par l’homme même qui invente le terme « science-fiction ». La France et le Québec ont produit, depuis plus d’un siècle, un continent entier d’imaginaire scientifique et merveilleux — et ce continent reste, aujourd’hui encore, largement inexploré par le grand public.
Ce livret rassemble cent œuvres réelles et vérifiées, couvrant plus d’un siècle de création : des pionniers de la fin du XIXe siècle (Rosny aîné, Maurice Renard, Jules Verne dans ses romans les moins connus) à l’âge d’or des collections populaires des années 1950-1960 (Stefan Wul, Francis Carsac, Gérard Klein), en passant par la nouvelle vague contestataire des années 1970 (Michel Jeury, Philippe Curval, André Ruellan) et les voix contemporaines de la science-fiction et de la fantasy québécoises (Élisabeth Vonarburg, Esther Rochon, Joël Champetier). On y croise aussi bien des noms canoniques dans un registre qu’on ne leur connaît pas (Mérimée, Gautier, Maupassant du côté du fantastique) que des figures presque effacées de l’histoire littéraire, mortes en déportation ou dans l’anonymat des collections populaires, et dont l’œuvre n’a survécu que grâce à l’obstination de quelques éditeurs spécialisés.
L’elfe et les égorgeurs par Jean-Philippe Jaworski
Fiche de L’elfe et les égorgeurs
Titre : L’elfe et les égorgeurs
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2017
Editeur : Les moutons électriques
Première page de L’elfe et les égorgeurs
« Il est sorti du silence stupéfié de la forêt.
C’est à peine s’il a pris le temps de faire une pause à la lisière, encore tout imprégné des ombres du sous-bois. Ses yeux ont embrassé le pays dévasté. A-t-il manifesté de l’émotion ? Une simple hésitation ? Difficile de déchiffrer l’expression de cette figure exquise, plus lisse qu’une icône.
Devant lui, des chemins déserts échouaient dans un bourg, couronné de son château rechigné. À travers le ciel plombé, des craillements de freux croassaient un requiem railleur. Le voyageur a levé son beau profil vers cette cacophonie, y cherchant peut-être une harmonie secrète. Il n’y a entendu que la polyphonie criarde d’une charognerie. Haussant une épaule, il a rajusté la sangle de l’étui contenant son luth et il a repris sa marche. Il a descendu le coteau en direction du fief.
Très vite, les stigmates de la guerre se sont multipliés. Nul bétail dans les prés ; les lopins en lanière n’avaient pas reçu les semailles de printemps. Des bûcherons ivres avaient porté la hache dans les vergers et arraché les ceps de vigne. Dans les ornières, les empreintes des animaux avaient été brouillées par un piétinement de solerets et de godillots. »
Extrait de : J.P Jaworski. « L’elfe et les egorgeurs. »
Les fauteurs d’ordre par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Les fauteurs d’ordre
Titre : Les fauteurs d’ordre
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2024
Editeur : Denoël
Première page de Les fauteurs d’ordre
« Le conseiller Hiero Praetor rectifia une mèche et rajusta son col. De trois quarts profil, il vérifia sa mise dans le miroir en pied. Un pourpoint strict, des hauts-de-chausse sobres, des bottes impeccablement cirées, avec le grand collier de sa fonction qui miroitait sur son plastron noir : irréprochable. Il appuya l’index sur le pommeau de son épée civile, imitant la pose des portraits qui ornaient les antichambres du palais de la Régente. Vraiment parfait.
Il n’accordait qu’une oreille distraite aux cris et aux protestations qui résonnaient dans la succession des salons et des chambres de l’hôtel de Marle. De toute façon, les éclats de voix étaient couverts par du vacarme : les coups de masse portés contre l’armoire forte, dans le cabinet de travail de l’échevin. Ramassant son feutre qu’il avait jeté sur la coiffeuse de Mme de Marle, Praetor l’épousseta distraitement en considérant les bijoux qu’il s’apprêtait à confisquer. Son regard revint à la psyché, mais cette fois c’était le miroir, avec son cadre doré, qui retint son attention. L’objet aurait été du plus bel effet dans le boudoir de son épouse. Il aurait été si facile de se l’adjuger… Il suffisait de l’omettre sur l’inventaire. Mais le conseiller Praetor chassa vite cette idée ; trop voyant, c’eût été imprudent. »
Extrait de : J.P Jaworski. « Les fauteurs d’ordre. »