Catégorie : Livres
Le sang des mondes par Jean-Pierre Vernay

Fiche de Le sang des mondes
Titre : Le sang des mondes
Auteur : Jean-Pierre Vernay
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le sang des mondes
« La chauve-souris s’agitait follement derrière les barreaux de la cage : elle ne criait pas, ne souillait pas sa prison et, en fait, se comportait très peu comme aurait dû le faire un animal ayant son aspect.
— Sais-tu, Samuel, qu’elle fut jadis un homme ? demanda celui qui agaçait l’occupante de la cage en promenant une badine contre les barreaux d’argent.
— Tu me l’as déjà dit, assura son compagnon. Mais il y a si longtemps…
— Tu as raison. Si longtemps…
Il sentit soudain la présence des siècles sur ses épaules. Il porta la main à son front et sentit ramper sous ses doigts les rides accumulées.
— Allons, dit-il, il est temps de mourir. »
Extrait de : J.P Vernay. « Le sang des mondes. »
Le Japon inconnu par Lafcadio Hearn
Fiche de Le Japon inconnu
Titre : Le Japon inconnu
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1904
Traduction : L. Raynal
Editeur : BnF
Première page de Le Japon inconnu
« On affirme assez généralement que la nature des peuples orientaux est plus profondément sérieuse que celle des occidentaux ; c’est du moins la conviction de ceux qui se contentent des opinions qu’ils ont puisées dans les romans. D’autres esprits, plus réfléchis, estiment, au contraire, que les conditions de la vie moderne ont amené les nations occidentales à un degré de gravité supérieur à celui des peuples d’Orient.
Il est aventureux et trop simple d’expliquer par des raisons aussi sommaires les différences qui séparent l’Extrême-Orient et l’Europe, et qui font entre ces deux moitiés de l’humanité
un antagonisme peut-être irréductible. Le mieux est d’étudier ce malentendu profond dans l’un des contrastes caractéristiques que nous offrent les Japonais et les Anglais.
Ce serait un lieu commun de rappeler l’extrême gravité britannique : gravité non seulement extérieure, mais profonde, qui constitue, pour ainsi dire, le caractère distinctif de la race ; c’en serait un autre de répéter les opinions courantes sur l’insouciance du peuple japonais, qui serait bien le plus heureux du monde civilisé, s’il était vrai que le bonheur fût le prix de l’insouciance. »
Extrait de : L. Hearn. « Le Japon inconnu. »
Le Japon par Lafcadio Hearn

Fiche de Le Japon
Titre : Le Japon
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1904
Traduction : M. Logé
Editeur : Mercure de France
Première page de Le Japon
« On a publié sur le Japon un bon millier de volumes. Mais, à part quelques publications artistiques et quelques ouvrages d’un genre tout particulier, le nombre des ouvrages vraiment utiles ne dépasse guère une vingtaine. Cela tient à l’immense difficulté de distinguer et de comprendre ce qui se dissimule sous la façade de la vie japonaise. On ne parviendra pas, avant une cinquantaine d’années, à écrire le livre qui analysera à fond la vie japonaise et décrira exactement le Japon historique, sociologique, psychologique et moral. Le sujet est si vaste, si complexe, qu’une génération d’érudits ne l’épuisera pas ; et il est si difficile qu’il se trouvera toujours fort peu de savants pour y consacrer leur temps. Les Japonais eux-mêmes ne connaissent pour ainsi dire pas scientifiquement leur propre histoire, et on ne dispose pas encore des moyens d’établir les données de celle-ci, bien qu’on ait réuni d’innombrables documents. On manque absolument d’une bonne histoire, composée selon les méthodes modernes. Et ce n’est là qu’une des nombreuses lacunes qui découragent les chercheurs. Les éléments d’une étude sociale du Japon sont au moins aussi inaccessibles, pour le savant occidental. »
Extrait de : L. Hearn. « Le Japon. »
Kwaidan par Lafcadio Hearn

Fiche de Kwaidan
Titre : Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1904
Traduction : M. Logé
Editeur : Mercure de France
Sommaire de Kwaidan
- La légende de Mimi-nashi-hôichi
- Oshidori
- L’histoire d’O-tei
- Ubazakura
- L’histoire d’Aoyagi
- Rien n’arriva
- Yuki-onna
- Jû-roku-zakura
- Rokuro-kubi
- A propos d’un miroir et d’une cloche
- Mujina
- Jikininki
- Riki-baka
- Le rêve d’Akinosuke
- Le secret de la morte
- Hôrai
Première page de La légende de Mimi-nashi-hôichi
« Il y a plus de sept siècles qu’eut lieu à Dan-no-ura, sur le détroit de Shimonoseki, la bataille qui clôtura la longue rivalité entre les Heike, de la tribu de Taira, et les Genji, ou partisans de la tribu de Minamoto. Ces derniers avaient été vainqueurs et tous les Heike, leur jeune empereur, leurs femmes et leurs enfants avaient péri, massacrés !
Depuis ce massacre, la mer et les côtes du détroit sont hantées… Le long des falaises, on entend et on voit souvent des choses étranges… Par les nuits sombres, des milliers de feux-fantômes brillent sur la plage ou volètent au-dessus des vagues des lumières pâles, que les pêcheurs appellent des oni-bi, ou feux-démons… Et lorsque le vent mugit, il s’élève de l’Océan une clameur pareille à celle d’une bataille.
Au temps passé, les âmes des Heike se montraient beaucoup plus inquiètes qu’elles ne le sont à présent. Alors, leurs fantômes se dressaient, menaçants, autour des barques de pêche, essayant de les faire chavirer, ou bien ils guettaient les nageurs solitaires, et tâchaient de les saisir et de les entraîner vers les profondeurs insondables de la mer. »
Extrait de : L. Hearn. « Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges. »
Kotto par Lafcadio Hearn
Fiche de Kotto
Titre : Kotto
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1912
Traduction : J. de Smet
Editeur : BnF
Sommaire de Kotto
- Vieilles histoires
- Le journal d’une femme
- Heiké-Gani
- Lucioles
- Une goutte de rosée
- Gaki
- Affaire d’habitude
- Rêverie
- Un cas pathologique
- Au coeur de la nuit
- Kusa-Hibari
- Le mangeur de rêves
Première page de Vieilles histoires – La légende du Yurei-Daki
« Non loin du village de Kurosaka, dans la province de Koki, se trouve une chute d’eau que l’on nomme le Yurei-Daki ou cascade des esprits. J’ignore pour quel motif on l’appelle ainsi. Au pied de la chute se trouve un petit sanctuaire Shinto consacré à la divinité locale, que les gens du peuple désignent sous le nom de Taki-Daïmyojin, et devant l’autel on voit un tronc de petite dimension, ou Saïsen bako, destiné à recevoir les offrandes des fidèles. Et l’on raconte une histoire relative à ce tronc aux offrandes.
Il y a trente-cinq ans, un soir d’hiver, par un temps glacial, les femmes et les jeunes filles employées en qualité d’ouvrières dans une Asa-toriba ou filature de chanvre, de Kurosaka se réunirent, quand leur besogne journalière fut terminée, autour
du grand brasier de l’atelier. Elles s’amusèrent à se raconter des histoires de revenants. Elles en avaient entendu une douzaine déjà et la plupart d’entre elles commençaient à se sentir assez mal à l’aise, quand une jeune fille, sans doute pour aviver encore le plaisir de la peur, s’écria :
— Oh ! l’idée d’aller cette nuit, toute seule, au Yurei-Daki ! Ce qui provoqua un cri de frayeur unanime, suivi de rires nerveux…
— Je donnerais à celle qui irait tout le chanvre que j’ai filé aujourd’hui, dit une ouvrière d’un ton moqueur. »
Extrait de : L. Hearn. « Kotto. »
Fantômes japonais par Lafcadio Hearn

Fiche de Fantômes japonais
Titre : Fantômes japonais
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1930
Traduction : M. Logé
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande
Sommaire de Fantômes japonais
- La réconciliation
- Le miracle de Benten, déesse de la beauté
- Histoire de Kwashin Koji
- La reconnaissance du Samebito
- La jeune fille de l’écran
- Le gamin qui dessinait des chats
Première page de La réconciliation
« Il y avait, une fois, un jeune Samouraï de Kyoto qui était tombé dans la misère à la suite de la ruine de son seigneur, et qui fut obligé de quitter sa demeure et de s’engager au service du gouvernement d’une lointaine province. Avant de quitter la capitale, le Samouraï divorça d’avec sa femme qui était très belle et extrêmement bonne, pensant obtenir un avancement plus facile en contractant une autre alliance… Il épousa donc la fille d’une famille assez distinguée, et l’emmena avec lui dans la province où il était appelé à vivre désormais.
Or, ce fut au cours de son insouciante jeunesse et tenaillé aussi par la dure expérience de la misère, que le Samouraï se méprit ainsi sur la valeur de cette affection qu’il répudia si légèrement. Car son second mariage ne fut pas heureux ; sa nouvelle épouse était dure et égoïste, et il eut bientôt toutes les raisons de songer, avec tristesse, à sa vie passée à Kyoto. »
Extrait de : L. Hearn. « Fantômes japonais. »
Nuits sanglantes par Maurice Périsset

Fiche de Nuits sanglantes
Titre : Nuits sanglantes
Auteur : Maurice Périsset
Date de parution : 1997
Editeur : Editions de la voûte
Première page de Nuits sanglantes
« La nuit tombait quand Mathieu aperçut d’assez loin le village de vacances. Renonçant à prendre un taxi, il avait beaucoup marché avant de découvrir le poteau indicateur : Résidence des Palmiers. Il s’arrêta, posa son sac de voyage à terre. Se détachant des hauts pins maritimes, il ne distingua d’abord que les trouées de lumière des fenêtres, alvéoles pour lui inquiétantes dans un paysage clos. Sensible cependant à la fraîcheur, aux odeurs d’herbes mouillées et de fleurs sauvages, au bruissement incessant de la mer dans le lointain, il hésitait avant de franchir l’ultime étape. Après, il ne pourrait plus revenir en arrière. Fallait-il jouer l’ultime jeu ?
Essoufflé- il avait oublié de prendre son tonique pour le coeur – il monta les quelques marches du bâtiment central, eut un regard vers le camélia arborescent qui, sur la gauche, ornait l’entrée. Personne derrière le comptoir de la réception, pas davantage dans le hall ni dans la salle à manger encore éclairée. Il s’avança, hésitant à appeler. Les rires et les applaudissements qui descendaient de l’étage le frappèrent, comme s’ils ponctuaient ses pas. »
Extrait de : M. Périsset. « Nuits sanglantes. »
Le visage derrière la nuit par Maurice Périsset

Fiche de Le visage derrière la nuit
Titre : Le visage derrière la nuit
Auteur : Maurice Périsset
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le visage derrière la nuit
« Avant même de sonner à la grille, je savais que c’était là, après tant et tant de semaines d’une quête vaine, que mes pas me conduisaient vers cette sorte de vieille maison campagnarde, mi-ferme, mi-château, cernée par des arbres aux troncs immenses, que je distinguais mal dans le paysage gris et vert battu par la pluie. Une seconde, tant la tempête faisait rage, j’eus envie de rebrousser chemin. Le but atteint, ne pouvais-je pas, tout aussi bien, me manifester un autre jour ? Mais non, j’étais là, il ne m’était plus possible de revenir en arrière. Une force inconnue me contraignait à demeurer sur place, bien à l’abri, après tout, dans ma voiture.
D’habitude, j’aime entendre le bruit rageur de la pluie, le halètement confus de l’orage, le ronronnement rassurant des essuie-glaces, j’aime sentir les roues transformer l’eau des flaques en gerbes lumineuses devant les phares. Dans l’absolue solitude de ce chemin de campagne détrempé, je ne retrouvais pas ce plaisir un peu maniaque. Je n’étais plus tout à fait moi, ce décor n’était pas tout à fait réel. »
Extrait de : M. Périsset. « Le visage derrière la nuit. »
La comtesse de sang par Maurice Périsset

Fiche de La comtesse de sang
Titre : La comtesse de sang – Erzébeth Bathory
Auteur : Maurice Périsset
Date de parution : 1975
Editeur : Pygmalion
Première page de La comtesse de sang
« La comtesse Bathory fit torturer et assassiner six cent dix jeunes filles et, pour garder sa jeunesse, se baigna dans leur sang.
— Je n’ai pas à vous répondre, je suis votre maîtresse ! répondit-elle au pasteur de Csejthe qui lui reprochait ses crimes. Comment, venant de si bas, votre question peut-elle arriver jusqu’à moi, qui suis si haut ?
Descendante d’une illustre famille de Hongrie, maîtresse absolue et dame de Csejthe, elle pouvait tout se permettre. La loi féodale l’y autorisait. Contester son droit de vie et de mort sur ses sujets, qui s’y serait risqué en ces Balkans où, en plein XVIIe siècle, le Moyen Âge durait toujours ? Erzébeth Bathory n’eut d’autre maître que son propre démon, d’autre souci que sa beauté. Le seul ennemi qu’elle redoutât, c’était le temps qui flétrissait ses traits. Elle vécut toute sa vie dans une solitude essentielle, dans la solitude créée par son orgueil, sa froideur et sa cruauté. Elle savait que son pouvoir souverain tombait devant la vieillesse, la maladie et la mort, et sa fierté se révoltait d’avoir à subir le sort commun. Puisqu’elle pouvait tout, elle devait pouvoir éterniser sa jeunesse et sa beauté. »
Extrait de : M. Périsset. « La comtesse de sang. »
Mascarad City par Lucas Gorka

Fiche de Mascarad City
Titre : Mascarad City
Auteur : Lucas Gorka
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Mascarad City
« Russell Wismayer s’apprête à commettre son treizième viol. Treize, le chiffre qui file la poisse. Dans l’ancienne remise à carburant, le bruit des ventilos incrustés dans les murs. Russell essuie la sueur qui perle à son front, enfile un ciré jaune et se recoiffe dans un morceau de glace brisée. Puis il s’assoit sur son lit, canot pneumatique de sauvetage dérobé à l’une des navettes de la Cité, et chausse une paire de tennis souples et silencieux. Ses muscles tremblent déjà, c’est bon signe. Ce soir Wismayer a la libido en effervescence.
La porte de la remise claque derrière lui. Il est tard, la passerelle est déserte et le trafic des navettes réduit au service minimum. Russell s’infiltre dans un couloir éclairé au néon pâle, l’un de ceux qui mènent aux ascenseurs, la cheville bien serrée. Silence et habileté du singe.
Il n’a pas vu l’ombre qui le suit. »
Extrait de : L. Gorka. « Mascarad-City. »