Catégorie : Livres

 

Opération Bégonia par André Caroff

Fiche de Opération Bégonia

Titre : Opération Bégonia
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Opération Bégonia

« La porte s’ouvrit. Éric fit un pas et fut dehors, dans le soleil. C’était le 2920e jour, la fin d’un mois d’octobre assez beau dans l’ensemble. Éric s’éloigna du mur gris. Sa valise était incroyablement légère. Un panneau indicateur en forme de flèche lui donna la direction de la gare. Il marcha.

Chacun de ses pas pesait une tonne. Un camion passa bruyamment et, au carrefour suivant, une jeune fille sortit d’une boulangerie, un gros pain sous le bras. Éric la suivit longuement des yeux tout en continuant d’avancer. Quand la jeune fille le regarda, il baissa la tête. Elle devait forcément savoir d’où il venait. Cela le gênait. Dans une petite ville comme celle-ci, tout le monde se connaissait. On devait l’épier à l’abri des persiennes closes. On était probablement soulagé de voir qu’il allait vers la gare.

Il y fut en quelques minutes. Personne ne semblait l’attendre, mais il avait quand même l’impression qu’on le surveillait. Il se replia davantage sur lui-même, devint humble et pitoyable dans l’espoir de ne pas attirer l’attention sur lui. L’employée lui tendit son billet en l’effleurant à peine du regard et il alla se réfugier dans la petite salle d’attente après avoir acheté un journal. »

Extrait de : A. Caroff. « Operation Begonia. »

Mort d’un libraire par André Caroff

Fiche de Mort d’un libraire

Titre : Mort d’un libraire
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1964
Editeur : Fleuve noir

Première page de Mort d’un libraire

« Un chiot de trois mois, ça fait des ronds humides sur le parquet ciré toutes les cinq minutes.
Pendant que Max, son mari et Eddie, son fils regardaient la télévision, Thérésa lassée de laisser massacrer les lattes fines, brillantes comme un miroir, ouvrit doucement la porte de la loge et chassa le chiot dans la cour.
La porte à double battant de l’entrée était close, aucune voiture ne passerait plus sous le porche et comme il n’existait pas d’autre issue, la bête ne craignait vraiment rien.
Thérésa retourna dans sa cuisine, tira les rideaux, alluma sa lampe d’évier, manœuvra les boutons donnant le courant aux minuteries des deux escaliers et se mit à préparer le souper.
Le temps était doux et, par-dessus la voix du speaker du journal télévisé, Thérésa entendait d’autres postes branchés sur différentes chaînes, se demandait qui, parmi ses locataires, pouvait écouter une émission en langue allemande…
— M’man… T’as pas vu Poussy ? »

Extrait de : A. Caroff. « Mort d’un libraire. »

Les êtres du néant par André Caroff

Fiche de Les êtres du néant

Titre : Les êtres du néant
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les êtres du néant

« Tout d’abord, je dois dire que j’ai longuement hésité avant d’établir ce rapport destiné au Mémorial terrestre. Je ne suis pas écrivain, mais médecin, et ne pensais pas être digne de cet honneur.

D’autres auraient pu le faire mieux que moi, dans un style plus dépouillé, plus direct et avec un amour de la littérature que j’avoue humblement ne pas ressentir. Mais, et ainsi que me l’a fait remarquer le professeur Simpson, j’ai été la première victime des « Etres du néant », et c’est un peu grâce à moi que furent repoussés les fantastiques dangers menaçant notre humanité.

Puis ma femme, mes amis et mes enfants ont réussi à me convaincre de prendre la plume. Aujourd’hui, 28 mai 2030, je me mets au travail. J’ai décidé de traiter mon récit au présent pour lui donner plus d’impact et, aussi, afin de mieux traduire les événements et les sensations tels que je les ai vécus et ressentis à cette époque. »

Extrait de : A. Caroff. « Les êtres du néant. »

Les combattants de Serkos par André Caroff

Fiche de Les combattants de Serkos

Titre : Les combattants de Serkos
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les combattants de Serkos

« L’homme cheminait péniblement sous le ciel noir à peine teinté par le soleil bleu de Behera. Sur le sol gelé il dérapait constamment, si bien que lorsque le terrain accusait une pente, il n’avait que la ressource de se laisser glisser, quitte à dévier de sa route.

Le froid était vif ― sans doute moins 25° ―, le gibier rare, la végétation pétrifiée, les ruisseaux glacés, mais il n’y avait pas de neige.

Huit jours auparavant, Tio Honela avait traversé ce territoire à bord de son électrojet de tourisme. Alors il était chargé de mission par le Conseil supérieur de Behera et se rendait aux confins du continent Lob afin d’y étudier la progression du refroidissement climatique. Ce n’était qu’une mission de routine. Le poste d’observation possédait tout le confort désirable et, grâce à un puissant téléradar, le professeur Honela pouvait entrer en communication immédiate avec le Laboratoire central de Monoc, la capitale fédérale de la planète Behera.

Donc, huit jours auparavant, le professeur Tio Honela était descendu de son électrojet devant le poste numéro B.D. 346, secteur nord-ouest de Lob, après un voyage de six mille cromètres au-dessus des paysages désertiques du continent froid. »

Extrait de : A. Caroff. « Les combatants de Serkos. »

Le sang du cactus par André Caroff

Fiche de Le sang du cactus

Titre : Le sang du cactus
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1962
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le sang du cactus

« Si le dey Hussein n’avait pas insulté le consul de France, jamais Omar ben Amiache, Kabyle de la tribu des Zouaouas, ne serait entré dans le 1er régiment de zouaves, arborant des tresses rouges sur le côté de la veste, et n’aurait jamais eu entre les mains ce magnifique fusil qui le faisait positivement crever d’orgueil.
Pour l’heure, Omar crevait également de chaleur, car il était, depuis le début de l’après-midi, allongé entre deux rochers, en plein soleil, léchant de temps à autre ses lèvres sèches et surveillant d’un œil de plus en plus vague, la gorge étroite où devait passer obligatoirement ce chien d’Ali ben Moumer.
Ben Moumer était l’un des meilleurs lieutenants d’Abd el-Kader, lui-même chef de la résistance contre les Français immédiatement organisée après la prise de Constantine.
Abd el-Kader et Bugeaud, gouverneur de l’Algérie, se livraient une lutte sans pitié. »

Extrait de : A. Caroff. « Le Sang du cactus. »

Le rideau de brume par André Caroff

Fiche de Le rideau de brume

Titre : Le rideau de brume
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le rideau de brume

« Sur la base de Oxima, capitale de la planète Obicera, reine de la 612e galaxie, le vaisseau cosmique Itanamo décolla doucement Il s’éleva ainsi jusqu’à l’ultime plate-forme de contrôle automatique stabilisée à deux mille biocromètres du sol, subit l’examen sans anicroche et, ayant reçu le feu  vert, il franchit l’invisible barrière magnétique, libéra la fantastique puissance de son moteur hyperlumière et se fondit en un clin d’œil dans le, système stellaire.
Au sol, dans la salle de supervision, le superaid Alag Micos suivait personnellement la -trajectoire, de Itanamo sur les écrans télé-radars. Le vaisseau se trouvait déjà à trois millions de biocromètres de Obicera et atteindrait probablement la mystérieuse planète Varne en fin de journée.
Varne demeurait la grande inconnue de la 612e galaxie et on ignorait tout d’elle, sauf qu’elle était sans aucun doute possible la dernière de la centaine de milliard d’étoiles formant le système stellaire entourant Obicera. Au-delà, il y avait évidemment d’autres galaxies, mais, malgré les progrès de la science, les galaxitromes obicerates n’avaient pu percer le secret du néant plus loin que la planète Varne. La 612e galaxie n’étant constituée que de planètes mortes, on espérait simplement que Varne serait habitée, mais rien n’était moins sûr. »

Extrait de : A. Caroff. « Le rideau de brume. »

Le guêpier de Genève par André Caroff

Fiche de Le guêpier de Genève

Titre : Le guêpier de Genève
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le guêpier de Genève

« Le Trans-Europ-Express Helvetia filait dans la nuit glaciale de mars à sa vitesse de pointe. Le vent sifflait le long de ses flancs métalliques, le froid givrait ses vitres, mais ses passagers, confortablement installés dans les wagons climatisés, baignaient dans la tiédeur.

Dans son compartiment, Otto Begleiter paraissait somnoler. Il occupait le coin situé près de la vitre, dans le sens de la marche du train, n’en avait pratiquement pas bougé depuis Hambourg.

Comme cela, il ressemblait à un gros chat inoffensif. En réalité, personne n’était plus attentif ni plus dangereux que lui.

Otto approchait de la cinquantaine, travaillait depuis de longues années pour le compte de la Central Intelligence Agency et accomplissait actuellement sa trentième mission. Autant dire qu’il connaissait à fond son métier, que rien ne saurait le prendre au dépourvu, même pas l’imprévisible. Pourtant, et malgré la confiance qu’il avait en lui, Otto n’était pas, cette fois-ci, complètement décontracté. »

Extrait de : A. Caroff. « Le guêpier de Genève. »

Le camp du serpent par André Caroff

Fiche de Le camp du serpent

Titre : Le camp du serpent
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le camp du serpent

« Le capitaine Trask, de la 101e brigade aéroportée, regardait par la fenêtre. Entre celle-ci et la rue, il y avait des barbelés, un filet anti-grenade, des sentinelles supervisées par une équipe de M.P.

Entre deux aréquiers, aux troncs cannelés, minces, supportant péniblement leurs grappes de fruits verts, Trask apercevait un coin de ciel dévoré par la nuit. Une nuit chaude de Saigon, aux senteurs lourdes, toute vibrante de stridulations d’insectes. Au-delà des barbelés, une bicyclette passa. Sa dynamo ronronnait doucement, comme un chaton, et sa lanterne clignotante traçait sur le sol un chemin sinueux comme une trace de reptile. C’était une grosse bicyclette avec des pneus-ballon. Sur la selle, le père pédalait et tenait le guidon. La mère, en tunique et en pantalon de soie, trônait sur le porte-bagages. Souvent, elle penchait la tête pour surveiller les deux marmots placides assis sur le cadre, entre les jambes et les bras du père. »

Extrait de : A. Caroff. « Le camp du serpent. »

Le barracuda par André Caroff

Fiche de Le barracuda

Titre : Le barracuda
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1961
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le barracuda

« La pénombre était tombée et la pâle lumière d’une lune naissante argentait les choses. Une piste étroite longeait la grève et descendait entre les palmiers géants aux formes élancées. L’eau du golfe luisait sous la brise légère qui retroussait les vagues et, sur le rivage, le sable fin gardait la trace de leur passage humide et caressant.
Assis dans un rayon de lune, Juanito, indifférent au féerique paysage qui l’entourait, contemplait fixement le passage que l’eau avait creusé entre les rochers rouges. Ce passage, Juanito l’avait nommé « le passage des requins » et il l’avait considéré comme tel jusqu’au jour où le barracuda l’avait emprunté.
Un énorme, un incroyable barracuda de trois mètres de long, argenté comme du papier de chocolat, et effilé comme un sous-marin. Juanito avait été tellement surpris qu’il n’avait même pas eu le réflexe de lancer son harpon. Le barracuda s’était glissé tranquillement dans le passage et, quand le bras de Juanito avait projeté son ombre sur l’eau limpide, il s’était mis hors de portée d’un puissant coup de queue, puis avait disparu dans les profondeurs. »

Extrait de : A. Caroff. « Le Barracuda. »

Le bagne de Rostos par André Caroff

Fiche de Le bagne de Rostos

Titre : Le bagne de Rostos
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le bagne de Rostos

« Lorsque les gardes les réveillèrent à coups de fouet, Ran Serco fut l’un des premiers à sauter de sa couchette. Si ses comptes étaient justes, il devait être là depuis environ quatre années. Laps de temps largement suffisant pour savoir que toute résistance était inutile au bagne de Rostos.

Les hommes s’habillèrent, se mirent en rangs par deux. Sur quelques couchettes, des formes immobiles gisaient pour l’éternité. Il en était ainsi chaque matin. Les malades trépassaient au cours de la nuit, généralement sans une plainte tant était grande leur faiblesse, et, quand les bagnards rentraient quinze heures plus tard, les équipes spécialisées avaient fait place nette.

On pensait au matin quand on se levait, au soir lorsqu’on se couchait. C’était par habitude, pour donner un nom au temps. En fait, aucun des bagnards n’avait revu la lumière du ciel depuis sa descente dans les mines. Ran Serco pas plus que les autres. Il pensait être prisonnier depuis quatre ans, il supposait travailler pendant une quinzaine d’heures, mais cela n’était qu’estimations approximatives. »

Extrait de : A. Caroff. « Le bagne de Rostos. »