Catégorie : Livres

 

L’équilibre du mal par Richard Canal

Fiche de L’équilibre du mal

Titre : L’équilibre du mal
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 2019
Editeur : Séma Editions

Première page de L’équilibre du mal

« Des blocs de brume glissaient sur la rivière comme des souvenirs d’icebergs, à peine éclairés par une lune intermittente. C’était une de ces rivières qu’on peut traverser sans se mouiller plus haut que les genoux, une fois l’été venu. Suite à la fonte des neiges, son caractère s’était aigri et elle bouillonnait autour des rares rochers qui s’obstinaient à la défier depuis des siècles. Elle ruminait contre les obstacles, s’étouffait, éructait, s’emportait avant de se taire un instant, juste un instant, le temps de ramasser ses forces pour continuer la lutte immémoriale de la pierre et de l’eau.
Nul n’aurait pu témoigner des crises de colère de la rivière. Le plus proche village se trouvait à trois kilomètres en aval et à cette heure de la nuit, à l’exception de la femme du boulanger qui souffrait d’insomnie depuis le décès de son fils dans un accident de la route, ses habitants dormaient.
Un rat, niché entre deux souches, scrutait l’obscurité qui pesait sous la voûte du pont. Il inclina la tête, leva le museau vers la lune comme s’il suppliait l’astre de glisser un rai derrière la pile centrale, là où l’eau s’énervait, là où il avait détecté une activité inhabituelle. »

Extrait de : R. Canal. « L’équilibre du mal. »

Gandhara par Richard Canal

Fiche de Gandhara

Titre : Gandhara
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 2018
Editeur : Séma Editions

Première page de Gandhara

« Finalement, c’était la faute à mon père. Il avait coutume de dire que pour ce métier, je n’étais pas assez méchant. J’avais fini par tout détester chez lui, depuis son haleine viciée par le tabac, ses théories sur le cubisme et l’impressionnisme qui le ridiculisaient dans la profession, ses minables coups fourrés dont il ne se tirait qu’en y laissant des plumes, jusqu’au sourire méprisant qu’il adressait à ma mère quand il avait bu. C’était venu avec le temps. Il avait fait faillite. Il était parti. Il était mort et nous n’en avions rien su, maman et moi. Du moins sur le moment.

J’avais tout renié de lui. Tout sauf sa passion immodérée pour Gregory Shannon. Je m’y étais efforcé également, mais comment se débarrasser d’un poète chanteur qui s’était fendu de ces vers :

Je n’étais déjà plus là le jour où je suis né.
Un oiseau s’était posé sur mon berceau
Et m’avait emporté dans un ciel sans nuages. 
»

Extrait de : R. Canal. « Gandhara. »

Équinoxes par Richard Canal

Fiche de Équinoxes

Titre : Équinoxes
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 2020
Editeur : Evidence Editions

Première page de Équinoxes

« C’était une journée belle à chasser les anges du paradis, une de ces journées à pardonner au monde d’être ce qu’il est, si nous n’avions laissé, quelques heures auparavant, grand-mère Jacqueline sous une dalle de marbre.
Le ciel, de ce bleu acier qu’on ne voit qu’en hiver, pesait sur le pré. Mon frère Étienne, debout en costume près de la rivière, au bout de ce pré vitrifié qui s’allongeait désespérément vers le soir, ressemblait à un pantin de givre. Bien à l’abri derrière le rideau à grosses mailles du salon, réfugié dans le ventre chaud de la vieille maison, j’éprouvais la sensation qu’il me suffisait de claquer des doigts pour briser sa silhouette et la transformer en pluie de cristaux.
Le temps d’enfiler mon pardessus, d’enrouler une écharpe, Étienne s’était assis sur un rondin à moitié enterré. Sans un mot, je m’installai à côté de lui. Je passai un bras sur ses épaules et le serrai très fort. Il avait les yeux humides, rivés sur les remous. Au bout d’un moment, il se dégagea doucement et enfonça la main dans la poche de sa veste. »

Extrait de : R. Canal. « Équinoxes. »

Mine de rien par Roland C. Wagner

Fiche de Mine de rien

Titre : Mine de rien (Tome 9 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2006
Editeur : L’Atalante

Première page de Mine de rien

« Savez-vous ce qu’est un transparent ? demanda sans préambule le docteur Hipdeath en étudiant son interlocuteur par-dessus ses lunettes ovales.

L’homme réfléchit un instant.

— C’est un genre de mutant, n’est-ce pas ?

Le médecin lui adressa un sourire satisfait.

— Oui. Le transparent se glisse telle une ombre à travers le corps social. D’une manière générale, on ne lui prête aucune attention. S’il lui arrive d’avoir des relations avec d’autres personnes, celles-ci ne tardent pas à l’oublier pour la plupart. (Nouveau coup d’œil inquisiteur.) Peut-être en avez-vous déjà rencontré un, mais vous ne vous en souvenez pas.

— C’est aussi valable pour vous, non ?

Le docteur se rengorgea.

— Eh bien, non : pour une raison que j’ignore, et que j’aimerais d’ailleurs bien découvrir, je suis en partie immunisé contre les pouvoirs du groupe des Fascinants. (Il remonta ses lunettes sur son nez avant de considérer son interlocuteur d’un regard sans chaleur.) Je me souviens d’une rencontre avec un transparent. Peu de gens peuvent en dire autant.

— Très intéressant, commenta l’homme. »

Extrait de : R.C Wagner. « Mine de rien – Les futurs mystères de Paris. »

Kali Yuga par Roland C. Wagner

Fiche de Kali Yuga

Titre : Kali Yuga (Tome 8 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2003
Editeur : L’Atalante

Première page de Kali Yuga

« Tarik s’arrêta devant le miroir de l’entrée, levant instinctivement la main pour lisser sa banane d’un noir brillant, mais il n’y avait rien à rectifier dans la coiffure traditionnelle de sa tribu. Encore heureux, vu que la moitié du pot de gomina y était passée. Son teddy rouge et crème tombait de la bonne manière sur ses hanches serrées par une large ceinture de cuir naturel à la boucle en forme de Gibson LesPaul. Par contre, les revers de son jean neuf n’étaient pas retournés sur la même longueur ; il s’agenouilla pour rectifier cette fâcheuse dysharmonie et en profita pour donner un dernier coup de mouchoir sur ses tiags écarlates.

Puis, se redressant, il s’adressa un clin d’œil ravi, lâcha un « yeah ! » approbateur avec un fort accent de la banlieue sud de Paris et sortit de l’immeuble d’un pas conquérant.

En arrivant à la station de RER, il y trouva Ulrich qui somnolait sur un banc, la banane défaite et le col de son perfecto de travers. Sa chemise rouge n’avait pas l’air très propre non plus et Tarik aurait parié qu’il n’avait pas changé de slip depuis plusieurs jours. »

Extrait de : R.C Wagner. « Kali Yuga – Les futurs mystères de Paris. »

Babaluma par Roland C. Wagner

Fiche de Babaluma

Titre : Babaluma (Tome 7 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2002
Editeur : L’Atalante

Première page de Babaluma

« Même s’il ne mesurait pas plus de vingt centimètres de haut, le Ganesh qui se manifesta ce jour-là à Richard Montaigu présentait toutes les caractéristiques symboliques du dieu à tête d’éléphant. La souris qui était son véhicule, elle, avait une taille normale – ce qui, au goût du vieil écrivain, déséquilibrait fâcheusement l’image archétypale.

Ils apparurent tous deux au-dessus du moniteur vidéo bidi aux environs de dix-sept heures, dans la tiédeur d’un après-midi d’été finissant. Montaigu se repassait non sans nostalgie un épisode de Happy Days, une sitcom du temps de son adolescence. Il leva les yeux de l’écran où un Fonzy depuis bien longtemps assagi allumait une fois de plus la lumière d’un coup de poing dans le mur.

Cette visitation ne lui fit ni chaud ni froid car c’était loin d’être la première ; Ganesh s’intéressait à lui depuis des lustres – depuis la Grande Terreur primitive, qui remontait à plus de quarante ans. »

Extrait de : R.C Wagner. « Babaluma – Les futurs mystères de Paris. »

Toons par Roland C. Wagner

Fiche de Toons

Titre : Toons (Tome 6 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2000
Editeur : Fleuve noir

Première page de Toons

« Gédéon Geai avait éprouvé dès sa plus tendre enfance une fascination incontrôlable pour tout ce qui ressemblait à un écran. Sa mère, qui l’élevait seule, n ‘avait guère que son rémini pour survivre, et le vieux moniteur plat du foyer était resté accroché au mur bien après l’arrêt définitif des émissions, au milieu des années 40. Toutefois, au lieu de se lamenter comme certains de ses copains, qui regardaient avec une envie non dissimulée les socles tridi flambant neufs – et, surtout, les fameuses visions volumiques vantées par les publicités –, Gédéon était aussitôt parti en quête d’une nouvelle source d’images télévisuelles.

Il savait depuis longtemps, comme tout un chacun, que les databases reliées au wèbe recelaient des trésors, mais jamais il n’aurait pensé qu’elles se révéleraient si riches en matière d’audiovisuel bidi. Sa dépendance à l’égard des écrans ne fit dès lors que s’intensifier ; il se mit à passer des nuits entières devant de vieux films plats, parfois en noir et blanc, voire muets, dont bon nombre n’avaient pas été visionnés depuis des lustres. Il traquait tout particulièrement ceux qui ne l’avaient jamais été car c’était parmi ces œuvres oubliées de tous que l’on trouvait les choses les plus intéressantes. »

Extrait de : R.C Wagner. « Toons – Les futurs mystères de Paris. »

Tekrock par Roland C. Wagner

Fiche de Tekrock

Titre : Tekrock (Tome 5 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1999
Editeur : Fleuve noir

Sommaire de Tekrock

  • Tekrock
  • Pot smokers from Outer Space

Première page de Tekrok

« Il avait toujours trouvé que la rentrée des classes avait quelque chose d’angoissant, mais il n’aurait su dire à quoi cela tenait exactement. En tout cas, aussi loin que remontait sa mémoire, il avait ressenti de l’anxiété à la pensée d’entamer une nouvelle année scolaire – et celle qui commençait ce matin-là ne faisait pas exception à la règle.

Il considéra avec méfiance la façade ondulée de l’institut de prospective appliquée. Il n’avait pas plus confiance dans cette boîte privée que dans les dix ou quinze autres par où il était passé. À tous les coups, il allait comme d’habitude se faire virer au bout de quinze jours pour quelque peccadille insignifiante que l’on monterait en épingle afin de se débarrasser de lui. Dès qu’ils le voyaient, les directeurs des établissements où l’inscrivait son géniteur n’avaient pas d’autre idée que d’inventer un prétexte pour l’expulser.

Il faisait décidément trop mauvais genre. »

Extrait de : R.C Wagner. « Tekrock – Les futurs mystères de Paris. »

L’aube incertaine par Roland C. Wagner

Fiche de L’aube incertaine

Titre : L’aube incertaine (Tome 4 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’aube incertaine

« Quelqu’un se tenait au bord de la mémoire du colonel Fischer. Un individu vêtu de couleurs vives, coiffé d’un turban noir où était épinglé…

Le vieil homme secoua la tête d’un air déçu. Ce n’était pas la première fois qu’il éprouvait une sensation analogue – celle qu’un souvenir enfoui cherchait à se manifester –, mais jamais elle n’avait été si intense.

Le poids de son corps, un instant oublié, revint à la charge. Par défi, il leva une main avec peine, la contempla d’un œil hagard. Il avait du mal à admettre que cet appendice tavelé de taches brunes pût lui appartenir ; néanmoins, il lui fallait bien se rendre à l’évidence : cette main qui lui semblait si étrangère se trouvait à l’extrémité de son bras, et elle répondait aux injonctions envoyées par son cerveau ; elle était donc bien à lui.

Cette fois, ce fut le poids de son âge qui fondit sur lui, et il ne fut plus qu’un vieillard à demi assoupi, sur la poitrine de qui était assis un invisible pachyderme. »

Extrait de : R.C Wagner. « L’aube incertaine – Les futurs mystères de Paris. »

L’odyssée de l’espèce par Roland C. Wagner

Fiche de L’odyssée de l’espèce

Titre : L’odyssée de l’espèce (Tome 3 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’odyssée de l’espèce

« Déclaré à l’état civil sous le nom d’André Ganèche, rebaptisé Gurdjieff Erickson Ganesh à l’âge de six ans, puis Billy Jean Jones Jackson au début de son adolescence, il avait longtemps porté le surnom de Croche-Patte, mais il se faisait désormais appeler Snakefingers et espérait bien qu’à la fin de la nuit il aurait obtenu le droit de porter le patronyme glorieux de Doigts-de-Fée Ganesh.
Grand, plutôt maigre, un incroyable désordre régnant dans ses cheveux blonds coupés court, il possédait des mains d’une longueur exceptionnelle, dont il avait très tôt développé l’habileté. Il aurait été un fabuleux bricoleur s’il avait su réfléchir avant d’agir, mais les choses de l’esprit lui passaient désespérément au-dessus de la tête. Les sectes successives où ses parents l’avaient entraîné ne se souciaient guère de développer chez leurs adeptes une forme quelconque de faculté de raisonnement ; les Jim’s leur dynamitaient la cervelle à l’aide de décoctions de datura, et le Culte de Michael Jackson les abreuvait de musique, mais le résultat était le même dans les deux cas.
Snakefingers ne pouvait plus supporter Michael Jackson. Le datura non plus, d’ailleurs. »

Extrait de : R.C Wagner. « L’odyssée de l’espèce – Les futurs mystères de Paris. »