Catégorie : Livres
Les crépusculaires par Mathieu Gaborit

Fiche de Les crépusculaires
Titre : Les crépusculaires – intégrale définitive
Auteur : Mathieu Gaborit
Date de parution : 2018
Editeur : Mnémos
Sommaire de Les crépusculaires
- Souffre-jour
- Les danseurs de Lorgol
- Agone
Première page de Les crépusculaires
« La plupart des intimes de mon défunt père entouraient la couche mortuaire. Vassaux ou simples chevaliers, ils avaient laissé leur terre et leur famille pour venir rendre un dernier hommage au baron de Rochronde.
Des chuchotements discrets saluèrent mon arrivée. Tous me tenaient, en partie, pour responsable de sa mort. Ils dénonçaient comme lui la génération préceptorale dont j’étais le jeune représentant à cette cour. Le collège ne leur inspirait qu’un mépris bruyant, teinté de menaces. Je comprenais leur ressentiment. Préceptorale avait rompu avec les traditions batailleuses qui faisaient la réputation des collèges du royaume. D’un homme tel que moi, fils de l’un des plus grands barons de ce pays, on avait espéré un digne successeur, un guerrier capable de renforcer les rangs d’une vieille noblesse. « Non, messires… je ne veux pas de vos épées et de vos guerres », songeai-je en surprenant quelques œillades sévères. »
Extrait de : M. Gaborit. « Les crépusculaires. »
Avant la mort par Camille Flammarion

Fiche de Avant la mort
Titre : Avant la mort (Tome 1 sur 3 – La mort et son mystère)
Auteur : Camille Flammarion
Date de parution : 1920
Editeur : Son autre librairie
Première page de Avant la mort
« Je me décide à présenter aujourd’hui à l’attention des hommes qui pensent un ouvrage commencé il y a plus d’un demi-siècle, quoique je n’en sois pas encore entièrement satisfait. La méthode scientifique expérimentale, seule valable pour la recherche de la vérité, a des exigences auxquelles nous ne pouvons ni ne devons nous soustraire. Le grave problème en vue dans cet essai est le plus complexe de tous les problèmes, et tient à la constitution générale de l’univers comme à celle de l’être humain, microcosme dans le grand tout. C’est aux heures de jeunesse que l’on entreprend ces études sans fin, parce que l’on ne doute de rien et que l’on a devant soi une longue vie en perspective ; mais la vie la plus longue passe comme un rêve, avec ses lumières et ses ombres. Si nous pouvons former un souhait dans le cours de cette existence, c’est d’avoir servi en quelque chose au progrès, lent et néanmoins réel, de l’Humanité, race bizarre, crédule et sceptique, indifférente et curieuse, bonne et méchante, vertueuse et criminelle, d’ailleurs incohérente et ignorante dans son ensemble, à peine sortie des langes de la chrysalide animale. »
Extrait de : C. Flammarion. « Avant la mort – La mort et son mystère. »
Saisons funestes par Glen Cook

Fiche de Saisons funestes
Titre : Saisons funestes (Tome 7 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1996
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de Saisons funestes
« Un vent incessant balaie la plaine. Il marmonne sur le dallage qui s’étend d’un horizon à l’autre. Il chante entre des colonnes noires éparses, comme un chœur de fantômes. Il disperse la poussière venue de loin et roule les feuilles. Il titille les cheveux d’un corps inerte, reclus depuis une génération, momifié. Espiègle, la brise plaque une feuille sur la bouche du cadavre figée en un cri silencieux, puis l’enlève. Ce vent porte l’haleine de l’hiver.
Un éclair ricoche d’une colonne d’ébène à la suivante, comme un gamin jouant au chat, sautant de refuge en refuge. L’espace d’un moment, un peu de couleur anime cette plaine spectrale.
Les colonnes pourraient passer pour des vestiges d’une cité détruite. Ce n’en sont pas. Il y en a trop peu, elles sont disposées sans ordre. Toutes tiennent debout, bien que le vent vorace les ait pour beaucoup rongées profondément. »
Extrait de : G. Cook. « Saisons funestes – La compagnie noire. »
Rêves d’acier par Glen Cook

Fiche de Rêves d’acier
Titre : Rêves d’acier (Tome 5 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1990
Traduction : A. Robert
Editeur : J’ai lu
Première page de Rêves d’acier
« Bien des mois se sont écoulés. Bien des événements ont eu lieu dont beaucoup me sont sortis de la mémoire. Des détails insignifiants me restent quand des faits importants m’échappent. Pour certains je m’en remets au ouï-dire, pour d’autres à ma seule intuition. Combien de fois mes témoins se sont-ils laissé abuser ?
Il ne m’était pas venu à l’esprit, jusqu’à ce que je traverse cette période d’inactivité forcée, qu’une tradition importante était négligée : plus personne ne consignait l’histoire de la Compagnie. J’ai hésité. Il me paraissait présomptueux de prendre la plume. Je n’ai pas d’expérience. Je ne suis pas historienne et moins encore écrivain. Certainement, je n’ai pas le regard de Toubib, ni son oreille ou son esprit.
Alors je me contenterai de rapporter les faits tels qu’en mon souvenir. J’espère que mon rôle en son sein et l’empreinte qu’elle a laissée sur moi ne coloreront pas trop cette histoire.
Voici, avec cette réserve, en addition aux annales de la Compagnie noire et dans la tradition des annalistes qui m’ont précédée, le livre de Madame.
Madame, annaliste, capitaine. »
Extrait de : G. Cook. « Rêves d’Acier – La compagnie noire. »
Jeux d’ombres par Glen Cook

Fiche de Jeux d’ombres
Titre : Jeux d’ombres (Tome 4 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1989
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de Jeux d’ombres
« Nous sommes restés tous les sept au carrefour à regarder la poussière s’élever sur la route de l’est. Même Qu’un-Œil et Gobelin, d’ordinaire incapables de se tenir, se sont laissé gagner par la solennité du moment. La jument d’Otto a henni. Il a posé une main sur ses naseaux et, de l’autre, lui a flatté l’encolure pour la calmer. Ce fut un point d’orgue, le jalon émotionnel de toute une époque.
Et puis la poussière est retombée. Ils étaient partis. Des oiseaux se sont mis à pépier tant nous demeurions silencieux. J’ai pris un vieux carnet dans une de mes sacoches et je me suis assis sur le chemin. D’une main tremblante, j’ai écrit : C’est la fin. Nous nous sommes séparés. Silence, Chérie et les frères Torque ont pris la route de Seigneurie. La Compagnie noire est dissoute.
Pourtant je continuerai à tenir ces annales, ne serait-ce que par la force d’une habitude enracinée par vingt-cinq ans de pratique. Et, qui sait ? peut-être ceux à qui je dois les ramener trouveront-ils quelque intérêt à ces notes. Le cœur ne bat plus mais des spasmes agitent encore les membres. La Compagnie est morte de fait, mais son nom survit. »
Extrait de : G. Cook. « Jeux d’ombres – La compagnie noire. »
La pointe d’argent par Glen Cook

Fiche de La pointe d’argent
Titre : La pointe d’argent (Tome 6 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1989
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de La pointe d’argent
« Le présent journal est l’idée de Corbeau, mais quelque chose me dit qu’il n’en sera pas trop fier si jamais il met le nez dedans parce que, pour le plus gros, je vais raconter la vérité. Même s’il est mon meilleur pote.
À chacun ses pieds d’argile. Les siens remontent jusqu’aux roubignoles et peut-être plus haut. Mais c’est un type bien, même s’il se comporte comme un cinglé à tendance homicide et suicidaire la moitié du temps. Si Corbeau décide qu’il est ton pote, alors tu as un pote à vie, qui le prouvera au besoin en jouant du couteau.
Mon nom est Casier. Philodendron Casier. La faute à ’man. Je n’en ai jamais parlé à Corbeau. C’est pour ça que je me suis engagé dans l’armée. Pour fuir des ramasseurs de patates foutus de coller un prénom pareil à un mouflet. J’avais sept sœurs et quatre frères la dernière fois que j’ai fait le compte. Tous portaient le nom d’une saloperie de fleur.
Pour une fille, Iris ou Rose, ça passe, pas vrai ? Mais j’ai un frère qui s’appelle Violette et un autre Pétunia. Qui faut-il être pour faire ça à ses gosses ? Où sont donc les Victor, les Martial ?
Ramasseurs de patates. »
Extrait de : G. Cook. « La pointe d’argent – La compagnie noire. »
La rose blanche par Glen Cook

Fiche de La rose blanche
Titre : La rose blanche (Tome 3 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1985
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de La rose blanche
« L’air calme du désert avait la limpidité d’une lentille. Les cavaliers paraissaient figés dans le temps, ils se déplaçaient sans se rapprocher. Nous les avons comptés à tour de rôle. Je n’arrivais pas à trouver deux fois le même chiffre.
Un souffle a tourbillonné dans le corail, agité les feuilles du Vieil Arbre Ancêtre. Elles ont tinté les unes contre les autres pour participer au chant carillonnant du vent. Au nord, la lueur d’un éclair transmuant a profilé l’horizon comme le choc lointain de dieux en guerre.
Du sable a crissé sous une semelle. Je me suis retourné. Silence était planté bouche bée devant un menhir parlant. Il venait d’apparaître depuis quelques secondes à peine et lui avait fichu la trouille. Sournois, ces cailloux. Ils adorent les blagues.
« Il y a des étrangers dans la plaine », a-t-il dit.
J’ai sursauté. Il a ricané. Les menhirs ont un rire des plus sardoniques, à la limite du conte à dormir debout. Je me suis glissé dans son ombre en grognant.
« Ça cogne dehors, a-t-il dit, avant d’ajouter : C’est Qu’un-Œil et Gobelin, de retour de Tanneur. »
Extrait de : G. Cook. « La rose blanche – La compagnie noire. »
Le château noir par Glen Cook

Fiche de Le château noir
Titre : Le château noir (Tome 2 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1984
Traduction : P. Couton
Editeur : J’ai lu
Première page de Le château noir
« Tous les hommes naissent condamnés, disent les sages. Tous tètent le sein de la mort.
Tous s’inclinent devant ce monarque silencieux. Ce souverain des ténèbres lève un doigt. Une plume volette et se pose à terre. Nulle raison dans son chant. Les bons partent jeunes. Les mauvais prospèrent. Il règne sur les seigneurs du chaos. Son souffle apaise toutes les âmes.
Nous avons découvert une ville autrefois dédiée à son culte, mais elle est si vieille aujourd’hui qu’elle a perdu le souvenir de cette consécration. Le sombre prestige de sa divinité s’est érodé, tous l’ont oubliée sauf ceux qui sont restés dans son ombre. Mais Génépi a dû affronter une menace plus immédiate, un spectre d’hier s’infiltrant dans le présent depuis une éminence surplombant la ville. Voilà pourquoi la Compagnie noire a fait route vers cette ville, au-delà des frontières de l’Empire de la Dame… Mais ceci n’est pas le début. Au début, nous étions loin. Seuls deux vieux amis et une poignée d’hommes que nous devions rencontrer par la suite se trouvaient nez à nez avec le péril. »
Extrait de : G. Cook. « Le Château Noir – La compagnie noire. »
La compagnie noire par Glen Cook

Fiche de La compagnie noire
Titre : La compagnie noire (Tome 1 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1984
Traduction : P. Couton
Editeur : J’ai lu
Première page de La compagnie noire
« Les prodiges et les présages n’ont pas manqué, s’il faut en croire Qu’un-Œil. C’est de notre faute si nous les avons mal interprétés. Le handicap de Qu’un-Œil ne diminue en rien son talent merveilleux de visionnaire a posteriori.
La foudre était tombée d’un ciel dégagé sur la Colline nécropolitaine. Un seul éclair avait frappé la plaque de bronze qui scellait la tombe des forvalakas et aboli pour moitié le sortilège de réclusion. Il avait plu des pierres. Des statues avaient saigné. Des prêtres de plusieurs temples avaient signalé des victimes sacrificielles sans cœur ni foie. L’une d’elles s’était échappée après qu’on lui avait ouvert les entrailles et n’avait jamais été rattrapée. À la caserne de la Fourche, cantonnement des cohortes urbaines, l’image de Teux s’était complètement retournée. Neuf soirs d’affilée, dix vautours noirs avaient volé en cercle autour du Bastion. Puis l’un d’eux avait expulsé l’aigle qui occupait le sommet de la tour de Papier.
Les astrologues avaient refusé toute interprétation, craignant pour leur vie. Un devin fou avait parcouru les rues en annonçant la fin imminente du monde. Au Bastion, non seulement l’aigle avait pris le large, mais le lierre des remparts extérieurs s’était flétri pour céder le terrain à une plante grimpante, noire d’aspect, sauf à la lumière intense du soleil.
Mais c’est tous les ans la même chose. Les imbéciles voient des présages dans n’importe quoi, après coup. »
Extrait de : G. Cook. « La Compagnie Noire. »
Au Japon spectral par Lafcadio Hearn

Fiche de Au Japon spectral
Titre : Au Japon spectral
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1929
Traduction : M. Logé
Editeur : Mercure de France
Première page de Au Japon spectral
« …Et à l’heure du couchant ils parvinrent enfin au pied de la montagne. On n’y voyait aucun signe de vie, — ni trace d’eau ni de plante, — ni l’ombre d’un oiseau qui volait, rien que la désolation s’élevant vers la désolation. Et la cime se perdait dans le ciel.
Alors le Boddhisattva dit à son jeune compagnon : « Ce que vous avez demandé à connaître va vous être révélé. Mais le lieu de la vision est encore éloigné, et le chemin est rude. Suivez-moi et ne craignez rien. Car les forces nécessaires vous seront données ».
Le crépuscule tombait tandis qu’ils gravissaient la montagne. Il n’y avait ni chemin tracé, ni aucune sente révélant le passage d’autres êtres humains ; et le chemin montait par-dessus un entassement sans fin de fragments empilés qui roulaient ou se dérobaient sous les pas. Parfois une masse, délogée, allait se fracasser dans l’abîme avec des échos creux ; parfois la substance piétinée éclatait comme une coquille vide. Des étoiles pointèrent, scintillantes, puis l’obscurité se fit encore plus profonde. »
Extrait de : L. Hearn. « Au Japon spectral. »