Catégorie : Livres
Coup de chien par Anne McCaffrey

Fiche de Coup de chien
Titre : Coup de chien
Auteur : Anne McCaffrey
Date de parution : 1972
Traduction : D. Verguin
Editeur : Le Masque
Première page de Coup de chien
« Après tout, de quoi me plaignais-je ? Le train allait dans la bonne direction. La ligne reliait Boston à l’extrémité de Cap Cod, et, finalement, le train lui-même avait une chance de parvenir à destination. Peut-être pas le jour même, ce 18 mars 1945, mais, tôt ou tard, il finirait par arriver. D’un autre côté, ce n’était pas cette pensée vaguement rassurante qui allait rendre moins froid et moins lugubre ce trajet de Boston à East Orleans dans un fourgon glacial.
Bien sûr, ce n’était pas mon premier voyage en fourgon à bagages. Merlin et moi avions traversé ainsi de long en large toute l’étendue des États-Unis, y compris le territoire de l’Alaska. Mais cette fois-ci, l’ignominie qui avait forcé un gentleman de la classe de Merlin à voyager, parmi de vulgaires cageots, ballots et caisses, muselé et enchaîné, dépassait toutes les blessures d’amour-propre que j’avais déjà dû endurer. Ma révolte était totale. Le seul être qu’elle n’atteignait pas était Merlin. Tout compte fait, il était le seul à avoir pris soin de moi, Carlysle Murdock. Plus précisément, James Carlysle Murdock, pour enfoncer un peu plus ce fer-là dans la plaie. »
Extrait de : A. McCaffrey. « Coup de chien. »
Don Quichotte II par Christopher Stork
Fiche de Don Quichotte II
Titre : Don Quichotte II
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Don Quichotte II
« Dans une bourgade de la Terre, dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait, il n’y a pas longtemps, un rentier, de ceux qui ont des actions qui rapportent au porteur, des obligations obligeantes, un compte en banque qui ne virait jamais au rouge et des lingots achetés au noir.
Il habitait seul un pavillon de banlieue, près d’une grande ville, et n’y recevait jamais personne sauf, chaque semaine, une femme de ménage à la fois portugaise et sourde, ce qui rendait la conversation doublement impossible, et, tous les quinze jours, un épicier venant livrer ce dont notre homme avait besoin pour se nourrir. Peu de choses, au demeurant car il était frugal et n’absorbait le plus souvent que ces soupes instantanées et ces plats surgelés qui contribuent si fortement à faciliter l’existence des célibataires.
L’âge de ce rentier frisait la cinquantaine. Il était de complexion robuste, maigre de corps, sec de visage. Ses voisins ignoraient son nom et l’avaient surnommé « l’échalas » ou encore « le vieux garçon du 26 ». Seul son libraire, chez qui il se rendait tous les jours, savait qu’il s’appelait Vicq d’Hotenot. »
Extrait de : C. Stork. « Don Quichotte II. »
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà… par Christopher Stork

Fiche de Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà…
Titre : Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà…
« Je m’appelle Martin Stevens. Oui, c’est moi qui ai écrit Les déserts bleus de Bételgeuse, le roman de S.F. qui est devenu un best-seller mondial et a obtenu le prix Cosmos « pour la justesse de ses descriptions d’un monde pourtant jamais vu et qui n’avait même pas été exploré à l’époque ». Le prix consistait précisément en un voyage sur Bételgeuse pour que je puisse aller vérifier sur place combien mon imagination avait inventé juste.
Merveilleuse aventure, dira-t-on. Je suis parti sans joie pourtant et même plutôt déprimé. Il faut dire que, déprimé, je l’étais depuis des mois, très exactement depuis ce jour de Trevignano où, plus que jamais, j’avais pris conscience que rien de stable, de durable n’était possible entre Ella et moi.
Ella… J’ai tort sans doute d’en parler dès maintenant. Mais que pourrais-je faire d’autre alors qu’elle s’interpose sans cesse entre ma page et moi, alors qu’elle s’inscrit en filigrane dans chacune de mes phrases et presque chacun de mes mots ? Ella par qui tout a commencé, par qui, sans doute, tout finira… »
Extrait de : C. Stork. « Dis, qu’as-tu fait, toi que voila… »
Demi-portion par Christopher Stork

Fiche de Demi-portion
Titre : Demi-portion
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Demi-portion
« La scène se déroula si vite que très peu de témoins furent capables, par la suite, d’en rapporter les détails. Au coin de Mott Street et de Pell Street, à New York, un piéton qui traversait sans regarder autour de lui fut happé par une voiture. Celle-ci s’arrêta quelques mètres plus loin. Le conducteur en descendit, blême, le visage crispé et courut vers l’homme étendu au milieu de la chaussée en criant aux rares passants :
— Vous êtes tous témoins ! Il est passé au rouge ! Je ne suis pas responsable !
Il allait se pencher sur le piéton quand ce dernier se redressa lentement, tourna la tête vers l’automobiliste, le dévisagea pendant quelques instants, sans mot dire, puis retomba sur le sol. Des voix s’élevèrent :
— Il est grièvement blessé ! Appelez la police ! Une ambulance ! Vite !
Le conducteur de la voiture s’immobilisa tout à coup, porta la main à sa poitrine, poussa une plainte
étranglée et s’affaissa à son tour, presque aux pieds de sa victime.
— Nom de Dieu ! Les voilà tous les deux au tapis ! s’exclama quelqu’un. »
Extrait de : C. Stork. « Demi portion. »
Demain les rats par Christopher Stork

Fiche de Demain les rats
Titre : Demain les rats
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Demain les rats
« La salle de conférences aurait ressemblé à n’importe quelle autre s’il n’y avait eu, dans un coin, le drapeau des États-Unis et, sur le mur du fond, l’insigne de la Central Intelligence Agency, une rose des vents surmontée d’une tête d’aigle.
Le général Garry MacNeil s’était placé exactement sous cet insigne qui lui faisait comme une auréole et regardait d’un air grave les douze hommes assis dans des fauteuils à quelques mètres de lui. Allons ! Ils étaient tous venus malgré la distance qui séparait Washington de Camp Peary et le fait qu’ils étaient tous surchargés de travail. Même Paul Flowers, le délégué spécial de la Maison-Blanche, s’était déplacé, non sans s’être fait longuement prier il est vrai. Tout comme Roy Steele, du Département d’État. Mais on savait que Steele n’aimait ni la C.I.A., ni ses méthodes, ni son directeur, le général MacNeil. Sa présence à Camp Peary était le résultat d’un long travail, mi-politique, mi-diplomatique où MacNeil avait employé toutes les ressources de son machiavélisme bien connu. »
Extrait de : C. Stork. « Demain les rats. »
De purs esprits… par Christopher Stork

Fiche de De purs esprits…
Titre : De purs esprits…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de De purs esprits…
« Le lieutenant Howard Knapp boucla la ceinture fixée au siège de son hélicoptère, regarda son voisin et étouffa discrètement un soupir. Non, décidément, il ne s’habituerait jamais à cette silhouette effarante placée auprès de lui, à cet assemblage hétéroclite de leviers articulés et flexibles qui étaient à la fois des bras et des jambes, surmontés d’un gros cylindre noir hérissé de lentilles et d’antennes.
« Les gars du Centre de Robotique auraient quand même pu s’arranger pour lui donner une forme vaguement humaine, songea Knapp, au lieu de cette allure d’araignée ou de pieuvre géante ! Mais pas question ! Il fallait que cette machine ait l’air d’être ce qu’elle est : une machine, et tant pis pour l’esthétique ! Même sa voix a quelque chose qui m’horripile, avec son ton monocorde et cassant, sa diction trop précise, sa syntaxe toujours impeccable… Si au moins il était possible de la foutre en rogne, de lui faire dire quelquefois un gros mot… Hélas ! Martin 232 n’a pas plus d’humeurs que d’humour, pareil en cela aux 231 Martins qui le précèdent et aux centaines de milliers – ou de millions, qui sait ? – qui le suivent. Même son surnom n’est pas drôle : Martin n’est jamais que la contraction de Military Artificial Intelligence… »
— Martin, appela-t-il tout haut. »
Extrait de : C. Stork. « De purs esprits… »
Contretemps par Christopher Stork

Fiche de Contretemps
Titre : Contretemps
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Contretemps
« Je ne me souviens pas avoir jamais éprouvé une pareille angoisse. Mes mains tremblent tellement que j’arrive à peine à écrire sur ce feuillet où tombent des gouttes de sueur. Je vois trouble. Mon cœur bat la breloque. J’ai la gorge si serrée que j’ai du mal à respirer. Je m’accroche désespérément à ce carnet de notes pour essayer de maîtriser la panique qui est sur le point de m’emporter…
Car le moment est venu. Tout est prêt, là, devant moi, mes calculs cent fois vérifiés, mes protocoles d’expérience cent fois recommencés, mes formules… Oui, rien ne manque… et surtout pas les deux gélules, l’une rouge et l’autre blanche, qui marquent l’aboutissement de deux ans de travail… Rien ne manque… sauf moi ! Je veux dire : sauf la volonté de sauter le pas, de vérifier concrètement la justesse de mes théories.
J’ai donc des doutes à leur sujet ? Pas le moindre ! Je suis prêt à les défendre pied à pied devant un aréopage composé des physiciens les plus éminents, même s’il était présidé par Schonach et Haspe, mes ennemis jurés ; prêt à publier mes travaux dans n’importe quelle revue, quitte à provoquer une tempête dans le monde scientifique. Alors, pourquoi cette dérobade soudaine, comme un cheval qui bronche devant l’obstacle ? »
Extrait de : C. Stork. « Contretemps. »
Billevesées et calembredaines par Christopher Stork
Fiche de Billevesées et calembredaines
Titre : Billevesées et calembredaines
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Billevesées et calembredaines
« Qu’est-ce que c’est que ce titre ? Qui l’a écrit sur cette page ? Moi ? Certainement pas ! J’étais dans ma cuisine, en train de me faire un café quand j’ai entendu la vieille Gertrude – c’est le surnom que je donne à ma machine à écrire –, se mettre à crépiter toute seule. J’ai même pensé : « Merde ! Il va encore falloir que j’appelle un réparateur, ou alors que je la remplace, cette saleté de bécane… Avec tout le fric qu’elle m’a déjà coûté, j’aurais pu me payer une H. A. L. 7500 Sigma électronique, plus une tête de lecture en zirconium, avec arbre à cames en tête et cassettes d’orthographe incorporées… Enfin, peu importe. Gertrude s’était mise en marche toute seule, et quand j’ai vu ce qu’elle avait écrit au milieu de la page, j’ai failli en lâcher ma tasse de café.
BILLEVESÉES ET CALEMBREDAINES
Ça veut dire quoi ? »
Extrait de : C. Stork. « Billevesées et Calembredaines. »
Babel bluff par Christopher Stork

Fiche de Babel bluff
Titre : Babel bluff
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Babel bluff
« Sam Bâtes jeta un coup d’œil amusé sur sa voisine, une jeune femme aux cheveux blonds dorés, enroulés en une seule tresse soyeuse autour de la tête, ce qui formait une sorte de diadème au-dessus du visage aux pommettes saillantes, au nez fin et aux lèvres lourdes. Comme la plupart des passagers de l’avion, elle portait une combinaison de toile grise et rugueuse qui laissait deviner des formes agréables.
Mais ce n’était pas le physique de la jeune femme qui intéressait Sam Bâtes. C’était l’acharnement avec lequel elle travaillait. Un casque à écouteurs sur la tête, un minuscule magnétophone fixé à sa ceinture et un bloc-notes sur les genoux, elle écrivait quelques mots avec fièvre, s’interrompait, hochait la tête d’un air irrité, appuyait sur une touche du magnétophone, revenait en arrière, raturait plusieurs lignes, reprenait son écoute, sourcils froncés.
Soudain, dans un geste presque rageur, elle arracha son casque, arrêta le magnétophone et se laissa aller contre le dossier de son fauteuil avec un soupir de lassitude.
— Duraille, hein, le tritonien ? dit Bâtes avec un sourire compatissant.
La jeune femme se tourna vers lui et le dévisagea comme si elle découvrait sa présence pour la première fois depuis le début du voyage. »
Extrait de : C. Stork. « Babel bluff. »
Alter ego par Christopher Stork

Fiche de Alter ego
Titre : Alter ego
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Alter ego
« Le professeur Cedric Penton se pencha sur l’oculaire du microscope, procéda à une rapide mise au point, se redressa et considéra pensivement l’homme qui se tenait à côté de lui.
— Peter, dit-il d’une voix sourde, je vais vous montrer maintenant quelque chose que peu d’hommes ont eu l’occasion de voir avant vous et que plus personne ne reverra désormais, du
moins je l’espère.
Peter Dunn eut un large sourire qui découvrit des dents éblouissantes et creusa de petites rides au coin de ses yeux bleu acier.
— C’est bien de l’honneur que vous me faites, monsieur, répondit-il avec ironie ; je suppose que vous allez aussi me demander de ne jamais parler à quiconque de ce que je vais découvrir et, bien sûr, de ne pas en tirer un article à sensation.
Penton sourit à son tour et passa lentement la main dans les cheveux hirsutes qui recouvraient son crâne d’une broussaille poivre et sel.
— Au contraire ! dit-il vivement. Si je vous ai fait venir dans mon laboratoire, c’est non seulement pour que vous sachiez où j’en suis de mes recherches mais aussi, et surtout, pour que vous le fassiez savoir au plus grand nombre de gens possible dans un de vos journaux. »
Extrait de : C. Stork. « Alter Ego. »