Catégorie : Livres

 

Cristal express par Bruce Sterling

Fiche de Cristal express

Titre : Cristal express
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1989
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Sommaire de Cristal express :

  • Fenêtres sur un futur proche
    • Mise au vert à Brunei
    • Spectre
    • Le beau et le sublime
  • Fenêtres sur un futur lointain
    • L’essaim
    • Rose l’Aragne
    • La reine des cigales
    • Jardins engloutis
    • Vingt évocations

Première page de Mise au vert à Brunei

« Deux hommes péchaient, accoudés au garde-corps rouillé d’une plate-forme de forage en mer. Après des années de décrépitude, les piliers de béton de la plateforme étaient recouverts d’une épaisse couche de bernaches et d’ondoyantes frondaisons de varech. L’air sentait la rouille et l’eau salée.

« Désolé de déranger vos plans, dit le ministre, mais nous ne pouvons quand même pas tailler une bavette avec les Yankees chaque fois que vous rencontrez un petit contretemps. » Le ministre moulina et fit remonter un hameçon nu. Il jura discrètement en malais, sa langue natale. « Passez-moi donc un autre appât, j’ai un bon client. »

Turner Choï plongea la main dans le baquet de bois et donna au ministre une grosse crevette morte. « Mais j’ai besoin de cette liaison téléphonique, insista Turner. Quelques heures seulement. Juste le temps d’accéder au Réseau en Amérique et de charger de la documentation un peu plus sérieuse. »

Extrait de : B. Sterling. « Cristal Express. »

Infrarouge par Federico Saggio

Fiche de Infrarouge

Titre : Infrarouge (tome 2 sur 2 – Lululand)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2020
Editeur : Auto-édition

Première page de Infrarouge

« Tout s’était passé très vite. J’avais empoigné Marcìn
pour le remettre sur ses jambes, avant de lui coller un long pardessus sur le dos, et de lui enfoncer un de mes chapeaux Borsalino sur la tête. Puis, j’avais passé un de ses bras autour de mon cou afin de lui permettre de rester debout. Le tir de laser lui avait grillé une partie des entrailles et il souffrait atrocement. Il gémissait à chaque pas et sa grimace se tordait en une expression de douleur terrible à chaque mouvement qu’il esquissait.

Mais il nous fallait quitter cet endroit. Le plus vite possible.

Je jetai un œil au cadavre de Damian qui gisait toujours au sol… savourant une dernière fois la vision de son corps meurtri qui baignait dans son propre sang, désarticulé. Des mois de travail, d’une préparation acharnée, de doute et de souffrance… J’avais attendu ce moment avec une telle impatience ! Et à présent que j’étais parvenu à mes fins, je ne pouvais même pas prendre le temps de profiter de l’euphorie qui m’envahissait. »

Extrait de : F. Saggio. « Lululand Infrarouge. »

Ultraviolet par Federico Saggio

Fiche de Ultraviolet

Titre : Ultraviolet (tome 1 sur 2 – Lululand)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2020
Editeur : Auto-édition

Première page de Ultraviolet

« Un liquide poisseux qui suinte de mon oreille, le long de ma joue.

L’odeur du sang qui me macule le visage.

A la lisière de mon champ de vision, par-delà les volutes d’une brume ambrée qui floute ma perception, j’aperçois une silhouette qui m’abandonne à mon sort. Elle tremblote au loin, comme incertaine de la route à prendre…

…elle se retourne dans ma direction, semble vaciller d’émoi, mais se reprend presque instantanément. Son doute, si c’est bien de cela qu’il s’est agi, n’aura duré qu’un instant.

Fugace, hésitant.

Comme une goutte de pluie censée précéder un orage qui se fait désirer. Va-t-il éclater ? Nous libérera-t-il de la chaleur étouffante qui nous fait suffoquer ? Mais malgré les quelques gouttes éparses, nul tonnerre, nul éclair pour l’annoncer ; seuls ces foutus nuages qui s’amoncellent, menacent, grimacent et n’en finissent plus d’inquiéter. »

Extrait de : F. Saggio. « Lululand Ultraviolet. »

Bulles bleues par Maurice Maeterlinck

Fiche de Bulles bleues

Titre : Bulles Bleues, Souvenirs Heureux
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1948
Editeur : Editions Le Cri

Première page de Bulles bleues

« C’est ainsi qu’on pourrait appeler les souvenirs heureux. Ce sont les seuls à qui je permette de vivre.

Elles ne sont pas toutes d’un bleu immaculé, l’immaculé est extrêmement rare sur cette terre, même dans les vies qui n’eurent pas à se plaindre des rigueurs du destin, mais si pâles qu’elles soient, elles planent encore dans les rayons d’azur qui les revêtirent d’illusions.

Les autres, les bulles du malheur ou d’ennui qui surgissent des tristesses ou des déceptions de toute existence, sont mortes en moi parce que je ne les ai pas nourries de mon souffle, parce que je les ai laissées s’évaporer dans l’espace.

Néanmoins, ne croyons pas qu’elles ne soient plus. Rien ne meurt véritablement, en ce monde ou dans l’autre.

Savons-nous, si ce que nous avons oublié n’est pas aussi important que ce que nous nous rappelons ? Quelle est la loi qui garde ou élimine ce que nous avons vu ou vécu ? Pourquoi l’un meurt-il au lieu que l’autre survit qui ne valait pas mieux ? Quelle influence le souvenir mort a-t-il sur notre vie ? N’est-ce pas une des grandes inconnues de notre destinée ? »

Extrait de : M. Maeterlinck. « Bulles Bleues, Souvenirs Heureux: Mémoires. »

Serres chaudes par Maurice Maeterlinck

Fiche de Serres chaudes

Titre : Serres chaudes
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1889
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Serres chaudes

« Serres chaudes

Ô serre au milieu des forêts !
Et vos portes à jamais closes !
Et tout ce qu’il y a sous votre coupole !
Et sous mon âme en vos analogies !

Les pensées d’une princesse qui a faim,
L’ennui d’un matelot dans le désert,
Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.
Allez aux angles les plus tièdes !
On dirait une femme évanouie un jour de moisson ;
Il y a des postillons dans la cour de l’hospice ;
Au loin, passe un chasseur d’élans, devenu infirmier. »

Extrait de : M. Materlinck. « Serres chaudes. »

Le miracle de Saint Antoine par Maurice Maeterlinck

Fiche de Le miracle de Saint Antoine

Titre : Le miracle de Saint Antoine
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1903-1920
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le miracle de Saint Antoine

« En Flandre, dans une petite ville. Le vestibule d’une vieille et vaste maison bourgeoise. À gauche, porte cochère s’ouvrant sur la rue. Au fond, un perron de quelques marches conduisant à une grande porte vitrée qui donne accès dans la maison. À droite, une autre porte. Le long du mur, une banquette de molesquine, quelques escabeaux, un portemanteau où sont accrochés des chapeaux, un pardessus, etc. Au lever du rideau, la vieille bonne, Virginie, troussée haut, les jambes nues et chaussée de gros sabots, parmi des seaux de cuivre, des torchons, des balais et des brosses, lave à grande eau les dalles de marbre. De temps à autre, elle suspend son travail, se mouche bruyamment et, du coin de son tablier bleu, essuie une grosse larme. On sonne à la porte cochère ; Virginie va ouvrir, et on aperçoit sur le seuil, nu-tête, nu-pieds, les cheveux et la barbe embroussaillés, un maigre et long vieillard vêtu d’une sorte de robe de bure boueuse, informe, sans couleur, et copieusement rapiécée. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « Le Miracle de Saint Antoine. »

Les aveugles – L’intruse par Maurice Maeterlinck

Fiche de Les aveugles – L’intruse

Titre : Les aveugles – L’intruse
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1890
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Les aveugles – L’intruse :

  • Les aveugles
  • L’intruse

Première page de Les aveugles

« Une très ancienne forêt septentrionale, d’aspect éternel sous un ciel profondément étoilé. – Au milieu, et vers le fond de la nuit, est assis un très vieux prêtre enveloppé d’un large manteau noir. Le buste et la tête, légèrement renversés et mortellement immobiles s’appuyent contre le tronc d’un chêne énorme et caverneux. La face est affreusement pâle et d’une immuable lividité de cire où s’entr’ouvrent les lèvres violettes. Les yeux muets et fixes ne regardent plus du côté visible de l’éternité, et semblent ensanglantés sous un grand nombre de douleurs immémoriales et de larmes. Les cheveux, d’une blancheur très grave, retombent en mèches roides et rares, sur le visage plus éclairé et plus las que tout ce qui l’entoure dans le silence attentif de la morne forêt. Les mains extrêmement maigres, sont rigidement jointes sur les cuisses. – À droite, six vieillards aveugles sont assis sur des pierres, des souches et des feuilles mortes. – À gauche, et séparées d’eux par un arbre déraciné et des quartiers de roc, six femmes, également aveugles, sont assises en face des vieillards. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « Les Aveugles – L’Intruse. »

La vie des termites par Maurice Maeterlinck

Fiche de La vie des termites

Titre : La vie des termites
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1926
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La vie des termites

«  La vie des Termites », non plus que « La Vie des Abeilles », dont toutes les assertions ont été reconnues exactes par les spécialistes, n’est pas une biographie romancée comme il est démodé d’en faire en ce moment. Je suis resté fidèle au principe qui m’a guidé dans l’œuvre précédente, qui est de ne jamais céder à la tentation d’ajouter un merveilleux imaginé ou complaisant au merveilleux réel. Étant moins jeune, il m’est plus facile de résister à cette tentation, car les années apprennent peu à peu, à tout homme, que la vérité seule est merveilleuse. Entre autres choses, elles apprennent aussi à l’écrivain que ce sont les ornements qui vieillissent d’abord et plus vite que lui et que seuls les faits strictement exposés et les réflexions sobrement, nettement formulées ont chance d’avoir demain à peu près le même aspect qu’aujourd’hui. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « La Vie des Termites. »

La vie des abeilles par Maurice Maeterlinck

Fiche de La vie des abeilles

Titre : La vie des abeilles
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1901
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La vie des abeilles

« Je n’ai pas l’intention d’écrire un traité d’apiculture ou de l’élevage des abeilles. Tous les pays civilisés en possèdent d’excellents qu’il est inutile de refaire. La France a ceux de Dadant, de Georges de Layens et Bonnier, de Bertrand, de Hamet, de Weber, de Clément, de l’abbé Collin, etc. Les pays de langue anglaise ont Lansgtroth, Bevan, Cook, Cheshire, Cowan, Root et leurs disciples. L’Allemagne a Dzierzon, Van Berlepsch, Pollmann, Vogel et bien d’autres.

Il ne s’agit pas davantage d’une monographie scientifique de lapis mellifica ligustica fasciata etc., ni d’un recueil d’observations ou d’études nouvelles. Je ne dirai presque rien qui ne soit connu de tous ceux qui ont quelque peu pratiqué les abeilles. Afin de ne pas alourdir ce travail, j’ai réservé pour un ouvrage plus technique un certain nombre d’expériences et d’observations que j’ai faites durant mes vingt années d’apiculture et qui sont d’un intérêt trop limité et trop spécial. Je veux parler simplement des « blondes avettes » de Ronsard, comme on parle, à ceux qui ne le connaissent point, d’un objet qu’on connaît et qu’on aime. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « La Vie des Abeilles. »

L’intelligence des fleurs par Maurice Maeterlinck

Fiche de L’intelligence des fleurs

Titre : L’intelligence des fleurs
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1907
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de L’intelligence des fleurs

« Je veux simplement rappeler ici quelques faits connus de tous les botanistes. Je n’ai fait aucune découverte, et mon modeste apport se réduit à quelques observations élémentaires. Je n’ai pas, cela va sans dire, l’intention de passer en revue toutes les preuves d’intelligence que nous donnent les plantes. Ces preuves sont innombrables, continuelles, surtout parmi les fleurs, où se concentre l’effort de la vie végétale vers la lumière et vers l’esprit.

S’il se rencontre des plantes et des fleurs maladroites ou malchanceuses, il n’en est point qui soient entièrement dénuées de sagesse et d’ingéniosité. Toutes s’évertuent à l’accomplissement de leur œuvre ; toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la loi qui les enchaîne au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux. Aussi, la plupart ont-elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une machinerie, à des pièges, qui, sous le rapport de la mécanique, de la balistique, de l’aviation, de l’observation des insectes, par exemple, précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « L’Intelligence des fleurs. »