Catégorie : Livres

 

Le coin du bois par Pierre Courcel

Fiche de Le coin du bois

Titre : Le coin du bois
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1977
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le coin du bois

« Derrière leurs cigares, dans ce coin de restaurant de luxe où ils s’étaient attardés alors que la salle se vidait, les deux hommes s’observaient.

Durant le repas, soigné, ils n’avaient pas parlé affaires.

C’est seulement après le café, devant un cognac pour Eric, un armagnac pour Gilles, que la conversation avait été lancée. Tout était déjà à peu près réglé et il ne s’agissait plus que d’arrêter les dispositions pratiques.

Gilles Brassac laissait filer maintenant, ne soulevant plus d’objections, se mettant presque dans la position du subalterne qu’il serait bientôt.

Il n’avait pas le choix : l’offre d’Eric Florine était la plus intéressante, car l’industriel traitait pour son propre compte et non pour un groupe.

Florine avait les épaules assez solides pour ça. Lui avait su nager beaucoup mieux que son interlocuteur. Gilles Brassac se le répétait de temps en temps, sans réelle amertume, car c’était chez lui un sentiment qui s’était émoussé.

Cependant, en considérant Eric Florine en pleine force de l’âge à quarante-cinq ans, un homme au cou de taureau surmonté d’une grosse tête à mâchoires volontaires, il se sentait déjà vieilli et las. »

Extrait de : P. Courcel. « Le coin du bois. »

Escales forcées par Pierre Courcel

Fiche de Escales forcées

Titre : Escales forcées
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir

Première page de Escales forcées

« Les deux Galtariens arboraient un visage soucieux trahissant une gravité et une tension d’esprit peu communes. Leurs regards se posaient sur chaque objet de la base souterraine, sur chaque commande et sur les écrans de contrôle, avec une attention particulière.

Eux-mêmes se dévisageaient fréquemment, essayant de saisir sur les traits de l’autre ses sentiments cachés.

C’était la dernière fois…

Bientôt, c’en serait fini d’eux. Leur enveloppe charnelle serait réduite en vibrations et en énergie…

Un pas redoutable à franchir quelle que soit la détermination de Béor et de Théor. Mais ils n’avaient plus le choix et se trouvaient acculés à cette ultime entreprise.

Plus rien à espérer. Aucun moyen de subsister et de survivre dans la base. Plus de vivres et pour ainsi dire plus d’eau, si les ressources en énergie demeuraient considérables.

Les yeux de Béor et de Théor se croisèrent et ils esquissèrent l’un et l’autre un sourire grave. Entre eux, il existait une ressemblance évidente. Même corps allongé et frêle, taille élevée et membres grêles, teint excessivement pâle. »

Extrait de : P. Courcel. « Escales forcées. »

Equipages en péril par Pierre Courcel

Fiche de Equipages en péril

Titre : Equipages en péril
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1970
Editeur : Fleuve noir

Première page de Equipages en péril

« Assis devant ses instruments de contrôle, Jean Carlin les quittait fréquemment du regard pour observer cette planète que l’astronef survolait pour la sixième fois.
Un monde à l’atmosphère raréfiée, avec des traces d’oxygène et d’hélium, une absence à peu près complète d’acide carbonique, une très forte proportion d’azote.
Un monde au sol siliceux, couvert de plaques de lichens. L’eau était fort rare, Carlin et ses hommes s’en étaient convaincus au cours de leurs précédents survols. Sauf surprise, ce serait leur dernier vol au-dessus de cette planète décevante.
À côté du chef de bord qui tenait les commandes, Matt Osborn regardait aussi défiler le sol inégal, coupé de nombreuses failles, aux bords arrondis.
Le Lergal filait vers les molles ondulations qui barraient l’horizon. Des montagnes de faible altitude, où n’apparaissait pas la moindre végétation, où l’on ne pouvait pas deviner le plus petit ruisseau. Sous le ciel bleu-gris, qui, par endroits, prenait des nuances violettes, le massif montagneux paraissait lugubre. »

Extrait de : P. Courcel. « Équipages en péril. »

Echelon de destruction par Pierre Courcel

Fiche de Echelon de destruction

Titre : Echelon de destruction
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1970
Editeur : Fleuve noir

Première page de Echelon de destruction

« Sa journée de travail terminée, Hilario Alcudia éprouva le besoin de se rafraîchir avant de rentrer chez lui.

Ayant pris son service à quinze heures, il venait d’effectuer huit heures d’affilée à son poste de contrôle, au port de Buenos Aires. A peine avait-il eu le temps de mâchonner un sandwich et de se désaltérer, au cours de la soirée.

Il fit claquer sa langue sur son palais. En ce début de décembre, les approches de l’été se faisaient sentir et la journée avait été chaude.

Ce soir, un léger vent tempérait un peu la chaleur assez lourde.

Au café où il avait ses habitudes, il commanda une bière. Il en avala la moitié d’un coup, savoura le reste à petites gorgées gourmandes, pour mieux en goûter la fraîcheur.

Il ne s’attarda pas dans l’établissement et prit le chemin de son domicile. C’était l’affaire d’un petit quart d’heure à pied, et Hilario fit le chemin sans se presser, par des rues à peu près désertes. »

Extrait de : P. Courcel. « Echelon de destruction. »

Consignes de prudence par Pierre Courcel

Fiche de Consignes de prudence

Titre : Consignes de prudence
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir

Première page de Consignes de prudence

« Le long et mince Tovares surveillait ses arrières par habitude mais avec vigilance. Il ne décela rien d’anormal dans son sillage et se dirigea alors vers la place do Correio, où s’élevait le bâtiment désuet de la Poste centrale de Sao Paulo.

Il dut attendre quelques minutes avant que la standardiste ne puisse lui obtenir la communication avec Santos. Le grand type sec, aux yeux mobiles, s’enferma dans la cabine téléphonique et décrocha le combiné.

— La librairie Arapiran ? s’enquit-il.

— Oui ! répondit une voix féminine.

— Passez-moi le patron.

— Il est absent pour le moment, señor. Tovares se permit une moue ennuyée.

— Quand rentrera-t-il ?

— Assez tard sans doute, car il m’a dit de fermer le magasin !

Cette fois, Tovares fronça le nez et le caressa de sa main libre.

— Vous ne savez pas où je pourrais le joindre ?

— Absolument pas ! Je suis désolée…

— Moi aussi ! grogna Tovares, sincère. »

Extrait de : P. Courcel. « Consignes de prudence. »

Bases d’invasion par Pierre Courcel

Fiche de Bases d’invasion

Titre : Bases d’invasion
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir

Première page de Bases d’invasion

« La lueur jaune du tableau de contrôle vira à l’orangé et le tube métallique dirigé vers la cloison parut frémir.
Gerst sentait ses oreilles bourdonner malgré le casque insonorisé dont il était muni. Lui et Bolmad avaient d’ailleurs revêtu des combinaisons protectrices spéciales.
Les deux physiciens regardèrent la cible dessinée au centre de la cloison, puis Bolmad donna un degré supplémentaire d’intensité en tournant un levier gradué.
Dans la tête de Gerst, le bourdonnement enfla encore et devint pénible. Il n’en fut pas étonné. À trois reprises, les savants étaient déjà arrivés à ce stade de leurs essais.
Aujourd’hui, une nouvelle étape devait être franchie. Les chercheurs, qui travaillaient ensemble depuis plusieurs années, abordaient maintenant un domaine inconnu et redoutable.
Mathématiquement, l’expérience devait se traduire par un succès. Mais il y a une grande différence entre des calculs et l’expérimentation… »

Extrait de : P. Courcel. « Bases d’invasion. »

Xurantar par Daniel Piret

Fiche de Xurantar

Titre : Xurantar
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1977
Editeur : Fleuve noir

Première page de Xurantar

« Je me nomme Andro, du moins c’est le nom que l’on me donne ici dans ce lieu et dans ce temps, car jadis je m’appelais autrement, j’avais pour patronyme celui que mes ancêtres m’avaient légué : de Saint-Phal, Arnaud de Saint-Phal, mais il y a de cela si longtemps. J’ai fini par comprendre grâce à la patience d’Alda, celle qui est devenue ma femme, et à celle de ses compagnons Raldo et Roma. Comment aurais-je pu comprendre, moi qui ne savais qu’à peine lire et qui vivais dans ce que l’on a nommé bien plus tard un plein obscurantisme ?

J’ai si souvent repensé à tous ces événements, que j’ai décidé de les écrire plutôt que de les raconter afin que mes enfants, mes petits-enfants et leurs enfants, après eux, essaient de comprendre mon attitude quelquefois bizarre et mes difficultés à m’adapter à une société que jamais je n’aurais pu imaginer. J’ai réussi à comprendre que le temps n’est qu’illusion, que l’espace et lui-même se confondent pour ne faire plus qu’un. »

Extrait de : D. Piret. « Xurantar. »

Vae victis ! par Daniel Piret

Fiche de Vae victis !

Titre : Vae victis !
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Vae victis !

« Dav Landy marchait vite avec cette souplesse et cette élégance de gestes qu’il tenait sans doute de ses lointains ancêtres africains. Dav était un métis… Oh ! bien peu de personnes le croyaient, car sa pigmentation était celle de n’importe quel Blanc cent pour cent… Peut-être était-il un peu plus bronzé qu’un autre, voilà tout… Et puis, quelle importance, me direz-vous ? En début de ce XXIe siècle, on devait être bien loin de tous ces préjugés fort en honneur au XXe !…

Dav était biologiste et écologiste, sans doute l’un des plus fameux, sinon le plus écouté de la Confédération… Les hommes, de tout temps, n’ont jamais aimé les critiques ni les avertissements, et pour beaucoup Landy était un « empêcheur de tourner en rond ». D’aucuns le surnommaient par dérision le « Darwin du XXIe siècle » ou bien encore le « partageux ». »

Extrait de : D. Piret. « Vae Victis. »

Strontium 90 par Daniel Piret

Fiche de Strontium 90

Titre : Strontium 90
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Strontium 90

« Eux seuls ont survécu, ceux qui ont cru en eux-mêmes et non en la science des démons faits hommes.
Arg, assis sur une grosse pierre, la tête entre les mains, ne cessait de lire et relire l’inscription millénaire gravée sur le fronton du vieux temple. Il tournait et retournait entre ses mains le cylindre de céramique, sans comprendre ou plutôt en ayant peur de comprendre. La voix s’était arrêtée à présent mais chacun des mots qu’elle avait prononcés était à jamais gravé dans sa mémoire. Les hommes de son temps ne savaient ni lire ni écrire, hormis quelques vieux sages, mais leur mémoire était phénoménale.
Arg étudiait depuis son plus jeune âge. Un jour il serait lui aussi un Dirigeant, l’un de ceux qui savent. Aujourd’hui, après son retour du grand voyage, il se posait des questions. Ce qu’il tenait dans ses mains tremblantes l’affolait, le terrorisait. Demain il devrait rendre des comptes, s’expliquer, mais que dirait-il ? Comment décrirait-il ce qu’il avait vu ? Comment expliquerait-il la mort de ses compagnons ? »

Extrait de : D. Piret. « Strontium 90. »

Sogol par Daniel Piret

Fiche de Sogol

Titre : Sogol
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sogol

« Aucun bruit autour de moi, aucun bruit. Au travers de mes paupières mi-closes, je ne distingue rien sinon une brume bleuâtre traversée de temps à autre par de grosses taches lumineuses qui s’éloignent rapidement pour se perdre vers un horizon indiscernable.
J’essaie de remuer, je ne le peux pas, je me heurte à un obstacle à la fois mou et consistant. Bien vite, je m’aperçois que je suis emprisonné dans une sorte de poche translucide qui adopte la forme de mon corps.
J’essaie de penser, je ne le peux pas, alors je m’absorbe dans la contemplation de ce qui m’entoure. Je suis maintenant en pleine possession de mes moyens. Peu à peu, je prends conscience, je n’ai aucun souvenir, je ne sais qui je suis, d’où je viens, où je suis, ni où je vais. Qui m’a placé là ? Je vais très vite, je le sens plus que je ne le vois. D’énormes sphères lumineuses défilent devant mes yeux. Souvent, d’autres boules plus petites tournent autour d’elles. »

Extrait de : D. Piret. « Sogol. »