Catégorie : Livres

 

Graine de sorcière par M. Atwood

Fiche de Graine de sorcière

Titre : Graine de sorcière
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2016
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : Robert Laffont

Première page de Graine de sorcière

« Felix se brosse les dents. Puis il se brosse les autres, les fausses, et les remet en place. Il a beau appliquer une bonne couche de crème adhésive, elles tiennent mal ; peut-être que sa bouche rétrécit. Il sourit : sourire illusoire. Simulacre, duperie, mais qui le remarquera ?
Avant, il aurait appelé son dentiste pour prendre rendez-vous, et il aurait eu droit à une luxueuse chaise en similicuir, à un visage attentif exhalant le bain de bouche mentholé, à des mains expertes maniant des instruments étincelants. Ah, je vois le problème. Ne vous inquiétez pas, on va vous arranger ça. Pareil que quand on va faire réviser sa bagnole. Peut-être même qu’il aurait eu le privilège d’avoir de la musique dans ses écouteurs et un cachet pour l’assommer à moitié. »

Extrait de : M. Atwood. « Graine de sorcière. »

Captive par M. Atwood

Fiche de Captive

Titre : Captive
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1996
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : Robert Laffont

Première page de Captive

« Entre les gravillons poussent des pivoines. Elles surgissent à travers le tapis de cailloux gris, tandis que leurs boutons, pareils à des yeux d’escargot, sondent l’air, se gonflent, puis s’ouvrent en d’énormes fleurs rouge sombre, brillantes et lustrées comme du satin. Ensuite, elles se défont brutalement et tombent par terre.

Durant cet instant unique où elles vont se défaire, elles ressemblent aux pivoines du jardin de devant de M. Kinnear, le premier jour, sauf que celles-là étaient blanches. Nancy était en train de les cueillir. Elle portait une robe claire semée de boutons de rose roses avec une jupe à triples volants et une capote de paille qui lui cachait la figure. Elle tenait un panier à fond plat où elle mettait les fleurs ; elle se penchait en inclinant le buste, comme une dame, en restant bien raide. Quand elle nous entendit et qu’elle se tourna pour voir ce qu’il se passait, elle porta la main à sa gorge comme si elle était surprise. »

Extrait de : M. Atwood. « Captive. »

C’est le coeur qui lâche en dernier par M. Atwood

Fiche de C’est le coeur qui lâche en dernier

Titre : C’est le coeur qui lâche en dernier
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2015
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : Robert Laffont

Première page de C’est le coeur qui lâche en dernier

« Dans la Honda, ils sont serrés pour dormir. Déjà que c’était pas un palace à la base, vu qu’ils l’ont achetée d’occasion… Si c’était un van, ils auraient davantage de place, mais tu parles qu’ils auraient pu s’en payer un, même à l’époque où ils pensaient avoir de l’argent. Stan dit qu’ils ont déjà de la veine d’avoir cette caisse, ce qui est vrai, n’empêche, ce n’est pas pour ça qu’ils sont un tant soit peu plus à l’aise.
Charmaine estime que Stan devrait dormir à l’arrière parce qu’il a besoin de plus de place – ce ne serait que justice, il est plus grand –, or il doit être devant pour lever le camp rapidement en cas d’urgence. Il ne fait pas confiance aux réactions de Charmaine dans ces circonstances : d’après lui, elle serait trop occupée à hurler pour conduire. Charmaine peut donc profiter de l’espace plus spacieux derrière, même si elle aussi est obligée de se recroqueviller comme un escargot, parce qu’elle ne peut pas vraiment étendre les jambes. »

Extrait de : M. Atwood. « C’est le cœur qui lâche en dernier. »

Les testaments par M. Atwood

Fiche de Les testaments

Titre : Les testaments (Tome 2 sur 2 – La servante écarlate)
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2019
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : Robert Laffont

Première page de Les testaments

« Seuls les morts ont droit à une statue, mais on m’en a élevé une de mon vivant. Me voici pétrifiée avant l’heure.

Cette statue constituait un modeste témoignage de reconnaissance pour mes multiples contributions, pour reprendre la citation qu’a lue Tante Vidala à haute voix. Cette tâche que nos supérieurs lui avaient confiée était loin de lui plaire. J’ai remercié Tante Vidala avec toute l’humilité que j’ai pu mobiliser, puis j’ai tiré sur la corde et dégagé le drap qui me dissimulait ; il est tombé à terre en tourbillonnant, et je me suis dressée devant tous. Ici, à Ardua Hall, nous ne pratiquons pas les acclamations, mais j’ai eu droit à quelques applaudissements discrets. J’ai incliné la tête en guise de salut.

Ma statue est plus grande que nature, c’est souvent le cas chez les statues, et me représente plus jeune, plus mince et en meilleure forme que je ne le suis depuis quelque temps. Je me tiens droite, les épaules rejetées en arrière, et mes lèvres affichent un sourire assuré mais bienveillant. »

Extrait de : M. Atwood. « Les Testaments – La servante écarlate. »

La servante écarlate par M. Atwood

Fiche de La servante écarlate

Titre : La servante écarlate (Tome 1 sur 2 – La servante écarlate)
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1985
Traduction : S. Rué
Editeur : Robert Laffont

Première page de La servante écarlate

« Nous dormions dans ce qui fut autrefois le gymnase. Le sol était en bois verni, avec des lignes et des cercles tracés à la peinture, pour les jeux qui s’y jouaient naguère ; les cerceaux des paniers de basket-ball étaient encore en place, mais les filets avaient disparu. Un balcon courait autour de la pièce, pour recevoir le public, et je croyais sentir, ténue comme une image persistante, une odeur âcre de sueur transpercée par les effluves sucrés de chewing-gum et de parfum que dégageaient les jeunes spectatrices, que les photographies me montraient en jupes de feutrine, plus tard en minijupes, ensuite en pantalons, puis parées d’une unique boucle d’oreille, les cheveux en épi, striés de vert. »

Extrait de : M. Atwood. « La servante écarlate – La servante écarlate. »

Madaddam par M. Atwood

Fiche de Madaddam

Titre : Madaddam (Tome 3 sur 3 – Le dernier homme)
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2013
Traduction : P. Dusoulier
Editeur : Robert Laffont

Première page de Madaddam

« Quand l’histoire commence, Snowman habite dans un arbre au bord de la mer. Il croit être le seul véritable humain survivant après qu’une pandémie létale a balayé la planète. Non loin de là vivent les Enfants de Crake, une espèce humanoïde douce et pacifique, biogénétiquement créée par le brillantissime Crake, autrefois le meilleur ami de Snowman et son rival auprès de sa bien-aimée, la belle et énigmatique Oryx.
Les Crakers sont exempts de jalousie sexuelle, de cupidité, de vêtements et du besoin d’ingérer des protéines animales ou d’utiliser des insectifuges – tous facteurs que Crake tenait pour responsables non seulement des malheurs de l’humanité, mais aussi de la dégradation de la planète. Les Crakers s’accouplent de manière saisonnière, lorsque certaines parties de leur corps virent au bleu. »

Extrait de : M. Atwood. « MaddAddam – Le dernier homme. »

Le temps du déluge par M. Atwood

Fiche de Le temps du déluge

Titre : Le temps du déluge (Tome 2 sur 3 – Le dernier homme)
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2009
Traduction : J.-D. Brèque
Editeur : Robert Laffont

Première page de Le temps du déluge

« Tôt le matin, Toby monte sur le toit pour regarder le soleil se lever. Un manche à balai lui sert de balancier : l’ascenseur a cessé de fonctionner il y a quelque temps et l’escalier de service ruisselle d’humidité, alors si elle glisse et tombe, personne ne viendra la ramasser.
Dès la première chaleur, la brume monte de l’étendue d’arbres qui la sépare de la ville en ruine. Il y a dans l’air une légère odeur de brûlé, caramel, goudron et barbecue rance, et la puanteur graisseuse d’un dépotoir incendié puis arrosé par la pluie. Au loin, les tours abandonnées sont pareilles aux coraux d’un antique récif : délavées, décolorées, vidées de toute vie.
Mais la vie est toujours là. Des oiseaux pépient ; sûrement des moineaux. »

Extrait de : M. Atwood. « Le Temps du déluge – Le dernier homme. »

Le dernier homme par M. Atwood

Fiche de Le dernier homme

Titre : Le dernier homme (Tome 1 sur 3 – Le dernier homme)
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2003
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : 10 / 18

Première page de Le dernier homme

« Snowman se réveille avant l’aube. Immobile, il écoute la marée montante et les vagues qui déferlent, l’une après l’autre, et franchissent divers obstacles, flish-flish, flish-flish, au rythme des battements d’un cœur. Il aimerait tant se croire encore endormi.
La ligne d’horizon, à l’est, baigne dans une brume grisâtre teintée d’une lueur rosée, funeste. Curieux la douceur que cette couleur affiche encore. Elle sert de toile de fond aux silhouettes sombres des tours offshore qui émergent comme irréelles du rose et du bleu pâle du lagon. Les criailleries des oiseaux nichant là et le ressac de l’océan au loin dans les ersatz de récifs formés de pièces de voiture rouillées, de briques en vrac et de décombres assortis rappellent presque le bruit de la circulation les jours de congé.
Il consulte machinalement sa montre – boîtier en acier inoxydable et bracelet en aluminium poli encore brillants alors qu’elle ne marche plus. »

Extrait de : M. Atwood. « Le dernier homme – Le dernier homme. »

New York 2140 par K. S. Robinson

Fiche de New York 2140

Titre : New York 2140
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2017
Traduction : S. Denis
Editeur : Bragelonne

Première page de New York 2140

« — Celui qui écrit le code crée la valeur.
— Pas du tout.
— Mais si. La valeur fait partie de la vie et la vie est un code, comme l’ADN.
— Donc, les bactéries ont des valeurs ?
— Bien entendu. Toute vie a des désirs et les poursuit. Les virus, les bactéries, en remontant jusqu’à nous.
— À propos, c’est ton tour de nettoyer les toilettes.
— Je sais. La vie implique la mort.
— Alors, aujourd’hui ?
— Un de ces jours, oui. J’en reviens à mon argument. Nous écrivons du code. Et sans notre code, il n’y a pas d’ordinateurs, pas de finance, pas de banques, pas d’argent, pas de valeur d’échange, pas de valeur du tout.
— Je vois ce que tu veux dire, sauf pour le dernier point. Et alors ?
— As-tu lu les journaux aujourd’hui ?
— Bien sûr que non.
— Tu devrais. Ça va mal. On nous grignote.
— Tout le temps. C’est ce que tu viens de dire : la vie implique la mort. »

Extrait de : K. S. Robinson. « New York 2140. »

Lune rouge par K. S. Robinson

Fiche de Lune rouge

Titre : Lune rouge
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2018
Traduction : S. Denis
Editeur : Bragelonne

Première page de Lune rouge

« On lui avait dit de ne pas regarder au-dehors pendant l’alunissage, mais il était attaché dans un siège situé près d’un hublot et ne put s’en empêcher. Il comprit rapidement pourquoi on lui avait conseillé cela : la Lune doublait de taille à chaque battement de son cœur, ils fonçaient dessus à une vitesse cosmique et ils allaient très certainement se vaporiser lors de l’impact. Quelqu’un avait commis une erreur. Il se trouvait toujours en état d’apesanteur et le contraste entre cette sensation de placidité et ce qu’il voyait déclencha une envahissante vague de nausée. Quelque chose clochait vraiment. Juste sous ses yeux, la sphère blanche s’étala et devint une plaine blanche et grumeleuse au-dessus de laquelle ils filaient. Son cœur cognait dans sa poitrine tel un enfant tentant de s’échapper. C’était la fin. Il lui restait quelques secondes à vivre et il ne se sentait pas prêt. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Lune rouge. »