Catégorie : Livres

 

Les menhirs de glace par K. S. Robinson

Fiche de Les menhirs de glace

Titre : Les menhirs de glace
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 1984
Traduction : L. Carissimo
Editeur : Gallimard

Première page de Les menhirs de glace

« Je butai sur le premier signe avant-coureur de la mutinerie alors que nous approchions de la frange intérieure de la première ceinture d’astéroïdes. Bien sûr, je ne compris pas sur le moment ce que cela signifiait ; ce n’était qu’une porte fermée.

Nous appelons cette première ceinture la Zone, parce que les astéroïdes qui la composent sont faits de basalte achondrite, sans aucune utilité pour les mineurs. Mais nous allions bientôt arriver parmi les chondrites carbonées et j’étais descendue ce jour-là à la ferme pour m’occuper des préparatifs. Je donnai un peu plus de lumière aux algues, car dans les semaines à venir, quand les barges sortiraient débiter les rochers, il y aurait une déperdition appréciable d’oxygène et nous aurions besoin de plus de chlorelles pour aider à équilibrer les échanges gazeux. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Les menhirs de glace. »

Le rêve de Galilée par K. S. Robinson

Fiche de Le rêve de Galilée

Titre : Le rêve de Galilée
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2009
Traduction : D. Camus, D. Haas
Editeur : Presses de la cité

Première page de Le rêve de Galilée

« Tout à coup, Galilée sentit qu’il avait déjà vécu cet instant – il s’était déjà trouvé au marché d’artisanat du vendredi, devant l’Arsenal de Venise, avait déjà senti peser sur lui un regard, déjà levé les yeux et remarqué qu’un homme l’observait, un étranger de grande taille, au visage étroit et au profil aquilin. Comme la fois précédente (mais quelle fois ?), l’étranger lui signala par un hochement du menton qu’il avait perçu son regard, puis avança dans sa direction, louvoyant entre les couvertures, les tables et les éventaires surchargés qui parsemaient le Campiello del Malvasia. L’impression de déjà-vu était si forte que Galilée se sentit pris d’un léger vertige, bien qu’une partie de son cerveau demeurât suffisamment détachée pour se demander comment il était possible de sentir le regard de quelqu’un posé sur soi. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Le rêve de Galilée. »

Le ministère du futur par K. S. Robinson

Fiche de Le ministère du futur

Titre : Le ministère du futur
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2020
Traduction : C. Mamier
Editeur : Bragelonne

Première page de Le ministère du futur

« Il faisait de plus en plus chaud.

Frank May quitta son petit matelas et s’avança jusqu’à la fenêtre. Murs et tuiles ocre, couleur de l’argile locale. Immeubles carrés, comme celui où il se trouvait, toits-terrasses occupés par des résidents qui y dormaient la nuit pour échapper à la chaleur des appartements. À présent, certains d’entre eux regardaient vers l’est par-dessus les garde-corps. Ciel du même ocre que les immeubles, teinté de blanc là où le soleil ne tarderait pas à apparaître. Frank prit une longue inspiration. Qui lui rappela aussitôt l’atmosphère des saunas alors que c’était le moment le plus frais de la journée. Il n’avait pas passé plus de cinq minutes de sa vie dans un sauna, faute d’apprécier la sensation. L’eau chaude, d’accord ; l’air chaud et humide, non. Pourquoi s’infliger une telle impression d’étouffement ?

Ici, impossible d’y échapper. Frank n’aurait pas accepté le poste s’il avait su. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Le ministère du futur. »

Le géomètre aveugle par K. S. Robinson

Fiche de Le géomètre aveugle

Titre : Le géomètre aveugle
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 1991
Traduction : M. Demuth, A. Buresi
Editeur : J’ai lu

Sommaire de Le géomètre aveugle

  • Le géomètre aveugle 
  • Intersection 
  • Notre cité 
  • Les lunatiques 
  • Au retour de Rainbow Bridge 
  • Crève-la-faim en l’an 2000 
  • Leçon d’histoire 
  • La meilleure part de nous-mêmes

Première page de Le géomètre aveugle

« J’additionnais des colonnes avec mon poinçon à braille et, excité par mon nouveau pouvoir, je tendis à mon père la feuille de calcul râpeuse. Il réfléchit dessus un instant.

— Hum, fit-il. Écoute-moi : tu dois faire très attention à ce que les colonnes soient bien droites et verticales. (Ses longs doigts guidèrent les miens le long d’une colonne.) Le 22 est trop décalé à gauche, tu le sens ? Tu dois les faire absolument droites.

Je retirai ma main d’un geste impatient. La frustration monta en moi comme une marée (sensation qui m’était des plus familières et que j’éprouvais tant de fois par jour) et, sous l’effet de la tension, ma voix devint une plainte aiguë :

— Mais pourquoi ? Peu importe.

— Oh si !

Mon père n’était pas un maniaque de l’ordre, comme je l’avais appris en trébuchant sur sa serviette égarée, ses chaussures ou ses patins à glace. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Le Géomètre aveugle. »

La planète sur la table par K. S. Robinson

Fiche de La planète sur la table

Titre : La planète sur la table
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 1986
Traduction : J.-P. Pugi
Editeur : J’ai lu

Sommaire de La planète sur la table

  • Venise engloutie
  • Mercuriale
  • Sur la ligne de crête
  • Le déguisement
  • Le « Lucky Strike »
  • Retour à Dixieland
  • Les oeufs de pierre
  • L’air noir

Première page de Venise engloutie

« Lorsque Carlo Tafur parvint à s’extraire du sommeil, le bébé criait, la théière sifflait, la fumée du poêle flottait dans l’air. Des vaguelettes venaient lécher les murs, au-dessous, au niveau du plancher. C’était l’aube. Il eut du mal à se dégager des draps pour se lever. Il trotta discrètement jusque dans l’autre pièce, ignorant sa femme et l’enfant, et franchit la porte qui accédait au toit.

Venise était encore plus belle à l’aube, songea Carlo tout en pissant dans le canal. Dans la pâle clarté mauve, il était possible d’imaginer que la cité était telle qu’elle avait toujours été, que des hordes de visiteurs allaient descendre le Grand Canal par cette belle matinée d’été… Bien sûr, pour mieux accepter cette illusion, il fallait ne pas voir le patchwork de constructions diverses sur les toits alentour. Autour de l’église – San Giacomo du Rialto –, même les étages supérieurs des bâtiments étaient submergés et il avait été nécessaire de casser les toits de tuiles et d’ériger sur les poutres des cabanes faites de matériaux divers prélevés en bas : du bois, des briques, de la pierre, du lattis, du métal, du verre. »

Extrait de : K. S. Robinson. « La planète sur la table. »

La mémoire de la lumière par K. S. Robinson

Fiche de La mémoire de la lumière

Titre : La mémoire de la lumière
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 1985
Traduction : J.-P. Pugi
Editeur : J’ai lu

Première page de La mémoire de la lumière

« Toutes mes forces vitales contribuent à cette fuite dans les rues de Lowell, et je gagne en courant les terrains communaux pour retourner presque aussitôt dans les ruelles, tel un rat pourchassé à l’intérieur d’un labyrinthe. La nuit noire métamorphose les espaces verts en lieux déserts et surnaturels. Dans les ténèbres, l’hémisphère qui enveloppe la cité plutonienne est invisible, et la Plaine du Tartare s’étend tel un océan d’ébène au-delà d’une impasse qui s’interrompt brusquement. Mon ombre est légère, mes avant-bras humides frottent mes flancs, je perçois les battements de mon cœur : un allegro. Un chœur intérieur réclame sa drogue, du népanathol.

Et je fais une fois de plus le serment de me soustraire à son emprise. »

Extrait de : K. S. Robinson. « La mémoire de la lumière. »

Chroniques des années noires par K. S. Robinson

Fiche de Chroniques des années noires

Titre : Chroniques des années noires
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2002
Traduction : D. Camus, D. Haas
Editeur : Pocket

Première page de Chroniques des années noires

« Le Singe ne meurt jamais. Il revient toujours nous aider dans les moments difficiles, comme il aida Tripitaka à vaincre les périls lors de son premier voyage vers l’ouest, quand il rapporta le bouddhisme d’Inde en Chine.

Il s’était à présent incarné en un Mongol de petite taille appelé Bold Bardash, cavalier dans l’armée de Tamerlan. Fils d’un marchand de sel tibétain et d’une aubergiste mongole pleine d’entrain, c’était donc un voyageur avant même sa naissance, allant de-ci de-là, par monts et par vaux, par-delà les montagnes et les fleuves, les déserts et les steppes, parcourant en tous sens le cœur du monde sans jamais s’arrêter. Au début de notre histoire, il était déjà vieux : la face carrée, le nez crochu, la natte toute grise, comme ses quatre poils au menton. Il savait que ce serait la dernière campagne de Tamerlan, et peut-être aussi la sienne. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Chroniques des années noires. »

Chaman par K. S. Robinson

Fiche de Chaman

Titre : Chaman
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2013
Traduction : S. Baert
Editeur : Bragelonne

Première page de Chaman

«  Nous autres avions un mauvais chaman. »
C’était ce que répétait Piquant chaque fois que lui-même faisait quelque chose de mal. Dès qu’on le contredisait, il remontait ses longues tresses grises pour montrer les petites excroissances rouges autour du trou de ses oreilles. Son chaman avait planté des aiguilles en os dans la chair des oreilles de ses élèves, puis les avait arrachées de biais afin de les aider à se souvenir de certaines choses. Lorsqu’il souhaitait obtenir le même résultat, Piquant assenait à Huard une forte tape sur l’oreille, avant de lui montrer la sienne en inclinant la tête d’un air qui signifiait : « Tu trouves que ça fait mal ? »
Il tenait à présent Huard par le bras et le traînait sur le sentier qui longeait la crête jusqu’au rocher de Mika, sur le surplomb entre les vallées Supérieure et Inférieure. En cette fin d’après-midi, les nuages bas s’amoncelaient au-dessus de leurs têtes, formant un toit grisâtre au-dessus des sommets les plus élevés et de la lande. En dessous, sur un sentier de crête, un petit cortège d’hommes suivait Piquant, devenu leur chaman à son tour. C’était le moment de l’errance de Huard. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Chaman. »

Aurora par K. S. Robinson

Fiche de Aurora

Titre : Aurora
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2015
Traduction : F. Dolisi
Editeur : Bragelonne

Première page de Aurora

« Freya et son père partent faire de la voile. Ils vivent depuis peu dans un immeuble d’appartements qui domine l’un des quais de la baie, à l’extrémité ouest de Long Pond. Les gens peuvent disposer quand ils veulent des petits bateaux à voile amarrés le long du quai. Ici, le vent du large souffle presque tous les après-midi.

— Ce doit être pour ça qu’on appelle cette ville le Fetch, dit Badim tandis qu’ils se dirigent vers l’un des bateaux. L’après-midi, sur le lac, nous prenons toujours le vent de plein fouet.

Après avoir signalé leur départ, ils doivent donc pousser l’embarcation du quai directement sous le vent. Badim saute dedans au dernier moment, puis tire la voile si fort que le bateau s’incline. Il le dirige ainsi vers la petite corniche marquant l’incurvation de la berge. Comme on le lui a enseigné, Freya tient la barre très fermement. Dans leur bateau penché, ils foncent droit vers le grand mur du lac. »

Extrait de : K. S. Robinson. « Aurora. »

2312 par K. S. Robinson

Fiche de 2312

Titre : 2312
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 2012
Traduction : T. Arson
Editeur : Actes sud

Première page de 2312

« Le soleil est toujours sur le point de se lever. La lenteur de rotation de Mercure vous permet d’arpenter sa surface rocailleuse assez rapidement pour garder une avance sur l’aube, ce que nombre de gens font. Pour beaucoup, c’est un mode de vie. Ils vont à grands pas vers l’ouest, pour devancer toujours le prodige du jour. Certains se hâtent d’un lieu à un autre, pour examiner les fissures où ils ont précédemment procédé à l’inoculation de métallophytes bio-aspirantes, et ils grattent au plus vite les résidus accumulés d’or, de tungstène ou d’uranium. Mais dans leur grande majorité ils ne sont dehors que pour apercevoir le soleil.
La face ancienne de Mercure est tellement accidentée et irrégulière que le terminateur de la planète, la zone où l’aube apparaît, est un vaste clair-obscur de noir et de blanc – les creux sombres piqués ici et là par de hautes aiguilles d’un blanc brillant qui s’élèvent de plus en plus, jusqu’à ce que tout le paysage soit aussi lumineux que de la glace en fusion, et que la longue journée ait commencé. »

Extrait de : K. S. Robinson. « 2312. »