Catégorie : Livres

 

La planète empoisonnée par Pierre Barbet

Fiche de La planète empoisonnée

Titre : La planète empoisonnée
Auteur : Pierre Barbet
Date de publication : 1972
Editeur : Fleuve Noir

Première page de La planète empoisonnée

« Une longue forme mince aux pieds chaussés de palmes serpentait au sein de l’onde aigue-marine, parmi les algues rubanées. Le galbe du corps élancé, les longs cheveux blonds flottant derrière son dos faisaient irrésistiblement penser à quelque sirène.

Cette merveilleuse créature paraissait inquiète. Elle choisissait d’étroits passages entre les coraux et s’y faufilait, son lance-harpon pointé, se dissimulant du mieux possible parmi les madrépores.

Sans prêter attention aux teintes chatoyantes de la végétation sous-marine, la naïade rasait le fond, l’œil aux aguets derrière son masque.

Soudain, elle s’immobilisa derrière une grosse éponge, scrutant les eaux glauques, le doigt crispé sur la détente de son fusil. Une silhouette grise tournoyait nonchalamment parmi les ballets des poissons multicolores : au-dessus de sa tête effilée, deux rémoras fixés à la peau du monstre par leur ventouse attendaient les reliefs du repas du seigneur de la mer, le requin bleu mangeur d’hommes.

Le squale ne semblait pas avoir aperçu la silhouette tapie derrière la touffe de spongiaires. Cependant, en observant attentivement ses déplacements, il apparaissait nettement qu’il décrivait de larges cercles autour de la plongeuse au corps doré qui restait toujours à l’affût, son arme braquée. »

Extrait de : P. Barbet. « La planète empoisonnée. »

Hop-Frog par Edgar Allan Poe

Fiche de Hop-Frog

Titre : Hop-Frog
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1849
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook

Première page de Hop-Frog

« Je n’ai jamais connu personne qui eût plus d’entrain et qui fût plus porté à la facétie que ce brave roi. Il ne vivait que pour les farces. Raconter une bonne histoire dans le genre bouffon, et la bien raconter, c’était le plus sûr chemin pour arriver à sa faveur. C’est pourquoi ses sept ministres étaient tous gens distingués par leurs talents de farceurs. Ils étaient tous taillés d’après le patron royal, – vaste corpulence, adiposité, inimitable aptitude pour la bouffonnerie. Que les gens engraissent par la farce ou qu’il y ait dans la graisse quelque chose qui prédispose à la farce, c’est une question que je n’ai jamais pu décider ; mais il est certain qu’un farceur maigre peut s’appeler rara avis in terris.

Quant aux raffinements, ou ombres de l’esprit, comme il les appelait lui-même, le roi s’en souciait médiocrement. Il avait une admiration spéciale pour la largeur dans la facétie, et il la digérait même en longueur, pour l’amour d’elle. Les délicatesses l’ennuyaient. Il aurait préféré le Gargantua de Rabelais au Zadig de Voltaire, et par-dessus tout les bouffonneries en action accommodaient son goût, bien mieux encore que les plaisanteries en paroles. »

Extrait de : Edgar Allan Poe. « Hop-Frog. »

Eléonora par Edgar Allan Poe

Fiche de Eléonora

Titre : Eléonora
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1841
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook

Première page de Eléonora

« Je suis issu d’une race qu’ont illustrée une imagination vigoureuse et des passions ardentes. Les hommes m’ont appelé fou ; mais la science ne nous a pas encore appris si la folie est ou n’est pas le sublime de l’intelligence, si presque tout ce qui est la gloire, si tout ce qui est la profondeur, ne vient pas d’une maladie de la pensée, d’un mode de l’esprit exalté aux dépens de l’intellect général. Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. Dans leurs brumeuses visions, ils attrapent des échappées de l’éternité et frissonnent, en se réveillant, de voir qu’ils ont été un instant sur le bord du grand secret. Ils saisissent par lambeaux quelque chose de la connaissance du Bien, et plus encore de la science du Mal. Sans gouvernail et sans boussole, ils pénètrent dans le vaste océan de la lumière ineffable, et comme pour imiter les aventuriers du géographe nubien, aggressi sunt Mare Tenebrarum, quid in eo esset exploraturi. »

Extrait de : Edgar Allan Poe. « Éléonora. »

Le joueur d’échecs de Maelzel par Edgar Allan Poe

Fiche de Le joueur d’échecs de Maelzel

Titre : Le joueur d’échecs de Maelzel
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1836
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook

Première page de Le joueur d’échecs de Maelzel

« Aucune exhibition du même genre n’a jamais peut-être autant excité l’attention publique que Le Joueur d’échecs de Maelzel. Partout où il s’est fait voir, il a été, pour toutes les personnes qui pensent, l’objet d’une intense curiosité. Toutefois, la question du modus operandi n’est pas encore résolue. Rien n’a été écrit sur ce sujet qui puisse être considéré comme décisif. En effet, nous rencontrons partout des hommes doués du génie de la mécanique, doués d’une perspicacité générale fort grande et d’un rare discernement, qui n’hésitent pas à déclarer que l’automate en question est une pure machine, dont les mouvements n’ont aucun rapport avec l’action humaine, et qui est conséquemment, sans aucune comparaison, la plus étonnante de toutes les inventions humaines. Et cette conclusion, disons-le, serait irréfutable, si la supposition qui la précède était juste et plausible. Si nous adoptions leur hypothèse, il serait vraiment absurde de comparer au Joueur d’échecs tout autre individu analogue, soit des temps anciens, soit des temps modernes. »

Extrait de : Edgar Allan Poe. « Le joueur d’échecs de Maelzel. »

Double assassinat dans la rue Morgue par Edgar Allan Poe

Fiche de Double assassinat dans la rue Morgue

Titre : Double assassinat dans la rue Morgue
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1841
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Feedbooks

Première page de Double assassinat dans la rue Morgue

« Les facultés de l’esprit qu’on définit par le terme analytiques sont en elles-mêmes fort peu susceptibles d’analyse. Nous ne les apprécions que par leurs résultats. Ce que nous en savons, entre autre choses, c’est qu’elles sont pour celui qui les possède à un degré extraordinaire une source de jouissances des plus vives. De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique, se complaît dans les exercices qui provoquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette activité spirituelle dont la fonction est de débrouiller. Il tire du plaisir même des plus triviales occasions qui mettent ses talents en jeu. Il raffole des énigmes, des rébus, des hiéroglyphes ; il déploie dans chacune des solutions une puissance de perspicacité qui, dans l’opinion vulgaire, prend un caractère surnaturel. »

Extrait de : Edgar Allan Poe. « Double Assassinat dans la rue Morgue. »

Derniers contes par Edgar Allan Poe

Fiche de Derniers contes

Titre : Derniers contes
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1887
Traduction : F. Rabbe
Editeur : Bnf

Sommaire de Derniers contes

  • Le duc de l’omelette
  • Le mille et deuxième conte de Schéhérazade
  • Mellonta tauta
  • Comment s’écrit un article à La blackwood
  • La filouterie considérée comme science exacte
  • L’homme d’affaires
  • L’ensevelissement prématuré
  • Bon-bon
  • La cryptographie
  • Du principe poétique
  • Quelques secrets de la prison du magazine

Première page de Le duc de l’omelette

« Keats est mort d’une critique. Qui donc mourut de l’Andromaque(1) ? Âmes pusillanimes ! De l’Omelette mourut d’un ortolan. L’histoire en est brève(2). Assiste-moi, Esprit d’Apicius !
Une cage d’or apporta le petit vagabond ailé, indolent, languissant, énamouré, du lointain Pérou, sa demeure, à la Chaussée d’Antin. De la part de sa royale maîtresse la Bellissima, six Pairs de l’Empire apportèrent au duc de l’Omelette l’heureux oiseau.
Ce soir-là, le duc va souper seul. Dans le secret de son cabinet, il repose languissamment sur cette ottomane pour laquelle il a sacrifié sa loyauté en enchérissant sur son roi, – la fameuse ottomane de Cadet.
Il ensevelit sa tête dans le coussin. L’horloge sonne ! Incapable de réprimer ses sentiments, Sa Grâce avale une olive. »

Extrait de : Edgar Allan Poe. « Derniers contes. »

Le transmetteur de Ganymède par Pierre Barbet

Fiche de Le transmetteur de Ganymède

Titre : Le transmetteur de Ganymède
Auteur : Pierre Barbet
Date de publication : 1971
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Le transmetteur de Ganymède

« Mic Langio sursauta : son détecteur-poly-fréquences venait de lancer une série de crachements étrangement rythmés. Comme cette symphonie archaïque qu’il aimait tant, la Cinquième de Beethoven…

Machinalement, il releva les coordonnées de l’endroit que survolait son Starshoot, juste à la verticale de ce pic étrange de Ganymède qui ressemble à s’y méprendre au sommet des Apennins lunaires.

Il haussa les épaules. Personne sur cet astre aride. Aucun astronef à proximité. Il avait dû rêver.

Par acquit de conscience, Mic orienta son antenne sélective, droit vers le roc bifide.

— Titi tata…, titi tata…

Cette fois, pas de doute possible, un faisceau hertzien émanait à la verticale de cet endroit, et il fallait passer juste au-dessus pour le recevoir, car il était extrêmement fin, déjà le bruit s’estompait dans les parasites habituels provenant de l’énorme tache rouge de Jupiter si proche. »

Extrait de : P. Barbet. « Le Transmetteur de Ganymède. »

Les insurgés de Laucor par Pierre Barbet

Fiche de Les insurgés de Laucor

Titre : Les insurgés de Laucor
Auteur : Pierre Barbet
Date de publication : 1972
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Les insurgés de Laucor

« — Alors, Tysoïs, à quand le départ ?

L’amiral-chef des forces ysnastes, jusqu’alors prosterné devant le grand vizir, releva la tête, mais demeura agenouillé comme l’ordonnait l’étiquette.

— Tout est prêt, vénérable Phurys, mon escadre peut décoller immédiatement.

— Bien, tu n’as pas eu de difficultés pour obtenir cette nouvelle charte ?

— Aucune, maître. Helmont, le Commandeur des Croyants, porte-parole de Zhousta en ce monde, l’a signée sans même la regarder.

— Parfait ! Ce vieux paillard est à moitié gâteux… Je crois qu’il ne tardera pas à rejoindre ses ancêtres malgré les soins que nous lui prodiguons : les implants d’hormones et les séances de dialyse n’ont plus guère d’effet sur lui. Dommage… Il avait au moins l’avantage de se montrer docile. »

Extrait de : P. Barbet. « Les insurgés de Laucor. »

L’Empire du Baphomet par Pierre Barbet

Fiche de L’Empire du Baphomet

Titre : L’Empire du Baphomet (Tome 1 sur 2 – Baphomet)
Auteur : Pierre Barbet
Date de publication : 1972
Editeur : Fleuve Noir

Première page de L’Empire du Baphomet

« Octobre 1118.

Haut dans le ciel azuré de Cathay, un météore laisse derrière lui une longue traînée argentée bien visible sous les rayons du soleil.

La forêt d’Orient, proche de Troyes, est dépouillée de sa parure dorée. Une bise aigre souffle. La nuit tombe. Au loin, on entend le jappement plaintif de chiens flairant une piste.

Soudain, une masse noire débouche comme un boulet des buissons de ronce. C’est un robuste solitaire, un sanglier au long poil dru qui fuit pour sauver sa vie. Il paraît harassé, la bave coule de sa gueule où luisent deux boutoirs acérés, il boite de la patte gauche déchirée par une branche aiguë.

Puis le calme revient. Quelques feuilles attardées tombent en virevoltant.

Alors, un cavalier surgit à toute allure des halliers. Le cheval ruisselle de sueur. Le mors est blanc d’écume. Devant lui, les chiens, exténués, gardent le nez au sol, flairant l’odeur encore fraîche de la
bête.

Ils arrivent de la direction de Beaulieu et filent vers le cœur de la forêt, vers les morges, ces étangs sombres aux eaux pourrissantes emplies de feuilles mortes. »

Extrait de : P. Barbet. « L’Empire du Baphomet. »

A quoi songent les Psyborgs ? par Pierre Barbet

Fiche de A quoi songent les Psyborgs ?

Titre : A quoi songent les Psyborgs ? (Tome 2 sur 9 – Setni enquêteur temporel)
Auteur : Pierre Barbet
Date de publication : 1971
Editeur : Fleuve Noir

Première page de A quoi songent les Psyborgs ?

« — Un rafraîchissement, capitaine Setni ? s’enquit l’hôtesse avec un radieux sourire.
— Volontiers, acquiesçai-je en prenant une croccine du Commandeur sur le plateau.
La jolie fille s’en alla un peu plus loin me laissant avec mes pensées : j’avais rudement besoin d’un stimulant pour y voir un peu clair.
Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi les Grands Cerveaux m’avaient convoqué d’urgence à Kalapol, siège du Grand Conseil des Sages, chefs de toutes les étoiles de la Voie lactée.
Dans un sens cela tombait bien car je commençais à en avoir par-dessus la tête de commander un avant-poste minable aux confins de la Galaxie.
Rien de plus éprouvant pour un officier de la flotte que le temps de paix ! L’avancement devient très difficile et je n’avais nullement l’intention de demeurer jusqu’à la retraite dans ce grade. »

Extrait de : P. Barbet. « A Qui Songent les Psyborgs ? – Setni enquêteur temporel. »