Catégorie : Livres

 

Le jeu du Petit Poucet par Jacques Mondoloni

Fiche de Le jeu du Petit Poucet

Titre : Le jeu du Petit Poucet
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1994
Editeur : Gallimard

Première page de Le jeu du Petit Poucet

« Sous les prospectus, il remarqua la facture de l’E.D.F. C’était le seul courrier régulier qui lui parvenait et auquel il répondait sans délai, bien que ce ne fût pas adressé à son nom.
Il décacheta l’enveloppe sans inquiétude : les congélateurs, ça ne consommait pas beaucoup d’énergie. C’étaient les frigidaires qui coûtaient cher avec tous ces désirs qui s’ouvraient vingt fois par jour, la vie aller et retour.
Il nettoya la boîte à lettres de ses réclames, puis il pénétra dans l’entrepôt à bord de son vieux break DS. Derrière lui, le portail à bascule s’affaissa lentement le long des poulies.
Il mémorisa le montant de la facture avant de la ranger dans la doublure du siège passager – 652 francs et 54 centimes d’électricité, vraiment une misère, pour quatre congélateurs conservant jour et nuit ses cadavres, son trésor ! »

Extrait de : J. Mondoloni. « Le jeu du Petit Poucet. »

Je suis une herbe par Jacques Mondoloni

Fiche de Je suis une herbe

Titre : Je suis une herbe
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1982
Editeur : J’ai lu

Première page de Je suis une herbe

« Comme tous les matins il visa le soleil et monta plein pot pour s’étourdir un peu, défaillir même. Mon Dieu, que de souvenirs déferlaient alors ! Tous ces avions qui avaient parcouru sa vie, qu’il avait aimés jusqu’à la mort – oui jusqu’à la mort, ah, il se trouvait emphatique quand il disait cela. Mais à soixante-cinq ans et mèche, la mémoire soûle vite.

Une hélice qui tourne et c’étaient des tours de rêve pour des heures. Tout ce temps passé dans les nuages, là, au-dessus des rivières – libre. Et ça durait toujours, guerre ou pas – jamais il ne se verrait vieillir comme un pochard qui ne sait plus ce qu’est la tempérance. Il lui fallait avaler son ciel quotidien comme d’autres leur gnôle. D’ailleurs, pour cette raison, toute sa vie il avait accepté n’importe quoi. En 1944 : des vols de reconnaissance au-dessus des lignes allemandes, maintenant : des pulvérisations d’arbres fruitiers au-dessus de la Haute-Provence. Certes, c’était moins prestigieux. Les combats étaient plus grisants en comparaison des piqués sur les poiriers. Mais le principal était de vibrer au rythme des carlingues, ce sacré manche entre les mains qui vous emmène loin de vous-même. »

Extrait de : J. Mondoloni. « Je suis une herbe. »

Il faut partir, Quilichini par Jacques Mondoloni

Fiche de Il faut partir, Quilichini

Titre : Il faut partir, Quilichini
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de Il faut partir, Quilichini

« Mars 1932

Oui, l’île était bien loin derrière. Derrière l’horizon, derrière les brumes, derrière le paravent de brouillard que l’aube avait astucieusement placé entre elle et l’homme au bastingage pour la lui ravir sans violence.

Dominique Quilichini scrutait le ciel, puis la mer, à la recherche d’une ligne plus grise que les autres. Mais en vain. Il fallait se rendre à l’évidence : la terre, en catimini, avait disparu durant la nuit.

Dominique Quilichini revint à sa place, à contrecœur, les yeux rougis par l’insomnie. Il ne reverrait plus sa Corse natale. Les heures de veille n’avaient servi à rien.

La nuit l’avait trahi. La nuit s’était emparée de l’île, sournoisement, avec l’efficient concours du brouillard papelard. »

Extrait de : J. Mondoloni. « Il faut partir, Quilichini. »

Le programme troisième guerre mondiale par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le programme troisième guerre mondiale

Titre : Le programme troisième guerre mondiale
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le programme troisième guerre mondiale

« Alexander Hitten sortit en titubant légèrement du bloc chirurgical de Fort-Apsaras. Il était enfin devenu un computerman.

Il fit quelques pas dans les couloirs déserts, encombrés de terminaux. Au loin, se percevaient les lueurs intermittentes des écrans bleus. Alexander Hitten contempla sur son corps les prises métalliques incrustées, rondes comme des médailles. Il sentait battre en lui la pile électronique qui renforçait le muscle cardiaque. Grâce à ces modifications, il pouvait désormais se connecter lui-même, directement, avec le super-ordinateur Wotan, hôte principal du Fort-Apsaras. C’était ça, être computerman.

Alexander Hitten ne parvenait pas à détacher son regard des dizaines de pastilles trouées qui parsemaient son corps, comme celui d’un animal ocellé de cuivre et d’argent. Il avait passé des heures sur une table d’opération, entre les mains d’une équipe de chirurgiens et d’informaticiens. Chaque douille avait été greffée avec précision dans ses chairs creusées, vrillées. »

Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « Le programme troisième guerre mondial. »

Le jeu de la Trame par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le jeu de la Trame

Titre : Le jeu de la Trame – l’intégrale
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution :
Editeur : Mnémos

Sommaire de Le jeu de la Trame :

  • Haïkus des Terres fertiles
  • Le rêve et l’assassin
  • L’araignée
  • Le souffle de cristal
  • Le masque d’écailles
  • Annexes

Le masque d’écailles par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le masque d’écailles

Titre : Le masque d’écailles (tome 4 sur 4 – Le jeu de la Trame)
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le masque d’écailles

« L’homme avait noué un chiffon autour de son visage afin de se protéger de la cendre et de la poussière. Pour tout vêtement, il portait une étoffe autour des reins. Il allait nu-pieds, sautant d’un rocher à l’autre en se dandinant, les yeux perpétuellement rivés au sol. Maigre, dégingandé, la peau racornie par la chaleur et l’air piquant du désert, il avait de longs bras qui pendaient comme des bouts de bois. Son dos était cassé en deux et sa tête rentrée dans les épaules, comme si elle supportait le poids du ciel tout entier. Pourtant, malgré son allure misérable, on devinait qu’il avait dû être un solide et fier gaillard.

Depuis des heures, il allait et venait sur le flanc d’une butte couverte de cendre et hérissée de rochers. Il traînait derrière lui une vieille hotte de paille. De temps en temps, il s’arrêtait. Il balayait le sol autour de lui d’un regard morne, puis se laissait tomber à genoux et écartait les pierres en plongeant les mains dans la terre qu’il fouissait comme un animal, jusqu’à ce que ses doigts se referment sur des racines. »

Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « Le masque d’écailles – Le jeu de la Trame. »

Le souffle de cristal par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le souffle de cristal

Titre : Le souffle de cristal (tome 3 sur 4 – Le jeu de la Trame)
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le souffle de cristal

« Chaque jour pendant des heures, Keido demeurait sur le pont avant de la jonque, les yeux rivés sur l’horizon lointain et brumeux. La lumière blafarde du soleil ne réchauffait ni son corps ni son esprit. Il avait hâte d’atteindre la côte orientale de la mer intérieure et de poursuivre son voyage sur la terre ferme, jusqu’à la Muraille de Pierre. À cause de l’inactivité, ses forces s’étiolaient. Nostalgique, il songeait à son armure de Guerrier défaite et rangée dans sa cabine.

La jonque pirate laissait derrière elle le Fleuve Salé sur la rive duquel s’était dressé le vieux Manoir de l’Ordre des Ananke. Cet ordre puissant, Keido l’avait réduit à néant avec la complicité des pirates qui convoitaient ses richesses et, surtout, grâce à la magie des cinq cartes du Jeu de la Trame qu’il possédait. À l’issue du combat, il s’était emparé de quatre nouvelles pièces de ce jeu qui, au total, en comptait trente-neuf. Où étaient les trente autres ? »

Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « Le souffle de cristal – Le jeu de la Trame. »

L’araignée par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de L’araignée

Titre : L’araignée (tome 2 sur 4 – Le jeu de la Trame)
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’araignée

« À la fin de l’hiver, alors que les pruniers commençaient à abriter des grappes de bourgeons enflés, un homme nommé Keido pénétra dans la cité fortifiée de la Douzième Porte. L’immense Muraille de Pierre qui reliait entre elles les trente-neuf villes frontières protégeait le continent du Désert de Cendre, vaste étendue brûlée où naissaient parfois des incendies spontanés. Certains racontaient que la Muraille avait été construite par l’Empereur Soga pour isoler le pays du feu dévorant ; d’autres prétendaient que l’énorme chenille de pierre taillée avait justement permis à Soga d’incendier la contrée aujourd’hui désertique, sans danger pour son propre Empire.

L’homme nommé Keido n’avait, pas plus que les autres, de réponse à apporter concernant l’origine de la Muraille de Pierre et du Pays de Cendre qui déroulait au-delà ses tapis de poussière grise et ses collines de braises rougeoyantes. »

Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « L’araignée – Le jeu de la Trame. »

Le rêve et l’assassin par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le rêve et l’assassin

Titre : Le rêve et l’assassin (tome 1 sur 4 – Le jeu de la Trame)
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le rêve et l’assassin

« Le Manoir du Roseau conservait depuis quelques jours la teinte sombre de l’hiver. Un matin, le vent d’est avait chassé les nuages en soufflant trois jours sans discontinuer. Puis le soleil avait réchauffé lentement la terre gorgée d’eau. A l’aube, sur les pentes grises du domaine, flottèrent les écharpes blanches des premières brumes du printemps.

Dans le pavillon central du Manoir du Roseau, l’odeur de moisi et d’essence de cèdre dégagée par les cloisons dura jusqu’à ce que l’intendant du père de Keido donnât l’ordre d’ouvrir les portes coulissantes des façades orientées au sud.

Pour la première fois depuis des semaines, Keido s’aventura dans le jardin. Il contourna le lac artificiel qui en occupait le centre et se hissa au sommet du tertre couvert de mousses bleues. Assis face aux collines, l’esprit encore un peu éteint par l’engourdissement de la saison froide, il laissa dériver son regard le long des frisures des bosquets en attente de la floraison. Rien ne retint son attention dans ce troupeau de verdure, massé jusqu’à l’horizon. »

Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « Le rêve et l’assassin – – Le jeu de la Trame. »

Les vitrines du ciel par Jacques Mondoloni

Fiche de Les vitrines du ciel

Titre : Les vitrines du ciel (tome 4 sur 4 – Les goulags mous)
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les vitrines du ciel

« John Picard n’aimait pas présider les réunions d’état-major car, malgré la vareuse rouge et or que lui conférait son titre de chef suprême des forces armées, il se sentait civil : le langage, l’état d’esprit militaire, lui étaient étrangers, et les rapports qu’il devait écouter auraient eu besoin d’une traduction simultanée. Les phases de la guerre africaine lui arrivaient aux oreilles décalées, et lorsqu’il lui prenait l’envie d’interrompre l’un de ces habiles tacticiens qui se faisaient fort de mettre l’ennemi en déroute, John Picard avait l’impression de lui répondre avec un temps de retard. Ses propos dérapaient, et la pertinence qu’il avait voulu y mettre se noyait dans l’écho.
Mais se taire étant consentir, il demandait toujours : « Quel est le maître du terrain ? », pour ne pas paraître stupide ou indifférent.
Il ne se trouvait cependant pas à la hauteur car, autour des maquettes tridimensionnelles représentant le champ de bataille, dans la rumeur des conversations dites techniques, il y avait toujours un général avec sa baguette pour lui expliquer que les troupes fédérales étaient sur le chemin de la victoire. »

Extrait de : J. Mondoloni. « Les vitrines du ciel – Les goulags mous. »