Catégorie : Livres
La mer et les petits poissons par Terry Pratchett
Fiche de La mer et les petits poissons
Titre : La mer et les petits poissons (Tome 1 sur 7 – Nouvelles du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 1998
Traduction :
Editeur :
Première page de La mer et les petits poissons
« Les problèmes commencèrent avec une pomme, et pas pour la première fois.
Il y en avait un plein sac sur la table blanchie et immaculée de Mémé Ciredutemps. Rouges et rondes, luisantes et fruitées. Si elles avaient su lire l’avenir, elles auraient commencé à faire tic-tac, comme des bombes à retardement.
— Garde-les toutes, le vieux Sauteferme m’a dit que je pourrais en avoir autant que je voulais, déclara Nounou Ogg. (Elle jeta à sa collègue un coup d’œil par en dessous.) Savoureuses, un peu ridées, mais elles se conservent drôlement bien.
— Il a donné ton nom à une pomme ? demanda Mémé.
Chaque mot tomba dans l’air comme une goutte d’acide.
— C’est à cause que j’ai de bonnes joues rouges. Pis, j’ui ai soigné la jambe après qu’il est tombé de l’échelle, l’an dernier. Pis, j’ui ai fait un onguent pour son crâne chauve. »
Extrait de : T. Pratchett. « Nouvelles du Disque-Monde – La mer et les petits poissons. »
Johnny et la bombe par Terry Pratchett
Fiche de Johnny et la bombe
Titre : Johnny et la bombe (Tome 3 sur 3 – Johnny Maxwell)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 1996
Traduction : P. Couton
Editeur : Pocket
Première page de Johnny et la bombe
« APRÈS LES BOMBES
Il était neuf heures du soir dans la Grand-Rue de Blackbury.
Il faisait nuit ; de temps en temps la clarté de la pleine lune filtrait à travers des serpentins de nuages fatigués. Le vent soufflait du sud-ouest et un nouvel orage avait éclaté qui avait fraîchi l’air et rendu les pavés glissants.
Un agent de police déambulait lentement et posément le long de l’artère.
Ici et là, à condition de se tenir tout près, on aurait pu distinguer un très léger rai lumineux autour d’une fenêtre occultée. De l’intérieur parvenaient les échos tranquilles de citadins vivant leur vie : les notes assourdies d’un piano sous des doigts répétant inlassablement leurs gammes, les murmures et les éclats de rire occasionnels de la TSF.
Devant certaines vitrines s’entassaient des sacs de sable. Une affiche à l’extérieur d’une boutique exhortait la population : Ensemble, arrachons la victoire, comme s’il s’agissait d’une mauvaise herbe ou d’une dent cariée. »
Extrait de : T. Pratchett. « Johnny Maxwell – Johnny et la bombe. »
Johnny et les morts par Terry Pratchett
Fiche de Johnny et les morts
Titre : Johnny et les morts (Tome 2 sur 3 – Johnny Maxwell)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 1993
Traduction : P. Couton
Editeur : Pocket
Première page de Johnny et les morts
« Johnny ne sut jamais vraiment pourquoi il s’était mis à voir les morts.
D’après l’alderman (En Angleterre, l’alderman est à la fois une sorte de conseiller municipal et un juge de paix. (N.d.E.)), sans doute qu’il était trop flemmard pour s’en empêcher.
Chez la plupart des gens, le cerveau leur interdit de voir ce qui risquerait de les troubler, qu’il disait. Il disait aussi qu’il était bien placé pour le savoir car il avait passé toute sa vie (1822-1906) à ne rien remarquer.
D’après Bloblotte Johnson, en théorie le meilleur ami de Johnny, c’était parce qu’il était dingue.
Mais d’après Pas-d’man, qui lisait des livres médicaux, c’était sûrement parce qu’il n’arrivait pas à fixer ses idées comme les gens normaux. Les gens normaux ignorent presque tout ce qui se passe autour d’eux, si bien qu’ils peuvent se concentrer sur des choses importantes comme, disons, se lever, aller aux toilettes et vivre leur vie. Alors que Johnny, lui, il ouvrait les yeux le matin et recevait tout l’univers en pleine figure. »
Extrait de : T. Pratchett. « Johnny Maxwell – Johnny et les morts. »
Le sauveur de l’humanité par Terry Pratchett
Fiche de Le sauveur de l’humanité
Titre : Le sauveur de l’humanité (Tome 1 sur 3 – Johnny Maxwell)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 1992
Traduction : P. Couton
Editeur : Pocket
Première page de Le sauveur de l’humanité
« LE HÉROS AUX MILLE VIES
Johnny se mordit la lèvre et se concentra.
D’accord. Débouler à fond la caisse, laisser un missile se pointer tout seul — bip, bip, bip, bibibi-bip — sur le premier chasseur, lâcher le missile — chtonk —, vider les canons sur le chasseur — flap, flap, flap, flap —, toucher le chasseur n° 2 et bousiller ses boucliers au laser — biiiiz — pendant que le missile —poujff — élimine le chasseur n° 1, piquer, tourner les canons, mitrailler le chasseur n° 3 au moment où il vire — flap, flap, flap —, reprendre le chasseur n° 2 dans le collimateur en haut de la remontée, lâcher un missile — chtonk >— et le mitrailler avec…
Fouit, fouit, fouit.
Le chasseur n° 4 ! Il s’amenait toujours en dernier, mais quand on le poursuivait tout de suite, les autres avaient le temps de faire demi-tour et on se retrouvait dans leur ligne de mire.
Il était déjà mort six fois. Et il n’était que cinq heures. »
Extrait de : T. Pratchett. « Johnny Maxwell – Le sauveur de l’Humanité. »
La couronne du berger par Terry Pratchett
Fiche de La couronne du berger
Titre : La couronne du berger (Tome 41 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 2015
Traduction : P. Couton
Editeur : L’Atalante
Première page de La couronne du berger
« UNE COURONNE DANS LE CAUSSE
Il était né dans les ténèbres de la mer Circulaire ; d’abord banal et mol objet flottant ballotté d’une marée à l’autre. Il s’était cuirassé d’une coquille, mais, dans son monde houleux et tumultueux rôdaient des bêtes gigantesques capables de la forcer en un clin d’œil. Il avait survécu malgré tout. Sa petite vie aurait pu se poursuivre ainsi longtemps jusqu’à ce que le ressac et d’autres objets flottants y mettent un terme, mais il y avait eu la mare.
C’était, en haut d’une plage, une mare à la température agréable que des tempêtes venues du Moyeu réalimentaient régulièrement en eau ; l’animal s’y était nourri de bestioles encore plus petites que lui et il avait grandi jusqu’à en devenir le roi. Il aurait pu grandir encore sans l’été de canicule où l’eau s’était évaporée sous les rayons ardents du soleil.
Le petit animal avait donc péri, mais il en était resté la carapace, et elle gardait en elle une graine d’intelligence. La violence de la grande marée suivante l’avait emportée sur le littoral, où elle s’était déposée pour ensuite rouler d’un bord à l’autre avec les galets et autres détritus de la tempête. »
Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – La couronne du berger. »
Déraillé par Terry Pratchett
Fiche de Déraillé
Titre : Déraillé (Tome 40 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 2013
Traduction : P. Couton
Editeur : L’Atalante
Première page de Déraillé
« IL EST DIFFICILE de comprendre le néant, mais le multivers en est farci. Le néant se déplace partout, toujours à l’avant-garde d’on ne sait quoi, et, dans le grand nuage d’inconnaissance, il aspire à devenir quelque chose, à s’échapper, se remuer, éprouver des émotions, changer, danser et connaître des expériences riches d’enseignement – bref, être vraiment quelque chose, quoi.
Et voilà que l’occasion se présentait alors qu’il dérivait dans l’éther. Le néant avait évidemment entendu parler du quelque chose, mais ce quelque chose-ci était différent, oh oui, alors il s’y insinua et descendit en vol plané, prêt à toute éventualité, pour atterrir par bonheur sur le dos d’une tortue, une tortue immense, et s’empresser de devenir encore plus vite quelque chose. C’était un esprit élémentaire ; le néant valait mieux que ça, et il s’en saisit d’un coup ! L’appât avait joué son rôle. »
Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – Déraillé. »
Coup de tabac par Terry Pratchett
Fiche de Coup de tabac
Titre : Coup de tabac (Tome 39 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 2011
Traduction : P. Couton
Editeur : L’Atalante
Première page de Coup de tabac
« L’expérience que les gobelins ont du monde se résume au culte, ou peut-être la religion, d’Unggue. En bref, il s’agit d’une religion extrêmement complexe fondée sur le caractère sacré des sécrétions corporelles. Sa doctrine dit en substance : tout ce qui est expulsé de l’organisme d’un gobelin en a forcément d’abord fait partie intégrante et requiert donc qu’on le vénère et qu’on l’entrepose soigneusement afin de le rendre, l’heure venue, à son propriétaire quand il rejoindra sa dernière demeure. En attendant, on conserve la matière dans des pots unggues, remarquables récipients sur lesquels je reviendrai ultérieurement.
Les esprits chagrins se diront qu’aucun être vivant ne peut mener à bien une telle tâche à moins de jouir d’une grosse fortune, d’un espace de stockage considérable et de voisins accommodants.
Aussi la plupart des gobelins s’en tiennent-ils en réalité au Unggue Had – ce que nous pourrions qualifier de forme commune plus souple d’Unggue –, qui englobe le cérumen, les rognures d’ongle de doigt comme d’orteil et la morve. L’eau, en principe, n’est pas reconnue comme unggue mais comme un élément qui traverse l’organisme sans jamais en faire partie : les fidèles font valoir que le liquide ne présente pour ainsi dire pas de différence entre l’entrée et la sortie (ce qui donne un triste aperçu de la fraîcheur de l’eau qu’ils consomment dans leurs tanières souterraines). »
Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – Coup de tabac. »
Je m’habillerai de nuit par Terry Pratchett
Fiche de Je m’habillerai de nuit
Titre : Je m’habillerai de nuit (Tome 38 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 2010
Traduction : P. Couton
Editeur : L’Atalante
Première page de Je m’habillerai de nuit
« UNE BONNE CH’TITE JAEYANTE
Pourquoi, se demandait Tiphaine, les gens aimaient-ils autant le bruit ? Pourquoi y accordaient-ils tant de valeur ?
On aurait cru entendre tout près une vache en train de vêler. Il s’agissait en réalité d’un vieil orgue de Barbarie dont un homme déguenillé en chapeau haut de forme cabossé tournait la manivelle. Elle s’en éloigna furtivement, aussi poliment que possible, seulement c’était un de ces bruits du type collant qui donne l’impression de vouloir vous suivre jusque chez vous si vous le laissez faire.
Mais ce n’était qu’un seul bruit dans le grand chaudron de vacarme environnant, un vacarme exclusivement dû aux gens qui s’efforçaient de produire un vacarme plus grand que celui du voisin. »
Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – Je m’habillerai de nuit. »
Allez les mages ! par Terry Pratchett
Fiche de Allez les mages !
Titre : Allez les mages ! (Tome 37 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 2009
Traduction : P. Couton
Editeur : L’Atalante
Première page de Allez les mages !
« MINUIT, au Musée royal des beaux-arts d’Ankh-Morpork.
À peu près toutes les minutes, le nouvel employé Rudolph Léparpille se disait qu’il aurait peut-être mieux fait tout de même de parler au conservateur de sa nyctophobie, sa crainte des bruits étranges et, il le savait maintenant, sa peur d’absolument tout ce qu’il voyait (et, à la réflexion, qu’il ne voyait pas), entendait, flairait ou sentait lui remonter dans le dos durant ses heures interminables de garde de nuit. Il ne lui servait à rien de se répéter que tout dans le bâtiment était mort. Ça ne le rassurait aucunement. Ça voulait dire qu’il faisait tache.
C’est alors qu’il entendit un sanglot. Un hurlement aurait mieux valu. Au moins, le doute n’est pas permis quand on entend un hurlement. Dans le cas d’un petit sanglot, il faut attendre de l’entendre à nouveau parce qu’on n’a aucune certitude. »
Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – Allez les mages !. »
Monnayé par Terry Pratchett
Fiche de Monnayé
Titre : Monnayé (Tome 36 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 2007
Traduction : P. Couton
Editeur : L’Atalante
Première page de Monnayé
« Attente dans le noir. Marché conclu. Le bourreau. Le golem en robe bleue. Crime et châtiment. Une occasion de faire vraiment de l’argent. La chaîne en simili-or. Pas de cruauté envers les ours. Monsieur Fripon gardien du temps.
Étendus dans le noir, ils montaient la garde. Ils n’avaient aucun moyen de mesurer le temps qui s’écoulait, ni aucune envie de le mesurer. Il y avait eu un temps où ils n’étaient pas là, et il y en aurait un, sans doute, où ils n’y seraient plus, une fois encore. Ils seraient ailleurs. Le temps entre les deux était immatériel.
Mais certains avaient volé en éclats, et d’autres, les plus jeunes, étaient tombés dans le silence.
Il fallait faire quelque chose.
L’un d’eux trouva le réconfort dans le chant. »
Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – Monnayé. »