Catégorie : Livres

 

La vie à reculons par Gudule

Fiche de La vie à reculons

Titre : La vie à reculons
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 1994
Editeur : Le livre de poche

Première page de La vie à reculons

«  Encore merci de votre compréhension », dit la jeune femme en s’apprêtant à sortir du bureau du principal au bras de son mari.

Elle a les yeux d’un bleu intense, lumineux, couleur fonds sous-marins. Le fin treillis de rides qui les souligne précocement détonne dans son visage encore juvénile. Ces yeux-là ont beaucoup pleuré. Ils sont restés ouverts dans le noir durant des nuits et des nuits d’insomnie, à ressasser leur angoisse, leur révolte, des questions auxquelles rien ni personne ne peut répondre : pourquoi lui ? pourquoi MON enfant ?

« Ne vous tracassez pas, répond doucement le principal, je préviendrai ses professeurs ce soir, en réunion. Et vous pouvez leur faire confiance, le secret sera bien gardé. »

La mère a un sourire de reconnaissance navrée :

« Nous avons beaucoup réfléchi, son père et moi, avant de prendre cette décision. Elle est le fruit de douloureuses expériences. Jouer la carte de la transparence, plus jamais ! Vous n’avez pas idée de ce que cet enfant a enduré ! »

Extrait de : Gudule. « La vie à reculons. »

Ne vous disputez jamais avec un spectre par Gudule

Fiche de Ne vous disputez jamais avec un spectre

Titre : Ne vous disputez jamais avec un spectre
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 1997
Editeur : Le livre de poche

Première page de Ne vous disputez jamais avec un spectre

« On déménage ! 

Déménager, je trouve ça génial. Surtout que là où on vit, c’est vraiment pas la joie. Imaginez une H.L.M. aux trois quarts déglinguée, dans une cité pourrie. On habite au huitième étage, et la moitié du temps, l’ascenseur tombe en panne. L’autre moitié, c’est la colonne du videordures qui se bouche. Résultat : quand on n’a pas une demi-heure d’escalade pour arriver chez soi, on est envahis par les ordures des voisins, qui atterrissent dans notre cuisine.

Mais le pire de tout, c’est la bande à Manu. Une dizaine de loustics complètement cinglés. Ils ont beau être à peine plus vieux que moi, ils font la loi dans la cité, et fichent la trouille même aux adultes. 

Tout le monde, ici, rêve d’aller vivre ailleurs. Mais personne ne peut, à cause du prix des loyers. Aussi, quand papa est arrivé, un soir, en brandissant la lettre du notaire, on s’est dit que, nous, on avait une sacrée veine ! »

Extrait de : Gudule. « Ne vous disputez jamais avec un spectre. »

La bibliothécaire par Gudule

Fiche de La bibliothécaire

Titre : La bibliothécaire
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 1995
Editeur : Le livre de poche

Première page de La bibliothécaire

«  Guillaume ? »

Pas de réponse. Affalé sur sa table, la tête posée sur ses bras repliés, Guillaume dort comme un bébé.

« Guillaume ! Je te signale que tu ronfles ! »

Toute la classe éclate de rire, ce qui tire le ronfleur en question de sa somnolence. Il sursaute, ouvre les yeux, se redresse, regarde autour de lui d’un air stupide. Et se retrouve nez à nez avec M. Pennac, son prof de français.

« Je vois avec plaisir que tu reviens parmi nous », commente ce dernier, le sourire moqueur.

Puis, s’adressant aux autres :

« Si nous demandions à ce jeune homme, qui s’est sûrement couché trop tard hier, de nous raconter les rêves qu’il vient de faire ? Je suis sûr que c’est très intéressant ! »

Brouhaha approbateur. Les élèves de cinquième apprécient, de toute évidence, l’humour narquois de leur professeur.

« Mais… monsieur…, bredouille l’intéressé. »

Extrait de : Gudule. « La bibliothécaire. »

Eversion par Alastair Reynolds

Fiche de Eversion

Titre : Eversion
Auteur : Alastair Reynolds
Date de parution : 2022
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : Bélial

Première page d’Eversion

« Un bruit de pas vint me sauver de mon cauchemar. Son approche dénotait l’urgence : des semelles dures battaient le vieux bois qui crissait. Je repris connaissance assis à mon écritoire, la joue pressée sur les pages de mon manuscrit, mon pince-nez posé devant moi, gauchi par le poids de mon front. Je le redressai, le juchai sur mon nez et m’aspergeai le visage avec l’eau d’une cruche en terre cuite couronnée d’un bouchon de liège.

Le pas cessa. On toqua à la porte, avant de l’entrebâiller aussitôt.

« Entrez, Mortlock », dis-je, pivotant sur mon siège pour faire accroire qu’on me tirait d’une activité innocente.

L’enseigne de vaisseau grand et voûté passa la tête et les épaules dans la cabine basse de plafond.

« Comment saviez-vous que c’était moi, docteur Coade ?

– Vous avez une démarche, Mortlock, dis-je d’une voix cordiale. Chacun a la sienne et je me suis rappelé la vôtre. Tôt ou tard, si nous ne faisons pas naufrage, je connaîtrai celle de tous les occupants de ce vaisseau. »

Extrait de : A. Reynolds. « Éversion. »

Les amoureux légendaires par Gudule

Fiche de Les amoureux légendaires

Titre : Les amoureux légendaires (Contes et Légendes)
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 2011
Editeur : Nathan

Sommaire de Les amoureux légendaires

  • Toi et moi
  • Ramesh et Chandra
  • Eros et Psyché
  • Roméo et Juliette
  • La jeune fille au teint de lune
  • La belle et la bête
  • Ceux qui s’étaient aimés dans une autre existence
  • Orphée et Eurydice
  • La fée et le simplet
  • Adam et Eve
  • Tristan et Isolde
  • Sia et Adou
  • Fidèle Pénélope

Première page de Ramesh et Chandra

« CHANDRA, FILLE DE RANJIT SINGH, roi de Madoura, se promenait un soir dans les jardins de son palais. Ses traits étaient empreints de mélancolie et, tout en parcourant les allées bordées de roses en compagnie de sa nourrice, la vieille Oumi, elle se lamentait :
— Quel sort tragique est le mien ! Bientôt, il me faudra quitter ces lieux où je suis née…
— Quitter ces lieux, ma chère enfant ? s’étonna la nourrice. Et pourquoi donc ?
La princesse se mit à pleurer.
— L’infâme Jogendra, souverain de Ghazipour, a demandé ma main à mon père. Le mariage aura lieu à la prochaine pleine lune…
À ces mots, Oumi mêla ses larmes aux siennes, et jusqu’au petit jour leurs plaintes déchirantes montèrent vers le ciel. »

Extrait de : Gudule. « Contes et Légendes – Les amoureux légendaires. »

Des mille et une nuits par Gudule

Fiche de Des mille et une nuits

Titre : Des mille et une nuits (Contes et Légendes)
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 2004
Editeur : Nathan

Sommaire de Des mille et une nuits

  • Shéhérazade
  • Le prince changé en singe
  • L’encombrant cadavre
  • L’astucieux petit chamelier
  • Les trois pommes
  • Histoire d’une tarte au miel et à l’eau de rose
  • Le palais englouti
  • Le mari, la femme et le perroquet
  • L’homme qui mit sa femme dans un bocal
  • Le calife et l’âne
  • Le coffre volant
  • La princesse aux yeux de gazelle
  • La tour des mille tristesses

Première page de Shéhérazade

« JADIS, IL Y A DE CELA des lunes et des lunes, un puissant sultan nommé Schahriar régnait sur l’Orient. Cet homme, jeune, de belle prestance et de grand savoir, avait un terrible défaut : sous le coup de la colère, il pouvait se livrer aux pires cruautés. On le craignait donc, aussi bien à la Cour que dans les pays voisins, et chacun s’efforçait de ne point lui déplaire. Lors, il vivait en paix, entouré de sollicitude, adulé par les siens, ménagé par les autres, et ce bonheur eût pu durer toujours si la Destinée ne s’en était mêlée.

Elle se manifesta un beau matin, sous les traits de l’ambassadeur de Perse.

— Commandeur des Croyants, déclara ce dernier avec une profonde révérence, mon maître, le roi Cassib, serait très honoré de votre visite. Comme vous le savez, il est âgé, malade, et souhaiterait, tant qu’il est temps encore, s’entretenir avec vous de sa succession. Je supplie Votre Grâce d’accepter son invitation. »

Extrait de : Gudule. « Contes et Légendes – Des mille et une nuits. »

Des fées et des princesses par Gudule

Fiche de Des fées et des princesses

Titre : Des fées et des princesses (Contes et Légendes)
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 2001
Editeur : Nathan

Sommaire de Des fées et des princesses

  • Comment la Toinon du ru devint reine
  • La jeune fille aux cheveux de nuit
  • Marie-Pâlotte et Rubiconde
  • Où l’on apprend que le marchand de sable aveuglait les enfants pour les beaux yeux d’une princesse
  • Celle qui faisait pâlir la Lune et les étoiles
  • Histoire d’Anton qui perdit puis retrouva la mémoire
  • La princesse captive
  • Le petit garçon, la fée et la mort
  • L’enchanteur enchanté
  • Petit-Monstre et le roi
  • La source de jouvence
  • L’île ensorcelée

Première page de Comment la Toinon du ru devint reine

« CHAQUE JOUR, au crépuscule, la Toinon menait son troupeau au ru du Bois-Houlet. Tandis que ses brebis se désaltéraient, la bergère s’asseyait sur la berge, mêlant ses larmes amères à l’eau fraîche du ruisseau. Car elle souffrait d’une mélancolie que chaque soir ranimait, et que ni le temps ni les saisons n’étaient capables d’apaiser.
Cette fois-là, donc, Toinon pleurait comme de coutume quand une curieuse lueur capta son attention. On eût dit l’éclat d’un diamant brillant parmi les cailloux. Intriguée, la jeune fille s’essuya les yeux et s’approcha, afin d’observer le phénomène de près. Mais en fait de diamant, elle n’aperçut qu’une libellule, morte en apparence, et qu’entraînait le courant. L’étrange clarté qui en émanait était due au soleil couchant se reflétant dans ses ailes mouillées. »

Extrait de : Gudule. « Contes et Légendes – des fées et des princesses. »

De l’amour par Gudule

Fiche de De l’amour

Titre : De l’amour (Contes et Légendes)
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 2005
Editeur : Nathan

Sommaire de De l’amour

  • Toi et moi
  • Ramesh et Chandra
  • Eros et Psyché
  • Roméo et Juliette
  • La jeune fille au teint de lune
  • La belle et la bête
  • Ceux qui s’étaient aimés dans une autre existence
  • Orphée et Eurydice
  • La fée et le simplet
  • Adam et Eve
  • Tristan et Isolde
  • Sia et Adou
  • Fidèle Pénélope

Première page de Toi et moi

« TOI ET MOI (Conte vietnamien)

Jadis, lorsque le monde n’était pas encore monde ou si peu, vivait sur cette terre un homme nommé Moi. Le Grand Ordonnateur des choses d’ici-bas l’avait placé là, un peu par hasard, au milieu des arbres et des animaux, puis s’en était allé vaquer ailleurs.
Lors, abandonné à son triste sort, Moi s’ennuyait. Au point que chaque jour lui semblait comporter non pas vingt-quatre heures, mais bien davantage. Chaque minute, pour lui, était comme un an, chaque année comme un siècle, de sorte qu’encore dans la fleur de l’âge, il se sentait déjà plus âgé qu’un vieillard. »

Extrait de : Gudule. « Contes et Légendes de l’Amour. »

Mécomptes de fées par Terry Pratchett

Fiche de Mécomptes de fées

Titre : Mécomptes de fées (Tome 12 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 1991
Traduction : P. Couton
Editeur : Pocket

Première page de Mécomptes de fées

« VOICI LE DISQUE-MONDE qui navigue dans l’espace sur le dos de quatre éléphants, eux-mêmes juchés sur la carapace de la Grande A’Tuin, la tortue stellaire.

Autrefois un tel univers passait pour exceptionnel, voire impossible.

Mais… tout était si simple, autrefois.

L’univers baignait alors dans l’ignorance, et le savant le passait à la bâtée tel un prospecteur accroupi au-dessus d’une rivière de montagne, cherchant l’or de la connaissance parmi les graviers de la déraison, le sable de l’incertitude et les petits octopodes aquatiques poilus de la superstition.

De temps en temps il se relevait et lançait une phrase du genre : « Hourra, j’ai découvert la Troisième Loi de Boyle. » Et chacun de savoir où il en était. »

Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – Mécomptes de fées. »

Le faucheur par Terry Pratchett

Fiche de Le faucheur

Titre : Le faucheur (Tome 11 sur 41 – Annales du Disque-monde)
Auteur : Terry Pratchett
Date de parution : 1991
Traduction : P. Couton
Editeur : Pocket

Première page de Le faucheur

« LA DANSE MORRIS est commune à tous les mondes habités du multivers.

On la danse sous des cieux d’azur pour célébrer le réveil de la terre et sous des étoiles stériles parce que c’est le printemps et qu’avec un peu de chance le dioxyde de carbone se dégèlera une fois encore. Ce besoin impérieux anime aussi bien des créatures abyssales qui n’ont jamais vu le soleil que des citadins dont le seul contact avec les cycles de la nature remonte au jour où leur Volvo a écrasé un mouton.

Elle est dansée innocemment par de jeunes mathématiciens à la barbe hirsute au son d’un accordéon qui maîtrise mal Le Locataire de madame Widgery, et impitoyablement par des groupes tels que les Danseurs Morris Ninja de La Nouvelle-Ankh, capables des pires horreurs avec un simple mouchoir et une clochette.

Et on ne la danse jamais correctement.

Sauf sur le Disque-monde, monde plat porté à dos de quatre éléphants qui naviguent à travers l’espace sur la carapace de la Grande A’Tuin, la tortue stellaire. »

Extrait de : T. Pratchett. « Annales du Disque-monde – Le faucheur. »