Catégorie : Livres

 

Le fils de l’homme par Robert Silverberg

Fiche de Le fils de l’homme

Titre : Le fils de l’homme
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1971
Traduction : J. Guiod
Editeur : Le livre de poche

Première page de Le fils de l’homme

« Il s’éveille. Sous lui, la terre noire est froide et humide. Il est allongé sur le dos dans un champ d’herbes écarlates. Un souffle de vent se lève et agite les feuilles, qui se fondent en un ruisseau de sang. Le ciel est d’un bleu métallique, une couleur d’une transparence si intense qu’elle éveille dans son crâne une clameur aussi brève que désespérée. Il découvre le soleil : bas dans le ciel, plus grand qu’il n’aurait dû être, il a l’air légèrement pâle et fragile et semble aplati aux deux pôles. Des brumes nacrées s’élèvent de la terre et tourbillonnent vers le soleil, créant dans leur ascension des spirales de dentelles bleues, vertes et rouges. Un coussin de silence l’oppresse. Il se sent perdu. Il ne voit pas de cités, il ne relève aucune trace de la présence de l’homme dans cette prairie, sur ces collines et par-delà cette vallée. Lentement, il se lève et se dresse face au soleil.
Son corps est nu. Il le touche et découvre sa peau. Avec une curiosité paisible, il examine sa main, posée sous son menton contre la toison brune de sa poitrine. »

Extrait de : R. Silverberg. « Le Fils de l’homme. »

Le dernier chant d’Orphée par Robert Silverberg

Fiche de Le dernier chant d’Orphée

Titre : Le dernier chant d’Orphée
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 2010
Traduction : J. Callier, F. Dolisi
Editeur : ActuSF

Première page de Le dernier chant d’Orphée

« Joue de ta lyre, Orphée. Pince une corde d’or. Et une autre, plus fort. Allez, encore plus fort ! Pour réveiller les morts… Oui, c’est cela : la mort elle-même ne pourra résister à ta musique. Joue de ta lyre, Orphée ; que par toi les morts se relèvent, que sanglotent les rivières, que de chagrin les arbres perdent leurs feuilles…
Pince donc une autre corde, encore plus fort si tu le peux. Plus doucement ensuite, puis en sourdine…
Chante, Orphée !
Chante ta vie, et le pouvoir qui t’a été donné de comprendre le sacré, et les tâches que les dieux t’ont confiées, et les souffrances qui en découlent, et ta mort, aussi… Et chante l’éternel renouveau qui succède à la mort…
Chante ! »

Extrait de : R. Silverberg. « Le Dernier Chant d’Orphée. »

La tour de verre par Robert Silverberg

Fiche de La tour de verre

Titre : La tour de verre
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1970
Traduction : S. Hilling
Editeur : Marabout

Première page de La tour de verre

« Écoutez, aurait voulu dire Siméon Krug, il y a un milliard d’années, il n’y avait pas un seul homme sur Terre, il n’y avait qu’un poisson. Pauvre chose visqueuse pourvue d’écailles, de branchies, et de petits yeux tout ronds. Il vivait dans l’océan, et l’océan était comme une prison, et l’air formait comme un toit au-dessus de sa geôle. Personne ne pouvait traverser le toit. On mourait si on le traversait, disait-on. Mais il y eut un poisson qui le traversa, et il mourut. Et il y en eut un autre, et il le traversa, et il mourut. Mais il y eut un troisième poisson, et il le traversa, et ce fut comme si son cerveau était en feu, ses branchies en flammes, et l’air l’étouffait, et le soleil était une torche dans ses yeux, et il resta gisant dans la boue, attendant la mort, mais il ne mourut pas. Il rampa sur la plage, rentra dans l’eau et dit : « Dites donc, il y a un tout autre monde, là-haut ! » Et il y retourna, et il vécut encore, disons deux jours, et puis il mourut. »

Extrait de : R. Silverberg. « La Tour de verre. »

La semence de la Terre par Robert Silverberg

Fiche de La semence de la Terre

Titre : La semence de la Terre
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1962
Traduction : E. Chedaille
Editeur : Le Masque

Première page de La semence de la Terre

« C’était une chaude et lumineuse journée. Le ciel était pur, et la température avoisinait vingt degrés. Pour New York, une journée d’octobre absolument parfaite qui ne nécessiterait aucune intervention du Service de Contrôle météo. À la station de Scardale, des techniciens au visage maussade s’envolaient pour le Wisconsin où un front froid dévalait du Canada. À trente mille kilomètres au-dessus de Fond du Lac, un satellite leur envoyait en permanence des informations. En Australie, d’autres techniciens allaient procéder à la mise à feu d’un vaisseau spatial. Cent colons partaient la mort dans l’âme pour un monde lointain. À Chicago, où le courrier du matin venait d’être distribué, un fils de famille fixait avec horreur une feuille de papier bleu. À Londres, où le facteur était passé quelques heures plus tôt, une jeune vendeuse avait le visage défait. Elle aussi venait de recevoir un avis du Bureau de la Colonisation. »

Extrait de : R. Silverberg. « La Semence de la Terre. »

La porte des mondes par Robert Silverberg

Fiche de La porte des mondes

Titre : La porte des mondes
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1967
Traduction : A. Saumont
Editeur : Pocket

Première page de La porte des mondes

« À TRAVERS L’OCÉAN

 Bientôt, sûrement – d’ici l’année 1980, peut-être – on aura fini d’inventer les machines volantes et il faudra seulement deux jours pour traverser l’océan, à la façon des oiseaux. Mais en cet an de grâce 1963 dont je voudrais parler, un tel exploit était encore chimérique. Et c’est tout simplement en bateau que je me suis rendu au Nouveau Monde.
Ce fut, sur une mer agitée, une longue traversée, et j’en garde un fort mauvais souvenir. Mais avant de gémir et me plaindre je veux d’abord vous parler de moi. Je ne suis pas du tout certain que cet ouvrage trouve jamais un lecteur. À part moi, bien sûr. Je l’écris donc pour moi, et j’espère par là y voir plus clair dans ce qui m’est arrivé durant mon séjour aux Hespérides. Mais qui sait ? Supposons que j’écrive ici un livre qui devienne célèbre dans le monde entier, qu’on traduise en toutes les langues, même en turc et en arabe. Si cela devait arriver, il est préférable qu’on sache tout de suite qui je suis. »

Extrait de : R. Silverberg. « La Porte des Mondes. »

La porte des mondes – l’intégrale par Robert Silverberg, John Brunner et Chelsea Quinn Yarbro

Fiche de La porte des mondes – l’intégrale

Titre : La porte des mondes – l’intégrale
Auteur : Robert Silverberg, John Brunner et Chelsea Quinn Yarbro
Date de parution : 2015
Traduction : H. Collon, L. Dupra
Editeur : Mnémos

Sommaire de La porte des mondes – l’intégrale

  • La porte des mondes
  • Tombouctou à l’heure du Lion
  • Sous le signe de la rose
  • L’exaltation des araignées

Première page de La porte des mondes – l’intégrale

« À TRAVERS L’OCÉAN
 
Bientôt, sûrement – d’ici l’année 1980, peut-être – on aura fini d’inventer les machines volantes et il faudra seulement deux jours pour traverser l’océan, à la façon des oiseaux. Mais en cet an de grâce 1963 dont je voudrais parler, un tel exploit était encore chimérique. Et c’est tout simplement en bateau que je me suis rendu au Nouveau Monde.
Ce fut, sur une mer agitée, une longue traversée, et j’en garde un fort mauvais souvenir. Mais avant de gémir et me plaindre je veux d’abord vous parler de moi. Je ne suis pas du tout certain que cet ouvrage trouve jamais un lecteur. À part moi, bien sûr. Je l’écris donc pour moi, et j’espère par là y voir plus clair dans ce qui m’est arrivé durant mon séjour aux Hespérides. Mais qui sait ? Supposons que j’écrive ici un livre qui devienne célèbre dans le monde entier, qu’on traduise en toutes les langues, même en turc et en arabe. Si cela devait arriver, il est préférable qu’on sache tout de suite qui je suis. »

Extrait de : R. Silverberg, J. Brunner et C. Q. Yarbro. « La Porte des mondes – intégrale. »

La guerre du froid par Robert Silverberg

Fiche de La guerre du froid

Titre : La guerre du froid
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1964
Traduction : J.-C. Deret
Editeur : Le livre de poche

Première page de La guerre du froid

« LA CITÉ SOUS LA GLACE
Le jour – ou, du moins, ce qui passait pour le jour dans la cité souterraine de New York – était déjà bien avancé. De pâles lumières brillaient dans les couloirs du niveau C. Des silhouettes se déplaçaient lentement le long de l’interminable vestibule. À cette heure-là, la plupart des New Yorkais s’installaient pour une confortable soirée.
Jim Barnes s’arrêta devant une porte épaisse, dans la section résidentielle du niveau C, et frappa vivement de son index replié. Il attendit un bon moment, fourrageant de la main à travers son épaisse chevelure rouge clair. Puis la porte s’ouvrit et un petit homme trapu apparut. C’était Ted Callison, le propriétaire de la chambre. »

Extrait de : R. Silverberg. « La guerre du froid. »

La fête de St Dionysos par Robert Silverberg

Fiche de La fête de St Dionysos

Titre : La fête de St Dionysos
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1980
Traduction : S. Baker
Editeur : Jean Claude Lattès

Sommaire de La fête de St Dionysos

  • La route morte
  • Groupe
  • Breckenridge et le continuum
  • La maison des doubles esprits
  • Destination fin du monde
  • La fête de St Dionysos

Première page de La route morte

« Mollement étendu avec Ombre sur les épaisses fourrures de la douillette cabine des passagers, Feuille comprit que son repos tirait déjà à sa fin ; la pluie battait les flancs de l’aéro-char, et si cette pluie était bien celle qu’il craignait, il allait devoir reprendre les rênes.
Cela faisait neuf jours que la Dent avait entrepris de dévaster les provinces orientales. Fuyant le féroce appétit des envahisseurs, ils étaient quatre à bord de l’aéro-char qui flottait le long de la Route de l’Araignée quelque part entre Theptis et la Côte du Scandinave, filant vers l’ouest, aussi vite que possible. Le petit Moustique tenait les rênes magnétiques, il était le guide-songe, commandant à l’attelage des six cavales de la nuit qui tiraient le char ; dans la cabine centrale, le massif Airain devait – comme à l’accoutumé – ressasser son plan de vengeance contre la Dent. Feuille et Ombre profitaient donc de quelques instants de répit, quelques instants seulement, hélas ! »

Extrait de : R. Silverberg. « La fête de Saint-Dionysos. »

La face des eaux par Robert Silverberg

Fiche de La face des eaux

Titre : La face des eaux
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1991
Traduction : P. Berthon
Editeur : Le livre de poche

Première page de La face des eaux

« Il y avait du bleu au-dessus et un bleu d’une autre nuance au-dessous, deux immensités vides et inaccessibles, et le navire semblait presque flotter, suspendu entre les deux immensités bleues, sans les toucher, totalement immobile, encalminé. Mais, en réalité, il était bien à sa place, sur l’eau et non au-dessus, et il suivait sa route. Depuis quatre nuits et quatre jours, il voguait vers le large, s’éloignant inexorablement de Sorve, s’enfonçant dans les étendues inexplorées de l’océan.
 
Quand, au matin du cinquième jour, Valben Lawler monta sur le pont du navire de tête, il vit des centaines de longs museaux argentés qui sortaient de l’eau de tous côtés. C’était nouveau. Le temps, lui aussi, avait changé : le vent était tombé et la mer était calme, une mer d’huile, mais qui semblait avoir une qualité étrangement électrique, potentiellement explosive. Les voiles étaient flasques et les cordages pendaient mollement. Une écharpe de brume barrait le ciel d’un mince trait gris, comme quelque envahisseur venu du bout du monde. Grand, mince, dans la force de l’âge, Lawler avait un corps d’athlète, musclé et gracieux. Il regarda en souriant les étranges créatures entourant le navire, dont la laideur était telle[…] »

Extrait de : R. Silverberg. « La Face des eaux. »

L’oreille interne par Robert Silverberg

Fiche de L’oreille interne

Titre : L’oreille interne
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1972
Traduction : G. Abadia
Editeur : Gallimard

Première page de L’oreille interne

« Donc, il faut que je descende à la fac pour essayer de gratter à nouveau quelques dollars. Il ne m’en faut pas tellement pour vivre – 200 par mois font parfaitement l’affaire – mais les fonds sont en baisse, et je n’ose plus emprunter à ma frangine. Bientôt, les étudiants auront besoin de remettre leur premier devoir du semestre, et ça rapporte toujours. Le cerveau fatigué, érodé, de David Selig est une fois de plus à louer. Je devrais me faire au moins 75 dollars par cette matinée dorée d’octobre. L’air est sec et limpide. Une zone de haute pression recouvre la ville de New York, d’où l’humidité et la brume sont bannies. Par un tel temps, mes pouvoirs déclinants font encore merveille. Allons-y donc sans plus attendre, toi et moi, tandis que le matin s’étale dans le ciel. Direction Broadway-IRT. Préparez vos jetons, s’il vous plaît.
Toi et moi. De qui donc est-ce que je parle ? Je vais seul en ville après tout. Toi et moi.
Naturellement, je parle de moi et de cette créature qui vit en moi, tapie sournoisement dans son antre, épiant les mortels qui ne se doutent de rien.  »

Extrait de : R. Silverberg. « L’oreille interne. »