Catégorie : Livres
La falaise par Th. Cryde

Fiche de La falaise
Titre : La falaise
Auteur : Th. Cryde
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de La falaise
« David Bishop était né dans les filets.
Son père, Simon, agriculteur sur les champs de crête, mourut peu de temps après sa naissance. Au sortir d’une serre hydroponique, son tracteur, très alourdi par une herse chargée de boue, dérapa brutalement et l’engin glissa vers le bord de l’îlot. Il versa sur la crête. Simon Bishop fut projeté hors de la cabine. Sa sangle de sécurité se rompit. L’homme fut emporté dans le vide par la force centrifuge, vers les nuages noirs. Des témoins trop éloignés pour intervenir le virent qui tentait de nager dans le vide, malgré ses blessures, pour rejoindre l’îlot, mais il était déjà trop tard. Il fut absorbé rapidement par les nuages roulants. Comme toutes les veuves de l’îlot, la mère de David fut exécutée dans le Grand Passage. Déjà à l’époque, les problèmes de surpopulation exigeaient des solutions radicales que le Conseil appliquait sans faiblesse. »
Extrait de : T. Cryde. « La Falaise. »
L’endroit bleu par Th. Cryde

Fiche de L’endroit bleu
Titre : L’endroit bleu
Auteur : Th. Cryde
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’endroit bleu
« L’homme appuyait son front contre la vitre froide. Une buée grasse arrondissait les angles du carreau. Celui-ci vibrait imperceptiblement à cause de la chaufferie qui se trouvait enterrée juste au-dessous de la salle. D’ailleurs, toute la base vibrait si l’on voulait se donner la peine de poser la main contre les parois.
Et la climatisation avait des ratés.
Le paysage était toujours le même, à peine éclairci par l’hiver approchant. L’homme connaissait les moindres détails de ces dunes désolées qui moutonnaient à perte de vue. Il se prenait parfois à espérer que le vent, la pluie (si rare !) ou toute autre perturbation naturelle viendrait un jour modifier l’ordonnance de ce troupeau de sable rouge, mais son espérance avait jusqu’à présent toujours été déçue.
Celle-là et bien d’autres depuis qu’il était arrivé dans la base. Heureusement que son temps de service tirait à sa fin ! Ensuite, il pourrait partir avec…
Au-delà des dunes (dans la base, ils disaient « les collines », sans doute pour ne pas sentir le poids du désert qui augmentait leur solitude), il y avait le lac. »
Extrait de : T. Cryde. « L’endroit bleu. »
La semaine carnivore par Th. Cryde

Fiche de La semaine carnivore
Titre : La semaine carnivore (tome 3 sur 3 – Le cycle des insectes)
Auteur : Th. Cryde
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de La semaine carnivore
« Quelques couples de danseurs tourbillonnaient encore entre les glaces, malgré l’heure tardive. Simples amoureux de la danse, ou vieux rêveurs d’un temps révolu glissant leurs pas sur les parquets vernis, levant parfois la tête vers les lustres de cristal artificiel, l’espace d’une valse, le temps de se prendre pour des personnages puissants, qu’on admirerait encore…
Mais seuls les humains dansaient aux sons des synthétiseurs. Les mutants avaient la danse en horreur. Et Morna Djougach ne faisait pas exception, bien au contraire.
Elle ne se rendait aux réceptions du Conseil que parce que son père, Joseph Djougach, le lui demandait. Parce que sa position de Gouverneur exigeait, au nom de la vieille étiquette surannée des hommes, qu’il se présentât en grand uniforme, accompagné de sa descendance.
C’était l’occasion pour Morna de mettre en valeur sa beauté froide, le plus souvent grâce à des toilettes imitées de l’ancien temps. La robe fourreau de soie noire aux incrustations métalliques qu’elle portait ce soir-là laissait son dos et ses bras nus. Son décolleté plongeait de façon vertigineuse entre ses seins à peine dissimulés, jusqu’au nombril. »
Extrait de : T. Cryde. « La semaine carnivore – Le cycle des insectes. »
Osmose par Th. Cryde

Fiche de Osmose
Titre : Osmose (tome 2 sur 3 – Le cycle des insectes)
Auteur : Th. Cryde
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Osmose
« Angelina courait maintenant sur l’étroite passerelle de fer qui surplombait les turbines, à mi-hauteur de l’énorme barrage.
Elle regardait droit devant, à travers ses larmes, vers l’autre rive, le souffle rauque, ses pieds nus écorchés par la rouille des plaques de mêlai disjointes. Sa hanche meurtrie par le coup île crosse du soldat lui diffusait jusqu’à l’aine une douleur brûlante. Ses pas étaient mécaniques ; chacune de ses jambes griffées par les ronces se portait devant l’autre, poussant son petit corps maigre toujours plus en avant sur l’arc tendu de la passerelle.
Derrière elle, les caillebotis aux arêtes tranchantes vibraient et résonnaient comme si les traces humides de ses pieds avaient été d’un poids suffisant pour ébranler l’ensemble de cette architecture arachnéenne.Une brusque saute de vent, au milieu du vide, fit trébucher Angelina.
Elle glissa sur la rouille friable et tomba en-avant, heurtant sèchement du genou l’un des barreaux de la rampe. Un cri plaintif s’échappa de ses lèvres gercées lorsqu’elle vit l’écorchure d’un rouge brillant au travers de sa robe de toile informe et déchirée. Une brutale envie de vomir gonfla une boule amère au fond de sa gorge. Elle ouvrit la bouche, laissant l’air froid de l’aube pénétrer entre ses dents. »
Extrait de : T. Cryde. « Osmose – Le cycle des insectes. »
La nuit des insectes par Th. Cryde

Fiche de La nuit des insectes
Titre : La nuit des insectes (tome 1 sur 3 – Le cycle des insectes)
Auteur : Th. Cryde
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de La nuit des insectes
« Uma Kembere regardait d’un œil méfiant la haute silhouette du laboratoire qui se détachait sur les collines écrasées de soleil. Il ne comprenait pas ce qui se passait.
Toute la nuit, de lourds engins militaires avaient déchargé dans la cour ouverte sur la brousse un imposant matériel; des ordres avaient été criés, des escouades s’étaient disséminées au pas de course dans les broussailles qui entouraient le bâtiment.
Uma Kembere ne comprenait ni la nature, ni la raison de cette agitation. Même aux heures de fraîcheur, le laboratoire était d’ordinaire beaucoup plus calme.
Il n’avait jamais pénétré à l’intérieur mais connaissait assez bien les sentinelles qui en gardaient l’accès en permanence. Il les connaissait, mais elles n’étaient pas bavardes. Par contre, sur la place du marché, les langues se déliaient plus facilement. Les anciens et les femmes, chaque groupe séparé et campé dans un endroit bien précis, parlaient du laboratoire et des mystérieuses recherches que faisaient les Blancs… »
Extrait de : T. Cryde. « La nuit des insectes – Le cycle des insectes. »
Le semeur d’ombres par Michel Honaker

Fiche de Le semeur d’ombres
Titre : Le semeur d’ombres
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le semeur d’ombres
« Comptoir spatial d’Intimar, 14e Secteur Habité de l’Outre-Monde.
« Ici Alan Pierce, de votre centre de Coordination chéri ! Bonne année à tous les petits veinards qui se sont fait baiser pour aller patauger dans la mélasse en cette première nuit de l’an de grâce… euh, j’ai déjà oublié le millésime, désolé ! Mais haut les cœurs, les copains. Encore quatre heures au jus et puis vous pourrez rentrer chez vous finir les restes. Je veux dire ceux qu’aura bien voulu laisser l’amant de votre femme, ha ! ha ! ha !
— Youpi, répondit sinistrement Cheval Bandant à mes côtés, qui lui au moins ne cherchait pas à dissimuler son dégoût à l’égard des rigueurs du planning de service. D’ailleurs, et d’une façon générale, Cheval Bandant n’avait pas pour habitude de dissimuler quoi que ce soit. C’était un personnage foncièrement honnête, direct et très indulgent à l’égard d’autrui. Suffisamment indulgent pour tolérer ce sobriquet ridicule qui voulait faire allusion avec humour à ce fort pourcentage de sang indien qu’il revendiquait avec hauteur. »
Extrait de : M. Honaker. « Le semeur d’ombres. »
Le fouilleur d’âmes par Michel Honaker

Fiche de Le fouilleur d’âmes
Titre : Le fouilleur d’âmes
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le fouilleur d’âmes
« Félix Neighbors n’avait plus de salive. Sa langue était soudée à son palais. Il conduisait dans la nuit, droit devant lui, incapable de penser. Serrant les dents à les briser. Son regard fou était vrillé sur la route qui sinuait telle une vilaine balafre dans la lumière crue des phares. Il enfonçait ses ongles dans le cuir du volant. Une sueur glacée lui collait la chemise à la peau. Il avait l’impression d’être enveloppé dans un suaire. Cette pensée, qui lui aurait répugné quelques mois plus tôt, ne rencontrait plus que son indifférence.
L’indifférence. Il était indifférent à tout.
Sauf à ce qui le poursuivait.
Il n’appartenait déjà plus à ce monde. Son corps n’était plus qu’une coquille vide. Sa pensée était ailleurs. Ailleurs. Il fut tenté de précipiter la voiture dans le profond ravin qui s’ouvrait devant lui. De plonger dans l’obscurité où s’enlisait le faisceau des phares. Mourir. Il accéléra. En finir. »
Extrait de : M. Honaker. « Le fouilleur d’âmes. »
Le bourreau de la pleine lune par Michel Honaker

Fiche de Le bourreau de la pleine lune
Titre : Le bourreau de la pleine lune
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2003
Editeur : Gallimard
Première page de Le bourreau de la pleine lune
« An de grâce 1245, sous le règne du roi saint Louis.
– Après tout, je peux bien vous dévoiler le but de mon voyage. Vois-tu enfant, je suis bailli extraordinaire de Sa Majesté le roi Louis et je me rends au château de Mortecombe. Il se trouve qu’un mystère des plus étonnants a plongé les habitants de cette baronnie dans un grand effroi et je suis chargé d’enquêter à ce sujet.
Fernand de Solamor avait parlé de cette voix solennelle dont il semblait ne vouloir jamais se départir. Peut-être un soudain sentiment de solitude l’avait-il poussé à la confidence, à moins qu’il n’ait simplement voulu retrouver l’usage de ses lèvres gelées. Il chevauchait depuis plusieurs lieues sur cette route abandonnée de Champagne en compagnie d’un jeune inconnu. Il l’avait jusqu’alors traité avec hauteur non seulement parce qu’il montait une mauvaise mule, mais également à cause de son âge. Il est vrai que Gabriel de Nivert sortait à peine de l’adolescence. Ses cheveux de lin coupés au bol flottaient sur ses épaules grêles. De sa figure aiguisée comme le tranchant d’une hache se dégageait un nez remarquablement long et bosselé, dont la laideur était mal compensée par deux yeux en amande, clairs et vifs comme des alevins. »
Extrait de : M. Honaker. « Le Bourreau de la Pleine Lune. »
Le baron ténèbre par Michel Honaker

Fiche de Le baron ténèbre
Titre : Le baron ténèbre
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1998
Editeur : Flammarion
Première page de Le baron ténèbre
« Maître Baldenbrock avait veillé à ce que la fête fût digne de l’événement. Aidé de quelques compagnons, il avait décoré sa taverne — l’une des plus estimables de la bonne ville de Perth —, avec force guirlandes de feuilles de chêne et bougies multicolores. La longue table débordait de victuailles, les tonneaux s’alignaient noblement, attestant qu’il avait dépensé sans compter. Diable, on ne mariait sa fille qu’une fois !
Par-dessus tout, l’aubergiste tirait fierté de la chambre nuptiale qu’il avait aménagée avec soin. Il n’avait lésiné ni sur les rubans, ni sur les fleurs, et, pour couronner le tout, avait disposé sur la commode la cassette ouvragée — présent de sa défunte épouse — contenant les cent écus d’or de la dot.
À présent, il était assis tristement et contemplait ce déploiement inutile le menton dans la paume de sa main, l’air abattu. Cousins, voisins, habitués étaient venus en nombre. »
Extrait de : M. Honaker. « Le baron ténèbre. »
La sorcière de midi par Michel Honaker

Fiche de La sorcière de midi
Titre : La sorcière de midi
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Rageot Editeur
Première page de La sorcière de midi
« … J’attends depuis longtemps sur le bord de cette grande route pas loin de mon village, où les camions ne s’arrêtent jamais. Je ne suis pas encore fatigué d’attendre, même si j’ai les pieds qui commencent à devenir tout bleus dans mes chaussettes mouillées. J’ai déjà mangé le sandwich que ma mère m’a donné avant de partir, en me disant qu’aller sur la route pour devenir grand, c’était plus difficile que je ne pensais et qu’aussi je devrais faire très attention de ne pas parler à tort et à travers comme ça m’arrive souvent. J’ai mangé le sandwich parce que j’avais faim. J’ai souvent très faim et c’est pour ça que je suis un peu plus gros que les autres. Mais si on veut devenir grand, il vaut mieux être un tout petit peu gros aussi…
— Ed ?
J’attends le car qui emmène les grandes personnes dans la vallée, où il y a une ville pleine de rues, des rues pleines de maisons, et sur les maisons plein d’antennes pour voir les dessins animés à la télé. Il faut prendre ce car-là pour devenir grand. »
Extrait de : M. Honaker. « La Sorcière de Midi. »