Catégorie : Livres
La nuit appartient au tigre par Michel Honaker

Fiche de La nuit appartient au tigre
Titre : La nuit appartient au tigre
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2016
Editeur : Denoël
Première page de La nuit appartient au tigre
« Le monde appartient aux Hommes, mais la nuit appartient au Tigre.
Elle est mon alliée. Ma compagne.
Elle me dérobe à votre vue quand je m’approche de vos maisons.
Le stupide macaque peut bien s’agiter dans les arbres, le buffle bramer au fond de son étable, le chien aboyer dans la ruelle, mon ombre se confond dans l’obscurité. Quand bien même apparaît la lune, mes rayures me rendent indécelable parmi herbes et broussailles.
Ainsi je peux me glisser derrière vous.
Tout près.
Sans bruit. À votre insu.
Je perçois votre respiration inquiète et le battement agité de votre cœur.
Hommes, vous êtes si vulnérables.
Ce soir, ce ne sera pas vous, mais un autre que j’ai choisi.
Il a passé sa journée entière dans la rizière, avec de l’eau jusqu’aux chevilles. »
Extrait de : M. Honaker. « La nuit appartient au tigre. »
L’oreille absolue par Michel Honaker

Fiche de L’oreille absolue
Titre : L’oreille absolue
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’oreille absolue
« L’arche plongeait dans l’infini, complexe et rebelle, empreinte pourtant d’une singulière beauté, d’une indicible harmonie. Son orgueilleuse structure s’élaborait sans à-coups, patiemment, telle une toile d’araignée filée par des doigts invisibles. Elle semblait personnifier la force du génie créateur, farouche, indépendant. Pourtant, au détour d’une saillie ombreuse, d’une volute interrogative, elle trahissait l’incertitude, la fragilité de son concepteur, sa profonde humanité.
Elle avait pris corps dans ce rien, ce vide, ce néant où mille univers pourtant semblaient coexister.
Il décida de l’appeler Faust.
Aussitôt, une clarté nouvelle vint nimber l’édifice, déchirer ses recoins ténébreux, adoucir ses angles, sans pour autant donner le sentiment d’altérer sa marche implacable. Cette coulée de pétales d’or pur, délicats et ondoyants, évoquait la dualité amoureuse, mélange de pureté et de sensualité. »
Extrait de : M. Honaker. « L’oreille absolue. »
Enfer et purgatoire par Michel Honaker

Fiche de Enfer et purgatoire
Titre : Enfer et purgatoire
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Enfer et purgatoire
« Nelson Grocke habitait à ciel ouvert, dans une allée de colonnes antiques, ce qui relevait d’une hérésie suicidaire pour la plupart des habitants de Purgatoire.
Aucun module d’accélération n’arrivait jusqu’à lui.
Aucune rumeur de la ville.
Aucun cri d’agonie.
Rien que le vent, quand il trouvait par hasard l’entrée du labyrinthe de structures gauchies, proches de la renverse. Quand il échappait à la vigilance des soupirails romains. Quand il faussait compagnie à l’étreinte des voussures gothiques et filait sous les portiques moyenâgeux. Alors il apportait l’odeur des vieilles pierres et des enjolivures moisies, le relent des tumulus inexplorés et Grocke restait des heures à s’enivrer des séductions olfactives du lointain passé.
Quelques décennies plus tôt, on avait rassemblé en ce lieu toutes les merveilles d’architecture du monde. »
Extrait de : M. Honaker. « Enfer et Purgatoire. »
Croisière en meurtre majeur par Michel Honaker

Fiche de Croisière en meurtre majeur
Titre : Croisière en meurtre majeur
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1993
Editeur : Rageot Editeur
Première page de Croisière en meurtre majeur
« Le Havre, 17 avril 1891
L’embarcadère était noir de monde. Il régnait cette ambiance particulière d’avant le départ, où la peine le dispute à l’allégresse, où l’on s’étreint une dernière fois avec émotion. Les amoureux s’embrassaient sous le regard indulgent des vieilles personnes. Des enfants pleuraient. Des mouchoirs s’agitaient comme autant d’ailes blanches.
Le paquebot fit retentir le son bourru de sa sirène. L’appareillage n’était qu’une question de minutes. Le Bretagne était bien le mastodonte décrit sur l’affiche publicitaire qui ornait l’entrée du port. Spécialement conçu pour affronter les longues traversées, il se flattait de rivaliser avec ses plus prestigieux concurrents britanniques et allemands. De fait, il avait une longueur impressionnante et l’aspect imposant d’une forteresse. Les seules cheminées étaient aussi hautes qu’une maison. Il filait quatorze nœuds, ce qui était considérable pour l’époque. »
Extrait de : M. Honaker. « Croisère en Meurtre Majeur. »
Carabosse par Michel Honaker

Fiche de Carabosse
Titre : Carabosse – La légende des cinq Royaumes
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2014
Editeur : Flammarion
Première page de Carabosse
« C’était en cette forêt d’Ascagne où les arbres millénaires murmuraient encore les contes d’autrefois, où les esprits bénéfiques folâtraient parmi les fougères. Les korrigans y bayaient aux étoiles, et les créatures aux mille secrets pouvaient paraître et scintiller dans le clair-obscur.
C’était en ce lieu autrefois béni par le savoir des elfes et des personnes oubliées que se rendait la cavalière à long manteau, dont le capuchon abaissé dissimulait le visage au pâle éclat. Autrefois, une cité entière s’était dressée ici, puisant dans l’architecture de pierre blanche qu’affectionnaient ces êtres délicats aujourd’hui disparus, avec ces encorbellements surchargés, ces jardins émiettés et ces avalanches de marbre faites escaliers. Seuls en restaient de cet âge des vestiges que les liserons voraces avaient étouffés sous leur règne, à l’exception d’une clairière miraculeusement préservée.
Erlath, roi des elfes, avait vécu ici des siècles auparavant. »
Extrait de : M. Honaker. « Carabosse, la légende des cinq royaumes. »
The city & the city par China Miéville

Fiche de The city & the city
Titre : The city & the city
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2009
Traduction : N. Mège
Editeur : Fleuve noir
Première page de The city & the city
« On ne distinguait pas la rue, et guère la cité. Nous étions entourés de barres marbrées de crasse où des hommes et des femmes au cheveu matinal se penchaient à la fenêtre pour nous observer, la tasse à la main. Cet espace à découvert entre les immeubles avait été paysagé jadis. Imitation enfantine de géographie, il penchait comme un parcours de golf. On avait peut-être voulu le boiser, y creuser une mare. Il y avait des taillis aux arbustes morts.
Des ornières de voiture et des sentiers improvisés entre les ordures sillonnaient la pelouse envahie de chiendent. Des policiers vaquaient à leurs tâches. D’autres enquêteurs m’avaient précédé sur place – j’en ai repéré trois, dont le brigadier Bardo Naustin –, mais j’étais le plus haut en grade. J’ai suivi Naustin jusqu’à l’emplacement où s’étaient rassemblés la plupart de mes collègues, entre un bâtiment bas, à l’abandon, et un skate park cerné de grosses poubelles en forme de bidons. On entendait les quais juste derrière. Des agents en tenue étaient campés devant un groupe de jeunes assis sur un muret. Les mouettes décrivaient des cercles au-dessus de tout ce monde. »
Extrait de : C. Miéville. « The city & the city. »
Merfer par China Miéville

Fiche de Merfer
Titre : Merfer
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2012
Traduction : N. Mège
Editeur : I2N
Première page de Merfer
« Ceci est l’histoire d’un jeune ensanglanté.
Planté là. Il tangue autant qu’un arbuste secoué par le vent. Il est rouge, mais rouge ! Si seulement c’était de la peinture ! Ça lui forme une flaque autour de chaque pied, de l’écarlate qui raidit aussi ses cheveux trempés & qui épaissit ses vêtements (impossible de dire de quelle couleur ils étaient avant).
Seuls ses yeux se détachent sur le reste. Le blanc luit presque au milieu de tout ce sang, deux ampoules dans une pièce noire. Le jeune regarde dans le vague, fiévreusement.
La situation n’est pas si macabre qu’il y paraît. Sur place, il n’y a pas que lui à être ainsi maculé. D’autres gens tout aussi rouges, tout aussi trempés l’entourent. Ils chantent avec entrain.
Le jeune est perdu. Rien n’est réglé. Il avait cru que ça pourrait se résoudre. Cru que cet instant l’éclairerait. Sauf qu’il a toujours la tête vide, ou pleine de choses qu’il ignore. »
Extrait de : C Miéville. « Merfer. »
Les derniers jours du nouveau Paris par China Miéville

Fiche de Les derniers jours du nouveau Paris
Titre : Les derniers jours du nouveau Paris
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2016
Traduction : N. Mège
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Les derniers jours du nouveau Paris
« Une rue éclairée. Derrière un mur de la ville éventrée, les nazis tiraient.
Par-delà la barricade, à l’arrière-plan d’une série de mannequins accolés en un cancan cru, Thibaut aperçut le kaki d’hommes de la Wehrmacht en train de s’égailler. Les tenues de combat grises, le noir ss, le bleu de la Kriegsmarine s’illuminaient à chaque flamboiement d’arme. Quelque chose avait dévalé la rue de Paradis dans un mugissement de caoutchouc, sinuant entre cadavres et ruines. Quelque chose qui filait droit vers les Allemands.
Deux femmes sur un tandem ? Elles arrivaient très vite.
Les soldats tirèrent, réarmèrent, puis s’enfuirent : le véhicule qui fonçait sur eux ne s’était pas détourné et n’était pas tombé sous leurs salves.
Un raclement de chaînes. Il n’y avait qu’une cycliste, c’était clair à présent. L’autre n’était qu’un buste saillant à l’avant, une figure de proue s’élevant là où il aurait dû y avoir un guidon ; elle était extrudée du métal. Elle avait les bras en arrière, enroulés en leur extrémité comme du corail. Elle étirait le cou, écarquillait les yeux. »
Extrait de : C. Miéville. « Les derniers jours du Nouveau-Paris. »
Légationville par China Miéville

Fiche de Légationville
Titre : Légationville
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2012
Traduction : N. Mège
Editeur : I2N
Première page de Légationville
« Les enfants de la Légation avaient tous vu arriver le navire. Ils le peignaient depuis plusieurs jours sous la houlette de leurs enseignants et de leurs parents-de-garde. On avait consacré l’un des murs de la salle à leurs idées. Il s’est écoulé des siècles depuis que le dernier vacuscaphe a craché des flammes comme ils se l’imaginaient, mais on a coutume de les montrer suivis de tels sillages de feu. Dans ma prime jeunesse, je les représentais ainsi.
J’ai scruté les barbouillis, tandis que le pilote qui se tenait à côté de moi se penchait lui aussi.
— Regarde, ai-je lancé. Tu vois ? C’est toi.
Un visage au hublot. Mon voisin a souri. S’inspirant de la silhouette stylisée, il a mimé un capitaine à la barre.
— Il faut nous pardonner. (Du menton, j’ai indiqué les décorations.) Nous avons des aspects provinciaux.
— Non, non, a-t-il assuré.
J’étais son aînée, et sur mon trente et un. Je semais de l’argot immer dans mes commentaires. Il adorait que je le prenne au dépourvu. J’avais le chic pour le faire. »
Extrait de : C. Miéville. « Legationville. »
Le roi des rats par China Miéville

Fiche de Le roi des rats
Titre : Le roi des rats
Auteur : China Miéville
Date de parution : 1998
Traduction : F. Lévy-Paolini
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le roi des rats
« Les trains qui entrent dans Londres arrivent comme des navires voguant sur les toits. Ils passent entre les tours qui montent à l’assaut du ciel tels des animaux marins au long cou et les énormes réservoirs de gaz qui se vautrent comme des baleines dans les buissons sales. Plus bas, dans les profondeurs, s’alignent de petites boutiques et d’obscures franchises, des cafés à la peinture écaillée et des commerces logés sous les arches au-dessus desquelles passent les trains. Les couleurs et les couches des graffitis couvrent tous les murs. Les fenêtres des derniers étages passent si près que les voyageurs peuvent regarder à l’intérieur, dans les petits bureaux vides et les placards des boutiques. Ils distinguent les contours des calendriers commerciaux et des pin-up sur les murs.
Les rythmes de Londres s’épuisent ici, dans la zone sans relief qui s’étend entre la banlieue et le centre.
Petit à petit, les rues s’élargissent et les noms des boutiques et des cafés deviennent plus familiers, les grands axes sont plus salubres, la circulation plus dense. La ville s’élève à la hauteur des voies. »
Extrait de : C. Miéville. « Le Roi des Rats. »