Catégorie : Livres
Mission M’other par Pierre Bordage

Fiche de Mission M’other
Titre : Mission M’other
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2011
Editeur : ActuSF
Première page de Mission M’other
« 12 OCTOBRE 2032.
Premiers mots…
Je m’appelle Lia et j’ai quinze ans, ou peut-être seize… je crois. Je ne pensais pas que j’aurais un jour autant de mal à tenir un crayon… Un simple clignement de paupières me coûte une énergie folle. Obligée de me reposer entre deux mots, je suis sanglée sur ma couchette. J’ai trouvé ce carnet et un stylo. Écrire est la seule chose qui me vienne à l’esprit. Dire que je volais avec une légèreté infinie à l’intérieur de M’Other !
Envie de vomir. Froid.
Papa Viktor et maman Judith sont morts… Je voudrais pleurer. Mes larmes ne coulent pas. Suis-je morte avec eux ?
Un flot de lumière est entré par le hublot et m’a brûlé les yeux. Je les ai gardés fermés un long moment.
Mal au crâne.
Mal partout.
Ce carnet, ces quelques mots, c’est tout ce qu’il me reste… Des souvenirs affluent en désordre… lueurs des flammes dans le vaisseau, odeur de brûlé, hurlements, goût de la peur dans la gorge… sentiment d’urgence… je file à toute allure dans les coursives, je me vois allongée sur ma couchette, je flotte au-dessus de mon corps… Comme je suis maigre et pâle… »
Extrait de : P. Bordage. « Mission M’Other. »
Ma main à couper par Pierre Bordage

Fiche de Ma main à couper
Titre : Ma main à couper
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1999
Editeur : L’Atalante
Première page de Ma main à couper
« Si quelqu’un m’avait dit qu’un jour je jouerais ma chienne de vie dans la ville de Rezé, je l’aurais sans doute pris pour l’un de ces voyants à la petite sauvette qui prolifèrent comme des rats sur les trottoirs des satellites franciliens (une nouvelle directive ministérielle a frappé d’interdit le mot « banlieue »). Avant cette nuit fatidique, j’aurais été incapable de situer Rezé sur une carte. La première fois que j’ai entendu prononcer ce nom, j’ai cru qu’il s’agissait d’une sphère biologique sur Mars, le nouvel Eldorado (j’avais probablement confondu avec Zœré, la première biosphère fondée sur la colonie rouge). Aussi, quand Joa, ma compagne, m’a parlé d’un petit boulot à Rezé – « une seule nuit, m’a-t-elle susurré sur l’oreiller, c’est super bien payé, on a vraiment besoin de fric » –, je me suis d’abord demandé si elle n’avait définitivement fondu les plombs puis, comme elle insistait, j’ai glissé la main dans le lecteur mural, prononcé mon mot de passe et consulté l’atlas du réseau. »
Extrait de : P. Bordage. « Ma main à couper. »
Les fables de l’Humpur par Pierre Bordage

Fiche de Les fables de l’Humpur
Titre : Les fables de l’Humpur
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1999
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Les fables de l’Humpur
« Grrrooooo… »
La brise du crépuscule colporta de val en val le cri du veilleur. Vidés de leur énergie, les moissonneurs suspendirent leurs gestes et restèrent immobiles le temps d’un passage d’oies sauvages. Le soleil couchant teintait de pourpre les vagues ondulantes des champs de blaïs, les ramures des grands chênes, la surface ridée des retenues d’eau, les pierres affûtées des faux, les perles de sueur qui scintillaient sur les visages, les bras et les torses nus. L’odeur des nids de mulots et des terriers de lapins se mêlait aux senteurs de chaume et de terre brûlée.
Recru de fatigue, les yeux dans le vague, Véhir saisit machinalement la gourde de peau que lui tendait son voisin de gauche. Aigri par la chaleur, le vin tiède lui brûla l’œsophage et lui tira une grimace. Le manche rugueux de la faux avait semé des ampoules sur ses paumes et la pulpe de ses doigts. Il remit la gourde à son voisin de droite et laissa errer son regard sur les lourds épis de blaïs qui, une fois ensilés, constitueraient la base de l’alimentation de la communauté grogne de Manac. »
Extrait de : P. Bordage. « Les Fables de l’Humpur. »
Les dames blanches par Pierre Bordage

Fiche de Les dames blanches
Titre : Les dames blanches
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2015
Editeur : L’Atalante
Première page de Les dames blanches
« MAMAN, c’est quoi, ça ? »
Debout sur une chaise devant la fenêtre de la cuisine, Léo pointait l’index sur une forme blanche émergeant de la brume matinale. Mal réveillée, planquée derrière le rideau ajouré de ses cheveux, Élodie continua de touiller son café sans prêter attention à la question de son fils : il en posait tant dans une journée qu’elle n’avait pas l’énergie ni le temps de répondre à toutes.
« Descends de là avant de te casser la figure. »
Léo se hissa sur la pointe des pieds et rapprocha son visage de la vitre qu’il embua de son souffle.
« On dirait une amanite, mais c’est grand pour un champignon. »
Âgé de trois ans et cinq mois, il parlait sans cesse, avec une richesse de vocabulaire insolite, comme s’il se nourrissait de mots, un verbiage assourdissant qui finissait par irriter les adultes de passage à la maison et limitait à un le nombre de ses amis, Baptiste, un voisin autiste de six ans. Élodie s’était demandé si Léo ne souffrait pas lui-même du syndrome d’Asperger, mais les examens pratiqués par le pédopsychiatre avaient seulement révélé une « précocité ordinaire » qui nécessiterait probablement une école adaptée. »
Extrait de : P. Bordage. « Les dames blanches. »
Le feu de Dieu par Pierre Bordage

Fiche de Le feu de Dieu
Titre : Le feu de Dieu
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2009
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Le feu de Dieu
« Allô, papa. »
La voix de Zoé, oppressée. Pas dans ses habitudes d’appeler à l’aube.
« Papa ? T’es là ?
— Hmmm… »
Les yeux de Franx glissaient sur le miroir piqueté et scintillant de la Seine. Arrivé une demi-heure avant l’ouverture de l’étude du notaire, il flânait sur le Pont-Neuf et contemplait le lever du jour sur Paris, ciel couleur de plomb, aucun souffle d’air, moiteur étouffante.
« Ils sont partis…
— Hmmm… »
Pas étonnant : ils, les Jeanneret, parlaient de déserter depuis des semaines. Ils avaient exploité les quelques jours d’absence de Franx pour s’enfuir de la communauté, comme les deux autres familles avant eux.
« Julie est plus là maintenant, j’ai plus de copine. » Des éclats de reproches dans la voix acide de Zoé.
« Jim, lui, est resté. Je l’aime pas. J’aime pas sa façon de tourner autour de maman. J’aime pas comment il me regarde. »
Extrait de : P. Bordage. « Le Feu De Dieu. »
Le dixième vaisseau par Pierre Bordage

Fiche de Le dixième vaisseau
Titre : Le dixième vaisseau
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2022
Editeur : Scrineo
Première page de Le dixième vaisseau
« — Vous avez une idée de la distance qui nous sépare de notre voisine Andromède, capitaine ?
Livio Squirell évacua son agacement d’une expiration sifflante et contint sa furieuse envie de sortir de la pièce. L’air narquois avec lequel le fixaient ses vis-à-vis, en particulier la femme élégante qui venait de lui adresser la parole, la responsable scientifique du Conseil, lui cisaillait les nerfs. L’avaient-ils sorti de la cellule où il croupissait depuis six mois pour le simple plaisir de l’humilier ?
— Vous m’avez fait venir ici pour me soumettre à un examen ?
La responsable scientifique lissa machinalement du plat de la main les cheveux noirs encadrant, tels des rideaux empesés, son visage anguleux. Livio observa un à un les trois hommes et les deux autres femmes, tous vêtus d’uniformes gris perle, répartis autour de la table semi-circulaire devant laquelle les gardiens l’avaient traîné. Ainsi que l’indiquaient les étoiles et autres symboles dorés sur leurs épaulettes, ces six-là formaient l’Hexacratie, le gouvernement de Brull, et n’avaient de comptes à rendre qu’au Conseil Supérieur de l’Humanité établi depuis trois siècles dans le système de Sâamad. »
Extrait de : P. Bordage. « Le dixième vaisseau. »
La porte des remparts sublimes – tome 1 par Pierre Bordage
Fiche de La porte des remparts sublimes – tome 1
Titre : La porte des remparts sublimes – tome 1
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2023
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de La porte des remparts sublimes – tome 1
« L’argentier Fredeg O’Mald marchait bon train dans les ruelles désertes de Galdehann. Une bonne partie de l’après-midi, les caprices océaniques avaient empêché le trois-mâts qui reliait les îles du Couchant de s’engager dans la passe menant au port, et il avait fallu attendre la marée montante pour que le navire de la Compagnie Grand Ouest puisse enfin se glisser entre les Veilleuses, les hautes collines bordant le chenal, sans risquer de s’échouer sur un banc de sable ou de s’éventrer sur un récif.
La main droite de Fredeg restait agrippée à la poignée de son épée : la réputation des coupe-jarrets des recoins sombres de Galdehann s’était étendue jusqu’à Haut-Vent, la capitale du Franezer, la province occidentale du Suprême. Hors de question qu’un malandrin lui dérobe la petite fortune garnissant la bourse volumineuse qui lui
battait le haut de la cuisse en tintant à chacun de ses pas. Si ses renseignements étaient bons – il n’y avait aucune raison qu’ils ne le soient pas, il était l’un des hommes les mieux informés de la province –, la nuit qui tombait s’annonçait riche de promesses. »
Extrait de : P. Bordage. « La porte des remparts sublimes. Tome 1. »
La fraternité du Panca – l’intégrale par Pierre Bordage

Fiche de La fraternité du Panca – l’intégrale
Titre : La fraternité du Panca – l’intégrale
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution :
Editeur : L’Atalante
Sommaire de La fraternité du Panca – l’intégrale :
- Frère Ewen
- Soeur Ynolde
- Frère Kalkin
- Soeur Onden
- Frère Elthor
L’arche de mère par Pierre Bordage

Fiche de L’arche de mère
Titre : L’arche de mère
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2025
Editeur : Scrineo
Première page de L’arche de mère
« Ça peut pas exister, un truc pareil ! »
Jrilog Trois-Œils désignait la forme grise qui occultait une grande partie de l’espace.
« J’ai jamais vu un truc pareil, même lors des grandes dispersions, reprit-il, tandis que Lopipa Nez-de-Cotre louvoyait entre les écrans flottants pour prendre, à travers la grande baie, la gigantesque masse sous tous les angles.
— J’envoie les photos au Centre de surveillance spatial. »
Jrilog acquiesça d’un hochement de tête. Les planètes colonisées de la Première Expansion, Terre 3, NewMars, qu’on appelait déjà les vieux mondes, n’avaient pas connu de conflit depuis trois siècles, et des hommes et des femmes comme Lopipa ou Jrilog, les gardiens vigilants de l’espace aérien, y étaient sûrement pour quelque chose. Il appréciait son équipière pour son sens de l’initiative et son efficacité. Directe, parfois même brutale, elle ne s’embarrassait pas de fioritures et, si quelqu’un avait la mauvaise fortune de lui déplaire, elle le lui disait dans des termes aussi savoureux que cinglants.
« Combien il fait de longueur, à ton avis ?
— Plus de cinq kilomètres probablement, répondit-elle. Idem pour la largeur et la profondeur. »
Extrait de : P. Bordage. « L’Arche de Mère. »
L’arcane sans nom par Pierre Bordage

Fiche de L’arcane sans nom
Titre : L’arcane sans nom
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2011
Editeur : Editions La Branche
Première page de L’arcane sans nom
« Ils vivaient comme des rats.
Vêtements noirs, teints blafards, bijoux en forme de croix, d’étoiles à cinq branches, de têtes de mort ou de corbeaux. Des adorateurs de Satan. Ils ressemblaient, avec leurs grands yeux cernés de noir, à ces étranges animaux, les lémuriens, que Sahil avait un jour observés dans un zoo. Si les décolletés vertigineux, les bas troués et la peau laiteuse des filles troublaient le jeune Afghan, leur hospitalité conjuguée à son sens de l’honneur lui ordonnait de garder les mains et les yeux dans ses poches. L’une d’elles lui jetait des regards dérobés et fréquents. Elle portait une robe ample qui masquait ses formes généreuses et se faisait appeler Ten — un diminutif de Ténébreuse. Sa coiffure lui donnait l’air d’un oiseau des plaines tropicales : longue chevelure d’un noir profond aux reflets mauves, crête et mèches rouges et bleues de longueur inégale, tempes rasées. Deux pierres sombres incrustées dans sa peau, l’une sur la tempe, l’autre sous le menton. Lèvres fardées de noir. Yeux d’un vert passé, comme une eau brouillée par la vase. »
Extrait de : P. Bordage. « L’arcane sans nom. »