Catégorie : Livres

 

Les Farrogs d’Erysgan par Karl-Herbert Scheer et Clark Darlton

Fiche de Les Farrogs d’Erysgan

Titre : Les Farrogs d’Erysgan (Tome 25 sur 28 – Perry Rhodan #7 (Les Cappins))
Auteur : Karl-Herbert Scheer et Clark Darlton
Traduction : J. Gérard
Date de parution : 1970
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les Farrogs d’Erysgan

« Le visage de l’amiral Farro avait l’air d’un masque de marbre gris. Ses yeux bleu clair se voilèrent un bref instant quand le dernier nuage de gaz brûlant se dissipa dans l’espace.

Je me détournai rapidement et me concentrai sur les contrôles lorsque je vis céder son vernis d’impassibilité. L’officier n’avait pas besoin de savoir que je l’avais observé au moment où le dernier vaisseau de sa flotte d’élite était anéanti par les unités du cerveau-robot. Il ne comprendrait jamais que la mort de ses meilleurs hommes ne m’émouvait pas particulièrement.

Peut-être, s’il avait su qui j’étais en réalité…

Mais c’était là mon secret, et je ne le divulguerais pas sans nécessité impérative. Mes noms étaient aussi nombreux que les vies que j’avais vécues. Je m’appelais pour l’heure Ervelan, mais dans cinquante ans au plus tard, je devrais endosser une nouvelle identité si je voulais préserver ce secret.

— Combien de temps encore, Ervelan ? me demanda soudain Farro. »

Extrait de : K.H Scheer + C. Darlton. « Les Farrogs d’Erysgan – Perry Rhodan. »

Au nom du ganjo par Karl-Herbert Scheer et Clark Darlton

Fiche de Au nom du ganjo

Titre : Au nom du ganjo (Tome 24 sur 28 – Perry Rhodan #7 (Les Cappins))
Auteur : Karl-Herbert Scheer et Clark Darlton
Traduction : M Vannereux
Date de parution : 1970
Editeur : Fleuve noir

Première page de Au nom du ganjo

« La nouvelle du départ de Florymonth des quartiers de l’équipage et de son intrusion dans le centralcom se répandit comme une tramée de poudre dans tout le navire, accroissant encore davantage la nervosité ambiante. Des rassemblements eurent spontanément lieu sur huit des ponts, et on exigea la capture immédiate de l’étranger. De nombreux astronautes se portèrent volontaires pour participer à la traque. Une demi-douzaine d’officiers se rendirent en personne sur la passerelle pour protester contre les décisions du Stellarque.

La créature, elle, se dirigeait déjà en se dandinant vers les vastes salles des machines. Les Terraniens tendus, dans l’expectative, suivaient sa progression.

Dans le poste de commandement, les rapports de situation s’enchaînaient sans discontinuer.

La tâche n’était pas aisée pour Rhodan et Ovaron, qui ne s’étaient toujours pas déterminés pour entraver les déplacements de l’intrus. Les membres de l’état-major, hormis Atlan et les mutants, étaient partisans de mesures radicales. »

Extrait de : K.H Scheer + C. Darlton. « Au nom du Ganjo – Perry Rhodan. »

Replay par Ken Grimwood

Fiche de Replay

Titre : Replay
Auteur : Ken Grimwood
Date de parution : 1986
Traduction : F. & G. Casa
Editeur : Points

Première page de Replay

« Jeff Winston était en train de téléphoner à sa femme quand il mourut.
— Il nous faut… venait-elle de dire.
Il ne l’entendit jamais expliquer ce qu’il leur fallait, parce que quelque chose de lourd parut s’abattre sur sa poitrine et chassa tout l’air de ses poumons. Le combiné lui tomba des mains et fendit le presse-papier de verre sur son bureau.
Une semaine plus tôt, elle avait prononcé les mêmes paroles ou presque :
— Sais-tu ce qu’il nous faudrait, Jeff ?
Et il y avait eu un arrêt – pas infini, pas définitif comme cet arrêt de mort, mais cependant un vide palpable, un intervalle de temps. Il était assis à la table de la cuisine, dans ce que Linda se plaisait à appeler le «coin breakfast », bien que ce ne fût nullement un espace séparé mais une petite table de formica avec deux chaises coincées entre le côté gauche du réfrigérateur et le devant du séchoir à linge. Linda était en train de hacher des oignons sur le plan de travail quand elle avait parlé, et peut-être étaient-ce les larmes au coin de ses yeux qui avaient déclenché les pensées sombres de Jeff et prêté à la question de Linda plus d’importance qu’elle-même ne lui en accordait.
— Sais-tu ce qu’il nous faudrait, Jeff ?
Il était censé répondre « Quoi donc, ma chérie ? » d’un ton distrait, dénué d’intérêt, sans lever les yeux de l’article d’Hugh Sidey sur la présidence, dans Time. Mais Jeff n’était pas distrait ; il se moquait des élucubrations de Sidey comme d’une guigne. En fait, il était plus concentré, plus aux aguets, qu’il ne l’avait été depuis très longtemps. Il ne dit donc rien pendant quelques instants ; il regarda seulement les fausses larmes dans les yeux de Linda et songea à tout ce qui leur manquait à tous les deux. »

Extrait de : K. Grimwood. « Replay. »

Tout sur le zéro par Pierre Bordage

Fiche de Tout sur le zéro

Titre : Tout sur le zéro
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2017
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Tout sur le zéro

« La bille roule, roule, roule, saute, rebondit, change de trajectoire, atterrit dans la case du zéro, Paul a tout misé sur le zéro, ses derniers vingt euros, une chance sur trente-sept, sept cent vingt euros de gain, mille trois cents euros dilapidés en à peine deux heures ce soir, ses deux cartes ont crevé les plafonds de retrait, il s’est promis que, si la chance lui souriait, il prendrait ses sept cent vingt euros et ficherait le camp comme un voleur, comme on saute d’un navire en train de sombrer, pour une fois ne pas partir les poches vides, promesse d’alcoolique, il sait très bien qu’il les rejouera, qu’il tentera de se refaire, qu’il défiera de nouveau la roulette mécanique comme on provoque les dieux, qu’il perdra, comme d’habitude, jusqu’au dernier sou, parce qu’il ne peut pas s’arrêter, qu’il ne peut pas se contenter des portes de sortie honorables entrebâillées par le destin, combien de fois est-il reparti dans la nuit avec ce sentiment désespérant d’avoir été renié, déshérité, expulsé, pas de veine, vraiment, quelque chose, une félonie du logiciel, va savoir, a fait dévier la bille au dernier moment, sentiment de s’être renié lui-même surtout, pourquoi, pourquoi ne pas s’être enfui quand il en était encore temps, avec quelques billets dans la poche et la sensation finalement acceptable de ne pas avoir été entièrement rincé, vidé de son argent, de sa substance, mais l’acceptable ne le rassasie pas, l’acceptable est le lot de ces joueurs occasionnels, les joueurs du week-end, qui misent un ou deux euros pendant des heures et s’en repartent le torse bombé, leurs vingt euros de gain en poche comme un trophée conquis de haute lutte, tiens, la bille saute de la case zéro et s’en va atterrir dans la case voisine, le 26, pourquoi n’a-t-il rien misé sur le 26 ? »

Extrait de : P. Bordage. « Tout sur le zéro. »

Sang mentir par Pierre Bordage et Anelise Jousset

Fiche de Sang mentir

Titre : Sang mentir
Auteur : Pierre Bordage et Anelise Jousset
Date de parution : 2020
Editeur : Flammarion

Première page de Sang mentir

« Odeline aura bientôt quinze ans.
Elle se sent petite et voudrait être grande, elle se sent grande et voudrait être petite. Les pensées fusent, s’entrechoquent, rebondissent comme des balles de squash sur les parois de son crâne. Du squash, elle n’en fait plus depuis qu’elle a compris qu’elle ne serait jamais une championne. Idem pour le piano, et toutes les activités extrascolaires qu’elle a à peine effleurées du bout des doigts ou des pieds (deux mois de foot, un an de kung-fu, un an de danse, six mois de patinage artistique…)
Chaque fois, son père a soupiré : aucune persévérance. Chaque fois, elle s’est enfermée dans sa chambre une heure ou deux. Son père ne lui pardonne rien et lui accorde tout, sa mère lui pardonne tout et ne lui accorde rien. Ils n’ont personne d’autre à couver. Fille unique, elle se sent fille inique. Elle leur en veut énormément, elle ne sait pas toujours pourquoi. Presque jamais pourquoi. »

Extrait de : P. Bordage + A. Jousset. « Sang mentir. »

Résonances par Pierre Bordage

Fiche de Résonances

Titre : Résonances
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2015
Editeur : J’ai lu

Première page de Résonances

« La voix musicale du détecteur a brisé le silence de la cabine.
« Cibles localisées. »
J’ai soupiré et embrassé l’horizon du regard par la baie vitrée convexe du transatm. J’ai d’abord cru à une fausse alerte avant de discerner l’essaim entre les stries et les nuages rougeâtres : une mince ligne sombre qui bientôt se scinderait en plusieurs tronçons pour s’abattre sur l’astroport.
« Ces saloperies de dragons se pointent plus tôt que d’habitude », a grommelé La Perche.
J’ai jeté un regard en coin au canonnier. Plus de cinq années locales que nous faisions équipe, plus de cinq années à supporter ses grognements, ses grossièretés, ses jérémiades, ses parfums écœurants, son hygiène défaillante, sa barbe négligée, ses cheveux fous, sa maigreur maladive, ses aphorismes en tous genres, ses combinaisons constellées de taches, ses bottes crottées et ses micro-siestes. Mais il n’existait probablement pas de meilleur équipier : doté d’un sang-froid à toute épreuve, il déployait une adresse diabolique quand il s’agissait de descendre les créatures qui, tous les deux mois environ, fondaient sur l’astroport. »

Extrait de : P. Bordage. « Résonances. »

Porteurs d’âmes par Pierre Bordage

Fiche de Porteurs d’âmes

Titre : Porteurs d’âmes
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2007
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Porteurs d’âmes

« La voix, à nouveau.
Le sang de Léonie se figea. Les deux techniciens en blouse blanche lui avaient assuré qu’elle ne courait aucun risque : la nouvelle molécule avait été testée sur les rats, sur les chimpanzés, puis sur des milliers d’enfants bengalis, les effets secondaires étaient négligeables, sensation de dédoublement, légère tendance à la schizophrénie, elle n’avait que quatre jours à tenir, mille cinq cents euros pour quatre jours, ça valait le coup de supporter de menus désordres pp (psychophysiologiques), non ?
Sa vie, la chienne, avait apporté bien plus que de menus désordres à Léonie. Elle s’était enfuie quelque temps après que tante Destinée lui avait rendu ses rognures d’ongles. Elle avait pensé, avec sa candeur habituelle, qu’elle en avait terminé avec son cauchemar ininterrompu de douze années, qu’une nouvelle vie commençait à l’aube de ses vingt ans, mais tante Destinée, la hyène, avait probablement gardé d’autres bouts d’elle, des poils, une fiole de son sang menstruel, les trois dents brisées par les poings ou les pieds des clients sadiques, bref, tout ce qu’il fallait pour se rendre chez un marabout et jeter sur elle une malédiction. »

Extrait de : P. Bordage. « Porteurs d’âmes. »

Nouvelles vagues par Pierre Bordage

Fiche de Nouvelles vagues

Titre : Nouvelles vagues
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2025
Editeur : L’Atalante

Sommaire de Nouvelles vagues :

  • Si tu ne vas pas à Nantes…
  • Sans destination
  • Mobipolis
  • Aliéné.e.s
  • La perle du Sagittaire
  • Trex
  • Amertumes
  • Et le verbe se fit cher
  • H+
  • De hauts en bas
  • De l’avant
  • Sanctuaires
  • Nouvelles vagues

Première page de Si tu ne vas pas à Nantes…

« Je connais sans doute Nantes mieux que toute intelligence de la galaxie, artificielle ou humaine. Je la connais dans tous ses états : chaque quartier, chaque place, chaque rue, chaque habitation ; chaque navette de son transport aérien, chaque méandre et chaque grève de son fleuve, chaque famille, de la plus glorieuse à la plus modeste.
J’ai consacré cinq ans à capter les moindres détails de la ville pour la restituer dans son intégralité et lui donner toutes les chances de figurer en bonne place dans les expositions galactiques. Désormais, on ne se déplace plus pour visiter les villes, ce sont les villes qui viennent aux populations des planètes fraîchement colonisées ou des autres continents de la Terre. J’avais choisi, pour la modéliser, la Nantes du xxiie siècle, celle qui offrait le meilleur équilibre entre architecture et nature, entre nomadisme urbain et écocivisme.
Le temps était venu de procéder au transfert réel. »

Extrait de : P. Bordage. « Nouvelles vagues. »

Nouvelle vie par Pierre Bordage

Fiche de Nouvelle vie

Titre : Nouvelle vie
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2004
Editeur : L’Atalante

Sommaire de Nouvelle vie :

  • Préambule Cheval de Troie
  • Nouvelle vie
  • Ma main à couper
  • La classe de maître Moda
  • Eurozone
  • Paix bien ordonnée
  • Kālī la démente
  • Jour de noces
  • Dans le potager
  • Les frères du G5
  • Juliet
  • Godéron
  • Tyho d’Ecce

Première page de Préambule Cheval de Troie

« LA CHALEUR, les charognards, les mors écumants et les robes luisantes des chevaux, les miroitements sur les casques, les hasts, les glaives, les armures, les boucliers, les chars…

Dans l’air brûlant montent l’âcre odeur des génisses immolées, les incantations des prêtres, les clameurs des soldats et puis, en fond sonore, le chœur lancinant des pleureuses et des blessés. Les silhouettes des archers troyens hérissent la ligne crénelée du rempart arrogant, inexpugnable. Quelques jours plus tôt, le bouillant Achille a attaché le corps sans vie du prince Hector à l’arrière de son char et l’a traîné autour de la cité sous les yeux horrifiés du roi Priam et de ses sujets. Les sanglots des femmes ont bercé la nuit étoilée de la musique amère et douce des défaites.

Jusqu’alors j’avais épousé la cause des Troyens, les chantres de l’amour et de la beauté, les agressés, les assiégés. Aujourd’hui j’ai retourné ma tunique et choisi le parti des Grecs. Je sens que le vent souffle en leur faveur, qu’Athéna la terrible aura bientôt raison de la douce Aphrodite. L’épouse de Zeus ne connaîtra pas de trêve tant qu’elle n’aura pas lavé dans le sang le jugement qui l’a souillée. Qui pourrait croire que la guerre et le malheur se cachent sous le goût acidulé de la pomme, ce fruit paisible de la discorde, ce symbole rond de toutes les malédictions, ce cadeau sournois du serpent, cette messagère aux joues fraîches et rouges des mauvaises fées ? »

Extrait de : P. Bordage. « Nouvelle Vie. »

Mort d’un clone par Pierre Bordage

Fiche de Mort d’un clone

Titre : Mort d’un clone
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2012
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Mort d’un clone

« Depuis quelques siècles, ce n’était pas l’exécrable sonnerie du vieux réveil qui jetait le dénommé Martial Bonneteau hors du sommeil.

Le réveil : monstrueuse anomalie plastifiée vampirisant sans vergogne le faux stuc de la très navrante table de chevet.

Le réveil et la table de chevet : cadeaux de mariage.

Cadeaux de mariage : forme répandue de terrorisme familial.

Un tourbillon de pensées maintenait Martial Bonneteau dans l’éveil toute une partie de la nuit, invisibles, redoutables harpies qui, après avoir planté leurs griffes dans le lard du bonhomme, s’y entendaient à merveille pour l’empêcher de replonger dans l’état qu’il chérissait entre tous : le sommeil.

Le sommeil : bienheureux, sublime oubli de soi-même ou béatitude par contrainte physiologique.

Elles surgissaient de partout nulle part, émergeant, poissons morts, à la surface d’un cerveau pollué par cinq décennies de rouille et d’hémiplégie mentales.

Il pivotait alors sur la gauche, côté cœur, et son tam-tam cardiaque virait au tintamarre. Sur la droite, côté Madame, et la respiration sifflante d’icelle se changeait en ouragan tropical. »

Extrait de : P. Bordage. « Mort d’un clone. »