Catégorie : Livres

 

Apocalypse junction par Michel Honaker

Fiche de Apocalypse junction

Titre : Apocalypse junction (Tome 8 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Apocalypse junction

« L’après-midi touchait à sa fin. Les feux du couchant brossaient les éteules du blé fraîchement coupé. La terre recuite exhalait un parfum de poussière et de paille qui irritait gorge et narines. Les soubresauts du vent étaient trop faibles pour désarmer la canicule qui écrasait la campagne. Seul le bourdonnement incessant des insectes à l’ouvrage troublait le silence. Aucun oiseau n’était visible dans le ciel de plomb.
Et l’ombre hypertrophiée du voilier continuait de s’étirer démesurément vers l’est, idéogramme tourmenté griffant l’herbe sèche, comme un appel désespéré à la mer absente. Elle semblait absorber toute chose dans ses replis ténébreux, lèpre vivante, ductile et assoiffée. Avec la complicité du crépuscule, les champs environnants avaient pris l’aspect d’une houle menaçante.
Le père Nathan Sax abaissa ses jumelles. »

Extrait de : M. Honaker. « Apocalypse Junction – Le Commandeur. »

Troll par Michel Honaker

Fiche de Troll

Titre : Troll (Tome 7 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Troll

« Jed « Flat » Appangis se recouvrit le visage du mouchoir.
Le mouchoir.
Il n’en avait qu’un – qu’il nettoyait lui-même par surcroît de précaution – et qu’il ne destinait qu’a un seul usage : s’en recouvrir le visage aussitôt après l’extinction des feux, C’était par besoin fétichiste, aujourd’hui. Mais la première nuit qu’il avait passée ici, cinq ans plus tôt, une paye…, une nuit qu’il n’oublierait jamais de sa vie, non, il s’en était servi de cette façon pour filtrer l’Odeur. Cette odeur atroce de prison, l’odeur des peaux recluses privées d’air sain, des vêtements moites, des haleines négligées. L’odeur des murs humides, des barreaux. Toutes ces odeurs se mêlaient pour n’en former qu’une : l’Odeur. Celle qui assaillait les narines encore délicates des nouveaux arrivants, révulsait leur sens olfactif de longues semaines avant de s’éteindre enfin dans la force de l’habitude. »

Extrait de : M. Honaker. « Troll – Le Commandeur. »

Evil game par Michel Honaker

Fiche de Evil game

Titre : Evil game (Tome 6 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Evil game

« Archibald Wayne cessa soudain de s’agiter dans ses chaînes.
Par-delà le grincement du métal rouillé qu’il maltraitait, il venait de distinguer un bruit inédit jusqu’alors. Un grattement derrière le mur. Il tendit l’oreille avec plus d’attention. Oui, il n’y avait aucun doute. Des ongles crissaient de l’autre côté, derrière la paroi purulente de lichens. Des myriades d’ongles. Ou de griffes… Une bouffée de terreur l’envahit, aspirant l’oxygène de ses poumons.
— Holà ! appela Archibald – et il eut conscience que sa voix blanche et tremblante ne lui faisait pas honneur – Je vous en prie, montrez-vous ! Aidez-moi ! Délivrez-moi !
Il fixa l’entrée du cachot avec des yeux agrandis par un espoir irraisonné. Par pitié, que quelqu’un vienne ! Que quelqu’un entre. N’importe qui. N’importe qui d’humain. Il n’y avait donc personne dans cette demeure infernale ? Pourtant, depuis le début de cette sinistre farce, il se sentait observé. »

Extrait de : M. Honaker. « Evil Game – Le Commandeur. »

Secret of Bashamay par Michel Honaker

Fiche de Secret of Bashamay

Titre : Secret of Bashamay (Tome 5 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Secret of Bashamay

« La mouche verte, gorgée de fiente à en éclater, vint se poser à deux centimètres du visage d’Abdul. Elle s’aplatit sur la vitre crasseuse avec volupté et se mit en devoir de siphonner les crachotis les plus répugnants qui s’y étaient englués, indifférente au reste. Abdul cligna un œil. Une perle de sueur suivit l’arête anguleuse de son nez, butant sur les chancres violacés comme une bille de flipper indécise, avant de suivre la balafre qui scarifiait sa joue flasque mangée par la barbe du voyage. Lorsqu’il la sentit errer à la commissure de ses lèvres, hop ! d’un coup de langue, comme un gros lézard, il l’aspira dans sa bouche. C’était brûlant, salé, et ne lui procura aucun réconfort.

Il transpirait par tous les pores de sa peau. Il avait le sentiment d’être une orange, que la canicule écrasait tel un pressoir géant d’une infinie douceur, d’une infinie cruauté. Le jus est meilleur ainsi, murmurait le simoun, là-dehors. Ainsi exsudée, ta sève d’homme donnera naissance à d’autres grains de sable. Des enfants-sable par milliers. »

Extrait de : M. Honaker. « Secret of Bashamay – Le Commandeur. »

King of ice par Michel Honaker

Fiche de King of ice

Titre : King of ice (Tome 4 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de King of ice

« La lune émergea fugitivement des nuages, répandant une clarté funèbre à la surface de l’océan. Lové sur les cartes côtières, le chat du vieux Jack dressa les oreilles. Avec une fausse nonchalance, il alla coller son museau à la vitre battue par les intempéries. La houle s’était dangereusement creusée. Des gerbes d’écume montaient à l’assaut des rochers.
En un clin d’œil, les mouettes noctambules avaient déserté le ciel pour se réfugier précipitamment dans les trous de falaise. Une tempête accourait, qui avait déjoué toutes les prévisions de la météo. Un éclair éventra les nuées, puis les ténèbres redevinrent impénétrables. Le phare isolé de Little Point fut enlacé par des spectres de pluie.
Le chat découvrit les crocs et feula en direction du large, le poil hérissé. Alerté par ce mouvement de mauvaise humeur, Jack se retourna sans lâcher le téléphone. Il essayait désespérément de joindre le centre depuis une dizaine de minutes. Hélas, il semblait bien que la tempête eût endommagé la ligne. »

Extrait de : M. Honaker. « King of Ice – Le Commandeur. »

Return of Emeth par Michel Honaker

Fiche de Return of Emeth

Titre : Return of Emeth (Tome 3 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Return of Emeth

« Depuis un instant, Charly Silovsky reluquait le grand gaillard qui arpentait nerveusement le trottoir devant sa boutique. En d’autres occasions, il ne lui aurait pas accordé la moindre attention. Mais voilà. En cette fin d’après-midi pluvieux, où le chaland était rare et le touriste terré au fond de sa chambre d’hôtel, il n’avait d’autre occupation avant l’heure de la fermeture que contempler cette rue vide et tordue au fond de laquelle somnolait son commerce. Aussi, l’apparition quasi miraculeuse de ce client potentiel renouvelait-elle de façon opportune son champ de vision.
Entrerait, entrerait pas. Le brocanteur prit mentalement les paris. Franchement, ce type qui dansait d’un pied sur l’autre sous l’averse semblait personnifier l’indécision. Il n’avait pas l’allure des chineurs habituels, avec son grand imperméable déchiré et ses bottes terreuses. Mais qu’est-ce qui pouvait bien captiver de la sorte son attention ? Les porcelaines, les bibelots, les chandeliers à sept branches ? »

Extrait de : M. Honaker. « Return of Emeth – Le Commandeur. »

The verb of life par Michel Honaker

Fiche de The verb of life

Titre : The verb of life (Tome 2 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de The verb of life

« Entre le moment où il avait ramassé cette fille, celui où ils avaient couru sous la pluie à perdre haleine et celui où ils s’étaient engouffrés dans l’escalier de cet immeuble lépreux, la conquête de Ricky avait perdu une grande partie de son charme. La jupe plissée à fleurs exotiques n’était plus qu’une serpillière bonne à essorer. Le chemisier collait au soutien-gorge rembourré de coton. Les cheveux noirs permanentés par l’averse tombaient droit sur la nuque avec la grâce de cordes à linge. Et pire que tout, le maquillage trop généreux avait coulé sur ses joues creuses en rigoles noirâtres.
Elle avait prétendu s’appeler Wilma, tout à l’heure, au comptoir du bar où ils s’étaient rencontrés par semelles de chaussures interposées. Mais Ricky n’en croyait pas un mot. Elle avait le teint trop bistre, les pommettes trop hautes et les yeux trop noirs pour porter un tel prénom. Il penchait plutôt pour Rosita ou Asuncion. C’était à coup sûr une Porto en quête d’un petit cadeau pour sa dose de crack nocturne. »

Extrait de : M. Honaker. « The Verb of Life – Le Commandeur. »

Bronx ceremonial par Michel Honaker

Fiche de Bronx ceremonial

Titre : Bronx ceremonial (Tome 1 sur 9 – Le Commandeur)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Bronx ceremonial

« Il y avait une chose que Long Ben détestait par-dessus tout lorsqu’il s’enfouissait dans son tas d’ordures pour trouver un peu de réconfort dans la froideur de novembre. Pas tellement les papiers gras de délicatessen fraîchement léchés qui venaient s’afficher contre sa nuque. Ni les chats crevés qu’on avait jetés là par charité chrétienne. Ni les rats affamés qui dévoraient les chats crevés et mordaient au passage la toile rapiécée de son pantalon.
Non.
Long Ben – il avait porté bien d’autres noms par le passé, mais pour l’heure préférait ne se souvenir que de celui-ci –, Long Ben détestait qu’on lui pisse dessus. Et c’était cette détestable sensation qui l’avait tiré de la somnolence éthylique dans laquelle il végétait depuis le début de la soirée. Le chaud liquide ruisselait avec un doux chuintement de cascade sur sa cuisse gauche. Il cligna des yeux dans l’obscurité nauséabonde des feuilles de journaux dont il s’était prudemment recouvert. »

Extrait de : M. Honaker. « Bronx Ceremonial – Le Commandeur. »

Une seconde peau par Paul McAuley

Fiche de Une seconde peau

Titre : Une seconde peau
Auteur : Paul J. McAuley
Date de parution : 1997
Traduction : J-D Brèque
Editeur : Le Monde

Première page de Une seconde peau

« Le transporteur, jadis propriété d’un cartel des planètes extérieures et confisqué par la Communauté du Pacifique terrienne à l’issue de la Guerre tranquille, parcourait une orbite continue et immuable entre Saturne, Uranus et Neptune. Il n’accostait jamais nulle part. Il recueillait l’hydrogène du vent solaire, qu’il mélangeait avec le nanogramme d’antimatière capable de l’alimenter en énergie pendant un siècle et, une ou deux fois par an, au cours de la trajectoire sinueuse que la gravité lui faisait décrire parmi les lunes de Saturne, des drones de maintenance se fixaient à sa coque telles des barnaches et réparaient les dégâts que ses systèmes internes étaient impuissants à traiter.
Ben Lo et les six autres membres de la première délégation commerciale envoyée sur Protée depuis la guerre furent transférés sur le transporteur alors qu’il effectuait une boucle autour de Titan, toujours endormis dans les nacelles d’hibernation où ils avaient pris place en orbite terrestre. »

Extrait de : P. McAuley. « Une seconde peau. »

Une invasion martienne par Paul McAuley

Fiche de Une invasion martienne

Titre : Une invasion martienne
Auteur : Paul J. McAuley
Date de parution : 2001
Traduction : B. Sigaud
Editeur : Robert Laffont

Première page de Une invasion martienne

« Comme disait votre hebdo favori, toute la vie humaine est là.
Il a beau être presque minuit, des douzaines de péniches labourent encore les eaux noires du Houang-pou Chang ; dans le clignotement rouge et vert de leurs feux de position, elles passent à gauche et à droite de clippers cargos hydrodynamiques oscillant sur leurs ancres dans le chenal central. Sur les clippers, les hauts cylindres blancs des voiles rotatives sont illuminés à répétition par les feux d’artifice qui éclatent au-dessus d’un concert de rock dans un amphithéâtre sur la rive de Poudong, près de la tour-minaret de l’Oriental Pearl Television. Des réseaux de lumière laser blanche s’arc-boutent contre le ciel sombre. Le hurlement des guitares agglutinées et le rugissement guttural du public franchissent le Houang-pou et portent jusqu’à Shanghai où, tout au long du Bund, l’avenue qui borde le fleuve, sous les strates du néon, des foules tourbillonnantes abandonnent sur place les véhicules englués dans les embouteillages. »

Extrait de : P.J McAuley. « Une invasion martienne. »