Catégorie : Livres

 

L’île tombée du ciel par H. J. Magog

Fiche de L’île tombée du ciel

Titre : L’île tombée du ciel
Auteur : H. J. Magog
Date de parution : 1923
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de L’île tombée du ciel

« C’était cependant un beau jour. Un clair soleil printanier brillait très haut dans le ciel, d’une pureté merveilleuse ; et les rares flocons blancs qu’on apercevait demeuraient immobiles, suspendus dans l’espace comme par d’invisibles fils.

Mais la foule, qui emplissait les rues et les avenues de tourbillons capricieux, était muette et sinistre. Elle allait sans but, piétinant parfois sur place, désemparée. L’angoisse convulsait les visages. Instinctivement, les têtes se relevaient sans cesse, interrogeant le ciel, comme si son azur eût renfermé quelque menace. Et c’était terrifiant et bizarre de voir frissonner tant de gens sous ce firmament ensoleillé.

Aux environs de l’Observatoire, dans l’avenue, le Luxembourg et le boulevard Saint-Michel, la foule se pressait davantage. Contre les grilles et dans les deux tronçons de la rue Cassini, ses vagues s’écrasaient ; une sourde rumeur courait au-dessus des têtes anxieuses, toutes tendues dans la même direction. Une feuille de papier, collée à l’angle de la loge du concierge, était le but de tant de regards. Les plus proches la déchiffraient et, de bouche en bouche, on se passait les nouvelles. »

Extrait de : H.J Magog. « L’Île tombée du ciel. »

L’homme qui devint gorille… par H. J. Magog

Fiche de L’homme qui devint gorille…

Titre : L’homme qui devint gorille…
Auteur : H. J. Magog
Date de parution : 1930
Editeur : Ebooks libres et gratuits

Première page de L’homme qui devint gorille…

« C’était très loin, très loin, tout au sud de Paris, dans un de ces quartiers inachevés, blancs de maisons neuves où, parce que le bruit cesse tout à coup, il semble que la vie soit aussi interrompue.

En bordure du parc Montsouris, la rue – un embryon de rue, encore béante comme une blessure – s’ouvrait, anonyme, et point terminée. La chaussée, crevassée d’ornières et poudrée encore de traînées de plâtre, ressemblait à un chemin de traverse, en pleine campagne. Elle se terminait en cul-de-sac, barrée par des pans de murs galeux et déchiquetés, qui avaient l’air d’implorer la pioche des démolisseurs. Surgis çà et là, à intervalles inégaux, trois hauts immeubles se dressaient comme des dents fausses et trop fraîchement émaillées, piquées sur un râtelier dégarni. Tout au fond, un quatrième, bas et massif, semblait une molaire. Un jour, indécis et finissant enfonçait entre les bâtisses des tampons de ouate sale. »

Extrait de : H.J Magog. « L’Homme qui devint gorille. »

La main criminelle par H. J. Magog

Fiche de La main criminelle

Titre : La main criminelle (Tome 2 sur 2 – L’enfant des halles)
Auteur : H. J. Magog
Date de parution : 1926
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de La main criminelle

« Tandis que l’auto l’emportait, après un dernier geste d’adieu adressé à Jean, Renée avait éclaté en sanglots.

— Elle le garde… Elle me le prend, au moment où il allait peut-être m’aimer ! gémit-elle.

Les souvenirs mêlés – mêlés d’espoir et de découragement, de brusques joies et de désolation, de douceur et d’amertume – qu’elle emportait de cette soirée mouvementée la laissaient effondrée, à cette heure où elle se retrouvait seule.

Jusqu’au dernier instant, elle avait pu croire que la tendresse – l’amour un instant pressenti dans le regard et la voix de Jean Belmont – l’emporterait et triompherait des ruses d’une coquette.

Au cours de cette soirée, pour elle si émouvante en ses alternatives diverses, elle s’imaginait avoir joué sa vie – son amour. »

Extrait de : H.J Magog. « L’Enfant des halles (tome 2) La Main criminelle. »

Le môme Berlingot par H. J. Magog

Fiche de Le môme Berlingot

Titre : Le môme Berlingot (Tome 1 sur 2 – L’enfant des halles)
Auteur : H. J. Magog
Date de parution : 1926
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de Le môme Berlingot

« — Chienne de vie !…

Cette apostrophe mâchonnée avec colère par un miséreux, sous les pieds duquel roulaient les cailloux du petit chemin en pente, était amplement justifiée par son aspect de hère piteux, aux chaussures éculées et aux vêtements rapiécés et sales.

Ce ne pouvait être qu’un de ces vagabonds, dont les silhouettes ne retiennent pas les regards indifférents, parce qu’à force de marcher dans la poussière des routes ils ont fini par en prendre la couleur et qu’ils s’en détachent à peine.

— Chienne de vie ! répétait-il.

Et sa voix exprimait cette rancune et cette révolte, nées de la conviction d’une injustice du sort – nées aussi d’une conscience d’être supérieur à ce destin.

Sans âge – la fatigue et la saleté vieillissent – sous sa livrée de poussière, il demeurait confusément à la limite où se rejoignent la jeunesse finissante et la maturité commençante. »

Extrait de : H.J Magog. « L’Enfant des Halles (tome 1) Le môme Berlingot. »

Une histoire de revenants par Paul Féval

Fiche de Une histoire de revenants

Titre : Une histoire de revenants
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1881
Editeur : Feedbooks

Première page de Une histoire de revenants

« La vieille église se cachait dans un pli du vallon ; le clocher montrait son coq de cuivre, incliné sur sa tige, que le temps avait faussée, au-dessus d’un groupe de chênes ébranchés, ressemblant de loin à des géants difformes.

C’était un carrefour de la Grand-Lande, entre Redon et Malestroit, au pays de Bretagne. Il y avait là une table de pierre couchée sur trois supports inégaux. L’ajonc épineux, les genêts et la haute fougère formaient comme une haie autour de ce monument druidique que jamais paysan du bourg d’Orlan n’avait osé toucher du pied ni du doigt : on l’appelait la Pierre-des-Païens.

On disait que, sous cette table de granit, se creusait un trou de forme ovale, caché par les ronces, et que ce trou donnait accès dans une caverne qui rejoignait les souterrains
du manoir de Treguern.

On disait cela ; mais personne n’y avait été voir, car la ceinture de fougère, de genêts et d’ajoncs était intacte et ne présentait pas d’ouverture apparente pouvant livrer passage à un lapin. »

Extrait de : P. Féval. « Une Histoire de revenants. »

Quatre femmes et un homme par Paul Féval

Fiche de Quatre femmes et un homme

Titre : Quatre femmes et un homme
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1862
Editeur : Feedbooks

Première page de Quatre femmes et un homme

« Nous sommes une dynastie de commerçants sérieux. Ce mot, dans le langage des marchands de Paris, a une acception austère et presque solennelle. Le commerce sérieux est celui qui ne joue pas et opère constamment sur des bases certaines. Ces bases certaines manquent parfois ; car les meilleurs ponts peuvent crouler, et les négociants sérieux font la culbute. Ils passent alors à l’état de faillis sérieux. Leur naufrage entraîne presque toujours d’obscures et lugubres catastrophes, précisément parce que la confiance inspirée était générale et robuste. Le contre-coup se fait sentir la plupart du temps jusqu’aux couches sociales où le besoin est une règle. Mais il n’est pas rare de voir l’estime publique s’obstiner ; on pourrait même dire que la perte complète de la considération personnelle est ici l’exception. Si le commerçant sérieux ne s’est pas rendu coupable du crime de luxe, si les cachemires de sa femme n’ont pas blessé la vue de mesdames les négociantes aux jours de la prospérité, on lui jette volontiers la corde de sauvetage. Il a des parents nombreux et bien posés ; car ce monde est à part, et forme une sorte de tribu dans la grande ville. »

Extrait de : P. Féval. « Quatre femmes et un homme. »

Oeuvres par Paul Féval

Fiche de Oeuvres

Titre : Oeuvres
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 2015
Editeur : LCI-ebooks

Sommaire de Oeuvres

  • Contes de Bretagne
  • Le médecin bleu
  • Le loup blanc
  • Les fanfarons du roi
  • Les mystères de Londres
  • Les contes de nos pères
  • La quittance de minuit
  • Le fils du diable
  • Les belles-de-nuit ou les anges de la famille
  • La fée des grèves
  • La reine des épées
  • Le livre des mystères
  • La louve
  • Valentine de Rohan
  • Madame Gil Blas
  • Les compagnons du silence
  • Le bossu
  • Les errants de nuit
  • La fabrique de mariages
  • Le roi des gueux
  • La maison de Pilate
  • Quatre femmes et un homme
  • Le chevalier ténèbre
  • Le carnaval des enfants
  • Jean Diable
  • Les habits noirs
  • Annette Laïs
  • La fille du juif-errant
  • La vampire
  • Coeur d’acier
  • La fabrique de crimes
  • L’avaleur de sabres
  • La rue de Jérusalem
  • Le secret des habits noirs
  • Le cavalier fortune
  • Les compagnons du trésor
  • Le dernier vivant
  • La ville-vampire
  • La bande Cadet
  • Le dernier chevalier

Nouvelles par Paul Féval

Fiche de Nouvelles

Titre : Nouvelles
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1890
Editeur : BnF

Sommaire de Nouvelles

  • Le curé – Colonel (Historique)
  • Dieu me juge !
  • L’inventeur de la poudre (Mario Montfalcone)

Première page de Le curé – Colonel

« La nuit tombait, et aussi la pluie. Il faisait un fichu temps. Dans la petite cuisine du presbytère d’Aolbach1, Catherine, la vieille servante de M. le curé, mettait tout en ordre avant d’aller se reposer, sans soupçonner qu’il lui faudrait veiller cette nuit-là.
On était aux derniers jours d’août 1870. La campagne, solitaire d’habitude, paraissait habitée. Çà et là, une pointe d’acier, le poli d’un casque scintillaient aux rayons d’un foyer invisible.
Comme la vieilli Catherine allait mettre la barre sur la porte avant de monter dans sa chambre, il y eut un grand bruit sur le pavé de la cour où sonnaient les éperons et cliquetaient les sabres, puis, brusquement, le battant fut jeté en dedans sous la pression d’un corps humain que deux autres hommes poussaient devant eux.
François, qui sont ceux-là ? demanda Catherine tremblante en aidant le malheureux à se relever.
Mais l’autre était déjà debout, brandissant à bout
de bras un énorme chenet qu’il maniait sans efforts apparents.
 — Qui sont ceux-là ! murmura-t-il ; les misérables ! des uhlans de Prusse, parbleu ! »

Extrait de : P. Féval. « Nouvelles. »

Madame Pistache par Paul Féval

Fiche de Madame Pistache

Titre : Madame Pistache
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1856
Editeur : BnF

Première page de Madame Pistache

« Les nuages couraient turbulents et sombres. Une bande d’azur pâle restait à l’horizon, sous le vent ; une bande bien étroite, que les grandes nuées voyageuses attaquaient déjà de leur estompe lourde. Ce n’était pas un ciel d’orage, c’était cette cohue de vapeurs qui roule et se mêle sur nos têtes aux méchants jours d’octobre, montrant et cachant tour à tour, par des trous qui s’ouvrent, qui se bouchent, qui se rouvrent pour se fermer encore, le bleu sévère du firmament sans soleil.

Les toits rougeâtres d’Aix-la-Chapelle, la vieille ville de Charlemagne, qui retrouve tous les ans un os de son empereur, ruisselaient de pluie ; les pavés pointus scintillaient au jour clair et faux des matinées pluvieuses ; toute cette eau répandue reflétait une lumière qui blessait l’œil et semblait venir d’en bas.

C’était de grand matin, vers six heures et demie ; le déluge effrayait les buveurs d’eau sulfureuse qui devancent le crépuscule, d’ordinaire, et viennent demander la santé à cette naïade, pourvue d’une haleine formidable, qui alimente la fontaine Élise. »

Extrait de : P. Féval. « Madame Pistache. »

Madame Gil Blas par Paul Féval

Fiche de Madame Gil Blas

Titre : Madame Gil Blas
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1856
Editeur : Feedbooks

Première page de Madame Gil Blas

« Si je prends au plus illustre des romanciers français le titre de son livre immortel, ce n’est pas que j’espère cacher longtemps au lecteur mon véritable nom. L’entreprise serait folle. J’ai pour cela trop d’ennemis et trop d’amis. Les uns et les autres me devineront à la première ligne tombée de ma plume, et tous se divertiront à révéler mon secret aux indifférents. Loin d’être un voile, ce sobriquet sera un indice, car on me l’a donné dans le
monde, – au temps où je vivais dans le monde. On me l’a donné ; je le garde, non point pour me mettre à l’abri derrière lui, mais par je ne sais quel scrupule qui m’empêche de livrer à la publicité l’étiquette même de mon bonheur tranquille.
Les aventures de ma vie ont été, du reste, assez bizarres, assez nombreuses, pour que je puisse dire qu’aucune femme même pourrait s’appliquer mieux que moi le nom de cet enfant perdu de la fortune, Gil Blas de Santillane. »

Extrait de : P. Féval. « Madame Gil Blas. »