Catégorie : Livres
Ceux qui sauront par Pierre Bordage
Fiche de Ceux qui sauront
Titre : Ceux qui sauront (Tome 1 sur 3 – Jean et Clara)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2008
Editeur : Flammarion
Première page de Ceux qui sauront
« Tu es sûre que tu n’as pas été suivie ? »
Hors d’haleine, Magda hocha la tête. Les yeux de l’homme qui s’était tout à coup dressé devant elle brillaient dans la fente de sa cagoule comme deux ampoules électriques. Elle entrevit la crosse d’une arme dans l’entrebâillement de son imperméable noir. Des ténèbres insondables recouvraient la ville, des grondements lointains traversaient le silence. Le vent et la pluie de l’automne restaient imprégnés de la tiédeur de l’été.
Magda s’était mise en route à minuit, comme stipulé dans le mot glissé sous sa porte par une main discrète. Elle avait traversé une partie de la ville endormie, se cachant dans les cours intérieures chaque fois qu’elle entendait un bruit suspect. Un fort sentiment d’inquiétude l’avait étreinte tout au long du chemin. Comment le réseau avait-il su qu’elle désirait rejoindre les rangs des pères Noël du savoir ? Elle n’en avait parlé à personne d’autre que Lorraine, sa consœur à l’internat de jeunes filles de Meudon.
« Je ne crois pas.
— Faut en être sûre ! » gronda l’homme.
Elle craignit un instant qu’il ne tire son arme et ne la couche en joue. »
Extrait de : P. Bordage. « Ceux qui sauront – Jean et Clara. »
Le dragon aux plumes de sang par Pierre Bordage
Fiche de Le dragon aux plumes de sang
Titre : Le dragon aux plumes de sang (Tome 2 sur 2 – Griots célestes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2003
Editeur : L’Atalante
Première page de Le dragon aux plumes de sang
« Les griots vont paraître, Majesté. »
« Osfoët, la souveraine de Grande-Isle des Fresles, examina le portier céleste prostré sur un coussin au pied du trône.
« Quand ? »
Le portier céleste se redressa dans un froissement de brocart. Ses yeux fuyants se posèrent tour à tour sur la souveraine, sur le consort Ynold, sur les princesses regroupées d’un côté de l’estrade.
« Dans trois ou quatre jours, Majesté.
— Vous m’avez l’air bien sûr de vous !
— Les membres de la Congrégation ont seulement interprété le degré d’intensité des flots de la Chaldria, Majesté… »
L’oreille exercée de la souveraine discerna de légères fêlures dans la voix du portier. Il contrôlait ses émotions au prix d’un effort intense qui lui donnait un air d’écolier appliqué.
« Trois ou quatre jours ? Cela ne nous laisse que très peu de temps pour nous préparer à leur venue. »
Extrait de : P. Bordage. « Griots célestes – Le dragon aux plumes de sang. »
Qui-vient-du-bruit par Pierre Bordage
Fiche de Qui-vient-du-bruit
Titre : Qui-vient-du-bruit (Tome 1 sur 2 – Griots célestes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2002
Editeur : L’Atalante
Première page de Qui-vient-du-bruit
« L’homme qui pense comme son temps disparaît avec son temps, dit le vieil adage.
Que savons-nous des Grandes Guerres de la Dispersion ? Que savons-nous du système premier d’où, selon la légende, sont originaires l’ensemble des peuples humains disséminés dans la Galaxie ?
Des abîmes nous séparent des autres rameaux humains. Les rares nouvelles que nous recevons d’eux sont comme des gouttes infimes humectant les lèvres d’un naufragé du Mitwan. Les griots célestes sont plutôt avares de détails. On devine que les autres peuples continuent de parler la même langue que la nôtre, un terranz déformé et/ou truffé d’idiotismes. Nous pourrions donc comprendre nos frères si, par la magie d’une technologie inspirée, ou redécouverte, nous avions la possibilité de rompre ces distances inconcevables qui nous maintiennent dans l’isolement. J’ai consacré toute mon existence à l’étude des connaissances du passé, mais je ne vivrai pas assez longtemps, hélas ! pour exaucer mon vœu le plus cher : partir vers la plus proche des planètes conquises, rencontrer les hommes qui l’habitent, évoquer avec eux les méandres de nos évolutions respectives. »
Extrait de : P. Bordage. « Qui-vient-du-bruit – Griots célestes. »
Au nom du fils par Alain Grousset

Fiche de Au nom du fils
Titre : Au nom du fils (Tome 2 sur 2 – Gigante)
Auteur : Alain Grousset
Date de parution : 2013
Editeur : L’Atalante
Première page de Au nom du fils
« KOEB MERTICANT ouvrit les yeux mais ne vit rien. Il fallut plusieurs secondes avant que la lumière lui vrille le cerveau. Des boules lumineuses s’agitaient autour de lui dans un ballet frénétique qu’il ne pouvait contrôler. Tout bougeait, tanguait à lui donner la nausée. Où était-il ? Quelque chose niché au fond de son ventre l’obligea à se redresser d’un coup de la table en inox sur laquelle il était allongé.
Il se mit à vomir sans retenue de longs jets d’un liquide verdâtre.
— Bien, fit une voix sortie de nulle part. Plus vous rejetterez les cryoconservateurs, moins de toxicité restera dans votre corps.
Koeb eut encore plusieurs crises de spasmes qui lui retournèrent douloureusement l’estomac, puis cela se calma. Cramponné au rebord de la table, un filet de bave pendant à ses lèvres, l’homme commençait à reprendre ses esprits.
Je suis arrivé !
Cette pensée lui fit oublier ses souffrances, qu’il savait passagères. Lentement, il tourna la tête pour apercevoir en enfilade plusieurs dizaines de tables comme la sienne où, sur chacune, un homme ou une femme se tenait à peu près dans la même position que lui, en train de recommencer leur vie. »
Extrait de : A. Grousset. « Au nom du fils – Gigante. »
Au nom du père par Pierre Bordage
Fiche de Au nom du père
Titre : Au nom du père (Tome 1 sur 2 – Gigante)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2013
Editeur : L’Atalante
Première page de Au nom du père
« Gigante porte bien son nom.
Dix-huit mille fois plus grosse que PrimeTerre, la planète mère ; cent quatre-vingts fois plus volumineuse que Soleil, l’étoile référentielle des Mondes affiliés.
Parfaitement réveillé au moment de l’atterrissage, je n’ai pas eu assez de mes yeux pour contempler la planète ocre aux perspectives si extraordinaires qu’elles donnent le vertige.
Gigante demeure une énigme aux yeux des scientifiques. Ils se demandent comment un corps céleste d’une telle importance a réussi à se former sans s’effondrer sur lui-même. Les géantes sont gazeuses d’ordinaire, et celle-ci est bel et bien recouverte d’une croûte planétaire assez solide pour autoriser le développement de la vie. De même, on ne comprend pas pourquoi son atmosphère est si riche en oxygène. J’ai moi-même ressenti, lorsque j’ai fait mes premiers pas hors de l’astroport, l’ivresse caractéristique de la suroxygénation, cette sensation de légèreté, d’euphorie offrant un contraste étonnant, presque schizophrénique, avec la gravité qui vous donne l’impression de peser des tonnes. »
Extrait de : P. Bordage. « Gigante – Au nom du père. »
La résurrection par Pierre Bordage
Fiche de La résurrection
Titre : La résurrection (Tome 2 sur 2 – Arkane)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2018
Editeur : Bragelonne
Première page de La résurrection
« Il fallait moins d’une journée à la bourbe pour absorber un bloc de pierre de plusieurs toises de longueur et de hauteur.
L’eau disparaissait un temps sous les amoncellements de roches prélevées dans les mines, puis silencieusement, sournoisement, inexorablement, remontait des profondeurs pour tout recouvrir, anéantissant le travail exténuant de la veille. Les combleurs ne pouvaient s’empêcher de ressentir du découragement lorsque, après une courte période de repos, ils découvraient la nappe immobile d’où émergeaient, îles dérisoires, les échines arrondies ou brisées de quelques blocs. Même s’ils n’avaient aucune chance de sortir vivants du dédale des souterrains, des citernes, des égouts, des piliers, des murs de fondation, ils travaillaient comme des bêtes de somme afin d’empêcher l’affaissement de la cité édifiée sur un sol marécageux de plus en plus spongieux, éclairés par les flammes dansantes des torches et la lumière blafarde émanant des rochelumes. Une couleur laiteuse uniforme effaçait peu à peu leurs iris et leur permettait de distinguer les formes dans les ténèbres profondes. »
Extrait de : P. Bordage. « La Résurrection – Arkane. »
La désolation par Pierre Bordage
Fiche de La désolation
Titre : La désolation (Tome 1 sur 2 – Arkane)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2017
Editeur : Bragelonne
Première page de La désolation
« Il advint que l’Odivir sortit de son lit et submergea le pays d’Arkane, jadis appelé Tagre, du massif septentrional de l’Ostian aux sombres marécages du Sud lointain. Émues par les cris désespérés des mères, les sept déesses du fleuve commandèrent à leurs serviteurs d’épargner sept familles humaines…
La première fut secourue par le drac aux écailles rouges, la deuxième par l’aigle aux plumes orangées, la troisième par le dauphin à la peau jaune, la quatrième par le loup à fourrure verte, la cinquième par le corridan bleu tacheté, la sixième par l’ours nocturne des étangs, la septième par l’orbal, le serpent violet vivant dans les fonds de vase…
Les sept familles tirées des eaux se réfugièrent sur la plus haute colline du Tagre. Les serviteurs des déesses leur apportèrent des poissons qui leur permirent d’attendre la décrue du fleuve sans souffrir de la faim…
L’Odivir se retira dans son lit après avoir fécondé la terre. Les familles décidèrent de fonder, au sommet de la colline, une cité qu’elles baptisèrent Arkane, ce qui, dans le langage de nos pères, signifie l’Insubmersible… »
Extrait de : P. Bordage. « La Désolation – Arkane. »
Orchéron par Pierre Bordage

Fiche de Orchéron
Titre : Orchéron (Tome 2 sur 2 – Abzalon)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1998
Editeur : J’ai lu
Première page de Orchéron
« Combien de temps ai-je passé à lire le journal du moncle Artien ? Des semaines, des mois ? Je n’ai parlé à personne de ma découverte, pas même à mon cher Elleo. Sans doute y a-t-il une part de lâcheté dans mon mutisme. Peut-être craignais-je que l’exhumation de ce document, qui nous raccroche à un passé à la fois si lointain et si proche, ne fasse que précipiter une transformation que je pressens douloureuse ? Notre monde, notre toujours « nouveau monde », repose sur un foisonnement de légendes d’où nous avons dégagé les sept sentiers de l’évolution. Or la révélation de la vérité historique – d’une simple facette de cette vérité, car le témoin privilégié de l’odyssée de l’Estérion n’avait des événements qu’une vision subjective, parcellaire – risquait à mon sens de saper nos fondations encore fragiles et de déchaîner la violence que je vois frémir dans le cœur de chacun.
J’ai parfois ri aux éclats lorsque j’ai comparé les descriptions du moncle Artien à notre propre vision de l’odyssée des maudits d’Ester. »
Extrait de : P. Bordage. « Orchéron – Abzalon. »
Abzalon par Pierre Bordage
Fiche de Abzalon
Titre : Abzalon (Tome 1 sur 2 – Abzalon)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1998
Editeur : L’Atalante
Première page de Abzalon
« Je me suis longtemps interrogé sur l’opportunité de relater l’histoire des maudits d’Ester. Je me propose en l’occurrence de tenir le rôle de chroniqueur, ou d’historien, et la mémoire est un matériau malléable, volatil, dangereux, dont se servent trop souvent les conquérants et les fanatiques pour enfermer les populations dans des prisons ou dans des dogmes – je suis des mieux placés pour en parler, étant moi-même issu de l’Église monclale, l’une des religions les plus manipulatrices et meurtrières qu’aient connues Ester et ses deux satellites. Aujourd’hui je franchis le pas, estimant que les chances sont minces, pour ne pas dire inexistantes, que mes écrits soient un jour portés à la connaissance d’éventuels lecteurs. Au cours de ces dernières années, tant de sensations, tant d’émotions se sont accumulées dans mon cerveau et mon corps que je ressens le besoin pressant de me purger et que, comme je n’ai plus de larmes ni de sang à verser, l’encre est le seul liquide qui puisse encore s’écouler de mes plaies. Le mode écrit, tombé en désuétude depuis bien longtemps mais cultivé avec ferveur par l’Église monclale, ne me servira pas seulement d’exutoire. Il offre un double avantage sur les modes parlé et pensé en vogue sur Ester : il permet d’une part d’avoir des événements une vision pénétrante, ralentie par le geste, filtrée par ces tamis très fins que sont la mémoire cellulaire et le subconscient, il établit d’autre part une relation directe de soi à soi sans interférences parasites, en autoréférence, dans un état silencieux qui n’est pas sans évoquer la description des extases mystiques des Kroptes. »
Extrait de : P. Bordage. « Abzalon. »
Sourire de sable par Serge Brussolo

Fiche de Sourire de sable
Titre : Sourire de sable
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2024
Editeur :
Première page de Sourire de sable
« La ville…
La ville est intacte, si l’on peut dire. Elle n’a souffert d’aucun bombardement et l’on chercherait en vain des traces d’incendie ou d’explosion. Non, c’est autre chose, mais quoi ?
Ana, qui laisse son regard courir de façade en façade, a la conviction de contempler un corps mort. Une carcasse. L’exosquelette évidé d’une bête fabuleuse échouée à la lisière du désert et du Temps. L’un de ces pachydermes mythiques que les vers et les insectes rongent de l’intérieur, vidant peu à peu l’animal de ses organes jusqu’à le réduire à une simple enveloppe écailleuse, ossifiée, hérissée de défenses chitineuses.
Et pourtant, il y a quelques semaines, la ville portait encore un nom célèbre qui faisait rêver les humains : Las Vegas. Un nom symbole de richesse, de jouissance, de luxure, de plaisirs faciles et tarifés. Elle regorgeait de casinos, de boîtes de nuit, de bordels, d’hôtels de la taille d’un paquebot. Ses rues, de la largeur d’un fleuve, étaient surplombées d’enseignes géantes clignotant telles des étoiles capturées par les hommes et enchaînées aux buildings afin d’enluminer les bas plaisirs des touristes en goguette. »
Extrait de : S. Brussolo. « Sourire de sable. »