Étiquette : 3 place de Byzance
La maison de l’aigle par Serge Brussolo

Fiche de La maison de l’aigle
Titre : La maison de l’aigle (Tome 2 sur 2 – 3 place de Byzance)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1994
Editeur : Gallimard
Première page de La maison de l’aigle
« Décembre 1938…
C’est alors qu’ils emménagèrent dans la maison de verre. Un atelier d’artiste au sommet d’un immeuble vermoulu du Quartier latin, une bâtisse du XVIe siècle, plantée de guingois au bord de la Seine, prête à basculer dans le fleuve, tels ces clochards ivres qui oscillent au ras des quais. Une maison étroite, bâtie en hauteur. Les marches de l’escalier, usées en leur milieu, avaient été rabotées par deux siècles d’allées et venues. Leur bois, poncé par les semelles, avait la finesse de la soie.
Au sixième étage se tenait l’atelier. Une cage vitrée où la lumière entrait à flots. Dès qu’elle en franchit le seuil, Judith fut assaillie par le vertige. C’était une maison de verre accrochée au bord du vide, une de ces bicoques qu’on voit parfois en haut des falaises, perchées en dépit du bon sens ; frôlant l’abîme. Abris précaires, on sait qu’elles basculeront au prochain éboulement, lorsque le calcaire de leur assise s’effritera sous le travail des marées. À l’intérieur de l’atelier, on n’était préservé de la chute dans le fleuve que par une mince couche de verre courant du sol au plafond. »
Extrait de : S. Brussolo. « 3 place de Byzance – La maison de l’aigle. »
3 place de Byzance par Serge Brussolo

Fiche de 3 place de Byzance
Titre : 3 place de Byzance (Tome 1 sur 2 – 3 place de Byzance)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1992
Editeur : Denoël
Première page de 3 place de Byzance
« Octobre 1920
À cinquante-cinq ans Jules Massart ne croyait plus guère qu’en deux choses : la fin du Monde et l’Arche de Noé.
Souvent, la nuit, quand il avait ingurgité trop de café au dîner, il lui arrivait de prendre les battements de son cœur pour le roulement d’une canonnade lointaine dont les vibrations faisaient gémir les carreaux de l’appartement sur une note aiguë. Dans ces moments de peur mal contenue, le grand hall de l’immeuble, de son immeuble, s’emplissait de rumeurs, emmagasinait les trémulations comme une cloche de bronze suspendue en haut d’une tour capte les échos de la ville qui l’entoure. La maison tout entière devenait caisse de résonance, amplifiant les grondements d’une bataille dont on ne distinguait pas encore les fumées. Alors Jules s’agitait de plus belle dans son sommeil, et sa grosse figure que la barbe naissante rendait rugueuse, râpait l’oreiller. Ses mains rampaient au hasard, renversant des objets aux alentours sans parvenir à l’éveiller. Il commençait à suer et à souffler fortement par la bouche, comme un taureau qui s’énerve. »
Extrait de : S. Brussolo. « 3, place de Byzance. »