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La taupe et le dragon par Joël Champetier

Fiche de La taupe et le dragon

Titre : La taupe et le dragon
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1999
Editeur : Editions A Lire

Première page de La taupe et le dragon

« Dans l’astroport de la Nouvelle-Chine, le tumulte régnait. Une masse compacte d’immigrants chinois bloquait complètement les corridors du vaste bâtiment, trop excitée pour prêter attention aux signes des officiers de la sécurité ou aux vociférations des haut-parleurs. De peine et de misère, Réjean Tanner se dégagea de l’engorgement et réussit à s’enfuir jusqu’à un coin moins achalandé. Il aperçut le commandant Wang Zhong qui lui avait réservé une place sur un des rares bancs encore libre. Tanner remercia son supérieur, puis s’assit avec un soupir de soulagement, épuisé par l’éprouvante rentrée en navette atmosphérique et par les heures à faire le pied de grue à la douane. Il se massa le front : il avait la nausée et une migraine d’enfer lui fissurait le crâne. Après six semaines de voyage interstellaire, son corps avait perdu l’habitude de la gravité.

Par réflexe, Tanner consulta sa montre. Elle n’indiquait rien, évidemment. Avec un soupir d’irritation, il détacha le bracelet devenu inutile, l’ionisation de la haute atmosphère en Nouvelle-Chine y interdisait la mise en orbite de satellites de synchronisation horaire. Son premier achat sur cette planète consisterait sans doute en une montre locale. »

Extrait de : J. Champetier. « La Taupe et le Dragon. »

La peau blanche par Joël Champetier

Fiche de La peau blanche

Titre : La peau blanche
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2004
Editeur : Editions A Lire

Première page de La peau blanche

« Au départ, cette histoire était chapeautée d’une citation de Michel Tremblay. Or, à la réflexion, j’ai trouvé prétentieux d’infliger au lecteur une citation en exergue, comme si ma narration ne pouvait se suffire à elle-même sans la caution involontaire d’un auteur plus célèbre. Il a suffi d’une manipulation de clavier, d’un attouchement de souris, et la phrase amoureusement choisie est retournée au néant. Dans une seconde version, j’abordais le lecteur avec une méditation sur la vie, l’amour et la mort, dont les échos philosophiques auraient resurgi tout le long du récit. Mais, des profondeurs de mes souvenirs j’ai cru entendre les protestations d’Henri : Que c’est chiant ton début ! Souris, sélection et touche d’effacement… Petits meurtres sans importance…

La vérité, c’est que je ne sais plus combien de temps il me reste pour écrire ceci. J’essaierai donc de m’en tenir aux faits, bien assez accablants dans leur terrible nudité. »

Extrait de : J. Champetier. « La peau blanche. »

La mer au fond du monde par Joël Champetier

Fiche de La mer au fond du monde

Titre : La mer au fond du monde
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1990
Editeur : Editions Paulines

Première page de La mer au fond du monde

« Désolation : le dernier village nordique de Creuse mérite bien son nom. Par la fenêtre encroûtée de givre, le spectacle de la tempête était impressionnant. Un vent glacial hurlait et sifflait, la neige crépitait contre la vitre, des bourrasques subites soulevaient des murs blancs qui, l’espace d’une seconde, voilaient les façades à demi submergées des maisons faisant face à la salle communale. J’ai frissonné. Moi qui, une semaine plus tôt, n’avais jamais quitté l’équateur, voilà deux jours que je me rongeais les sangs, prisonnier de la tempête, incapable de mettre le nez dehors.
J’essayais de me convaincre que les fridjis devaient trouver la situation plus pénible que moi, mais c’était bien maigre comme consolation. Effectivement, au fond de la salle, les douze fridjis qui accompagnaient l’expédition se morfondaient, frileusement couchées en groupe, chaque couple s’embrassant pour se consoler de son ennui. C’est pour ça qu’on m’avait installé un lit dans la salle communale, pour leur tenir compagnie. »

Extrait de : J. Champetier. « La mer au fond du monde. »

La mémoire du lac par Joël Champetier

Fiche de La mémoire du lac

Titre : La mémoire du lac
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2001
Editeur : Editions A Lire

Première page de La mémoire du lac

« Je n’aurais jamais imaginé que le lac Témiscamingue me manquerait autant. Je m’ennuie de ses caps de granit, de ses plages glaiseuses, des reflets du soleil sur ses vagues opaques. Je m’ennuie de son odeur, de son souffle. Je m’ennuie de ces matins d’été où je me levais de bonne heure, vite habillé dans la maison silencieuse, et où je détachais le canot du quai pour une promenade en solitaire. Parfois, dans l’ombre d’une baie, je pêchais, apportant pour tout déjeuner une pomme et un thermos de café. D’autres fois je ramais : vers le sud, jusqu’à la pointe du vieux Fort ; ou vers le nord, jusqu’à l’île du Collège, pagayant devant Ville-Marie endormie. La fin de semaine il m’arrivait de rester allongé dans le canot, bercé par la vague, pendant des heures. D’autres canotiers s’approchaient parfois en croyant que c’était un canot à la dérive, pour m’apercevoir à la dernière minute, endormi au fond. J’en ai fait sursauter plus d’un comme ça. La plupart du temps on riait et on s’excusait. Mais parfois des femmes avaient si peur qu’elles se mettaient à pleurer. Ça n’arrivait pas souvent les derniers temps. Les gens avaient fini par reconnaître le canot vert de ce fou de Daniel Verrier. »

Extrait de : J. Champetier. « La mémoire du lac. »

L’aile du papillon par Joël Champetier

Fiche de L’aile du papillon

Titre : L’aile du papillon
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1999
Editeur : Editions A Lire

Première page de L’aile du papillon

« Pendant des siècles, peut-être des millénaires, Caligo était demeuré prisonnier des caves du funérarium. Il n’était pas né dans ce sombre caveau, de cela il était certain – une certitude intuitive qui ne nécessitait aucune preuve. Son éveil à la conscience avait été un processus si graduel qu’il aurait été incapable d’identifier le moment où il avait compris qu’il était distinct du néant. Les premières années – mais il aurait tout aussi bien pu s’agir de minutes que de siècles – il avait nagé dans un brouillard flou, au sein d’un bruissement dont il ne percevait ni la source, ni la nature. Au fil du temps, le brouillard qui masquait sa vue s’était dissipé, et le bruissement qui noyait tous les sons s’était atténué. Caligo, pour la première fois sans doute de son existence, avait éprouvé un désir. Le désir, encore vacillant, de comprendre.

Il tendit la main et toucha une paroi dure et lisse. Il ne distingua rien au-dessus de sa tête et ne sentit rien sous ses pieds. Il flottait à la verticale au sein d’un tube de matière transparente. Au-delà de la paroi courbe, une lumière jaune, tout d’abord faible comme le souffle d’un mourant mais de plus en plus vive, traça les contours d’une vaste pièce au sol de pierre noire, au plafond bas soutenu par de lourdes arches d’un bois si sombre et usé qu’il en paraissait huileux. »

Extrait de : J. Champetier. « L’Aile du papillon. »

Le mystère des Sylvaneaux par Joël Champetier

Fiche de Le mystère des Sylvaneaux

Titre : Le mystère des Sylvaneaux (Tome 3 sur 3 – L’univers de Contremont)
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2009
Editeur : Editions A Lire

Première page de Le mystère des Sylvaneaux

« Il y a longtemps, si longtemps que presque aucun livre d’histoire n’en parle, un pays prospère s’étendait entre la mer Géante et la mer Tramail. Au centre géographique de ce territoire se dressait Contremont, une belle ville construite sur les rives du lac Emblic, célèbre cent lieues à la ronde pour ses eaux d’un vert lumineux. Les tours d’un château dominaient la ville, et dans ce château habitait un roi nommé Japier.

Japier était aimé du peuple de Contremont, qui l’appelait « le bon roi triste ». Ce n’était pas un de ces héros dont les faits d’armes innombrables émerveillaient ceux qui en avaient entendu parler. C’était un homme simple, prompt au rire et lent à la colère, qui dans sa jeunesse avait aimé se joindre à la population à l’occasion des foires, des fêtes de moisson et des chasses qui s’échelonnaient au long de l’année, sans jamais perdre à ce contact sa noblesse ni sa dignité.

Car Japier était sage et comprenait le cœur des hommes.

Mais il était triste aussi, depuis que sa douce compagne, la reine Anne, avait perdu la vie à cause d’une chute de cheval. Cette tragédie avait secoué le royaume entier. Anne aussi était aimée du peuple, presque autant que l’était Japier. Quiconque l’avait rencontrée gardait en mémoire ses cheveux blonds, ses yeux brillants et rieurs, son nez bien fait et son corps si clair que les marguerites sous ses pas semblaient des taches brunes auprès de ses pieds blancs. »

Extrait de : J. Champetier. « Le mystère des Sylvaneaux – L’univers de Contremont. »

Le voleur des steppes par Joël Champetier

Fiche de Le voleur des steppes

Titre : Le voleur des steppes (Tome 2 sur 3 – L’univers de Contremont)
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2007
Editeur : Editions A Lire

Première page de Le voleur des steppes

« Personne n’aurait su dire depuis combien de temps l’homme dans la cage avait ouvert les yeux. Allongé sur le flanc, immobile, les jambes repliées, il contemplait une plaine sauvage, étendue jusqu’à l’infini. Un désert de rocaille piqueté de rares buissons.

La nuit tombait.

Le ciel violet devint noir, sauf à l’horizon où une lueur inconstante traçait le contour de nuages.

Un orage approchait.

Des éclairs s’abattirent bientôt sur la terre de roche, le craquement de chaque décharge un peu plus assourdissant que le précédent.

L’homme, qui avait des yeux pour voir, et des oreilles pour entendre, et une poitrine pour sentir la main du tonnerre s’y appuyer à chaque coup, ne s’éveilla pleinement à la conscience que lorsque les premières gouttes de pluie lui éclatèrent au visage. »

Extrait de : J. Champetier. « Le voleur des steppes – L’univers de Contremont. »

Les sources de la magie par Joël Champetier

Fiche de Les sources de la magie

Titre : Les sources de la magie (Tome 1 sur 3 – L’univers de Contremont)
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 2002
Editeur : Editions A Lire

Première page de Les sources de la magie

« Maître Ian Corybantier se réveilla aux premières lueurs de l’aube, ce qui était presque un exploit en cette matinée du solstice d’été. Il s’extirpa du fauteuil dans lequel le sommeil l’avait surpris pendant qu’il lisait. Une mauvaise habitude, comme en témoignait la douleur à ses hanches et à son dos. Il avait beau refuser d’admettre qu’il n’était plus un jouvenceau, son corps se chargeait de lui rappeler cette vérité incontournable.
En boitant un peu, maître Corybantier s’approcha de l’une des étroites fenêtres de la bibliothèque. La nuit la plus courte de l’année n’avait fait que passer. Comme prévu, le ciel était clair et dégagé. Ian n’était pas le plus grand connaisseur du firmament et des météores, mais prédire le temps du lendemain en observant les formations nuageuses du soir n’exigeait qu’un minimum de sens de l’observation et de mémoire. Rien à voir avec la maîtrise des forces surnaturelles. »

Extrait de : J. Champetier. « Les Sources de la magie – L’univers de Contremont. »

Le secret des Sylvaneaux par Joël Champetier

Fiche de Le secret des Sylvaneaux

Titre : Le secret des Sylvaneaux (Tome 4 sur 4 – Contremont)
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1994
Editeur : Editions Paulines

Première page de Le secret des Sylvaneaux

« Prise dans les filets d’un cauchemar, Fafaro revivait le naufrage de la Brigaille. La cabine tournait et tanguait, l’eau qui jaillissait des hublots la frappait au visage. La jeune femme essayait de nager, mais la substance du rêve engourdissait tous ses membres. Étourdie, elle ne savait plus distinguer le haut du bas. Sa robe s’était entortillée autour de sa tête. Elle sombrait, incapable de respirer…
Fafaro se réveilla en sursaut, repoussant la masse chaude et poilue qui lui collait au visage. Contre le ciel blafard de l’aurore, une silhouette à quatre pattes s’éloigna à contrecœur. Fafaro murmura quelques jurons bien sentis : cet idiot de kchün cherchait-il donc à l’étouffer ? Elle cessa de maugréer puis releva sa couverture sous son menton et essaya de se rendormir. Peine perdue : non seulement la lumière de l’aube envahissait-elle maintenant le ciel, mais surtout, la fraîcheur du matin avait glissé son doigt insidieux sous la couverture. »

Extrait de : J. Champetier. « Le Secret des Sylvaneaux – Contremont. »

Le voyage de la sylvanelle par Joël Champetier

Fiche de Le voyage de la sylvanelle

Titre : Le voyage de la sylvanelle (Tome 3 sur 4 – Contremont)
Auteur : Joël Champetier
Date de parution : 1993
Editeur : Editions Paulines

Première page de Le voyage de la sylvanelle

« Ce matin-là, les couloirs du château de Contremont résonnaient d’appels impatients.
— Votre Altesse ? Êtes-vous ici ? Répondez-moi, je vous prie ! Y a-t-il quelqu’un qui a vu la princesse Melsi ?
Ces appels provenaient de dame Zirnon, la préceptrice de Melsi, qui traversait en coup de vent les nouveaux couloirs de la tour royale. Par réflexe, la préceptrice avait dirigé ses pas en direction de l’escalier des serviteurs, puis elle se rappela que cet escalier avait été démoli pour faire place à une cuisine. Elle rebroussa chemin, poussant un soupir d’exaspération. Deux ans plus tôt, le siège contre le géant Barrad et la bataille qui s’était ensuivie avaient causé tant de dégâts que les architectes du royaume en avaient profité pour refaire l’aménagement intérieur de la tour royale. La princesse Melsi, par exemple, possédait maintenant ses propres appartements avec vue sur le fleuve Pibole – et c’est là que dame Zirnon se dirigeait. Elle pénétra sans même frapper dans une petite antichambre tapissée de tissu bleu. »

Extrait de : J. Champetier. « Le voyage de la sylvanelle – Contremont. »