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Les marées de minuit par Steven Erikson

Fiche de Les marées de minuit
Titre : Les marées de minuit (Tome 5 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : N. Merrien
Date de parution : 2004
Editeur : Editions Leha
Première page de Les marées de minuit
« Tombant des spires nuageuses gorgées de cendres, le sang pleuvait. Les dernières forteresses célestes, nimbées de flammes et exhalant une fumée noire, avaient abandonné le ciel et, ayant inexorablement chu, avaient creusé de profonds sillons dans le sol. Puis elles s’étaient disloquées en faisant vibrer la terre dans un bruit de tonnerre, dispersant au passage des fragments de roche rouge parmi les monceaux de cadavres qui recouvraient le champ de bataille d’un horizon à l’autre.
Les grandes cités-ruches s’étaient vues réduites en un tas de décombres et de cendres stratifiées, et les nuages géants qui s’en étaient échappés une fois celles-ci détruites – nuages constitués de débris, de sang et de lambeaux de chair – tourbillonnaient, tempêtes de chaleur en voie de dissipation, et, se répandant désormais dans le ciel, l’envahissaient complètement.
Au milieu des armées annihilées, les légions conquérantes se rassemblaient sur la plaine centrale, en grande partie tapissée de dalles exquisément ajustées – du moins aux endroits où les forteresses célestes n’avaient pas creusé de profonds impacts –, même si le regroupement des formations se voyait freiné par les innombrables carcasses des vaincus. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les Marées de Minuit. »
La maison des chaînes par Steven Erikson

Fiche de La maison des chaînes
Titre : La maison des chaînes (Tome 4 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : N. Merrien
Date de parution : 2002
Editeur : Editions Leha
Première page de La maison des chaînes
« Grisâtres, boursouflés et creusés d’orifices, les corps gisaient à perte de vue, éparpillés sur le rivage limoneux. La marée montante les refoulait en masse comme du bois flotté ; émergeant des eaux, ils roulaient sur le sol boueux. Leur chair en décomposition était infestée de crabes noirs à dix pattes de la taille d’une pièce de monnaie qui s’apprêtaient à attaquer le généreux festin que l’éclatement de la garenne leur avait prodigué.
La mer reflétait la teinte du soleil couchant, terne, piquetée d’étain à sa surface comme en profondeur, une couleur que seuls venaient contester le gris plus sombre des sédiments et, à trente coups de rame de la rive, les tons ocre baveux d’une ville submergée affleurant à peine. Les tempêtes s’étaient calmées, et les eaux désormais placides recouvraient les vestiges de ce monde englouti.
Un domaine qui, jusqu’à tout récemment encore, avait été peuplé d’habitants petits et trapus, aux traits aplatis, aux longs cheveux pâles. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – La Maison des Chaînes. »
Les souvenirs de la glace par Steven Erikson

Fiche de Les souvenirs de la glace
Titre : Les souvenirs de la glace (Tome 3 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : N. Merrien
Date de parution : 2001
Editeur : Editions Leha
Première page de Les souvenirs de la glace
« Les hirondelles virevoltaient parmi les nuées de moustiques qui dansaient au-dessus des vasières. Le ciel surplombant les marais demeurait gris, mais il avait perdu sa teinte hivernale de mercure, et le vent chaud qui bruissait sur les terres ravagées portait en lui un parfum de renouveau.
Ce qui avait jadis été la mer intérieure d’eau douce que les Imass appelaient Jaghra Til, née de la fonte brutale des champs glacés jaghuts, poussait désormais ses ultimes râles d’agonie. Sa surface blafarde se reflétait au gré de flaques en voie d’évaporation et d’étendues aqueuses peu profondes, aussi loin vers le sud que le regard pouvait porter ; pour autant, les terres nouvellement apparues prédominaient dans le paysage.
Le fracas de sorcellerie à l’origine de l’âge glaciaire avait fait revenir dans la région les anciennes saisons naturelles, mais les souvenirs de la glace des hautes montagnes perduraient. La roche exposée au nord était érodée et criblée d’orifices, traversée de crevasses pleines d’éboulis. Les épais limons ayant autrefois constitué le fond de la mer intérieure enflaient toujours sous l’effet des gaz emprisonnés, tandis que la terre, affranchie de l’énorme poids des glaciers disparus durant les huit dernières années, poursuivait sa lente ascension. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les Souvenirs de la Glace. »
Les portes de la Maison des morts par Steven Erikson
Fiche de Les portes de la Maison des morts
Titre : Les portes de la Maison des morts (Tome 2 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : M. Hubert
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Leha
Première page de Les portes de la Maison des morts
« D’un pas chancelant, l’informe agglomérat de mouches passa de l’Avenue des Âmes à l’Enceinte du Jugement. Les protubérances grouillantes qui parcouraient son corps en migrations insensées laissaient sporadiquement s’écouler des essaims noirs et luisants qui explosaient en vols frénétiques à l’instant même où ils heurtaient les pavés.
L’Heure de la Soif approchait de son terme. Le prêtre titubait dans son nuage d’insectes, aveugle, muet et silencieux. Afin d’honorer le Seigneur de la Mort, son dieu, le disciple de Cagoule s’était joint à ses pairs au point du jour pour oindre son corps nu du sang de meurtriers exécutés – sang stocké dans les amphores géantes qui s’alignaient le long des murs de la nef du temple. La procession formée par les frères avait ensuite défilé dans les rues d’Unta pour accueillir les servantes ailées du dieu, les exhortant à rejoindre la danse funeste qui marquait le dernier jour de la Saison de la Pourriture. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les portes de la maison des morts. »
Les jardins de la lune par Steven Erikson

Fiche de Les jardins de la lune
Titre : Les jardins de la lune (Tome 1 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : M.C. Gamberini
Date de parution : 1999
Editeur : Buchet / Chastel
Première page de Les jardins de la lune
« Les taches de rouille dessinaient des mers de sang sur la surface noire et grêlée de la girouette de Mock. Vieille d’un siècle, celle-ci était accroupie sur la pointe d’une ancienne pique fixée en haut de l’extérieur du mur du Fort. Monstrueuse et contrefaite, elle avait été martelée à froid en forme de démon ailé, narquois et ricanant, et chaque rafale de vent la secouait de grinçantes protestations.
Or les vents étaient contraires, le jour où des colonnes de fumée s’élevèrent dans la ville de Malaz au-dessus du quartier de la Souris. Le silence de la girouette annonça la brusque tombée de la brise marine qui s’engouffrait par-dessus les murailles raboteuses du Fort de Mock, puis les grincements reprirent quand le souffle brûlant, chargé de fumées et pailleté d’étincelles du quartier de la Souris traversa la ville pour venir balayer les hauteurs du promontoire. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les Jardins de la lune. »
Steven Erikson

Présentation de Steven Erikson :
Steven Erikson, de son vrai nom Steve Rune Lundin, est un écrivain canadien né le 7 octobre 1959 à Toronto. Archéologue et anthropologue de formation, il est devenu l’une des figures majeures de la fantasy contemporaine mondiale grâce à son œuvre monumentale : Le Livre des martyrs (The Malazan Book of the Fallen).
Formation et influences
Bien que né à Toronto, Steven Erikson grandit à Winnipeg. Ses études universitaires en anthropologie et en archéologie marquent durablement son imaginaire. Il participe à de nombreuses fouilles en Amérique centrale et en Afrique, une expérience qui infuse son écriture : ses mondes ne sont pas de simples décors, mais des civilisations aux couches sédimentaires complexes, riches de millénaires d’histoire oubliée.
Parallèlement à sa carrière scientifique, il se forme à l’écriture au prestigieux Iowa Writers’ Workshop, où il affine son style. Ses premiers écrits, publiés sous son nom de naissance (Steve Rune Lundin), relèvent davantage de la fiction littéraire contemporaine, mais c’est sous son pseudonyme qu’il connaîtra une renommée internationale.
La genèse de Malazan
L’univers de Malazan est né d’une collaboration étroite avec son ami Ian Cameron Esslemont au début des années 1980. Initialement conçu comme un cadre pour des jeux de rôle (en utilisant le système GURPS), puis comme un scénario de film qui ne verra jamais le jour, cet univers finit par devenir le socle d’une saga romanesque.
Le premier tome, Les Jardins de la Lune (Gardens of the Moon), est écrit en 1991 mais ne trouve un éditeur qu’en 1999 au Royaume-Uni. Le succès est immédiat et massif. Erikson s’engage alors dans une entreprise titanesque : rédiger les dix volumes de la décalogie principale, qu’il achèvera en 2011 avec la publication de The Crippled God.
Un style exigeant et post-moderne
L’œuvre d’Erikson se distingue par sa complexité et son refus des conventions habituelles de la fantasy héroïque. Contrairement à de nombreux auteurs qui guident le lecteur par de longues expositions, Erikson utilise la technique de l’immersion immédiate (in media res). Le lecteur est projeté dans un conflit mondial sans explication préalable, devant reconstituer lui-même les enjeux politiques et magiques.
Ses thèmes de prédilection sont sombres et profonds : la futilité de la guerre, la nature du divin, la compassion face à l’horreur et la critique de l’impérialisme. Son style est souvent qualifié de « post-moderne » car il déconstruit les archétypes du genre, offrant une vision nuancée où la frontière entre le bien et le mal est quasiment inexistante.
Diversification et postérité
Outre Le Livre des martyrs, Steven Erikson a enrichi son univers avec plusieurs autres séries :
- La Trilogie de Kharkanas : qui explore les origines de la race des Tiste Andii.
- La Trilogie du Témoin : qui fait suite aux événements de la saga principale.
- Les Chroniques de Bauchelain et de Korbal Broach : des nouvelles teintées d’humour noir.
Il s’est également essayé à la science-fiction avec Réjouissez-vous (Rejoice, a Knife to the Heart), un roman explorant le premier contact extraterrestre sous un angle philosophique et environnemental.
Aujourd’hui, Steven Erikson vit à Victoria, en Colombie-Britannique, après avoir résidé plusieurs années au Royaume-Uni. Il est considéré par la critique et par ses pairs (comme Glen Cook ou Stephen Donaldson) comme l’un des rénovateurs du genre, ayant élevé la fantasy à un niveau d’exigence littéraire et intellectuelle rarement atteint.
Livres de Steven Erikson :
Le livre des Martyrs :
- Les jardins de la lune
- Les portes de la maison des morts
- Les souvenirs de la glace
- La maison des chaînes
- Les marées de minuit
- Les osseleurs
- Le souffle du moissonneur
- La rançon des molosses
- La poussière des rêves
- Le dieu estropié
Réjouissez-vous
Pour en savoir plus sur Steven Erikson :
La page Wikipédia sur S. Erikson
La page Noosfere sur S. Erikson
La page isfdb de S. Erikson