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Le charretier de la mort par Selma Lagerlöf

Fiche de Le charretier de la mort

Titre : Le charretier de la mort
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1912
Traduction : T. Hammar
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de Le charretier de la mort

« Une pauvre jeune fille de l’Armée du Salut agonisait.
Elle avait attrapé une de ces phtisies rapides et brutales qui ne vous permettent pas de résister plus d’un an. Tant qu’elle l’avait pu, elle avait continué ses tournées et rempli ses devoirs ; mais quand ses forces l’eurent trahie, on l’envoya dans un sanatorium. Elle y avait été soignée pendant quelques mois sans aucune amélioration, et, comprenant qu’elle était perdue, elle était revenue près de sa mère qui habitait une petite maison à elle dans une rue de banlieue. Là, couchée dans une pauvre chambre étroite où elle avait passé son enfance et sa première jeunesse, elle attendait la mort.
Sa mère s’était installée près de son lit, le cœur serré, mais si absorbée par ses soins de garde-malade, qu’elle ne prenait pas le temps de pleurer. Une Salutiste, qui, comme la malade, appartenait à la classe des visiteuses, se tenait au pied du lit et versait silencieusement des larmes. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « Le Charretier De La Mort. »

La légende de Gösta Berling par Selma Lagerlöf

Fiche de La légende de Gösta Berling

Titre : La légende de Gösta Berling
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1905
Traduction : A. Bellessort
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de La légende de Gösta Berling

« Enfin, voilà le pasteur en chaire… Les paroissiens relevèrent la tête. Ah, ah, le voilà pourtant ! Il y aurait donc un service aujourd’hui : ce ne serait pas comme dimanche dernier, et comme tant d’autres dimanches !
Le pasteur était jeune, grand, élancé. Il avait les yeux profonds d’un poète, le menton décidé d’un homme de guerre. Tout en lui était d’une singulière beauté et comme embrasé de vie intérieure.
Le peuple se sentit étrangement subjugué. Les gens étaient plus accoutumés à le voir sortir du cabaret en titubant, entouré de gais camarades, tels que Bérencreutz, le colonel aux épaisses moustaches blanches, et le fort capitaine Christian Bergh. Il avait tant bu que, depuis des semaines, il n’avait pu remplir ses fonctions et que la paroisse s’était plainte, d’abord auprès de son curé, puis auprès de l’évêque et du chapitre. Et l’évêque était venu procéder à une enquête. Il était là, dans le chœur, la croix d’or sur la poitrine ; et les théologiens de Karlstad et les pasteurs des communes avoisinantes étaient assis autour de lui. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « La Légende De Gösta Berling. »

L’empereur du Portugal par Selma Lagerlöf

Fiche de L’empereur du Portugal

Titre : L’empereur du Portugal
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1914
Traduction : T. Hammar, M. Metzger
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de L’empereur du Portugal

« Jan Andersson de Skrolycka ne se lassa jamais, même dans sa vieillesse, de parler du jour où naquit la petite fille.
Dès le matin, Jan Andersson était allé chercher la sage-femme et d’autres personnes d’expérience ; après quoi il avait passé toute la matinée et un bon bout de l’après-midi assis sur le billot, dans le bûcher, sans autre chose à faire que d’attendre.
Au-dehors, il pleuvait à verse, et Jan Andersson ne put éviter sa part de l’ondée, bien que sensément il fût à l’abri. L’humidité suintait des murs mal clos, le toit aux poutres disjointes laissait passer les gouttes, et tout à coup le vent précipita une trombe d’eau par l’entrée du bûcher que ne fermait aucune porte.
– Je me demande si quelqu’un s’imagine que je me réjouis de voir arriver cet enfant, marmonnait Jan dans son coin, et ce disant il donna un tel coup de pied à une bûchette qu’il la fit voler dans la cour. Car c’est vraiment la pire malchance qui pouvait m’arriver. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « L’Empereur Du Portugal. »

L’argent de Monsieur Arne par Selma Lagerlöf

Fiche de L’argent de Monsieur Arne

Titre : L’argent de Monsieur Arne
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1904
Traduction : E. Girod-Hoskier
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de L’argent de Monsieur Arne

« Du temps du roi Frédéric II de Danemark, vers l’an 1560, vivait à Marstrand, dans la pauvreté, un revendeur de poisson nommé Thorarin. Faible de santé, infirme d’un bras, il n’avait pas la force de tirer un filet hors de l’eau ni de conduire un bateau à la rame. Il ne pouvait donc pas gagner sa vie comme les autres pêcheurs du petit archipel de Marstrand et devait se contenter de circuler de village en village dans sa kariole, avec sa provision de poisson frais ou salé.
Un soir de février, au crépuscule, Thorarin se trouva sur la route qui, de Kongshelle mène à la paroisse de Solberga. La route était particulièrement solitaire, on n’y voyait pas une âme ; Thorarin cependant n’avait pas besoin de garder le silence. Il avait à côté de lui, sur la voiture, un excellent compagnon auquel il parlait souvent : c’était un petit chien noir au poil épais, qui répondait au nom de Grim. En général, Grim se tenait parfaitement tranquille, la tête appuyée sur ses pattes de devant, clignotant seulement des yeux quand son maître lui parlait ; mais s’il entendait quelque chose qui lui déplût, il se redressait, et, le museau en l’air, hurlait plus fort qu’un loup. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « L’Argent De Monsieur Arne. »

Fantômes japonais par Lafcadio Hearn

Fiche de Fantômes japonais

Titre : Fantômes japonais
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1930
Traduction : M. Logé
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Sommaire de Fantômes japonais

  • La réconciliation
  • Le miracle de Benten, déesse de la beauté
  • Histoire de Kwashin Koji
  • La reconnaissance du Samebito
  • La jeune fille de l’écran
  • Le gamin qui dessinait des chats

Première page de La réconciliation

« Il y avait, une fois, un jeune Samouraï de Kyoto qui était tombé dans la misère à la suite de la ruine de son seigneur, et qui fut obligé de quitter sa demeure et de s’engager au service du gouvernement d’une lointaine province. Avant de quitter la capitale, le Samouraï divorça d’avec sa femme qui était très belle et extrêmement bonne, pensant obtenir un avancement plus facile en contractant une autre alliance… Il épousa donc la fille d’une famille assez distinguée, et l’emmena avec lui dans la province où il était appelé à vivre désormais.

Or, ce fut au cours de son insouciante jeunesse et tenaillé aussi par la dure expérience de la misère, que le Samouraï se méprit ainsi sur la valeur de cette affection qu’il répudia si légèrement. Car son second mariage ne fut pas heureux ; sa nouvelle épouse était dure et égoïste, et il eut bientôt toutes les raisons de songer, avec tristesse, à sa vie passée à Kyoto. »

Extrait de : L. Hearn. « Fantômes japonais. »

Daâh le premier homme par Edmond Haraucourt

Fiche de Daâh le premier homme

Titre : Daâh le premier homme
Auteur : Edmond Haraucourt
Date de parution : 1914
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de Daâh le premier homme

« Au sommet de la falaise crayeuse, les branches du hallier s’écartèrent : une face brutale et recuite se fit jour entre les feuilles, puis, la chair d’une épaule, d’un bras, d’un buste, et la femme qui rampait se redressa, nue et velue.

C’était une femelle trapue, petite, au torse massif, aux membres durs ; tout en elle était large et court, excepté le bassin : une hauteur d’adolescente et une ampleur de portefaix, des jambes brèves, des genoux bas, des pieds aplatis, des mains épaisses et des doigts en spatules : ses muscles noueux comme le chêne s’accrochaient à une ossature de roc, et son ventre proéminait ; sur le fond rougeâtre de sa peau, une toison flexueuse dessinait un décor symétrique, dont la pointe s’effilait sur le sternum et qui descendait en deux courbes depuis la gorge jusqu’aux plis de l’aine, tandis que, par derrière, deux autres volutes partaient des aisselles, pour rejoindre l’épine dorsale et glisser vers les reins, où elles s’éployaient en éventail. »

Extrait de : E. Haraucourt. « Daâh, le premier homme. »

Nounlegos par Raoul Bigot

Fiche de Nounlegos

Titre : Nounlegos – L’homme qui lit dans le cerveau
Auteur : Raoul Bigot
Date de parution : 1921
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de Nounlegos

«  Nounlegos. »

C’est ce nom, écrit au crayon sur un papier de salle d’attente, que lisait M. de Landré, juge d’instruction près du Parquet de la Seine, en jetant un coup d’œil sur sa table, alors qu’il remettait son chapeau, sa canne et ses gants au garçon de bureau.

« Nounlegos ? »

Prévenant la question, le garçon expliquait :

« C’est un vieux Monsieur qui demande à parler à M. le juge d’instruction, au sujet de l’affaire Charfland ; il se refuse à toute autre explication. Engagé à demander une audience par écrit en indiquant le motif, il a répondu : Je viens offrir mon concours pour la découverte de la vérité ; je ne sollicite rien ; je tente une démarche ; je ne la renouvellerai pas. »

« Que dois-je faire, Monsieur le Juge ?

— Je vous rappellerai dans un instant. »

Extrait de : R. Bigot. « Nounlegos. »

Le rayon Phi par José Moselli

Fiche de Le rayon Phi

Titre : Le rayon Phi
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1921
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le rayon Phi

«  IL VAUT mieux s’attirer la crainte des gens que leur amour : c’est plus sûr !… C’est votre compatriote Machiavel, un connaisseur, qui a dit cela, beau-père ! Et je suis complètement de son avis !… J’ai élaboré un règlement : les hommes n’ont qu’à s’y soumettre ou prendre la porte. Je ne leur demande pas autre chose ! Ils sont libres d’aller ailleurs, et je m’étonne que vous, un commandeur de la Couronne d’Italie, un notable industriel, vous les souteniez !… C’est inconcevable ! »

Ayant ainsi parlé d’un air docte et sûr de lui, le signor Enrico Grimsheim fit tomber, d’une chiquenaude, la cendre de son cigare bagué d’or, dans la coupe d’onyx placée sur le guéridon qui flanquait son fauteuil.

C’était un homme carré d’épaules, carré de menton, carré de crâne, et carré de caractère. »

Extrait de : J. Morelli. « Le Rayon Phi. »

Le dernier pirate par José Moselli

Fiche de Le dernier pirate

Titre : Le dernier pirate
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1924
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le dernier pirate

« MARSEILLE. Une nuit de décembre 1921. Sur la place de la Joliette, tandis que le mistral hurle, des cris retentissent, des ombres se jettent les unes sur les autres. Des matraques se lèvent. Les hurlements vont crescendo.

Ce sont des chauffeurs arabes et des boys chinois qui s’empoignent. Très vraisemblablement, les chauffeurs arabes ont attaqué les Chinois qu’ils exècrent et méprisent. Mais les Célestes, plus nombreux, se défendent vaillamment. Le claquement d’un revolver éclate ; un cri d’agonie, un choc sourd, un autre hurlement accompagné d’un fracas de bouteille brisée, puis les antagonistes s’éparpillent dans toutes les directions ; du poste de police installé dans le bâtiment des Messageries maritimes tout proche, des agents, attirés par la détonation, accourent.

Curieux, je les imite. Sur le lieu du combat, deux hommes gisent à terre. Un Chinois, dont la poitrine est trouée par une balle et qui geint doucement ; à deux pas de lui, un Arabe étendu, animé. »

Extrait de : J. Moselli. « Le dernier pirate. »

La corde d’acier par José Moselli

Fiche de La corde d’acier

Titre : La corde d’acier
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1921
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La corde d’acier

« DANS une agglomération aussi gigantesque que celle de Paris et de sa banlieue, les crimes sont forcément nombreux : assassinats, attentats de toutes sortes, vols, cambriolages, disparitions, sont choses courantes. Ils ont leur place marquée dans les journaux, sous le titre général de Faits divers.

Pendant les vacances parlementaires, ou lorsque les événements internationaux ne « donnent » pas, les journalistes à court de copie sortent un fait divers et le détaillent. Un gros titre, large de deux colonnes, signale à l’attention du lecteur le terrible attentat de la rue X…, ou le crime affreux de l’avenue Z… Et les moindres circonstances de l’assassinat ou du meurtre sont minutieusement relatées. Il faut bien remplir le journal !

Et si, le lendemain, quelque scandale ou autre survient, le « grand » crime de la veille est de nouveau relégué à sa place, dans les faits divers. En quelques lignes, l’on apprend au lecteur que l’enquête suit son cours. Et, aussi bien, le lecteur, habitué et sceptique, porte son intérêt sur d’autres événements. »

Extrait de : J. Moselli. « La Corde d’Acier. »