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Coffret par Théophile Gautier

Fiche de Coffret
Titre : Coffret
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1858, 1866 et 1868
Editeur : BnF
Sommaire de Coffret
- Le roman de la momie
- Le Capitaine Fracasse
- Spirite
Première page de Le roman de la momie
« J’ai un pressentiment que nous trouverons dans la vallée de Biban-el-Molouk une tombe inviolée, disait à un jeune Anglais de haute mine un personnage beaucoup plus humble, en essuyant d’un gros mouchoir à carreaux bleus son front chauve où perlaient des gouttes de sueur, comme s’il eût été modelé en argile poreuse et rempli d’eau ainsi qu’une gargoulette de Thèbes.
– Qu’Osiris vous entende, répondit au docteur allemand le jeune lord : c’est une invocation qu’on peut se permettre en face de l’ancienne Diospolis magna ; mais bien des fois déjà nous avons été déçus ; les chercheurs de trésors nous ont toujours devancés.
– Une tombe que n’auront fouillée ni les rois pasteurs, ni les Mèdes de Cambyse, ni les Grecs, ni les Romains, ni les Arabes, et qui nous livre ses richesses intactes et son mystère vierge, continua le savant en sueur avec un enthousiasme qui faisait pétiller ses prunelles derrière les verres de ses lunettes bleues. »
Extrait de : T. Gautier. « Coffret. »
Celle-ci et celle-là par Théophile Gautier

Fiche de Celle-ci et celle-là
Titre : Celle-ci et celle-là ou la Jeune France passionnée
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1853
Editeur : BnF
Première page de Celle-ci et celle-là
« Le 31 août, à midi moins cinq, Rodolphe, plus matineux que de coutume, se jeta en bas de son lit, et alla se planter tout d’abord devant la glace de la cheminée, pour voir s’il n’aurait pas, d’aventure, changé de physionomie en dormant, et pour se constater à lui-même qu’il n’était pas un autre, cérémonie préliminaire à laquelle il ne manquait jamais, et sans quoi il n’aurait pu vivre convenablement sa journée. S’étant assuré qu’il était bien le Rodolphe de la veille, qu’il n’avait que deux yeux ou à peu près selon son habitude, que son nez était à sa place ordinaire, qu’il ne lui était pas poussé de cornes pendant son sommeil, il se sentit soulagé d’un grand poids, et entra dans une merveilleuse sérénité d’esprit. Du miroir, ses yeux se portèrent par hasard sur un almanach accroché à un clou doré au long de la boiserie, et il vit, ce qui le surprit fort, car c’était le personnage le moins chronologique qui fût au monde, que c’était précisément le jour de sa naissance, et qu’il avait vingt et un ans. De l’almanach, son regard tomba sur un rouleau de papier tout humide, tacheté d’encre et bosselé de caractères informes : c’était la dernière feuille d’un grand poème qu’il avait sous presse, et qui devait immanquablement faire reluire son nom entre les plus beaux noms. »
Extrait de : T. Gautier. « Celle-ci et Celle-là – ou la Jeune France passionnée. »
Caprices et zigzags par Théophile Gautier
Fiche de Caprices et zigzags
Titre : Caprices et zigzags
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1856
Editeur : BnF
Sommaire de Caprices et zigzags
- Un tour en Belgique et en Hollande
- Une journée à Londres
- Pochades, zigzags et paradoxes
- Gastronomie britannique
- Les races d’Ascot
- En Chine
- L’Inde
- Voyage hors barrières
- Chiens et rats
- Paris futur
- Une visite – chez Merodach-Baladan
- Les Bayadères
Première page de Un tour en Belgique et en Hollande
« Avant de commencer le récit de ma triomphante expédition, je crois devoir déclarer à l’univers qu’il ne trouvera ici ni hautes considérations politiques, ni théories sur les chemins de fer, ni plaintes à propos de contrefaçons, ni tirades dithyrambiques en l’honneur des millions au service de toute entreprise dans cet heureux pays de Belgique, véritable Eldorado industriel ; il n’y aura exactement dans ma relation que ce que j’aurai vu avec mes yeux, c’est-à-dire avec mon binocle ou avec ma lorgnette, car je craindrais que mes yeux ne me fissent des mensonges. Je n’emprunterai rien au Guide du voyageur, ni aux livres de géographie ou d’histoire, et ceci est un mérite assez rare pour que l’on m’en sache gré.
Ce voyage est le premier que j’aie jamais fait, et j’en ai rapporté cette conviction, à savoir, que les auteurs de relations n’ont pas seulement mis le bout du pied dans les pays qu’ils décrivent, ou que, s’ils y sont allés, ils avaient, comme l’abbé de Vertot, leur siége fait d’avance. Diverses lettres sur la Belgique que j’ai lues depuis mon retour m’ont singulièrement étonné pour la dépense d’imagination et de poésie qu’on y a faite. »
Extrait de : T. Gautier. « Caprices et Zigzags. »
Avatar par Théophile Gautier
Fiche de Avatar
Titre : Avatar
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1857
Editeur : BnF
Première page de Avatar
« Personne ne pouvait rien comprendre à la maladie qui minait lentement Octave de Saville. Il ne gardait pas le lit et menait son train de vie ordinaire ; jamais une plainte ne sortait de ses lèvres, et cependant il dépérissait à vue d’œil. Interrogé par les médecins que le forçaient à consulter la sollicitude de ses parents et de ses amis, il n’accusait aucune souffrance précise, et la science ne découvrait en lui nul symptôme alarmant : sa poitrine auscultée rendait un son favorable, et à peine si l’oreille appliquée sur son cœur y surprenait quelque battement trop lent ou trop précipité ; il ne toussait pas, il n’avait pas la fièvre, mais la vie se retirait de lui et fuyait par une de ces fentes invisibles dont l’homme est plein, au dire de Térence.
Quelquefois une bizarre syncope le faisait pâlir et froidir comme un marbre. Pendant une ou deux minutes on eût pu le croire mort ; puis le balancier, arrêté par un doigt mystérieux, n’étant plus retenu, reprenait son mouvement, et Octave paraissait se réveiller d’un songe. »
Extrait de : T. Gautier. « Avatar. »
Abécédaire du Salon de 1861 par Théophile Gautier
Fiche de Abécédaire du Salon de 1861
Titre : Abécédaire du Salon de 1861
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1861
Editeur : BnF
Première page de Abécédaire du Salon de 1861
« Avant la mesure qui vient d’être adoptée, nos salons commençaient par un feuilleton carré, où nous donnions des places d’honneur aux tableaux dignes, à notre avis, d’être suspendus dans cette espèce de tribune. Nous couronnions, à notre manière, le peintre dont nous nous occupions d’abord. — Le nouvel arrangement ne permet pas cette désignation de mérite, et peut-être est-ce un bien. — Les mêmes noms se présentaient presque toujours aux débuts des rendus comptes avec une certaine monotonie. Des rapprochements et des contrastes curieux naîtront sans doute des hasards alphabétiques. — Appliquons tout de suite à notre critique l’ordre récemment inauguré, et entamons la lettre A. »
Extrait de : T. Gautier. « Abécédaire du Salon de 1861. »
Reine par Jules Lermina

Fiche de Reine
Titre : Reine
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1891
Editeur : BnF
Première page de Reine
« Il deviendra bientôt plus facile de reconstituer l’antique cité des Pharaons ou les capitales des anciens Celtes que de donner aux Parisiens d’aujourd’hui une idée exacte de ce qu’était leur ville, telle que l’habitaient nos pères de 1815.
Le Paris du commencement du siècle était vieux comme la société que la Révolution avait balayée, vieux comme les préjugés ; il avait contracté toutes les maladies : engorgement des poumons, hypertrophie du cœur, cancer de l’estomac. Si le cerveau restait sain, la vie ne circulait plus qu’avec difficulté dans ses veines, où l’embolie était à l’état chronique ; grâce aux opérations miraculeuses de la chirurgie civilisatrice, aujourd’hui l’air et la lumière ont pénétré dans ce corps que menaçaient, non l’anémie, mais la pléthore, l’apoplexie.
Avenues, quais, places, squares, autant de soupapes ouvertes à cette activité, jusque-là comprimée, qui se heurtait, grondait, escaladait et retombait, vague vaincue, mais non domptée, sûre de la victoire finale.
Nos enfants, qui n’ont même pas connu le Paris de 1848, ne le peuvent imaginer différent, sauf quelques nuances, de ce qu’il est aujourd’hui. »
Extrait de : J. Lermina. « Reine. »
Les mariages maudits par Jules Lermina
Fiche de Les mariages maudits
Titre : Les mariages maudits
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1880
Editeur : BnF
Première page de Les mariages maudits
« La chambre à coucher de la vieille marquise de Lustin était plongée dans une demi-obscurité, que rendaient plus sombre des draperies de velours d’un rouge brun. Le lit se cachait dans une sorte d’alcôve sur laquelle retombaient les tentures lourdes.
Auprès de la fenêtre, une jeune fille était assise ; son teint pâle était encore blanchi par le reflet de la lune qui brillait au dehors.
Elle s’appuyait à un de ces petits meubles, bijoux de nos grands’mères et qu’on nommait Bonheur-du-Jour.
A droite de l’alcôve, une porte donnant sur l’escalier. A gauche, une portière cachant à demi la porte d’un oratoire.
La jeune fille, Caroline de Lustin, aux cheveux noirs, aux traits admirablement modelés, à la physionomie énergique, rêvait, le menton appuyé sur sa main.
Tout à coup, la portière de l’oratoire se souleva, et un personnage long, maigre, vêtu d’un long vêtement, ni redingote ni soutane, apparut, tendant avec précaution son visage en lame de couteau. »
Extrait de : J. Lermina. « Les Mariages maudits. »
Les hystériques de Paris par Jules Lermina

Fiche de Les hystériques de Paris
Titre : Les hystériques de Paris
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1885
Editeur : BnF
Première page de Les hystériques de Paris
« – Qui dois-je annoncer ? demanda le valet de pied à un jeune homme qui se présentait, vers onze heures du soir, à l’hôtel de Barnes.
Le jeune homme eut une hésitation.
– Ne me connaissez-vous pas ? murmura-t-il.
– Que monsieur me pardonne, mais je suis ici depuis plus de six mois, et je crois que monsieur ne s’est pas encore présenté à l’hôtel.
Certes, la raison donnée par le laquais était plausible.
Mais il en était une autre plus difficile à expliquer.
En ce moment, les salons de la belle comtesse de Barnes, l’idole du monde parisien, regorgeaient d’invités. On entendait à travers les tentures les accords vibrants d’une valse de Strauss, et on eût dit qu’à travers les murailles filtrât hue atmosphère surchauffée de plaisir et de luxe.
Or, pour l’œil exercé d’un laquais de Paris, la tenue du nouvel arrivant était loin de paraître irréprochable. »
Extrait de : J. Lermina. « Les Hystériques de Paris. »
La magicienne par Jules Lermina
Fiche de La magicienne
Titre : La magicienne
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1892
Editeur : BnF
Sommaire de La magicienne
- La magicienne
- Le secret des Zippélius
- Histoire d’une nuit
- Vie humaine
- La sacoche
Première page de La magicienne
« Mon cher ami, c’est à votre vieille et sincère affection que je confie le récit de la plus merveilleuse aventure qui me soit arrivée pendant ma longue carrière de médecin. Je vous prie instamment de ne le communiquer à personne avant ma mort.
Pourquoi me refusé-je à le publier de mon vivant ?… Je suis trop vieux pour affronter les polémiques qu’il peut soulever. Je souffrirais trop des démentis outrageants qui me seraient adressés et de la compassion plus insultante encore de ceux qui plaindraient ma crédulité sénile. J’ai passé l’heure des luttes et des écœurements : seulement je ne me reconnais pas le droit de l’égoïste Fontenelle, et, tenant une vérité dans ma main, je la laisse tout au moins échapper de mes doigts de mourant. Aux nouveaux venants de la ramasser et de la féconder.
Avec vous, mon cher ami, je ne m’abaisserai pas jusqu’à réitérer l’affirmation de ma sincérité absolue. L’observation qui suit est aussi exacte que colle d’un interne devant un lit d’hôpital. J’ai vu et je témoigne. »
Extrait de : J. Lermina. « La Magicienne. »
La deux fois morte par Jules Lermina
Fiche de La deux fois morte
Titre : La deux fois morte
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1895
Editeur : BnF
Première page de La deux fois morte
« A peine eus-je posé le pied sur la terre de France — au retour de la longue mission qui m’avait retenu pendant près de trois années dans l’extrême Orient — que je me mis en route pour le coin de Sologne où s’étaient cloîtrés mes amis.
J’avais naguère trouvé assez étrange cette idée de s’aller enfermer avec une jeune femme, presque une enfant, dans une solitude morose, et cela dès le lendemain d’un mariage que j’avais d’ailleurs fort approuvé, en raison de la camaraderie qui avait unis enfants ceux qui devenaient époux.
Je les avais dès lors surnommés Paul et Virginie, et je continuerai à les désigner ainsi, estimant que l’impersonnalité convient aux faits singuliers dont je veux en ce récit conserver le souvenir.
De dix ans plus âgé que Paul, je m’étais toujours intéressé à son caractère. Sa nervosité excessive souvent m’avait effrayé, quoique en somme elle ne me parût exercer sur ses actes aucune influence mauvaise et ne se traduisît d’ordinaire que par une rare ténacité de volonté. »
Extrait de : J. Lermina. « La Deux Fois morte. »