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Direction enfer par Adam Saint-Moore

Fiche de Direction enfer

Titre : Direction enfer (Tome 3 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de Direction enfer

« D’un seul coup, l’énorme silence immobile de la forêt amazonienne se fêla, et une sorte de gigantesque ronflement de dynamo s’enfla, déborda la voûte des arbres, et remplit le ciel d’un gris d’étain.

Esteban n’eut pas besoin de consulter l’antique montre d’acier au boîtier rongé qu’il conservait dans un étui de peau, au creux de sa ceinture de laine. Il était 6 heures : les cigales s’éveillaient.

Tous les jours, depuis l’ère antédiluvienne, sur cette forêt originelle étendue sur ces marécages de début du monde, les cigales s’éveillent à six heures. Pas une minute avant, pas une minute après. Et après elles, la torpeur empoisonnée qui pèse sur ces terres où grouille une vie tentaculaire se dissout jusqu’aux approches de la nuit, dans un invraisemblable concert de cris, de gloussements, de beuglements, d’appels stridents, de râles, de jappements bizarres et convulsifs. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Direction Enfer – Face d’Ange. »

Ombres dans le soleil par Adam Saint-Moore

Fiche de Ombres dans le soleil

Titre : Ombres dans le soleil (Tome 2 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de Ombres dans le soleil

« Là-bas, très loin, une flottille de jonques fila entre deux nuages comme un troupeau de mouettes posées sur les vagues. Il faisait chaud dans le gros Douglas. Le Pacifique réverbérait le soleil matinal à la façon d’une faïence vernie d’un insoutenable bleu de cobalt. La pointe des Sousaki avait fondu à l’arrière dans une brume dorée.
Lewis, le steward, jeta un coup d’œil à sa montre et sursauta. 14 heures ! L’heure du lait du général ! Le général était un brave type, mais il était intraitable sur la question de son verre de lait. Sans doute, devait-il avoir un ulcère d’estomac ? Les généraux ont souvent des ulcères d’estomac comme les chefs d’entreprises importantes et les hommes d’État. Lewis avait lu un article là-dessus, dans un Digest. Une question de responsabilité, paraît-il. Il rêva un moment. Marrant, tout de même, que le fait d’avoir des responsabilités vous colle des ulcères d’estomac…
Lewis aimait philosopher à l’occasion et la question des rapports des ulcères d’estomac et de la position sociale lui parut digne d’être approfondie. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Ombres dans le soleil – Face d’Ange. »

La tête dans le guêpier par Adam Saint-Moore

Fiche de La tête dans le guêpier

Titre : La tête dans le guêpier (Tome 1 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de La tête dans le guêpier

« Gunther paya le taxi, enjamba un tas de crottin qui se desséchait au soleil au milieu de la rue et s’arrêta devant la porte du magasin. La façade ne payait pas de mine. Jadis verte, sa peinture corrodée par le soleil prenait la teinte grisâtre des vieilles écailles de serpent. Sur la glace poussiéreuse de la vitrine, des lettres à demi effacées proclamaient en anglais et égyptien : « Oiseaux et Graines. » Le magasin sommeillait au rez-de-chaussée d’une ruelle étranglée du vieux Caire, à l’ombre verticale d’une mosquée. Le soleil y grillait les immondices généreusement abandonnées par les ménagères Cairotes, les âniers de passage et les marchands arméniens et syriens. Avec l’ombre, le soir, les vieux revenaient sommeiller sur le pas des portes avec les enfants aux pieds nus, les chiens faméliques et les ânons solennels.
Gunther poussa la porte et entra. Un aigu et discordant concert de criailleries l’accueillit. Dans la demi-obscurité, il distingua les hautes cages où une foule jacassante d’aras, de bengalis, de perruches, de canaris, de pigeons huppés ou pattus gloussaient, piaillaient et ricanaient. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « La tête dans le guépier – Face d’Ange. »

Equinoxe de cendre par Francis Berthelot

Fiche de Equinoxe de cendre

Titre : Equinoxe de cendre (Tome 2 sur 2 – Khanaor)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Equinoxe de cendre

« Khanaor… Terre démembrée, écartelée, cernée par un océan à l’indifférence séculaire, livrée à des fléaux qui renforçaient ou dénaturaient le lien magique unissant les hommes aux éléments. Deux saisons de pluie, funestes aux récoltes de seigle roux en Goldèbe. La mortalité progressive de la faune et de la flore des rivières, en Aquimeur. Autant de coups du sort auxquels les souverains de ces contrées avaient dû réagir. Mais faute d’obtenir l’aide des barons de Lokna qui gouvernaient la trop riche Ardamance, ils n’avaient su, à leur tour, que lancer contre elle les pires calamités.

La rage d’eau, d’abord, déclenchée par Mervine, reine des Aquimes, au risque de dévaster à jamais la végétation du pays à la terre rouge. Un cauchemar auquel seul Craès, ermite d’Espréol, à la supplique de sa fille, était parvenu à mettre un terme, mais dont les séquelles se feraient sentir longtemps encore, dans la chair de l’île comme dans la mémoire de l’adolescente.

Puis la guerre, à présent. L’invasion par l’avant-garde goldienne du sud de l’Ardamance. La revanche inique d’un peuple trop souvent affamé. Sa colère, déchaînée en massacres d’une barbarie sans bornes. Et dans les profondeurs de la terre, le courroux des mânes de Khanaor, que le sang versé bafouait dangereusement. »

Extrait de : F. Berthelot. « Equinoxe de cendre – Khanaor. »

Solstice de fer par Francis Berthelot

Fiche de Solstice de fer

Titre : Solstice de fer (Tome 1 sur 2 – Khanaor)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Solstice de fer

« En l’an 584 de l’ère chrétienne, Chilpéric, roi de Soissons, périt assassiné sur l’ordre de son épouse Frédégonde, dernier crime de cette servante pour accéder au trône, flaque de sang perdue parmi l’éternité féroce des pouvoirs…

Sur l’île de Khanaor, battue par les lames de l’Atlantique, mais assez éloignée des continents pour jouir d’un isolement farouche, ce drame demeura ignoré. Eût-il même été clamé par les bardes, les tensions grondant depuis la fin de l’hiver lui auraient enlevé tout écho. En ces temps troublés, chacun affrontait sa propre barbarie, sans prendre en compte l’ordre global du monde.

A quoi bon, d’ailleurs, évoquer le christianisme, à propos d’une contrée où la croyance en Dieu s’était scindée entre l’art des magiciens, le culte des mânes, et la hantise de Throg ? Où l’année, de la lune du cygne à celle du renne, se divisait parfois en douze, parfois en treize ? Comment même parler de contrée, devant cette terre fragmentée en quatre régions, où le coût du pain, l’architecture des fermes, le sens de la divinité à craindre, différaient du tout au tout ? Khanaor, né des croisements hasardeux de l’histoire, en gardait les contrastes. »

Extrait de : F. Berthelot. « Solstice de fer – Khanaor. »

Psiboy par Jimmy Guieu

Fiche de Psiboy

Titre : Psiboy
Auteur : Jimmy Guieu
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Psiboy

« A cette heure avancée de la nuit, le silence du bois d’Opio, au nord de Valbonne, n’était troublé que par le chant des grillons ou le hululement des chouettes. De temps à autre, en contrepoint, résonnait le cri sinistre d’un chat-huant. La pleine lune éclairait ce paysage de pins et d’oliviers, de boqueteaux et de garrigues si typique de la Provence, jadis chantée en couleurs éclatantes par Cézanne, Van Gogh et tant d’autres amoureux de ce coin de Paradis.
Dans le ciel criblé d’étoiles scintillantes apparut un étrange cocon luminescent, dont l’éclat bleuté effleura le flanc des collines tandis qu’il poursuivait sa course rapide en direction du sud-est. Il ne s’agissait ni d’un bolide, ni d’une météorite, car ces corps célestes ne changent pas de cap, alors que l’objet en question, après un virage à angle droit, obliqua vers le sud — et le vallon de Font Martine. Puis, choisissant une aire sauvage et couverte d’herbe folle qui s’affaissa sous la pression de son champ de sustentation, il se posa, silencieux, derrière un bosquet touffu. »

Extrait de : J. Guieu. « Psyboy. »

Les sphères de Rapa-Nui par Jimmy Guieu

Fiche de Les sphères de Rapa-Nui

Titre : Les sphères de Rapa-Nui
Auteur : Jimmy Guieu
Date de parution : 1960
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les sphères de Rapa-Nui

« À une centaine de mètres du camp de tentes, les vaguelettes du Pacifique venaient mourir, avec l’éternel rythme du ressac, sur la grève de rocailles grisâtres mêlées au sable clair. Au large de l’île de Pâques, le navire de guerre chilien, El Mendoza, paraissait immuablement figé sur la surface étale de l’océan dont le bleu avait de toutes parts le ciel pour frontière.

Le soleil tropical plongeait la baie d’Hangaroa et son village dans une torpeur douce que rompaient parfois les lointains aboiements d’un chien de berger.

Dans un triangle formé par l’église, la demeure du gouverneur militaire et celle du docteur Pedro Limeses, l’agglomération – clôturée par une barrière – se composait d’humbles maisonnettes blanches avec de petits jardins bien entretenus. Quelques palmiers et des plans d’eucalyptus égayaient ce paysage reposant et insolite à la fois de par la présence des étranges colosses de pierre qui jaillissaient un peu partout du sol volcanique de l’île de Pâques. »

Extrait de : J. Guieu. « Les sphères de Rapa-Nui. »

L’age noir de la Terre par Jimmy Guieu

Fiche de L’age noir de la Terre

Titre : L’age noir de la Terre (Tome 2 sur 2 – Opération Ozma)
Auteur : Jimmy Guieu
Date de parution : 1962
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’age noir de la Terre

« L’astronef géant réduisit considérablement sa vitesse à l’approche de la Terre dont le halo atmosphérique, ponctué de formations nuageuses, tamisait les contrastes de sa surface bistre et bleue. En son milieu, l’engin de forme pyramidale était ceinturé par un énorme cercle translucide qui, lors de la décélération, prit une coloration orangée.
D’une taille légèrement inférieure à celle des Terriens, trois Xluongs occupaient les sièges pivotants du poste de pilotage. Seul leur aspect corporel autorisait une comparaison avec la morphologie humaine. Leur tête était massive, avec un crâne plat sans le moindre cheveu ni duvet ; leur faciès mongoloïde déconcertait avec ce nez proéminent, busqué ; quant à leur peau, d’une blancheur d’albâtre, elle luisait avec des reflets livides sous la lumière crue des réflecteurs alvéolaires du plafond. De longues mains aux doigts spatulés contrastaient avec leurs membres, courts et épais, laissés à découvert par leur short noir et leur jaquette grise, sans manche. »

Extrait de : J. Guieu. « L’Âge noir de la terre – Opération Ozma. »

La spirale du temps par Jimmy Guieu

Fiche de La spirale du temps

Titre : La spirale du temps (Tome 4 sur 12 – Jean Kariven)
Auteur : Jimmy Guieu
Date de parution : 1954
Editeur : Fleuve noir

Première page de La spirale du temps

« Pour la Nième fois, la jeep Willys Overland grenat du professeur Red Harrington fut arrêtée par un barrage de M. P.
A la sortie de la petite ville d’Indian Springs, sur la route nationale N° 95 traversant le Nevada, un groupe de six M. P. armés de mitraillettes Thomson contrôlait les rares véhicules qui sortaient de l’agglomération.
Le professeur Harrington, habitué à ce genre de formalité, sortit son laissez-passer. Le sergent de la Military Police s’accouda nonchalamment à la portière et lut le libellé. Il jeta un coup d’œil sur la photo, regarda le conducteur et lui rendit le document.
L’homme qui accompagnait le professeur Harrington tendit également son laissez-passer.
Satisfait, le sergent se recula, salua d’un petit signe de main et ordonna aux sentinelles de relever la barrière mobile.
L’auto démarra pour se lancer à vive allure vers l’Ouest. »

Extrait de : J. Guieu. « La Spirale du temps – Jean Kariven. »

La dimension X par Jimmy Guieu

Fiche de La dimension X

Titre : La dimension X (Tome 2 sur 12 – Jean Kariven)
Auteur : Jimmy Guieu
Date de parution : 1953
Editeur : Fleuve noir

Première page de La dimension X

« Sous la lune d’été, et par calme plat, le transatlantique s/s Malacca achevait son dernier jour de traversée ; le lendemain matin, vers onze heures, il accosterait à Bombay.
Dans la mer d’Oman, verte et paisible, l’étrave du navire dessinait un grand V frangé d’écume blanche. Le ciel piqueté d’étoiles scintillantes se confondait avec l’horizon de la mer.
Accoudé au bastingage, un homme d’une trentaine d’années environ, en smoking à veste blanche, fumait une cigarette. Les yeux mi-clos, il contemplait les vaguelettes en rêvant.
Du salon des premières, où dansaient de nombreux passagers, arrivaient assourdis les accents de Moonlight Serenade…
Jean Kariven se retourna pour s’adosser à la rambarde. Grand et bien bâti, avec une fine moustache noire, des yeux sombres et perçants, il ressemblait à Clark Gable, ressemblance dont il ne tirait d’ailleurs aucune vanité. »

Extrait de : J. Guieu. « La Dimension X – Jean Kariven. »