Étiquette : Fleuve noir
La cicatrice du chaos par Serge Brussolo

Fiche de La cicatrice du chaos
Titre : La cicatrice du chaos (Tome 3 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir
Première page de La cicatrice du chaos
« Mathias Faning avait peur des ballons de baudruche. Chaque fois qu’il en voyait un flotter au bout d’une ficelle, il ne pouvait s’empêcher de frissonner de terreur. Peu de gens encore admettaient le danger, car il y avait dans cette image de la mort quelque chose d’extravagant, de paradoxal, qui allait à l’encontre de tous leurs souvenirs d’enfance. Et pourtant Faning savait qu’il avait raison.
En ce moment même, étendu sur la moquette faisant face à la baie vitrée de son appartement, il scrutait la nuit avec l’attention soutenue d’une sentinelle sondant les ténèbres. C’était toujours à cette heure qu’ils se manifestaient, quand la fatigue vous alourdissait les paupières, vous contraignant à fermer les yeux. Il fallait alors redoubler de vigilance, se raidir contre l’assoupissement, ou sinon… »
Extrait de : S. Brussolo. « La cicatrice du chaos – Les brigades du chaos. »
Promenade du bistouri par Serge Brussolo
Fiche de Promenade du bistouri
Titre : Promenade du bistouri (Tome 2 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de Promenade du bistouri
« Mathias Faning travaille à la morgue de Los Angeles, au service nécro-vidéo. Toute sa science consiste à extraire de la mémoire résiduelle des morts les dernières images enregistrées par leur conscience au moment du meurtre, et à en tirer le portrait de leur assassin. Sa femme, adepte du RubOut, une drogue qui efface les souvenirs, ne lui adresse presque plus la parole et s’efforce d’atteindre l’amnésie totale pour refaire sa vie.
Koban Ullreider, lui, n’a jamais faim, jamais froid, et ne dort pas davantage. C’est un psychopathe rapatrié des colonies martiennes, et dont le système nerveux n’enregistre aucune information tactile.
Endoctriné par son père, un ancien prédicateur de la colonie martienne, il exerce le « métier » de psycho-killer, et éventre les femmes pour leur greffer des organes de son invention. Son but : les transformer en anges de l’Apocalypse et utiliser cette brigade du chaos pour faire pleuvoir sur la nouvelle Babylone le châtiment annoncé de toute éternité par les Écritures. »
Extrait de : S. Brussolo. « Promenade du bistouri – Les brigades du chaos. »
Profession : cadavre par Serge Brussolo
Fiche de Profession : cadavre
Titre : Profession : cadavre (Tome 1 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de Profession : cadavre
« Elle s’appelait Sarah, elle avait vingt-cinq ans. Elle était grande et mince avec de longs cheveux noirs que la transpiration du sommeil collait à ses épaules.
Elle s’agitait au creux du lit, s’entortillant dans les draps.
Presque toutes les nuits, depuis son accident, elle revivait la même scène jusqu’à ce que l’angoisse devienne trop forte et la ramène à la réalité dans une grande suffocation qui la faisait soudain se dresser au milieu de la literie trempée.
En ce moment, elle était suspendue au bout de la corde, les genoux frottant la pierre du mur, à trente mètres au-dessus du trottoir. Elle essayait de ne pas penser au vide, au crampon fiché dans la façade de l’immeuble, et dont toute sa vie dépendait. Les doigts crispés sur le pinceau, elle dessinait la bouche d’une grand-mère souriante en maudissant le soleil californien qui provoquait une dessiccation trop rapide de la peinture.
Oui, elle peignait cette bouche un peu fripée tandis que la fenêtre, à dix mètres au-dessus d’elle, s’ouvrait en grinçant. Elle savait qu’une main armée d’un couteau allait sortir dans une seconde pour
sectionner le filin auquel elle était suspendue. »
Extrait de : S. Brussolo. « Profession : cadavre – Les brigades du chaos. »
L’ombre des gnomes par Serge Brussolo
Fiche de L’ombre des gnomes
Titre : L’ombre des gnomes (Tome 2 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’ombre des gnomes
« — La ville devient folle ! murmura une fois de plus le lieutenant Manuel Corco.
L’odeur fade du cadavre flottait dans l’appartement comme un relent de fleurs pourrissantes. Le policier jeta un bref coup d’œil au corps de Bombicho. L’ancien juge reposait sur le sol, entièrement nu, le ventre criblé de courtes tiges d’aciers qui ressemblaient à des carreaux d’arbalète.
Oui, la ville devenait folle. Tout avait commencé avec Bagazo, le croque-mort, qui, une nuit, avait découvert une bande de singes à l’intérieur du cimetière. Des singes dont la principale occupation consistait à déterrer les défunts et… à les manger.
Le lieutenant chassa une mouche d’un revers de main agacé. Peu de temps après, les singes s’étaient mis à envahir la cité, déféquant sur les toits des voitures et s’accouplant en public. Il s’agissait d’animaux étranges, n’appartenant à aucune espèce connue. Probablement des bâtards, dépourvus de pelage, et à la peau affreusement rose.
Corco souleva sa casquette pour s’éponger le front. Mathias Gregori Mikofsky, le journaliste scientifique, venait d’entrer dans le salon. C’était un colosse enveloppé de mauvaise graisse, au crâne chauve et dont la lèvre supérieure s’ornait d’une moustache hypertrophiée masquant complètement sa bouche. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres – L’ombre des gnomes. »
Les animaux funèbres par Serge Brussolo

Fiche de Les animaux funèbres
Titre : Les animaux funèbres (Tome 1 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les animaux funèbres
« — Yeye… Eja. Yemanja… Mère des poissons et mère des eaux. Yeye… Eja.
Le halètement montait dans le brouillard de poussière au-dessus des toits du bidonville, véritable psalmodie de machine à vapeur purgeant son trop-plein d’énergie par mille soupapes.
— Yeye… Eja…
Le lieutenant Corco ferma les yeux et se cramponna au volant poisseux comme si la voiture de patrouille allait soudain disparaître, engloutie par le fleuve de goudron amolli coulant entre les deux rives de l’avenue San Emilio.
La psalmodie s’échappant de l’église spirite pénétrait en lui par tous ses orifices naturels et enflait sous sa calotte crânienne à la manière d’une montgolfière. Son cerveau n’était déjà plus qu’une boule de chewing-gum mille fois mâché, un de ces gros chewing-gums américains bleuâtres qui vous emplissent un peu plus la bouche à chaque mastication et semblent gonfler sur votre langue tel un levain plastifié, comme si on les avait secrètement programmés pour décupler leur volume, obstruer votre gorge et vous condamner à l’étouffement. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres. »
La fille de l’archer par Serge Brussolo
Fiche de La fille de l’archer
Titre : La fille de l’archer (Tome 1 sur 2 – La fille de l’archer)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2012
Editeur : Fleuve noir
Première page de La fille de l’archer
« La foire est un trou punais, un lieu où l’on peut à son aise, et selon la terminologie des édiles, lascher ses eaues et aysemens…
La foire bourgeonne au pied des remparts, agglutinant ses tentes aux vives couleurs. Le vacarme est effrayant, les odeurs se font lourdes. La dernière averse a changé le sol en un champ boueux où les badauds piétinent allégrement, crottant chausses, brodequins et pigaches. Les dames, elles, essayent de sauvegarder leurs robes en empruntant les chemins de planches disposés au long des baraques. Les goinfres, gavés de gaufres et de cidre, connaissent les affres de la colique et se soulagent à l’abri de paravents de joncs tressés, ou derrière une tente. Leurs excréments vivifient le fumet ambiant ; qu’importe ! tout à l’heure on lâchera les cochons éboueurs qui s’engraisseront de ces déchets.
Il y a le cracheur de feu, l’équilibriste, le jongleur, l’homme qui s’enfonce des épingles dans les joues sans cesser de sourire, l’enfant araignée aux membres tordus qu’on peut replier dans un panier d’osier où il tient à peine plus de place qu’un chaton. »
Extrait de S. Brussolo. « La Fille de l’Archer – La Fille de l’Archer. »
Le chat aux yeux jaunes par Serge Brussolo

Fiche de Le chat aux yeux jaunes
Titre : Le chat aux yeux jaunes (Tome 3 sur 6 – Agence 13)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2011
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le chat aux yeux jaunes
« Durant les mois qui suivirent l’affaire de la mine engloutie j’essayai de vivre normalement ; comme j’aurais dû le prévoir cet espoir me fut refusé, sans doute parce que le destin considérait qu’il était hors de question que je m’abandonne aux joies du train-train quotidien.
Me découvrant enceinte, j’avais vu là l’occasion rêvée de tourner définitivement le dos à l’existence que je menais bon gré mal gré depuis mon adolescence.
Je voulais oublier que mon père – terroriste recherché par le FBI – m’avait entraînée aux techniques de combat, de survie et de sabotage. Sa paranoïa et sa haine du « Système » lui dictaient qu’un tel bagage était indispensable à la formation d’une jeune fille moderne ; j’avais donc fait les frais d’une éducation où le maniement des armes de poing alternait avec des leçons du genre « comment fabriquer une bombe à partir de produits ménagers en vente dans les grandes surfaces ». Croyez-moi, un tel programme éducatif a de quoi faire de vous un individu quelque peu décalé par rapport aux comportements sociaux généralement admis. »
Extrait de : S. Brussolo. « Agence 13 – Le chat aux yeux jaunes. »
Ceux d’en bas par Serge Brussolo

Fiche de Ceux d’en bas
Titre : Ceux d’en bas (Tome 2 sur 6 – Agence 13)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2010
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ceux d’en bas
« J’étais une fillette de douze ans quand mon père m’a cassé le nez au cours d’une simulation d’interrogatoire. Je ne lui en ai pas tenu rigueur, c’était la règle du jeu, et je l’avais acceptée. Cela commençait toujours de la même manière : nous nous isolions dans la cabane à outils du jardin, là, il m’ordonnait d’ôter mes vêtements à l’exception de ma petite culotte et de m’asseoir sur une chaise bancale, puis il me giflait ; ensuite venaient les coups de poing ou de ceinture. Le but de ces séances était de m’endurcir, de me préparer à tenir tête aux policiers qui s’évertueraient à me tirer les vers du nez.
— Un jour, répétait papa, les flics viendront te chercher. C’est inévitable, ils essayeront de te faire dire des choses à mon sujet. Où je suis parti, quelles sont mes habitudes, mes fréquentations… et ainsi de suite. Il faudra leur résister. Ce seront probablement des gars des services secrets, et ils ne reculeront devant rien. Si tu veux t’en sortir, il faudra jouer les gourdes, tu comprends ? Ne jamais t’affoler. La douleur, quand on n’y est pas préparé, vous amène vite à céder. C’est pour ça
qu’il faut l’apprivoiser, gifle après gifle. »
Extrait de : S. Brussolo. « Ceux d’en bas – Agence 13. »
Dortoir interdit par Serge Brussolo

Fiche de Dortoir interdit
Titre : Dortoir interdit (Tome 1 sur 6 – Agence 13)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2009
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dortoir interdit
« Mon père était un criminel en fuite ; c’est du moins ainsi que ma mère m’a toujours présenté la chose. Les soirs où elle était en veine d’élan maternel elle m’expliquait, en chuchotant, que Daddy avait fait partie du Weather Underground. C’était l’un de ces weather men qui, à une époque lointaine, avait fait trembler le gouvernement des États-Unis en prônant la guerre civile. J’avais six ans. Ce Weather Underground levait dans mon imagination de gamine des images de tempêtes souterraines, d’ouragan dévastant les égouts d’une ville et faisant s’effondrer ses immeubles.
Mon père – j’ignore quel nom il portait alors – avait fui les USA deux secondes avant que le FBI ne lui mette la main au collet. À partir de là, il s’était fondu dans la nature sauvage, les déserts glacés, là où aucun agent fédéral n’aurait le cran de venir le chercher. Il fut aidé en cela par ses capacités physiques et un talent tout particulier : c’était un grimpeur hors pair, un alpiniste de première force. Pour survivre, il devint guide de haute montagne et s’en alla exercer son métier au bout du monde. Il se faisait payer fort cher pour traîner des hommes d’affaires japonais au sommet du Chimborazo, de l’Aconcagua, du Kibo, du Godwin Austen ou du Nanda Devi. »
Extrait de : S. Brussolo. « Dortoir interdit – Agence 13. »
Un autre monde par André Caroff

Fiche de Un autre monde
Titre : Un autre monde
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Un autre monde
« Le soleil est plat, les nuages triangulaires et la mer ronde comme un monticule à l’assaut duquel montent les vagues sans jamais parvenir au sommet. Je suis adossé à un arbre de pierre. Devant moi, une immense étendue uniformément blanche. Il fait froid. Quand il ne fait pas froid, il fait chaud. Trop chaud ou trop froid, sans juste milieu.
D’ailleurs il n’y a pas de milieu.
Cela m’est égal. Seule m’intéresse l’étendue blanche. Immense. Mais pas illimitée. Elle est rectangulaire, avec un haut, un bas, deux côtés. Je suis là pour la noircir. Pas n’importe comment, d’une façon ordonnée, en lui laissant une marge à gauche, à triple interligne si possible et sans oublier de taper, en haut à droite, le numéro de la page. Sauf pour ce qui concerne la première, car tout le monde sait qu’elle ne peut être que la première puisqu’il n’y en a pas d’autre avant elle.
Il n’est pas nécessaire, pour la même raison, d’écrire : « Chapitre Premier ». Le titre suffit. Seulement je n’ai pas de titre. Je n’ai rien en tête pour noircir cette page. À force de la regarder, comme si elle était capable de m’inspirer alors qu’elle n’est capable que d’une profonde et désespérante passivité ; des images passent devant mes yeux : un soleil plat, des nuages triangulaires, une mer ronde sur laquelle les vagues courent à rebrousse-poil. »
Extrait de : A. Caroff. « Un autre monde. »