Étiquette : Fleuve noir

 

Le gymnase de l’ogre par Marc Lemosquet

Fiche de Le gymnase de l’ogre

Titre : Le gymnase de l’ogre
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le gymnase de l’ogre

« Roham survole l’Enfer.

Il le sait. Il le voit aussi, à travers le large U de vitracier qui coupe le cockpit comme une balafre de dure transparence, et sur l’écran de contrôle, à sa gauche, où glissent les images que lèche le camérox ventral de sa Flèche.

L’Enfer n’est pas ce déchaînement chaotique de flammes monstrueuses auquel on pourrait s’attendre. C’est une étendue vaste, paisible et verte. Un calme océan d’émeraude. Serein. Une gigantesque preuve que les apparences peuvent être trompeuses. Terriblement trompeuses. Car si Roham observe attentivement l’écran de contrôle du camérox, il peut y surprendre les palpitations révélatrices du paysage qui défile à quelques dizaines de mètres au-dessous de sa Flèche. Palpitations qui en trahissent la vraie nature : la jungle. Un enchevêtrement infernal d’arbres, de lianes et de plantes, que traverse parfois une ombre énorme mais souple. Un interminable piège chlorophyllé aux entrelacs meurtriers où seule une faune de démons prédateurs peut survivre. »

Extrait de : M. Lemosquet. « Le gymnase de l’ogre. »

Cobaye par Marc Lemosquet

Fiche de Cobaye

Titre : Cobaye
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Cobaye

«  Voilà. Ça y est. Le processus est lancé. » C’est la pensée toute bête qui me tourne dans la cervelle alors que je marche vers le tube greg de l’Œuf. C’est aussi ce qu’a conclu le docmed qui vient de m’examiner. Quelques mesures, un scanner, une ostéo complète, et il m’a balancé le verdict. Avec un sourire qui ajoutait : « Tout se déroule au poil, mon gars. » Moi je dis que c’est tant mieux. Et j’évite de creuser plus loin la question, parce que je suis pas du tout sûr que la trouille soit totalement absente de ma vision des choses. Surtout maintenant.
J’arrive au tube. (Greg = gravité régulée.) Je commande la montée, et trois secondes plus tard la flèche verte s’allume. Je fais un pas dans le vide. Bref vertige, petite perte d’équilibre, et je flotte, glissant lentement vers le haut. Je passe le gymnase et rejoint l’attraction normale au dernier niveau interne de l’Œuf : mon apparte. »

Extrait de : M. Lemosquet. « Cobaye. »

La mâchoire du dragon par G. Elton Ranne

Fiche de La mâchoire du dragon

Titre : La mâchoire du dragon
Auteur : G. Elton Ranne
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de La mâchoire du dragon

« Alex suivait lentement des yeux la silhouette dessinée à la craie sur le trottoir. Après une chute de quarante-cinq étages, le tracé restait d’une netteté étonnante. La constitution du mort avait dû être solide : une caractéristique à noter sur le rapport scientifique, quand il en serait à le remplir. Une fois calculée la puissance de l’impact, les équipes chargées de compiler les informations biologiques sur les Chivas en tireraient sûrement des enseignements importants. Alex, lui, avait pour tâche de trouver le pourquoi de la fin de l’être qui gisait sur le bitume.
Le contour blanc, légèrement fluorescent, luisait à travers les rigoles de pluie qui dévalaient la rue.
Deux jambes, un torse, une tête, quatre bras.
Sa première enquête, et le mort était un putain d’extraterrestre…
À trois mètres du sol, le glider tournait lentement sur lui-même, ses phares illuminant les façades des immeubles avoisinants. Alex sentit une main se poser sur son épaule ; il se retourna et plongea les yeux dans le regard inquisiteur d’un homme d’une cinquantaine d’années. »

Extrait de : G.E Ranne. « La mâchoire du dragon. »

Double jeu par G. Elton Ranne

Fiche de Double jeu

Titre : Double jeu
Auteur : G. Elton Ranne
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de Double jeu

« Le multisystème s’éteignit avec un claquement sec. Dan Campbell ferma les yeux, espérant contre toute vraisemblance qu’il s’agissait d’une panne. Mais il savait parfaitement que la vérité était bien plus sordide.

Ils n’avaient pas payé.

Ils étaient en retard sur les virements du multi, comme sur ceux du loyer, des assurances et de la femme de ménage. Ils n’avaient plus un sou sur leur compte et l’autorisation de découvert que la banque leur avait accordée ne vivrait plus très longtemps.

D’autant qu’aucune rentrée d’argent n’était prévue avant des mois.

Campbell se corrigea mentalement : aucune rentrée d’argent n’était prévue du tout…

On était le 15 octobre 2148. Un soleil blafard éclairait New York. Dan avait une gueule de bois métaphysique et l’avenir était mort, écrasé par un camion… »

Extrait de : G. E. Ranne. « Double jeu. »

Chute libre par G. Elton Ranne

Fiche de Chute libre

Titre : Chute libre
Auteur : G. Elton Ranne
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de Chute libre

« La porte d’entrée du bureau a claqué avec le fracas annonciateur des pires emmerdes.
C’est toujours comme ça le vendredi. On se prépare un week-end tranquille et réparateur, on fait des plans, on réserve une bonne table et il faut qu’une folle vienne tout gâcher en vous prenant la tête.
Surtout à onze heures et quart du matin.
Mais pourquoi m’étais-je levé ? J’aurais pu traînasser au lit, me pouponner, me bichonner, flâner et attendre que ça passe, jusqu’à l’heure du repas. Non : j’étais allé prendre le courrier pour lire les journaux. Les factures accumulées sous la porte m’avaient plus affolé que les ravages de la guerre en Afrique. Egoïste sans doute, mais les associations humanitaires n’allaient sûrement pas payer mon loyer. Il me fallait un client, avant de me faire couper… tout ce qu’on pourrait me couper.
J’aurais pu aussi fermer la porte à clé, mettre une pancarte « ne pas déranger », « fermeture pour cause d’inventaire », « saisie en cours ». Puis arracher la plaque « A. Gabriel, détective » et la remplacer par « Maurice, coiffeur pour dames et chiens » – un truc comme ça, quoi ! »

Extrait de : G. E. Ranne. « Chute libre. »

Les pistes d’Ahran par Claude Castan

Fiche de Les pistes d’Ahran

Titre : Les pistes d’Ahran (Tome 4 sur 4 – Gâlaë)
Auteur : Claude Castan
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les pistes d’Ahran

« — Non, non et non ! Je vous l’ai déjà dit : il n’en est pas question ! explosa Celian.

Allongé sur son lit à baldaquin, il se remettait lentement de ses blessures. Un énorme bandage enveloppait son crâne meurtri, pareil à un turban de Quathân Méridionale. Dehors, la nuit tombait déjà tandis qu’un bon feu brûlait dans la cheminée, au coin de laquelle Leïla était recroquevillée. Edra, assise à la gauche de son petit-fils, lui tenait la main tandis que Gâladorn tournait en rond dans la chambre, tel un fauve en cage.

— Vous devriez vous montrer plus patient avec lui, Maître Gâladorn, le gourmanda Edra. Il a le droit de souffler un peu…

— Suffit ! gronda le mage en se carrant au pied du lit. Ne détournez pas la conversation : Celian doit épouser Nora, qu’il le veuille ou non ! Je sais bien qu’il y a Leïla mais ce ne serait pas la première fois qu’un souverain prend une femme officielle, tout en conservant une favorite ! »

Extrait de : C. Castan. « Galae – Les pistes d’Ahran. »

Les allées de la gloire par Claude Castan

Fiche de Les allées de la gloire

Titre : Les allées de la gloire (Tome 3 sur 4 – Gâlaë)
Auteur : Claude Castan
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les allées de la gloire

« Bientôt dix cycles ! Cette guerre s’enlisait sous les murailles de Villeforte depuis bientôt dix cycles ! Les yeux bleus glacés du prince Bendor scrutaient la vaste plaine recouverte par les brumes maussades du petit matin. Les pluies d’automne compliquaient la tâche des cavaliers de Gonfoland, déjà bien éprouvés par une trop longue défense du Mur d’Efenor.

D’un geste rageur, il rabattit derrière lui les pans moisis de sa tente de campagne : le royaume partait en lambeaux ! Pataugeant dans la boue, il gravit la colline pour avoir une meilleure vue du champ de bataille. Sur sa gauche, vers le nord-est, se découpait la masse sombre de la capitale assiégée qu’entouraient les feux de camps des deux armées. Devant lui, la prairie était labourée par les combats incessants, jusqu’au pied du Mur qui s’enfonçait dans le brouillard loin sur sa droite. A l’ouest de cette fortification – rassurante et dérisoire – ses soldats sortaient avec peine d’une inconfortable nuit dans le froid et la pluie. Il se campa au sommet de l’éminence, les poings sur les hanches. Sa cape flottait autour de sa cuirasse dans la brise d’ouest, tel un pavillon azur à la gloire de Gonfoland. »

Extrait de : C Castan. « Gâlaë – Les allées de la gloire. »

La route de Stelian par Claude Castan

Fiche de La route de Stelian

Titre : La route de Stelian (Tome 2 sur 4 – Gâlaë)
Auteur : Claude Castan
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de La route de Stelian

« Personne ne passait au fond de cette ruelle anonyme du premier cercle de Pilduin. Le remugle des égouts,

Quelque part au fond du gouffre obscur, était écœurant. Gâladorn avait fait pénétrer tour à tour Celian, Finn et Strelnik par la basse ouverture qui se découpait au pied du mur aveugle. Maintenant, ils pouvaient l’entendre chuchoter des mots étranges, à l’oreille de son cheval noir.

— Dépêchez-vous : on a encore les Gardiens des Lieux Saints sur les talons ! souffla Finn irrité.

— J’arrive, j’arrive ! J’ai fini de lui donner mes ordres.

Il assena une claque sur la croupe rebondie de l’animal qui partit aussitôt au galop. Puis il sauta dans le regard d’égout, un battement de cœur avant qu’une agitation confuse ne révèle l’entrée des moines soldats dans la ruelle.

— Il ne faut pas moisir ici : nous sommes trop près de la surface.

— Pour ce qui est de moisir, d’autres avant nous ont dû le faire, grogna Strelnik reniflant avec une grimace.

Outre la redoutable puanteur et l’humidité, l’épaisseur de l’obscurité oppressait Celian. Il se cramponnait à un pan de cape de Gâladorn et sentait Finn, derrière lui, en faire autant avec la sienne. »

Extrait de : C. Castan. « Gâlaë – La Route De Stelian. »

Les chemins de Pilduin par Claude Castan

Fiche de Les chemins de Pilduin

Titre : Les chemins de Pilduin (Tome 1 sur 4 – Gâlaë)
Auteur : Claude Castan
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les chemins de Pilduin

« L’hiver de son dixième cycle fut le plus terrible de la vie de Celian. Dans la cabane familiale, le froid avait été plus intense que jamais. Le corps inerte et glacé qui reposait sur le matelas de paille, venait ajouter un point d’orgue aux événements tragiques des dernières sertes. Edora, sa mère, ne verrait pas le printemps tout proche.

Par la fenêtre aux vitres fendues, Celian observait avec un étrange détachement la masse brumeuse des maisons d’Eliborn, en contrebas. Sur la route boueuse qui montait vers son faubourg natal, trois silhouettes encapuchonnées s’approchaient déjà. Le garçonnet famélique les trouvait ridicules, se dandinant entre les flaques de boue pour ne pas salir leurs robes de bure. Il se souvenait des quolibets que lui et sa bande aimaient lancer aux moines pilduinistes égarés dans ces quartiers. Aujourd’hui il le regrettait presque, inquiet de l’attitude à adopter, face à ces trois hommes venus rendre un dernier hommage à la seule personne qui ait jamais compté pour lui. Plutôt que de courir toute la journée de cache en cache, à l’affût d’un mauvais coup, il aurait mieux fait de passer plus de temps avec elle ; sa chaude présence l’accompagnerait peut-être encore. Il refoula toute sa peine dans un gros soupir et s’adossa à l’unique chaise du logis, embrassant d’un seul regard la maigre étendue de ses richesses : une petite table, un coffre en bois rongé par les vers, deux écuelles, un pichet ébréché… »

Extrait de : C. Castan. « Les chemins de Pilduin – Gâlaë. »

Une planète pour Copponi par Hugo Van Gaert

Fiche de Une planète pour Copponi

Titre : Une planète pour Copponi
Auteur : Hugo Van Gaert
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir

Première page de Une planète pour Copponi

« Le cent quatrième ! Avec celui-ci, cela faisait le cent quatrième depuis le début du voyage. La scène n’avait plus rien d’original : cent quatre fois depuis neuf années ! Et c’était toujours le même scénario : la salle trop froide, les infirmiers qui s’affairaient en silence, la porte à double battant qui se refermait derrière eux avec un bruit de succion. Toujours la même chose, avec les cloisons grises, métalliques, avec la peinture maintenant un peu éraillée à l’endroit où l’on venait ranger la civière. Cent quatre fois ! Et pourtant, Nadia ne pouvait se résoudre à trouver cela banal. Elle se tenait au fond du sas, immobile, les traits tirés par un mélange de stupeur et d’affolement calme, les yeux fixés sur le travail des hommes qui ôtaient les vêtements du cadavre et le toilettaient. Il lui semblait qu’elle observait tout cela de très loin, comme d’en dehors d’elle-même. Cent quatre suicides, et elle n’avait pas encore l’habitude ! Elle espérait bien d’ailleurs qu’elle n’en prendrait jamais l’habitude…

Enfin, les hommes en blouse blanche s’écartèrent, leur besogne achevée. Ils quittèrent la pièce après avoir salué distraitement la psychologue. »

Extrait de : H. Van Gaert. « Une planète pour Copponi. »