Étiquette : Fleuve noir
Ceux d’en bas par Serge Brussolo

Fiche de Ceux d’en bas
Titre : Ceux d’en bas (Tome 2 sur 6 – Agence 13)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2010
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ceux d’en bas
« J’étais une fillette de douze ans quand mon père m’a cassé le nez au cours d’une simulation d’interrogatoire. Je ne lui en ai pas tenu rigueur, c’était la règle du jeu, et je l’avais acceptée. Cela commençait toujours de la même manière : nous nous isolions dans la cabane à outils du jardin, là, il m’ordonnait d’ôter mes vêtements à l’exception de ma petite culotte et de m’asseoir sur une chaise bancale, puis il me giflait ; ensuite venaient les coups de poing ou de ceinture. Le but de ces séances était de m’endurcir, de me préparer à tenir tête aux policiers qui s’évertueraient à me tirer les vers du nez.
— Un jour, répétait papa, les flics viendront te chercher. C’est inévitable, ils essayeront de te faire dire des choses à mon sujet. Où je suis parti, quelles sont mes habitudes, mes fréquentations… et ainsi de suite. Il faudra leur résister. Ce seront probablement des gars des services secrets, et ils ne reculeront devant rien. Si tu veux t’en sortir, il faudra jouer les gourdes, tu comprends ? Ne jamais t’affoler. La douleur, quand on n’y est pas préparé, vous amène vite à céder. C’est pour ça
qu’il faut l’apprivoiser, gifle après gifle. »
Extrait de : S. Brussolo. « Ceux d’en bas – Agence 13. »
Dortoir interdit par Serge Brussolo

Fiche de Dortoir interdit
Titre : Dortoir interdit (Tome 1 sur 6 – Agence 13)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2009
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dortoir interdit
« Mon père était un criminel en fuite ; c’est du moins ainsi que ma mère m’a toujours présenté la chose. Les soirs où elle était en veine d’élan maternel elle m’expliquait, en chuchotant, que Daddy avait fait partie du Weather Underground. C’était l’un de ces weather men qui, à une époque lointaine, avait fait trembler le gouvernement des États-Unis en prônant la guerre civile. J’avais six ans. Ce Weather Underground levait dans mon imagination de gamine des images de tempêtes souterraines, d’ouragan dévastant les égouts d’une ville et faisant s’effondrer ses immeubles.
Mon père – j’ignore quel nom il portait alors – avait fui les USA deux secondes avant que le FBI ne lui mette la main au collet. À partir de là, il s’était fondu dans la nature sauvage, les déserts glacés, là où aucun agent fédéral n’aurait le cran de venir le chercher. Il fut aidé en cela par ses capacités physiques et un talent tout particulier : c’était un grimpeur hors pair, un alpiniste de première force. Pour survivre, il devint guide de haute montagne et s’en alla exercer son métier au bout du monde. Il se faisait payer fort cher pour traîner des hommes d’affaires japonais au sommet du Chimborazo, de l’Aconcagua, du Kibo, du Godwin Austen ou du Nanda Devi. »
Extrait de : S. Brussolo. « Dortoir interdit – Agence 13. »
Un autre monde par André Caroff

Fiche de Un autre monde
Titre : Un autre monde
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Un autre monde
« Le soleil est plat, les nuages triangulaires et la mer ronde comme un monticule à l’assaut duquel montent les vagues sans jamais parvenir au sommet. Je suis adossé à un arbre de pierre. Devant moi, une immense étendue uniformément blanche. Il fait froid. Quand il ne fait pas froid, il fait chaud. Trop chaud ou trop froid, sans juste milieu.
D’ailleurs il n’y a pas de milieu.
Cela m’est égal. Seule m’intéresse l’étendue blanche. Immense. Mais pas illimitée. Elle est rectangulaire, avec un haut, un bas, deux côtés. Je suis là pour la noircir. Pas n’importe comment, d’une façon ordonnée, en lui laissant une marge à gauche, à triple interligne si possible et sans oublier de taper, en haut à droite, le numéro de la page. Sauf pour ce qui concerne la première, car tout le monde sait qu’elle ne peut être que la première puisqu’il n’y en a pas d’autre avant elle.
Il n’est pas nécessaire, pour la même raison, d’écrire : « Chapitre Premier ». Le titre suffit. Seulement je n’ai pas de titre. Je n’ai rien en tête pour noircir cette page. À force de la regarder, comme si elle était capable de m’inspirer alors qu’elle n’est capable que d’une profonde et désespérante passivité ; des images passent devant mes yeux : un soleil plat, des nuages triangulaires, une mer ronde sur laquelle les vagues courent à rebrousse-poil. »
Extrait de : A. Caroff. « Un autre monde. »
Terreur psy par André Caroff

Fiche de Terreur psy
Titre : Terreur psy
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de Terreur psy
« Leland Young se fraya difficilement un passage entre les dormeurs étendus à même le sol. Le froid était vif, des courants d’air glacé pénétraient dans la gare dont toutes les vitres avaient été brisées par des jets de pierre. Ailleurs on avait arraché des cloisons, des panneaux publicitaires pour monter une espèce d’infirmerie surmontée d’une croix rouge en carton. Comme il n’y avait plus de médicaments depuis des mois, que la plupart des médecins étaient morts dans la rue au cours des émeutes, on était en droit de se demander à quoi servait cette infirmerie.
Young se rapprocha de la voie 36, la main soudée à la crosse de son revolver, yeux plissés dans l’espoir d’augmenter son acuité visuelle. Faute d’électricité, on avait allumé des feux un peu partout, autant pour s’éclairer que pour se réchauffer. Cela créait des zones de lumière et d’ombre, des microclimats artificiels allant jusqu’à 25° auprès des foyers pour descendre à 5° en dessous de zéro auprès des portes et des fenêtres. »
Extrait de : A. Caroff. « Terreur PSY. »
Simulations par André Caroff

Fiche de Simulations
Titre : Simulations
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de Simulations
« Il y avait dix vérins hydrauliques à faible frottement, qu’une pression d’huile faisait s’allonger ou se raccourcir très vite. La cabine était fixée sur une plate-forme à cinq mètres de hauteur. L’ensemble conférait au cockpit six degrés de liberté : le roulis, le tangage, les lacets, les déplacements latéral, longitudinal et horizontal.
Autrement dit, la possibilité d’évoluer dans les trois directions de l’espace.
Le système reproduisait les secousses ressenties lors de la traversée des trous d’air, et les accélérations par une succession de poussées brèves et saccadées des vérins.
Avec une puissance équivalant à six fois la gravité terrestre. Les images étaient créées à partir de cartes d’état-major et de photographies prises d’avions ou de satellites. Les clichés étaient analysés, classés, étalonnés automatiquement. La configuration et les dimensions de la Lune, des étoiles, de la Terre, mais aussi des montagnes, des maisons, des routes, ainsi que les distances entre elles, étaient mises en mémoire sous forme chiffrée dans des disquettes de quelques centimètres de diamètre. »
Extrait de : A. Caroff. « Simulations. »
Rhésus Y-2 par André Caroff

Fiche de Rhésus Y-2
Titre : Rhésus Y-2
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rhésus Y-2
« Une nouvelle vague de fond déferla avec une fantastique puissance. Des tonnes de sable furent soulevées et s’éparpillèrent dans les ténébreux abysses sans cesse balayés par les courants sous-marins. Le maelstrom passa sans ébranler les roches mais les containers se trouvèrent entraînés sur plusieurs milles. Malgré leur poids, ils tourbillonnèrent comme des fétus de paille, remontèrent de plusieurs centaines de mètres, demeurèrent en suspension un long moment avant d’être plaqués sur une plateforme où ils s’immobilisèrent enfin.
Jadis, chaque container avait reçu un lest suffisant pour lui permettre de résister aux mouvements de l’océan mais, au fil des ans et des tempêtes, celui-ci s’était érodé, quasiment désintégré, si bien que la masse primitive était à présent réduite à néant.
Au cours de cette journée, plusieurs autres vagues de fond déplacèrent encore les containers qui furent arrachés à la fosse sous-marine et roulèrent sur un plateau continental situé à seulement 200 mètres de la surface. »
Extrait de : A. Caroff. « Rhésus Y-2. »
Pour 500.000 dollars par André Caroff

Fiche de Pour 500.000 dollars
Titre : Pour 500.000 dollars
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1968
Editeur : Fleuve noir
Première page de Pour 500.000 dollars
« Vous ne connaissez peut-être pas New York, mais moi, j’y suis né, je ne l’ai jamais quitté et j’en ai ma claque.
Tout va tellement vite que, par moments, j’ai l’impression que rien ne serait pire si je vivais dans une machine à laver en perpétuelle position d’essorage…
Avec la différence qu’on peut stopper la machine en pressant un bouton rouge !
Voici ma carte d’identité : Clee Masters, vingt-sept ans, yeux noirs, cheveux bruns. Un mètre quatre-vingt-cinq pour quatre-vingt-deux kilos, et pas de signe particulier. Les filles disent que j’ai « une gueule ». Aucune n’a jamais dit que j’étais joli garçon.
Moralement, heu !… »
Extrait de : A. Caroff. « Pour 500.000 dollars. »
Opération Bégonia par André Caroff

Fiche de Opération Bégonia
Titre : Opération Bégonia
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Opération Bégonia
« La porte s’ouvrit. Éric fit un pas et fut dehors, dans le soleil. C’était le 2920e jour, la fin d’un mois d’octobre assez beau dans l’ensemble. Éric s’éloigna du mur gris. Sa valise était incroyablement légère. Un panneau indicateur en forme de flèche lui donna la direction de la gare. Il marcha.
Chacun de ses pas pesait une tonne. Un camion passa bruyamment et, au carrefour suivant, une jeune fille sortit d’une boulangerie, un gros pain sous le bras. Éric la suivit longuement des yeux tout en continuant d’avancer. Quand la jeune fille le regarda, il baissa la tête. Elle devait forcément savoir d’où il venait. Cela le gênait. Dans une petite ville comme celle-ci, tout le monde se connaissait. On devait l’épier à l’abri des persiennes closes. On était probablement soulagé de voir qu’il allait vers la gare.
Il y fut en quelques minutes. Personne ne semblait l’attendre, mais il avait quand même l’impression qu’on le surveillait. Il se replia davantage sur lui-même, devint humble et pitoyable dans l’espoir de ne pas attirer l’attention sur lui. L’employée lui tendit son billet en l’effleurant à peine du regard et il alla se réfugier dans la petite salle d’attente après avoir acheté un journal. »
Extrait de : A. Caroff. « Operation Begonia. »
Mort d’un libraire par André Caroff

Fiche de Mort d’un libraire
Titre : Mort d’un libraire
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1964
Editeur : Fleuve noir
Première page de Mort d’un libraire
« Un chiot de trois mois, ça fait des ronds humides sur le parquet ciré toutes les cinq minutes.
Pendant que Max, son mari et Eddie, son fils regardaient la télévision, Thérésa lassée de laisser massacrer les lattes fines, brillantes comme un miroir, ouvrit doucement la porte de la loge et chassa le chiot dans la cour.
La porte à double battant de l’entrée était close, aucune voiture ne passerait plus sous le porche et comme il n’existait pas d’autre issue, la bête ne craignait vraiment rien.
Thérésa retourna dans sa cuisine, tira les rideaux, alluma sa lampe d’évier, manœuvra les boutons donnant le courant aux minuteries des deux escaliers et se mit à préparer le souper.
Le temps était doux et, par-dessus la voix du speaker du journal télévisé, Thérésa entendait d’autres postes branchés sur différentes chaînes, se demandait qui, parmi ses locataires, pouvait écouter une émission en langue allemande…
— M’man… T’as pas vu Poussy ? »
Extrait de : A. Caroff. « Mort d’un libraire. »
Les êtres du néant par André Caroff

Fiche de Les êtres du néant
Titre : Les êtres du néant
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les êtres du néant
« Tout d’abord, je dois dire que j’ai longuement hésité avant d’établir ce rapport destiné au Mémorial terrestre. Je ne suis pas écrivain, mais médecin, et ne pensais pas être digne de cet honneur.
D’autres auraient pu le faire mieux que moi, dans un style plus dépouillé, plus direct et avec un amour de la littérature que j’avoue humblement ne pas ressentir. Mais, et ainsi que me l’a fait remarquer le professeur Simpson, j’ai été la première victime des « Etres du néant », et c’est un peu grâce à moi que furent repoussés les fantastiques dangers menaçant notre humanité.
Puis ma femme, mes amis et mes enfants ont réussi à me convaincre de prendre la plume. Aujourd’hui, 28 mai 2030, je me mets au travail. J’ai décidé de traiter mon récit au présent pour lui donner plus d’impact et, aussi, afin de mieux traduire les événements et les sensations tels que je les ai vécus et ressentis à cette époque. »
Extrait de : A. Caroff. « Les êtres du néant. »