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L’enchanteur par R. Barjavel

Fiche de L’enchanteur

Titre : L’enchanteur
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1984
Editeur : Gallimard

Première page de L’enchanteur

« Le grand cerf blanc sortit d’un fourré d’aubépines sans déranger la moindre fleur. Son poil était pareil à de la neige fraîchement tombée et tandis qu’il traversait la clairière sa ramure se balançait comme la voilure d’un vaisseau.
Merlin aimait prendre cette apparence quand il se déplaçait dans la forêt. Il s’arrêta sans bruit au débouché du sentier qui menait à la source de l’Œil, ainsi nommée parce que, par les beaux jours, le ciel se reflétait à la surface de la vasque qu’elle s’était creusée dans le sable et le fin gravier, et elle prenait alors la ressemblance d’un grand œil bleu entre des cils de menthe et de myosotis.
Une fille était en train de s’y baigner, blonde et nue. Le cerf la voyait à travers le feuillage. Elle était très jeune, douze ans, treize ans peut-être. Dans  »

Extrait de : R. Barjavel. « L’Enchanteur. »

Colomb de la lune par R. Barjavel

Fiche de Colomb de la lune

Titre : Colomb de la lune
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1959
Editeur : Gallimard

Première page de Colomb de la lune

« La police fit sortir les journalistes et établit un cordon autour de la villa. Blanche et bleue avec ses tuiles roses au sommet de la colline verte, elle avait l’air d’une maquette pour lotissement de luxe. Deux cent cinquante policiers en uniforme ceinturèrent la colline et un véhicule à sirène et phares rouges s’installa en travers de l’allée.
La femme de Colomb se trouva enfin seule avec sa mère dans le salon aux meubles bousculés. Ils avaient réussi à renverser la table basse en dalle de verre noir, aux pieds de fer forgé noirs, dorés sur la tranche et dans les contours. Les poissons figés qui étalaient dans l’épaisseur de la dalle des nageoires de voile rose parmi des algues jaunes, se trouvaient maintenant à la verticale, et un des pieds forgés avait troué la moquette couleur tabac de Virginie.
– Ces journalistes ! dit la mère de la femme de Colomb. »

Extrait de : R. Barjavel. « Colomb de la lune. »

Le voyageur imprudent par R. Barjavel

Fiche de Le voyageur imprudent

Titre : Le voyageur imprudent (Tome 2 sur 2 – Ravage)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1944
Editeur : Gallimard

Première page de Le voyageur imprudent

« L’APPRENTISSAGE

Il faisait un froid de guerre. Au petit matin, le sergent Mosté découvrit un soldat, demi-nu, tordu en travers des feuillées. Le gel qui montait de la neige l’avait empoigné à mort. Ses cuisses sonnaient au doigt comme des planches. Quatre hommes l’emportèrent. Celui qui le prit par la tête lui cassa les oreilles.
Les chasseurs pyrénéens du 27e bataillon occupaient depuis deux mois le village de Vanesse, au bord de la plaine de betteraves. Ils devaient le quitter ce jour-là, pour une destination inconnue. Le caporal d’échelon Pierre Saint-Menoux, enfoui dans la paille de l’écurie, dormit peu, tourmenté par le souci de son septième déménagement. Il était responsable des dix-sept conducteurs de la compagnie de mitrailleuses, de leurs chevaux et de leurs voitures. Dans le civil, il enseignait les mathématiques au lycée Philippe-Auguste. »

Extrait de : R. Barjavel. « Ravage – Le voyageur imprudent. »

Ravage par R. Barjavel

Fiche de Ravage

Titre : Ravage (Tome 1 sur 2 – Ravage)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1943
Editeur : Gallimard

Première page de Ravage

« LES TEMPS NOUVEAUX

« Vos gratte-ciel ? Ils sont bien petits ! »
(Déclaration de Le Corbusier aux journalistes new-yorkais)

François Deschamps soupira d’aise et déplia ses longues jambes sous la table.
Pour franchir les deux cents kilomètres qui le séparaient de Marseille, il avait traîné plus d’une heure sur une voie secondaire et supporté l’ardeur du soleil dans le wagon tout acier d’un antique convoi rampant. Il goûtait maintenant la fraîcheur de la buvette de la gare Saint-Charles. Le long des murs, derrière des parois transparentes, coulaient des rideaux d’eau sombre et glacée. Des vibreurs corpusculaires entretenaient dans la salle des parfums alternés de la menthe et du citron. Aux fenêtres, des nappes d’ondes filtrantes retenaient une partie de la lumière du jour. Dans la pénombre, les consommateurs parlaient peu, parlaient bas,  »

Extrait de : R. Barjavel. « Ravage – Ravage. »

Ce monde est nôtre par F. Carsac

Fiche de Ce monde est nôtre

Titre : Ce monde est nôtre (Tome 2 sur 2 – Ligue des mondes humains)
Auteur : F. Carsac
Date de parution : 1962
Editeur : Gallimard

Première page de Ce monde est nôtre

« PROLOGUE

Heounimeor Khardon, Coordinateur suprême de la Ligue des Terres humaines, avait achevé sa journée. Déjà ses collaborateurs — hommes, sinzus, h’rbens, kaïens, hiss surtout — avaient quitté le palais des Mondes, sur Réssan, la sixième planète d’Ialthar, dans le Premier Univers. Khardon considérait sans déplaisir un vol de deux heures jusqu’à la maison des Sages, où l’attendait son ami Sssefen, le physicien hiss, et la longue partie de Jeu des Étoiles qui suivrait. Tout avait été routine, ce jour là, la fastidieuse routine d’une administration responsable de plus de cinquante mille planètes !
Avec un soupir d’aise, il jeta dans un tiroir quelques papiers, avança la main vers l’interrupteur qui allait couper, jusqu’au lendemain, toutes communications avec son bureau, les déviant vers ses seconds, Arekeion Aklin, le sinzu, ou Essenssinon, le hiss. Mais le destin avait décidé que, ce soir-là, Heounimeor Khardon ne jouerait pas au Jeu des Étoiles.
L’écran s’alluma, et la face verte de sa secrétaire hiss y parut. 
»

Extrait de : F. Carsac. « Ligue des mondes humains – Ce monde est notre. »

Monde des ténèbres par R. Bloch

Fiche de Monde des ténèbres

Titre : Monde des ténèbres
Auteur : R. Bloch
Date de parution : 1973
Traduction : J.-P. Manchette
Editeur : Gallimard

Première page de Monde des ténèbres

« Le soleil mourait à l’ouest et son sang tachait le ciel.
J’aurais pu être poète, pensa-t-il. Écrivain. Mais c’eût été gâcher, grandement gâcher son talent. La vie d’un écrivain est courte, limitée à celle du papier sur lequel ses paroles sont inscrites, et à la capacité de mémoire de ses lecteurs. Le papier est friable et tombe bientôt en poussière, et les vers mangent la mémoire des hommes.
Et qui mange les vers ?
Le temps. C’est le temps, l’ennemi. Le temps mange les vers, le temps mange le papier, le temps mange le soleil. Le temps le mangeait, lui, fragment par fragment, morceau par morceau, jour après jour.
Le temps le rongeait la nuit, ici, dans cette misérable petite pièce. On appelait ça une chambre, mais bien entendu, c’était en fait une cellule. Une cellule avec des fenêtres grillagées par lesquelles, en mourant, on pouvait regarder le soleil mourir. »

Extrait de : R. Bloch. « Monde des ténèbres. »

La proie de l’araignée par R. Bloch

Fiche de La proie de l’araignée

Titre : La proie de l’araignée
Auteur : R. Bloch
Date de parution : 1954
Traduction : S. Gleize
Editeur : Gallimard

Première page de La proie de l’araignée

« La porte était de bois blond, parfaitement encaustiquée. S’y inscrivait en lettres anguleuses :

LARRY RICKERT
ET
ASSOCIÉS

D’un coup sec, je redressai le bord de mon chapeau, tournai la poignée, et pénétrai dans le bureau. Un carillon tinta en fond musical.
Les murs de la petite entrée étaient des cubes de verre. Des lampadaires diffusaient une lumière douce, discrète. Sur une table basse, les revues habituelles, Variety, Billboard. Deux fauteuils et un sofa, dont les coussins avaient été rembourrés de manière si efficace qu’on n’osait plus s’y asseoir, complétaient l’ensemble. À donner la nausée. J’avançai jusqu’au guichet fiché dans la cloison face à moi ; la queue de cheval d’une réceptionniste dansait derrière la vitre. »

Extrait de : R. Bloch. « La proie de l’araignée. »

Au revoir les chats volants par U. Le Guin

Fiche d’Au revoir les chats volants

Titre : Au revoir les chats volants (Tome 4 sur 4 – Les chats volants)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1999
Traduction : B. Formentelli
Editeur : Gallimard

Première page d’Au revoir les chats volants

« Par une chaude après-midi d’été, les six chats de la ferme d’Overhill musardaient dans le cour de la grange, somnolant ou se racontant des histoires, bâillant après les papillons ou ronronnant au soleil.
Chaque jour, Alexandre Furby, qui vivait à la ferme, venait rendre visite aux cinq habitants de l’ancien pigeonnier de la grange : Thelma et Roger, Harriet et James, sans oublier leur petite sœur, Jane.
Ce fut elle qui se redressa la première.
– Thelma ! demanda-t-elle soudain. Pourquoi avons-nous des ailes ?
– Personne ne le sait, Jane, répondit sa sœur aînée. Notre mère n’en avait pas, Alexandre n’es a pas. La plupart des chats non plus. Il se trouve que nous en avons tous les cinq. Pourquoi ? Aucun idée !
– Moi, je sais pourquoi, déclara Jane. »

Extrait de : U. Le Guin. « Les chats volants – Au revoir les chats volants. »

Alexandre et les chats volants par U. Le Guin

Fiche d’Alexandre et les chats volants

Titre : Alexandre et les chats volants (Tome 3 sur 4 – Les chats volants)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1994
Traduction : B. Formentelli
Editeur : Gallimard

Première page d’Alexandre et les chats volants

« La famille Furby vivait dans le grand luxe. Ils disposaient d’une belle maison de campagne avec cheminée, lits de plume et même une chatière. La gardienne leur préparait de délicieux repas deux fois par jour et ne manquait jamais de leur jeter de petits morceaux de choix quand elle faisait la cuisine. Chaque week-end, le propriétaire arrivait dans sa petite voiture rouge et passait là une nuit ou deux. Il les câlinait, les régalait de sardines et leur apportait des souris en chiffon bourrées d’herbe-aux-chats pour s’amuser avec.
M. Furby dormait beaucoup, sans doute à cause de son embonpoint. Mme Furby, qui descendait par sa mère d’une noble lignée de chats persans, possédait une robe dorée d’une exceptionnelle beauté, aussi longue que soyeuse. Quant aux enfants Furby,  »

Extrait de : U. Le Guin. « Les chats volants – Alexandre et les chats volants. »

Le retour des chats volants par U. Le Guin

Fiche de Le retour des chats volants

Titre : Le retour des chats volants (Tome 2 sur 4 – Les chats volants)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1989
Traduction : B. Formentelli
Editeur : Gallimard

Première page de Le retour des chats volants

« Un matin pluvieux, de très bonne heure, Henry et Susan, les enfants de la ferme d’Overhill, descendirent la colline et filèrent à la vieille grange. Tout en haut de cette grange, il y avait un ancien pigeonnier avec des trous par lesquels autrefois les pigeons entraient et sortaient. Les yeux levés sur ces trous, Susan appela :
– Mistigri-gris-gris, mistigris-jolis ! Mistigris-qui-volent-volent, mistigris-à-z’ailes-z’ailes ! Petit déjeuner !
À l’entrée d’un des trous pointa alors non pas un bec, mais un petit nez couleur cannelle, deux yeux jaunes tout ronds, et deux pattes de devant toutes blanches.
Une seconde plus tard, whooosh ! un premier chat s’envolait. Un chat avec des ailes. Un chat rayé avec des ailes rayées. »

Extrait de : U. Le Guin. « Les chats volants – Le Retour des chats volants. »