Étiquette : Huxley
Temps futurs par Aldous Huxley

Fiche de Temps futurs
Titre : Temps futurs
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1948
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon
Première page de Temps futurs
« C’était le jour de l’assassinat de Gandhi ; mais sur le Calvaire les curieux s’intéressaient plus au contenu de leurs paniers de pique-nique qu’aux répercussions possibles de l’événement, somme toute assez banal, auquel ils étaient venus assister. En dépit de tout ce que peuvent dire les astronomes, Ptolémée avait parfaitement raison : le centre de l’univers est ici, et non là-bas. Gandhi était mort, soit ; mais penché par-dessus sa table de travail dans son bureau, penché par-dessus la table de la Cantine du Studio, Bob Briggs ne pensait qu’à parler de lui-même.
« Vous avez toujours été pour moi un tel soutien ! » m’assura Bob, cependant qu’il se préparait, non sans délectation, à conter le dernier épisode de son histoire.
Mais, au fond, comme je le savais fort bien, et comme Bob lui-même le savait mieux que moi, il ne désirait pas véritablement être soutenu. Il aimait se trouver en difficulté, et il aimait encore davantage parler de son infortune. La difficulté et sa dramatisation verbale lui permettaient de se voir sous la forme de tous les poètes romantiques réunis en un seul – Beddoes recourant au suicide, Byron recourant à la fornication, Keats mourant de Fanny Brawne, Harriet mourant de Shelley. Et, se voyant sous la forme de tous les poètes romantiques, il pouvait oublier pendant quelques instants les deux sources primordiales de son malheur, le fait qu’il n’eût aucun de leurs talents et fort peu de leur puissance sexuelle. »
Extrait de : A. Huxley. « Temps futurs. »
Retour au meilleur des mondes par Aldous Huxley

Fiche de Retour au meilleur des mondes
Titre : Retour au meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1958
Traduction : D. Meunier
Editeur : Plon
Première page de Retour au meilleur des mondes
« En 1931, alors que j’écrivais Le Meilleur des Mondes, j’étais convaincu que le temps ne pressait pas encore. La société intégralement organisée, le système scientifique des castes, l’abolition du libre arbitre par conditionnement méthodique, la servitude rendue tolérable par des doses régulières de bonheur chimiquement provoqué, les dogmes orthodoxes enfoncés dans les cervelles pendant le sommeil au moyen des cours de nuit, tout cela approchait, se réaliserait bien sûr, mais ni de mon vivant ni même du vivant de mes petits-enfants. J’ai oublié la date exacte des événements rapportés dans ma fable, mais c’était vers le sixième ou septième siècle après F. (après Ford). Nous qui vivions dans le deuxième quart du vingtième siècle après J.-C., nous habitions un univers assez macabre certes, mais enfin le cauchemar de ces années de dépression était radicalement différent de celui, tout futur, décrit dans mon roman. Notre monde était torturé par l’anarchie, le leur, au septième siècle après F., par un excès d’ordre. Le passage de cet extrême à l’autre demanderait du temps, beaucoup de temps à ce que je croyais, ce qui permettrait à un tiers privilégié de la race humaine de tirer le meilleur parti des deux systèmes : celui du libéralisme désordonné et celui du meilleur des mondes, beaucoup trop ordonné, dans lequel l’efficacité parfaite ne laissait place ni à la liberté ni à l’initiative personnelle. »
Extrait de : A. Huxley. « Retour au meilleur des mondes. »
Les portes de la perception par Aldous Huxley

Fiche de Les portes de la perception
Titre : Les portes de la perception
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1954
Traduction : J. Castier
Editeur : 10/18
Première page de Les portes de la perception
« C’est en 1886 que le pharmacologiste allemand Ludwig Lewin publia la première étude systématique du cactus auquel on donna ultérieurement son nom. Anhalonium Lewinii était une nouveauté pour la science. Pour la religion primitive et les Indiens du Mexique et du sud-ouest américain, il était un ami des temps immémoriaux. Voire, il était beaucoup plus qu’un ami. Comme l’a dit l’un des premiers visiteurs espagnols du Nouveau Monde, « ils mangent une racine qu’ils appellent Peyotl, et qu’ils vénèrent comme si elle était une divinité ».
La raison pour laquelle ils la vénéraient comme une divinité devint apparente lorsque des psychologues éminents, tels que Jaensch, Havelock Ellis et Weir Mitchell, commencèrent leurs expériences sur la mescaline, principe actif du peyotl. Certes, ils s’arrêtèrent bien en deçà de l’idolâtrie ; mais tous furent d’accord pour assigner à la mescaline une position parmi les drogues d’une distinction suprême. Administrée à doses convenables, elle modifie la qualité du conscient d’une façon plus profonde, tout en étant moins toxique, que toute autre substance figurant au répertoire du pharmacologiste. »
Extrait de : A. Huxley. « Les portes de la perception. »
Les diables de Loudun par Aldous Huxley

Fiche de Les diables de Loudun
Titre : Les diables de Loudun
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1952
Traduction : J. Castier
Editeur : Pocket
Première page de Les diables de Loudun
« C’EST en 1605 que Joseph Hall, le satirique, et futur évêque, visita pour la première fois la Flandre. « Le long de notre route, combien avons-nous vu d’églises démolies, dont il ne restait que des tas de décombres pour dire au voyageur qu’il y avait eu à la fois de la dévotion et des hostilités. Ah ! ces misérables empreintes de la guerre !… Mais (ce dont je m’étonnai), les églises tombent, et les collèges des Jésuites s’élèvent partout. Il n’y a point de ville où ils ne soient en construction, ou bâtis. A quoi cela tient-il ? Est-ce parce que la dévotion n’est pas aussi nécessaire que la politique ? Ces hommes (comme nous le disons du renard) prospèrent d’autant mieux qu’ils sont plus maudits. Il n’en est point qui soient aussi malveillants entre eux ; aussi haïs de tous ; à tel point en butte à l’opposition des nôtres ; et pourtant, ces mauvaises herbes poussent. »
Elles poussaient, pour une raison fort simple et suffisante : le public en voulait. Pour les Jésuites euxmêmes, la « politique », comme le savaient fort bien Hall et toute sa génération, était la première considération. »
Extrait de : A. Huxley. « Les Diables de Loudun. »
Les corbeaux de Pearblossom par Aldous Huxley

Fiche de Les corbeaux de Pearblossom
Titre : Les corbeaux de Pearblossom
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1985
Traduction : J. A. & C. Rey
Editeur : Gallimard
Première page de Les corbeaux de Pearblossom
« C’était une voisine, une vague connaissance de Dora avec qui elle échangeait quelques mots lorsqu’elles se rencontraient dans la rue. Seulement, cette fois, cela avait été plus qu’un brin de causette.
– J’ai promis de t’en parler, elle était comme toujours, bizarre, mais… avec quelque chose en plus… j’ai été bouleversée.
Dora avait parlé presque à voix basse à son mari.
– que t’a-t-elle dit? demanda l’inspecteur principal Wexford.
– » Rod a disparu « , quelque chose comme ça. Et puis, elle m’a demandé si tu pouvais t’en occuper.
Les officiers de police ont d’autres chats à fouetter, d’autant que Wexford était persuadé que son mari était parti avec une autre. Heureusement, elle ne faisait pas partie du district sur lequel il travaillait habituellement. »
Extrait de : A. Huxley. « Les corbeaux de Pearblossom. »
Les Claxton & Le jeune Archimède par Aldous Huxley

Fiche de Les Claxton & Le jeune Archimède
Titre : Les Claxton & Le jeune Archimède
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1930
Traduction : B. Veraldi
Editeur : Gallimard
Première page de Les Claxton & Le jeune Archimède
« Dans leur petit pavillon de banlieue, les Claxton menaient une vie de la plus haute spiritualité. Même le chat était végétarien – du moins officiellement –, même le chat. Ce qui rendait la conduite de la petite Sylvia réellement inexcusable. Car la petite Sylvia était un être humain de six ans, alors que Pussy n’était qu’un animal de quatre ans. Si Pussy pouvait se contenter de légumes, de lait et, comme gâterie, d’un morceau de beurre de cacahuète, lui qui avait du sang de tigre, Sylvia pouvait sûrement s’abstenir de manger du bacon en cachette. Surtout chez quelqu’un d’autre. Qu’il fût arrivé sous le toit de Judith rendait l’incident particulièrement pénible pour les Claxton. C’était leur premier jour chez Judith depuis leur mariage. Martha Claxton avait un peu peur de sa sœur, de sa langue acérée, de son rire, de son irrévérence mordante. Et, de l’aveu même de son mari, elle était assez jalouse du mari de Judith. Les livres de Jack Bamborough étaient non seulement appréciés mais ils se vendaient bien. »
Extrait de : A. Huxley. « Les Claxton – Le jeune Archimède. »
Le meilleur des mondes – Aldous Huxley

Fiche de Le meilleur des mondes
Titre : Le meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1932
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Plon
Première page de Le meilleur des mondes
« Un immeuble gris massif, de trente-quatre étages seulement, avec au-dessus de l’entrée principale les mots CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT CENTRAL DE LONDRES, et, dans un écu, la devise de l’État mondial, COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ.
L’immense salle du rez-de-chaussée donnait au nord. Froide malgré l’été derrière les vitres et la chaleur tropicale entre les murs, une lame de lumière venue des fenêtres cherchait avidement un modèle anatomique sous sa housse, la silhouette blême d’un universitaire frigorifié, et ne rencontrait que le verre, le nickel et la porcelaine à l’éclat glacial d’un laboratoire. À l’hivernal répondait l’hivernal. Les blouses des employés étaient blanches, leurs mains gantées d’un caoutchouc cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantôme.
Seuls les tubes jaunes astiqués des microscopes lui renvoyaient une substance riche et vivante tel du beurre, en coulées alléchantes, d’une paillasse à l’autre jusqu’au fond de la salle. »
Extrait de : A. Huxley. « Le meilleur des mondes [Nvlle trad. de Josée Kamoun]. »
Le meilleur des mondes par Aldous Huxley

Fiche de Le meilleur des mondes
Titre : Le meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1932
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon
Première page de Le meilleur des mondes
« Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l’entrée principale, les mots : CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l’État mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ.
L’énorme pièce du rez-de-chaussée était exposée au nord. En dépit de l’été qui régnait au-delà des vitres, en dépit de toute la chaleur tropicale de la pièce elle-même, ce n’étaient que de maigres rayons d’une lumière crue et froide qui se déversaient par les fenêtres. Les blouses des travailleurs étaient blanches, leurs mains, gantées de caoutchouc pâle, de teinte cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantomatique. Ce n’est qu’aux cylindres jaunes des microscopes qu’elle empruntait un peu de substance riche et vivante, étendue le long des tubes comme du beurre.
— Et ceci, dit le Directeur, ouvrant la porte, c’est la Salle de Fécondation.
Au moment où le Directeur de l’Incubation et du Conditionnement entra dans la pièce, trois cents Fécondateurs, penchés sur leurs instruments, étaient plongés dans ce silence où l’on ose à peine respirer, dans ce chantonnement ou ce sifflotement inconscient, par quoi se traduit la concentration la plus profonde. »
Extrait de : A. Huxley. « Le meilleur des mondes. »
La philosophie éternelle par Aldous Huxley

Fiche de La philosophie éternelle
Titre : La philosophie éternelle
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1945
Traduction : J. Castier
Editeur : Les belles lettres
Première page de La philosophie éternelle
« Dans l’étude de la Philosophia Perennis, on peut commencer soit par le bas, par la pratique et la morale ; soit par le haut, par la considération des vérités métaphysiques ; soit enfin par le milieu, au point focal où l’esprit et la matière, l’action et la pensée ont leur lieu de rencontre dans la psychologie humaine.
La porte inférieure est celle que préfèrent les maîtres strictement pratiques — les hommes qui, tel Gautama Bouddha, n’ont pas l’emploi de la spéculation, et dont le but primordial est d’éteindre, au cœur des hommes, les feux hideux de la convoitise, du ressentiment et de l’aveuglement. Par la porte supérieure passent ceux dont la vocation est de penser et de spéculer — les philosophes et les théologiens-nés. La porte intermédiaire donne l’accès aux interprètes de ce qu’on a appelé la « religion spiritualiste », — aux contemplatifs dévots de l’Inde, aux soufis de l’Islam, aux mystiques catholiques de la fin du Moyen Âge, et, dans la tradition protestante, à des hommes tels que Denk, Franck et Castellion, qu’Everard et John Smith, que les premiers Quakers et William Law. »
Extrait de : A. Huxley. « La Philosophie éternelle. »
La fin et les moyens par Aldous Huxley

Fiche de La fin et les moyens
Titre : La fin et les moyens
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1937
Traduction : J. Castier
Editeur : Les belles lettres
Première page de La fin et les moyens
« Pour ce qui est du but idéal de l’effort humain, on est d’accord dans notre civilisation, et l’on a été d’accord depuis près de trente siècles, sur les grandes lignes. Depuis Isaïe jusqu’à Karl Marx, les prophètes ont parlé d’une seule voix. Dans l’Âge d’Or auquel ils aspirent, il y aura la liberté, la paix, la justice et l’amour fraternel. « Aucune nation n’élèvera plus l’épée contre une autre nation » ; « le libre développement de chacun conduira au libre développement de tous » ; « la terre sera pleine de la connaissance du Seigneur, comme les flots recouvrent la mer. »
Pour ce qui est du but, je le répète, on est d’accord, et on l’a été depuis longtemps, sur les grandes lignes. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les voies qui mènent à ce but. Ici, l’unanimité et la certitude cèdent la place à la confusion totale, au choc des opinions contradictoires, que l’on soutient dogmatiquement et suivant lesquelles on agit avec la violence du fanatisme.
Il en est qui croient — et c’est là une croyance fort répandue à l’époque présente — que le chemin royal vers un monde meilleur est le chemin de la réforme économique. »
Extrait de : A. Huxley. « La Fin et les Moyens. »