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L’éminence grise par Aldous Huxley

Fiche de L’éminence grise

Titre : L’éminence grise
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1941
Traduction : J. Castier
Editeur : Les belles lettres

Première page de L’éminence grise

« Le moine avait retroussé son froc, et ses jambes nues étaient crottées jusqu’aux genoux. Après les pluies du printemps, la route ressemblait à un marécage. Elle avait été semblable à un four à chaux, songeait-il, la dernière fois qu’il était passé par là. Il se rappela le poème qu’il avait écrit lors d’un autre de ses voyages :

Quand, au plus haut du jour, l’ardente canicule
Fait de l’air un fourneau,
Des climats basanés mon pied franc ne recule,
Quoy que je coule en eau.


Cet été de 1618, lorsqu’ils s’étaient, tous les trois, mis en route pour l’Espagne ! Le pauvre Frère Zénon de Guingamp était mort d’une insolation à Toulouse. Et, huit jours plus tard, près de Burgos, le Père Romanus avait été terrassé par la dysenterie. En trois jours, tout avait été fini. Il était arrivé à Madrid en boitillant, et tout seul… Et c’est tout seul, à présent, qu’il arriverait en boitillant à Rome. Car il avait dû laisser le Père Ange derrière lui, chez les Capucins de Viterbe, en proie à une fièvre qui l’empêchait de faire un pas de plus. Puisse Dieu le rétablir bientôt en bonne santé ! »

Extrait de : A. Huxley. « L’Éminence Grise. »

L’art de voir par Aldous Huxley

Fiche de L’art de voir

Titre : L’art de voir
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1943
Traduction :
Editeur : Payot

Première page de L’art de voir

« Medicus curat, natura sanat : le médecin traite et la nature guérit. Ce vieil aphorisme résume la portée entière et le but de la médecine, qui est de mettre les organismes malades dans les meilleures conditions extérieures et intérieures pour utiliser leurs propres mécanismes de restauration et de régulation automatique. S’il n’existait pas une vis medicatrix naturae, des puissances naturelles de guérison, la médecine serait impuissante, et le moindre dérangement de l’organisme conduirait soit à la mort immédiate, soit à une maladie chronique.
Lorsque les conditions sont favorables, les organismes malades tendent à la guérison par leurs propres moyens de restauration, inhérents à leur nature. S’ils ne se rétablissent pas, cela signifie soit que le cas est désespéré, soit que les conditions ne sont pas favorables, en d’autres termes que le traitement médical employé ne réussit pas à atteindre le résultat qu’un traitement adéquat obtiendrait. »

Extrait de : A. Huxley. « L’art de voir. »

Jouvence par Aldous Huxley

Fiche de Jouvence

Titre : Jouvence
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1939
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon

Première page de Jouvence

« Tout avait été convenu par télégramme : Jeremy Pordage devait chercher des yeux un chauffeur « de couleur » vêtu d’un uniforme gris, avec un oeillet à la boutonnière ; et le chauffeur de couleur devait chercher des yeux un Anglais entre deux âges tenant à la main les Oeuvres Poétiques de Wordsworth. Malgré la foule qui encombrait la gare, ils se reconnurent sans difficulté.

« Le chauffeur de Mr Stoyte ?»

« Mr Pordage, Massah ?»

Jeremy fit de la tête un signe affirmatif, et, son Wordsworth dans une main, son parapluie dans l’autre, étendit à demi les bras, du geste d’un mannequin cherchant à excuser les imperfections de sa personne, tout en exhibant, avec une conscience totale et amusée de leurs défauts, une silhouette déplorable qu’accentuaient les vêtements les plus ridicules. « Une chose misérable, semblait-il insinuer, mais c’est bien moi. » Le dénigrement défensif et pour ainsi dire préventif était, chez lui, devenu habituel. »

Extrait de : A. Huxley. « Jouvencel. »

Île par Aldous Huxley

Fiche de Île

Titre : Île
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1962
Traduction : M. Treger
Editeur : Plon

Première page de Île

«  Attention ! » cria une voix, et c’était comme si un hautbois se fût mis à parler tout à coup. « Attention ! » répéta la voix haut perchée et nasillarde. « Attention ! » Gisant sur un lit de feuilles mortes, tel un cadavre, les cheveux emmêlés, le visage barbouillé d’une façon grotesque, meurtri, les vêtements en lambeaux et maculés de boue, Will Farnaby s’éveilla en sursaut. Molly l’avait appelé. Il était temps de se lever, temps de s’habiller. Il ne fallait pas être en retard au bureau.
« Merci, chérie », dit-il en s’asseyant. Il ressentit une douleur aiguë dans son genou droit ; d’autres douleurs s’éveillèrent dans son dos, ses bras, sur son front.
« Attention ! » insistait la voix, sur le même ton. Appuyé sur un coude, Will regarda autour de lui et fut ahuri de voir, à la place du papier peint gris et des rideaux jaunes de sa chambre à coucher de Londres, une clairière ombragée et balayée par les rayons obliques de l’aurore.
« Attention ! »
Pourquoi disait-elle « Attention » ?
« Attention ! Attention ! » insistait la voix, au point que cela en devenait étrange et stupide. « Molly ! » appela Will. « Molly ! ». »

Extrait de : A. Huxley. « Île. »

Contrepoint par Aldous Huxley

Fiche de Contrepoint

Titre : Contrepoint
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1926
Traduction : J. Castier
Editeur : Le livre de poche

Première page de Contrepoint

« – Tu ne rentreras pas tard ? – La voix de Marjorie Carling était chargée d’inquiétude, et de quelque chose, même, qui ressemblait à une prière.
– Non, je ne rentrerai pas tard, dit Walter, avec la certitude malheureuse et coupable qu’il n’en serait rien. – Elle l’ennuyait avec sa façon même de parler, un peu traînante, un peu trop raffinée, fut-ce dans la douleur.
– Pas plus tard que minuit. – Elle eût pu lui rappeler le temps où il ne sortait jamais, le soir, sans elle. Elle eût pu le faire, mais elle ne le voulait pas ; c’eût été contraire à ses principes ; elle ne voulait pas forcer son amour, de quelque façon que ce fût.
– Mettons… une heure. Tu sais ce que c’est, des soirées comme celle-là… – En réalité, elle n’en savait rien, pour la bonne raison que, n’étant point sa femme, elle n’y était pas invitée. Elle avait quitté son mari pour vivre avec Walter Bidlake, et Carling, qui avait des scrupules religieux avec des goûts légèrement sadiques, goûtait sa vengeance et refusait de divorcer. Il y avait maintenant deux ans qu’ils vivaient ensemble. Deux ans seulement ; et déjà il avait cessé de l’aimer, il avait commencé d’en aimer une autre. La faute perdait sa seule excuse, les désagréments d’ordre social, leur seule contrepartie. Et elle était enceinte. »

Extrait de : A. Huxley. « Contrepoint. »

Aldous Huxley

Présentation de Aldous Huxley :

Aldous Leonard Huxley (1894-1963) était un écrivain, philosophe et humaniste anglais, surtout connu pour ses romans, en particulier le dystopique Le Meilleur des mondes (Brave New World). Issu d’une illustre famille d’intellectuels, sa vie et son œuvre ont été marquées par l’exploration de la science, de la spiritualité, de la critique sociale et des états de conscience altérés.

Jeunesse et formation

Origines familiales : Né à Godalming, Surrey, en Angleterre, le 26 juillet 1894. Il est le petit-fils de Thomas Henry Huxley, un biologiste éminent et ardent défenseur de la théorie de l’évolution de Darwin, et le frère de Julian Huxley, un biologiste de renom.

Éducation : Il a fréquenté le prestigieux collège d’Eton. Un événement tragique a changé sa trajectoire : à l’âge de 16 ans, une maladie des yeux (kératite ponctuée) l’a rendu temporairement presque aveugle et a gravement affecté sa vue pour le reste de sa vie. Cet épisode l’a empêché de poursuivre une carrière scientifique ou de combattre pendant la Première Guerre mondiale. Il a finalement étudié la littérature anglaise au Balliol College d’Oxford.

Début de carrière : Après Oxford, il enseigna brièvement. Au début des années 1920, il travailla pour le magazine The Athenaeum, dirigé par John Middleton Murry, et commença à publier ses premiers recueils de poésie et des romans satiriques.

Carrière littéraire

Les premières œuvres de Huxley étaient des satires acerbes de la société britannique post-Première Guerre mondiale et de la classe intellectuelle, comme Crome Yellow (1921) et Antic Hay (1923).

Le meilleur des mondes (Brave New World)

Son œuvre la plus célèbre, publiée en 1932, est Le Meilleur des mondes. Ce roman dystopique dépeint une société future où la population est contrôlée par le conditionnement génétique et psychologique, le culte du plaisir instantané, et l’utilisation d’une drogue euphorisante appelée Soma. Le livre est une critique puissante de la perte de l’individualité, des dangers du progrès technologique sans éthique, et de la société de consommation.

Le voyage en Amérique et le changement de cap

En 1937, Huxley s’installe en Californie, aux États-Unis, en partie pour des raisons de santé (le climat y était plus favorable à sa vue). C’est à ce moment que sa philosophie commence à évoluer vers le mysticisme et l’humanisme spirituel.

Il s’intéresse aux philosophies orientales, à la méditation et au concept de la « Philosophie Éternelle » (le dénominateur commun des traditions mystiques du monde), qu’il explore dans son essai The Perennial Philosophy (1945).

Il devient un ami proche du philosophe Jiddu Krishnamurti et du musicien Igor Stravinsky.

L’exploration de la conscience

Dans les années 1950, Huxley s’intéresse vivement aux drogues psychédéliques, notamment la mescaline et le LSD, qu’il expérimente sous supervision médicale. Ses expériences sont documentées dans deux essais influents :

  • Les portes de la perception (The Doors of Perception, 1954)
  • Le Ciel et l’Enfer (Heaven and Hell, 1956)

Ces livres ont eu un impact profond sur la contreculture des années 1960.

Fin de vie

Huxley est resté un auteur prolifique jusqu’à sa mort, publiant notamment son roman utopique Île (Island, 1962), une contrepartie à la dystopie du Meilleur des mondes.

Il est décédé d’un cancer du larynx le 22 novembre 1963, à Los Angeles, en Californie, le même jour que l’assassinat de John F. Kennedy.

Héritage

L’œuvre d’Aldous Huxley a influencé de nombreux domaines, allant de la littérature de science-fiction et de la critique sociale à la psychologie transpersonnelle. Il reste une figure centrale de la littérature moderne pour sa capacité à fusionner la fiction intellectuelle avec une profonde exploration des grandes questions de l’humanité.

Livres de Aldous Huxley :

Contrepoint (1926)
Île (1962)
Jouvence (1939)
L’art de voir (1943)
L’éminence grise (1941)
La fin et les moyens (1937)
La philosophie éternelle (1945)
Le meilleur des mondes (1932)
Le meilleur des mondes (nouvelle traduction) (1932)
Les Claxton & Le jeune Archimède (1930)
Les corbeaux de Pearblossom (1985)
Les diables de Loudun (1952)
Les portes de la perception (1954)
Retour au meilleur des mondes (1958)
Temps futurs (1948)

Pour en savoir plus sur Aldous Huxley :

La page Wikipédia sur A. Huxley
La page Noosfere sur A. Huxley
La page isfdb de A. Huxley