Étiquette : Les chroniques infernales
Sorbier par Esther Rochon
Fiche de Sorbier
Titre : Sorbier (Tome 6 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Alire
Première page de Sorbier
« Rel, sur l’île de Strind dans l’Archipel de Vrénalik, ainsi que Sutherland et Lame, aux nouveaux enfers mous, s’étaient attelés à des tâches monumentales. Au bout de vingt années infernales, soit près d’un siècle et demi à l’échelle du monde de Vrénalik, l’équipe des enfers mous avait enregistré des succès notables, tandis que celle de Vrénalik n’en était pas encore là.
Le problème auquel s’attaquait Rel était d’une effarante complexité, et la date de remise des plans de la fin du monde dut être repoussée plusieurs fois, pour être finalement renvoyée aux calendes grecques. Chaque fois que Rel informait Lame d’avertir les juges que de nouveaux éléments au dossier commandaient un report de l’échéance, Lame déposait un message en ce sens à l’entrée d’une des cavernes que hantaient les juges qui, en général, ne se manifestaient pas. Au moins, ils ne faisaient pas de pression sur Rel. Selon leur perception du temps, ces retards n’étaient sans doute que des bagatelles ; les ennuis dont on les avisait étaient indignes d’un accusé de réception. »
Extrait de : E. Rochon. « Chroniques infernales – Sorbier. »
Or par Esther Rochon

Fiche de Or
Titre : Or (Tome 5 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1999
Editeur : Editions Alire
Première page de Or
« Avant de quitter les enfers pour un séjour dans le monde de Vrénalik, Rel avait parlé de sa jeunesse aux représentants des enfers. La réunion s’était échelonnée sur une semaine, dans les locaux administratifs de l’un des huit nouveaux enfers, les enfers chauds. Vers la fin, un incident l’avait perturbée. Taïm Sutherland, le conseiller de Rel, avait provoqué sans le vouloir la colère d’un des oiseaux télépathes qui torturent les damnés des enfers tranchants et se repaissent autant de la terreur qu’ils provoquent que de la chair de leurs victimes. Cet oiseau, l’émérite télépathe Tryil, d’une envergure immense, avait cédé à la rage, attaquant le conseiller flegmatique aux cheveux roux, lui fendant la cuisse de son bec tranchant comme un scalpel. Ce geste haineux lui avait valu aussitôt une honteuse destitution par ses collègues, friands de ce genre d’exercice.
La réunion aux enfers chauds une fois terminée, Sutherland et Lame étaient rentrés aux anciens enfers, là où anciennement s’étaient étendus des lieux de châtiments. Ils habitaient dans cette zone désaffectée, faiblement peuplée de bourreaux réformés et de leur descendance, qui cultivait les champs. »
Extrait de : E. Rochon. « Or – Les chroniques infernales. »
Secrets par Esther Rochon

Fiche de Secrets
Titre : Secrets (Tome 4 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire
Première page de Secrets
« Les mois avaient passé depuis la découverte de la porte sous Arxann, qui servait à communiquer avec le monde où s’étaient déroulés les plus beaux souvenirs de jeunesse de Rel, ainsi que toute la vie précédente de Fax, celle où il s’était appelé Taïm Sutherland.
Lentement, méthodiquement, les données sur la réalité actuelle de ce monde-là devenaient accessibles. Il faudrait y pénétrer avec une prudence extrême. Pour contempler de nouveau les lieux où jadis il avait séjourné, Rel risquerait sa vie et celle de ses compagnons. Donc, avant de se lancer dans l’aventure, à la demande générale il avait accepté de parler publiquement de ce qu’il avait toujours passé sous silence : son enfance et sa jeunesse. Ainsi, s’il devait périr, il laisserait ses souvenirs les plus secrets en héritage.
Les nouveaux enfers chauds servaient depuis longtemps de lieu de rassemblement. Une grande partie du territoire hébergeait diverses installations pour la réhabilitation des damnés ; dans cette région plus chaleureuse que les autres, on trouvait quelques bâtiments administratifs. »
Extrait de : E. Rochon. « Secrets – Les chroniques infernales. »
Ouverture par Esther Rochon
Fiche de Ouverture
Titre : Ouverture (Tome 3 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1997
Editeur : Editions Alire
Première page de Ouverture
« Lame et Fax marchaient dans la neige profonde.
Il y avait cinq ans que le peintre Séril Daha était mort et Lame ne l’avait pas encore accepté. Vers la même époque, elle s’était séparée de son époux hermaphrodite, le très ancien Rel, ce qu’elle ne regrettait pas. Par contre, le monde avait cessé d’être attrayant.
Pourtant, son corps âgé de presque quatre siècles était vigoureux et splendide. Marchant dans les branches mortes à demi enfouies dans la neige, elle tourna la tête, secouant sa chevelure noire. De ses yeux pénétrants, elle regarda son compagnon :
— Fax, tu crois qu’on est encore loin ?
Fax était lui aussi beau, fort et souple. Il était plus jeune qu’elle et continuait à faire figure de nouveau venu dans les mondes d’en dessous. Ses cheveux roux faisaient une tache vive dans le paysage morne des enfers froids. Il regarda ses instruments et indiqua en souriant la direction où les bois semblaient les plus touffus. »
Extrait de : E. Rochon. « Ouverture – Les chroniques infernales. »
Aboli par Esther Rochon

Fiche de Aboli
Titre : Aboli (Tome 2 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1996
Editeur : Editions Alire
Première page de Aboli
« Une fois vidé, l’ancien territoire des enfers devint un désert de pénombre. Le roi Rel, fils du dernier roi des enfers, qui avait trahi son père en refusant que son pays serve plus longtemps de colonie pénitentiaire, était l’ami des juges du crépuscule, qui régissent le destin des morts. Rel, comme la plupart des autochtones des anciens enfers, jouissait d’une espérance de vie très longue, de quelques milliers d’années. Quelques siècles s’étaient écoulés depuis l’immolation rituelle de ses vieux parents sur une roue de feu, et Rel s’était affirmé comme un souverain mystérieux. Il régnait sur le plus profond des mondes, sorte d’immense caverne crépusculaire, située sans doute en dessous d’un autre monde, sans qu’on sache très bien lequel.
Les limbes unis, qui désormais partageaient la charge d’héberger les damnés pour leur peine, avaient également été tenus de remettre en état le territoire des anciens enfers. Cependant le roi Rel avait tergiversé, hésitant à rendre son pays semblable à n’importe quel monde de surface, avec un ciel et du soleil. Il était content d’avoir des « étoiles » au « ciel », c’est-à-dire des fragments de mica brillant fugacement au plafond de la voûte maintenant que le revêtement de béton en était usé. Il aimait le « vent » sur son pays, autrement dit les courants d’air dans la caverne. Il aimait sa reine, Lame, qui avait su parler aux juges terrifiants pour adoucir certaines peines. Il était dévoué à son peuple de monstres et d’êtres de moins en moins difformes à présent qu’ils n’étaient plus bourreaux. »
Extrait de : E. Rochon. « Aboli – Les chroniques infernales. »
Lame par Esther Rochon

Fiche de Lame
Titre : Lame (Tome 1 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2008
Editeur : Editions Alire
Première page de Lame
« Elle ignorait si elle était morte ou vive. En un certain sens, cela lui était égal : morte ou bien vive ne sont que des désignations ; décider laquelle s’appliquait ne changerait en rien son état.
L’endroit où elle se trouvait n’était pas normal, par rapport à ce qu’elle connaissait avant. En ville, avant, c’est elle qui n’était pas normale. Ici, elle se retrouvait normale dans ce lieu pervers. Chaque jour – il y avait des jours, d’une certaine façon –, chaque jour elle devenait moins normale, elle s’opposait de plus en plus à ce monde, sa résistance devenait plus visible. Comme elle l’avait fait en ville. Morte ou vive, où qu’elle soit, c’était peut-être son destin : s’éloigner petit à petit de la norme, de l’acceptable. Elle s’en épouvantait toute seule.
Pourtant, ce monde-ci, horrible comme elle-même l’avait été en ville, atroce comme elle le méritait, lui convenait. Comme elle y souffrait ! Comme tous y souffraient ! Les corps y étaient malléables, devenant graduellement plus monstrueux, plus ignobles, impossibles à tuer, de plus en plus difficiles à mouvoir. On pourrait dire que c’était l’enfer. »
Extrait de : E. Rochon. « Chroniques infernales – Lame. »