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Soleil fou par Alain Le Bussy

Fiche de Soleil fou

Titre : Soleil fou
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir

Première page de Soleil fou

« Ils m’ont tout volé. Ce n’est pas par pure méchanceté ou par avidité… en général. C’est seulement une habitude. Ils le font entre eux. Ils l’ont fait souvent dans le passé, dépouillant ceux qu’ils appelaient primitifs de leur innocence, de leur joie de vivre. Et, s’ils m’ont tout volé, ils m’ont donné beaucoup en échange, il est vrai. Mais si j’ai assez appris pour pouvoir apprécier ce que j’ai reçu, je reste assez près de mes origines pour être capable de ressentir cruellement ce qui me manque.
C’est une longue histoire, qui s’étend à la fois sur plus de deux siècles et sur quelques dizaines d’années…
 
J’étais si jeune quand j’ai accepté de les suivre. Plein d’illusions sur eux, sur moi-même. Et le mot « accepté » n’est pas correct. Pas honnête, même. C’est moi qui ai voulu venir, je m’en souviens bien. Évidemment, je ne savais pas que je serais absent si longtemps. Je n’étais pas le premier à partir, même si c’était exceptionnel, et les autres étaient revenus au bout d’un temps. De longues années parfois, mais ils étaient revenus, et ne demandaient qu’à partir à nouveau. Ils avaient les yeux emplis de merveilles – ils avaient appris et n’avaient encore rien perdu – et leurs bouches tentaient de traduire tout ce qu’ils avaient vu, tout en répétant qu’il y avait encore tant et tant à découvrir. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Soleil fou. »

Quête impériale par Alain Le Bussy

Fiche de Quête impériale

Titre : Quête impériale
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir

Première page de Quête impériale

« Les Seigneurs de la Guerre ont toujours raison. Il est impensable qu’ils puissent faire erreur en prévoyant l’issue d’un combat ou la conséquence d’une décision, que ce soit au niveau stratégique ou au plan tactique. Une prévision exacte est leur raison d’être.
 
Ces phrases sans réplique obsédaient Varlo depuis peu. On les lui avait enseignées dans son enfance, et il les avait répétées souvent, comme des milliards d’hommes. Cependant, en lui-même, il avait toujours ressenti une sorte de besoin de s’insurger contre toute affirmation trop catégorique. Il y avait celle-ci, il y en avait d’autres, mais dans ce cas précis, avec le temps, l’apprentissage et la maturité, il en était venu à penser que cela ne servait qu’à camoufler un trop rapide renoncement.
Ces derniers jours, son opposition s’était faite obsession.
Une fois de plus, à l’instigation de l’un des Jeunes Royaumes – le Royaume du Quadrant dans ce cas précis –, une planète frontalière venait de refuser de payer le tribut annuel et de se déclarer indépendante. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Quête impériale. »

Piège vital par Alain Le Bussy

Fiche de Piège vital

Titre : Piège vital
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 2009
Editeur : Griffe d’encre Editions

Première page de Piège vital

« Il y a des gens qui n’ont aucun respect pour la fortune, même honnêtement acquise. On les confond parfois avec ceux qui ont une vénération pour l’argent, au point de vouloir s’en emparer où qu’il se trouve, fût-ce même dans la poche d’un autre. D’ailleurs, si le mot « poche » correspond à compte en banque, cache secrète ou portefeuille d’actions, c’est en général là qu’on le trouve. Certains se contentent de grappiller cent après cent, rendant d’honnêtes services. D’autres visent un peu plus haut, quelques crédeures à la fois, en vendant très cher un produit qui ne vaut en réalité pas grand-chose. Une bouteille d’eau qui vaut trois cents et qui se vend deux crédeures, ça fait vite une fortune !
Il y en a pour qui ce n’est pourtant pas assez rapide, et c’était sur l’un de ceux-là que j’étais tombé. Ce n’était pas le premier, hélas. L’homme est un loup pour l’homme, on a découvert ça il y a déjà pas mal de temps. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Piège vital. »

Une année de collège à Paris par André Laurie

Fiche de Une année de collège à Paris

Titre : Une année de collège à Paris
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1883
Editeur : BnF

Première page de Une année de collège à Paris

« Ce livre pourra donner aux collégiens à leurs débuts un avant-goût de la vie des grands, au sens scolaire, et leur faire apprécier la distance qui sépare un gamin de sixième de cet immense personnage, un élève-bachelier.
Nous sommes, au moment où s’ouvre ce récit, dans un salon assez élégamment meublé, au premier étage d’une villa parisienne, alors isolée au bord d’une pelouse et d’une corbeille de fleurs, sur le quai de Billancourt.
A cent pas de la façade, la Seine fuit sous les embarcations entre deux rangées de peupliers bruissants et le long de l’île Séguin. Sur la gauche et un peu en arrière, trois corps de bâtiments à cinq étages surmontés d’une haute cheminée fumante. Tout au ras du chemin de halage, des montagnes de betteraves blanches à collet rose, qu’une file continue de porteurs marchant à pas comptés sur les talons l’un de l’autre, comme une procession de fourmis humaines, décharge à pleines hottes d’une barque amarrée au quai.
Plus loin, des charrettes attelées de chevaux géants, un train de wagons sur une ligne de rails, des équipes affairées, des sifflements de vapeur, tout le remue-ménage et l’activité d’une fabrique de sucre. »

Extrait de : A. Laurie. « Une année de collège à Paris. »

Spiridon le muet par André Laurie

Fiche de Spiridon le muet

Titre : Spiridon le muet
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1906
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de Spiridon le muet

« LA crémaillère du docteur Aristide Cordat est restée célèbre dans les fastes du Paris artiste et savant. De mémoire de mondain, on n’avait rien vu de pareil comme entrée de jeu d’un débutant, frais émoulu des bancs de l’école. Jamais chirurgien illustre, arrivant au terme d’une fructueuse carrière ; jamais peintre à la mode ; jamais héritier soudain d’une fortune princière, décidé à la croquer à belles dents en sept ou huit semestres, n’avaient déployé un luxe aussi effréné, une entente aussi complète des raffinements de l’art, une observation aussi rigoureuse de toutes les conditions imposées au médecin pour assurer le bien-être et la sécurité de ses patients.

C’était dans un merveilleux hôtel de l’avenue du Bois-de-Boulogne, naguère occupé par un dramaturge fastueux, et que les architectes avaient remanié, rebâti, décoré de fond en comble, au milieu d’un parc immense, en gens qui ont reçu le mandat positif de ne pas regarder aux frais et qui réalisent sans compter le mandat le plus large et plus exigeant, pour ne pas dire le plus extravagant. »

Extrait de : A. Laurie. « Spiridon le Muet. »

Mémoires d’un collégien russe par André Laurie

Fiche de Mémoires d’un collégien russe

Titre : Mémoires d’un collégien russe
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1889
Editeur : BnF

Première page de Mémoires d’un collégien russe

« Je m’appelle Dmitri Fédorovitch Térentieff. Je viens d’avoir seize ans. Depuis la rentrée de Pâques, je suis élève de Prima au gymnase Saint-Vladimir à Moscou. Il y a deux ans que je fréquente, comme externe, les cours de ce lycée.

En ce moment, la plus épouvantable et aussi la plus injuste accusation pèse sur ma tête. C’est au fond d’un sombre cachot que j’écris ces lignes. J’y vois à peine, tant la lucarne qui m’éclaire est étroite ; mais je n’en persiste pas moins dans mon projet : écrire ma justification, me prouver à moi-même, par le récit fidèle et sincère de toute ma vie, que je suis innocent du crime affreux dont on m’accuse…

Je crois connaître le coupable ; c’est un de mes camarades du collège. Un mot de moi suffirait peut-être à le faire enfermer à ma place dans cette noire prison, où l’on m’a amené il y a deux jours… Il habiterait ce réduit humide, peuplé de rats et de cafards… Je les entends courir sous la paille pourrie qui me sert de couche… Il prendrait de la main du geôlier le pain noir et la cruche d’eau qui sont ma ration quotidienne. »

Extrait de : A. Laurie. « Mémoires d’un collégien russe. »

Mémoires d’un collégien par André Laurie

Fiche de Mémoires d’un collégien

Titre : Mémoires d’un collégien
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1881
Editeur : Bibebook

Première page de Mémoires d’un collégien

« Le 4 octobre de cette année-là fut un grand jour pour moi. Quand je vivrais aussi vieux que le patriarche Mathusalem, cette date resterait à mes yeux plus mémorable que celle d’aucun fait historique.

N’avez-vous pas ainsi dans vos souvenirs, ami lecteur, des points de repère personnels auprès desquels pâliraient pour vous Austerlitz et Waterloo ?

C’est ce jour-là que je fis mon entrée solennelle dans la société française en qualité d’élève interne au lycée de Châtillon !

À la vérité, j’allais partager les honneurs de cette dignité avec deux cent trente de mes jeunes concitoyens. Environ trois cents externes avaient bien aussi quelques droits à se considérer comme appartenant à cet illustre établissement. Mais telle est la part léonine que tout être humain, petit ou grand, fait généreusement à son individu, qu’il me semblait, – et, ma foi, il me semble presque encore, – que le rôle principal était mon lot dans ce drame émouvant.

Quand je parle d’entrée solennelle, je me laisse d’ailleurs entraîner quelque peu par mon imagination, et je traduis plus exactement mon impression d’alors que celle des témoins de cet événement. En réalité, notre équipage, j’en ai bien peur, était plus ridicule qu’imposant. »

Extrait de : A. Laurie. « Mémoires d’un collégien. »

Les exilés de la Terre par André Laurie

Fiche de Les exilés de la Terre

Titre : Les exilés de la Terre
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1888
Editeur : BnF

Première page de Les exilés de la Terre

« Le dîner avait pris fin ; on venait de passer au salon, largement ouvert de toute l’ampleur de sa baie vitrée sur la nappe immobile de la mer Rouge, qu’un beau crépuscule de janvier envahissait lentement.

M. Kersain, consul de France à Souakim, recevait ce soir-là M. Norbert Mauny, un jeune astronome qui lui avait été tout particulièrement recommandé par le ministre des affaires étrangères.

La lettre officielle invitait le consul à se mettre à l’entière disposition de M. Mauny, en l’aidant de son mieux dans l’accomplissement de sa mission scientifique. Un postscriptum confidentiel ajoutait que cette mission avait un caractère secret. Aussi M. Kersain n’avait-il prié à dîner, avec le jeune savant, que le lieutenant de vaisseau Guyon, commandant l’aviso français le Lévrier, dans les eaux de Souakim.

Le consul était veuf. Les honneurs de la table avaient été faits par sa fille Gertrude, qui venait de s’acquitter avec beaucoup de bonne grâce de ses devoirs de maîtresse de maison, et maintenant, assise au piano, entamait en sourdine un nocturne de Chopin. »

Extrait de : A. Laurie. « Les Exilés de la terre. »

Le géant de l’azur par André Laurie

Fiche de Le géant de l’azur

Titre : Le géant de l’azur
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1904
Editeur : BnF

Première page de Le géant de l’azur

«  Eh bien, que pensez-vous de mon jouet ?

– Un jouet ?… Dites le point de départ de quelque chose d’énorme et de prodigieux, – le résultat le plus important peut-être qui ait été atteint depuis cinquante ans en physique !… Une dynamo activée par un simple mouvement d’horlogerie et développant par des oscillations isochrones la force qu’on obtenait jusqu’à ce jour de la seule rotation… C’est tout uniment la force gratuite ou quasi gratuite, – la solution des solutions, la découverte des découvertes. J’en reste ébloui, confondu et muet.

– C’est pourtant très simple et le hasard seul m’a fait rencontrer ce que vous voulez bien qualifier avec tant de bienveillance.

– Oh ! oh ! le hasard !… Il a bon dos, et vous êtes trop modeste. Est-ce le hasard, aussi, qui vous a amené à isoler l’irkon, ce métal si rare et si précieux dont vous faites vos bobines ? »

Extrait de : A. Laurie. « Le Géant de l’azur. »

Le filon de Gérard par André Laurie

Fiche de Le filon de Gérard

Titre : Le filon de Gérard
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1901
Editeur : BnF

Première page de Le filon de Gérard

« Nous sommes au Transvaal, près Kleindorp, dans la villa Massey, — une villa de bois, entourée d’un grand jardin ombreux. Toute la famille vient de s’asseoir sous un berceau de jasmin, pour le repas de midi.
Il serait difficile d’imaginer plus aimable tableau ; M. Massey, le chef de la famille, entouré de ses trois enfants, Henri, Colette et Gérard ; auprès de Mme Massey, toujours belle sous sa couronne de cheveux blancs, se niche une fillette de quatorze ans, Lina Weber, aux grands yeux bleus myopes, aux lourdes nattes blondes. Le père de Lina, M. Weber, est assis à la droite de la maîtresse de la maison, et, conformément à son incurable habitude, absorbé dans quelque rêve scientifique, il oublie la côtelette qui se figo devant lui. Le docteur Lhomond l’interpelle gaiement :
« Hé !… Weber !… Toujours dans les nuages ! Songez donc à la bête, de grâce !… Vous savez bien que, si quelqu’un tombe malade dans la colonie, c’est moi qui suis responsable !… »

Extrait de : A. Laurie. « Le Filon de Gérard. »