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Fragments du rêve par Jean-Pierre Vernay

Fiche de Fragments du rêve

Titre : Fragments du rêve
Auteur : Jean-Pierre Vernay
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël

Sommaire de Fragments du rêve

  • À l’heure où ta montre s’arrête, tu regardes le ciel où,…
  • Où sont les neiges d’antan ?
  • Congo ?
  • La Grande Terre
  • Histoire pour ceux qui ne croient pas qu’il y eut une grande république d’Ukraine
  • Les guerres étranges
  • Lied pour une Lorelei
  • Beyrouth-sur-Isère
  • En bas
  • Dialectique du plan et de la guerre
  • Roule. Roule.
  • Femmes, agitez vos mouchoirs, le navire s’en va
  • Passante
  • Extase (Ecstasy)
  • Lamantins
  • Amours et voyages pour une enfant pubère
  • Enfants lointains
  • Pavane pour un assassin
  • Holocauste pour un homme seul
  • Albatros
  • La petite fille et le Jardinier
  • Cérémonie à l’ancienne
  • Oscar Wilde est mort. Assassiné.

Première page de À l’heure où ta montre s’arrête, tu regardes le ciel où, blanc-rouge-bleu, tu crois voir le bouclier de Captain America au-dessus de nos têtes

« Dysfonctionnement du serveur ? le terminal présentait un écran ambre que ne parcouraient qu’occasionnellement des interférences. Peut-être un problème de temps de réponse, dû à la saturation du réseau… mais Tcherko ne le croyait pas. Frustré, il mit une gifle à l’écran et retourna à sa bière. Sur le comptoir métallique, il fit deux ronds, qu’il relia par une ligne humide.
Que faisait l’autre ? (Il n’avait jamais pensé à Mason d’une manière personnelle.) Il aurait dû être ici – dans ce bar paumé où la bière avait le goût du maïs avec lequel elle était brassée – depuis deux jours. Avec l’argent. Ou sans. Il aurait dû être ici.
Tcherko but une gorgée, grimaça, appela le loufiat qui rebouchait une bouteille de gin et lui demanda un bourbon dans deux verres.
Le rire forcé d’un des deux gars juchés sur les tabourets voisins pelait les nerfs de Tcherko comme on le fait avec les couches d’un oignon pourri. »

Extrait de : J.P Vernay. « Fragment du rêve. »

Dites-le avec des mots par Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne

Fiche de Dites-le avec des mots

Titre : Dites-le avec des mots
Auteur : Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Sommaire de Dites-le avec des mots

  • Dites-le avec des mots
  • Les portées du silence
  • Vénus aux papiers
  • Le vol de la mésange
  • Les jours d’été
  • Eh ! Et si l’amour des étoiles avait plus de rapports avec la chair qu’on ne le croit ?

Première page de Dites-le avec des mots

« Le papier huilé de la baie vitrée s’était encore décollé. Saleté de vent ! Non seulement il n’y avait pas moyen de garder une seule fenêtre en bon état, mais les turbulences empêchaient aussi le poêle de tirer convenablement ! La pièce était pleine de fumée – une fumée noire et puante.

— Vous n’auriez pas dû l’allumer avec un vieux pneu, monsieur André.

— Taisez-vous, vous ! Encore une remarque et je vous jette dehors. Il ne manque pas de remplaçantes sur le marché du travail… Et je vous le dis pour la dernière fois : ne m’adressez jamais la parole !

André Deligne avait une véritable phobie du dialogue. Tout, toujours, avait déjà été dit par d’autres, avec les mêmes formules, les mêmes mimiques, les mêmes intonations… Chaque fois qu’il ouvrait la bouche, Deligne avait l’impression de répéter les répliques de tout un tas de gens morts et enterrés depuis longtemps, et se sentait la bouche emplie d’une sorte de goût de pourriture. »

Extrait de : J.P Vernay et E. Jouanne. « Dites-le avec des mots. »

Le sang des mondes par Jean-Pierre Vernay

Fiche de Le sang des mondes

Titre : Le sang des mondes
Auteur : Jean-Pierre Vernay
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le sang des mondes

« La chauve-souris s’agitait follement derrière les barreaux de la cage : elle ne criait pas, ne souillait pas sa prison et, en fait, se comportait très peu comme aurait dû le faire un animal ayant son aspect.
— Sais-tu, Samuel, qu’elle fut jadis un homme ? demanda celui qui agaçait l’occupante de la cage en promenant une badine contre les barreaux d’argent.
— Tu me l’as déjà dit, assura son compagnon. Mais il y a si longtemps…
— Tu as raison. Si longtemps…
Il sentit soudain la présence des siècles sur ses épaules. Il porta la main à son front et sentit ramper sous ses doigts les rides accumulées.
— Allons, dit-il, il est temps de mourir. »

Extrait de : J.P Vernay. « Le sang des mondes. »

Le Japon inconnu par Lafcadio Hearn

Fiche de Le Japon inconnu

Titre : Le Japon inconnu
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1904
Traduction : L. Raynal
Editeur : BnF

Première page de Le Japon inconnu

« On affirme assez généralement que la nature des peuples orientaux est plus profondément sérieuse que celle des occidentaux ; c’est du moins la conviction de ceux qui se contentent des opinions qu’ils ont puisées dans les romans. D’autres esprits, plus réfléchis, estiment, au contraire, que les conditions de la vie moderne ont amené les nations occidentales à un degré de gravité supérieur à celui des peuples d’Orient.
Il est aventureux et trop simple d’expliquer par des raisons aussi sommaires les différences qui séparent l’Extrême-Orient et l’Europe, et qui font entre ces deux moitiés de l’humanité
un antagonisme peut-être irréductible. Le mieux est d’étudier ce malentendu profond dans l’un des contrastes caractéristiques que nous offrent les Japonais et les Anglais.
Ce serait un lieu commun de rappeler l’extrême gravité britannique : gravité non seulement extérieure, mais profonde, qui constitue, pour ainsi dire, le caractère distinctif de la race ; c’en serait un autre de répéter les opinions courantes sur l’insouciance du peuple japonais, qui serait bien le plus heureux du monde civilisé, s’il était vrai que le bonheur fût le prix de l’insouciance. »

Extrait de : L. Hearn. « Le Japon inconnu. »

Le Japon par Lafcadio Hearn

Fiche de Le Japon

Titre : Le Japon
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1904
Traduction : M. Logé
Editeur : Mercure de France

Première page de Le Japon

« On a publié sur le Japon un bon millier de volumes. Mais, à part quelques publications artistiques et quelques ouvrages d’un genre tout particulier, le nombre des ouvrages vraiment utiles ne dépasse guère une vingtaine. Cela tient à l’immense difficulté de distinguer et de comprendre ce qui se dissimule sous la façade de la vie japonaise. On ne parviendra pas, avant une cinquantaine d’années, à écrire le livre qui analysera à fond la vie japonaise et décrira exactement le Japon historique, sociologique, psychologique et moral. Le sujet est si vaste, si complexe, qu’une génération d’érudits ne l’épuisera pas ; et il est si difficile qu’il se trouvera toujours fort peu de savants pour y consacrer leur temps. Les Japonais eux-mêmes ne connaissent pour ainsi dire pas scientifiquement leur propre histoire, et on ne dispose pas encore des moyens d’établir les données de celle-ci, bien qu’on ait réuni d’innombrables documents. On manque absolument d’une bonne histoire, composée selon les méthodes modernes. Et ce n’est là qu’une des nombreuses lacunes qui découragent les chercheurs. Les éléments d’une étude sociale du Japon sont au moins aussi inaccessibles, pour le savant occidental. »

Extrait de : L. Hearn. « Le Japon. »

Kwaidan par Lafcadio Hearn

Fiche de Kwaidan

Titre : Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1904
Traduction : M. Logé
Editeur : Mercure de France

Sommaire de Kwaidan

  • La légende de Mimi-nashi-hôichi
  • Oshidori
  • L’histoire d’O-tei
  • Ubazakura
  • L’histoire d’Aoyagi
  • Rien n’arriva
  • Yuki-onna
  • Jû-roku-zakura
  • Rokuro-kubi
  • A propos d’un miroir et d’une cloche
  • Mujina
  • Jikininki
  • Riki-baka
  • Le rêve d’Akinosuke
  • Le secret de la morte
  • Hôrai

Première page de La légende de Mimi-nashi-hôichi

« Il y a plus de sept siècles qu’eut lieu à Dan-no-ura, sur le détroit de Shimonoseki, la bataille qui clôtura la longue rivalité entre les Heike, de la tribu de Taira, et les Genji, ou partisans de la tribu de Minamoto. Ces derniers avaient été vainqueurs et tous les Heike, leur jeune empereur, leurs femmes et leurs enfants avaient péri, massacrés !
Depuis ce massacre, la mer et les côtes du détroit sont hantées… Le long des falaises, on entend et on voit souvent des choses étranges… Par les nuits sombres, des milliers de feux-fantômes brillent sur la plage ou volètent au-dessus des vagues des lumières pâles, que les pêcheurs appellent des oni-bi, ou feux-démons… Et lorsque le vent mugit, il s’élève de l’Océan une clameur pareille à celle d’une bataille.
Au temps passé, les âmes des Heike se montraient beaucoup plus inquiètes qu’elles ne le sont à présent. Alors, leurs fantômes se dressaient, menaçants, autour des barques de pêche, essayant de les faire chavirer, ou bien ils guettaient les nageurs solitaires, et tâchaient de les saisir et de les entraîner vers les profondeurs insondables de la mer. »

Extrait de : L. Hearn. « Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges. »

Kotto par Lafcadio Hearn

Fiche de Kotto

Titre : Kotto
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1912
Traduction : J. de Smet
Editeur : BnF

Sommaire de Kotto

  • Vieilles histoires
  • Le journal d’une femme
  • Heiké-Gani
  • Lucioles
  • Une goutte de rosée
  • Gaki
  • Affaire d’habitude
  • Rêverie
  • Un cas pathologique
  • Au coeur de la nuit
  • Kusa-Hibari
  • Le mangeur de rêves

Première page de Vieilles histoires – La légende du Yurei-Daki

« Non loin du village de Kurosaka, dans la province de Koki, se trouve une chute d’eau que l’on nomme le Yurei-Daki ou cascade des esprits. J’ignore pour quel motif on l’appelle ainsi. Au pied de la chute se trouve un petit sanctuaire Shinto consacré à la divinité locale, que les gens du peuple désignent sous le nom de Taki-Daïmyojin, et devant l’autel on voit un tronc de petite dimension, ou Saïsen bako, destiné à recevoir les offrandes des fidèles. Et l’on raconte une histoire relative à ce tronc aux offrandes.
Il y a trente-cinq ans, un soir d’hiver, par un temps glacial, les femmes et les jeunes filles employées en qualité d’ouvrières dans une Asa-toriba ou filature de chanvre, de Kurosaka se réunirent, quand leur besogne journalière fut terminée, autour
du grand brasier de l’atelier. Elles s’amusèrent à se raconter des histoires de revenants. Elles en avaient entendu une douzaine déjà et la plupart d’entre elles commençaient à se sentir assez mal à l’aise, quand une jeune fille, sans doute pour aviver encore le plaisir de la peur, s’écria :

 — Oh ! l’idée d’aller cette nuit, toute seule, au Yurei-Daki ! Ce qui provoqua un cri de frayeur unanime, suivi de rires nerveux…
 — Je donnerais à celle qui irait tout le chanvre que j’ai filé aujourd’hui, dit une ouvrière d’un ton moqueur. »

Extrait de : L. Hearn. « Kotto. »

Fantômes japonais par Lafcadio Hearn

Fiche de Fantômes japonais

Titre : Fantômes japonais
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1930
Traduction : M. Logé
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Sommaire de Fantômes japonais

  • La réconciliation
  • Le miracle de Benten, déesse de la beauté
  • Histoire de Kwashin Koji
  • La reconnaissance du Samebito
  • La jeune fille de l’écran
  • Le gamin qui dessinait des chats

Première page de La réconciliation

« Il y avait, une fois, un jeune Samouraï de Kyoto qui était tombé dans la misère à la suite de la ruine de son seigneur, et qui fut obligé de quitter sa demeure et de s’engager au service du gouvernement d’une lointaine province. Avant de quitter la capitale, le Samouraï divorça d’avec sa femme qui était très belle et extrêmement bonne, pensant obtenir un avancement plus facile en contractant une autre alliance… Il épousa donc la fille d’une famille assez distinguée, et l’emmena avec lui dans la province où il était appelé à vivre désormais.

Or, ce fut au cours de son insouciante jeunesse et tenaillé aussi par la dure expérience de la misère, que le Samouraï se méprit ainsi sur la valeur de cette affection qu’il répudia si légèrement. Car son second mariage ne fut pas heureux ; sa nouvelle épouse était dure et égoïste, et il eut bientôt toutes les raisons de songer, avec tristesse, à sa vie passée à Kyoto. »

Extrait de : L. Hearn. « Fantômes japonais. »

Nuits sanglantes par Maurice Périsset

Fiche de Nuits sanglantes

Titre : Nuits sanglantes
Auteur : Maurice Périsset
Date de parution : 1997
Editeur : Editions de la voûte

Première page de Nuits sanglantes

« La nuit tombait quand Mathieu aperçut d’assez loin le village de vacances. Renonçant à prendre un taxi, il avait beaucoup marché avant de découvrir le poteau indicateur : Résidence des Palmiers. Il s’arrêta, posa son sac de voyage à terre. Se détachant des hauts pins maritimes, il ne distingua d’abord que les trouées de lumière des fenêtres, alvéoles pour lui inquiétantes dans un paysage clos. Sensible cependant à la fraîcheur, aux odeurs d’herbes mouillées et de fleurs sauvages, au bruissement incessant de la mer dans le lointain, il hésitait avant de franchir l’ultime étape. Après, il ne pourrait plus revenir en arrière. Fallait-il jouer l’ultime jeu ?
Essoufflé- il avait oublié de prendre son tonique pour le coeur – il monta les quelques marches du bâtiment central, eut un regard vers le camélia arborescent qui, sur la gauche, ornait l’entrée. Personne derrière le comptoir de la réception, pas davantage dans le hall ni dans la salle à manger encore éclairée. Il s’avança, hésitant à appeler. Les rires et les applaudissements qui descendaient de l’étage le frappèrent, comme s’ils ponctuaient ses pas. »

Extrait de : M. Périsset. « Nuits sanglantes. »

Le visage derrière la nuit par Maurice Périsset

Fiche de Le visage derrière la nuit

Titre : Le visage derrière la nuit
Auteur : Maurice Périsset
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le visage derrière la nuit

« Avant même de sonner à la grille, je savais que c’était là, après tant et tant de semaines d’une quête vaine, que mes pas me conduisaient vers cette sorte de vieille maison campagnarde, mi-ferme, mi-château, cernée par des arbres aux troncs immenses, que je distinguais mal dans le paysage gris et vert battu par la pluie. Une seconde, tant la tempête faisait rage, j’eus envie de rebrousser chemin. Le but atteint, ne pouvais-je pas, tout aussi bien, me manifester un autre jour ? Mais non, j’étais là, il ne m’était plus possible de revenir en arrière. Une force inconnue me contraignait à demeurer sur place, bien à l’abri, après tout, dans ma voiture.
D’habitude, j’aime entendre le bruit rageur de la pluie, le halètement confus de l’orage, le ronronnement rassurant des essuie-glaces, j’aime sentir les roues transformer l’eau des flaques en gerbes lumineuses devant les phares. Dans l’absolue solitude de ce chemin de campagne détrempé, je ne retrouvais pas ce plaisir un peu maniaque. Je n’étais plus tout à fait moi, ce décor n’était pas tout à fait réel. »

Extrait de : M. Périsset. « Le visage derrière la nuit. »