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Le crépuscule des chimères par Jacques Barbéri

Fiche de Le crépuscule des chimères

Titre : Le crépuscule des chimères (Tome 1 sur 2 – Le crépuscule des chimères)
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2013
Editeur : La Volte

Première page de Le crépuscule des chimères

« L’éclair de la lame.

Anjel n’avait pas eu le temps d’identifier l’objet. Il avait juste vu un trait lumineux passer devant lui. Un filament incandescent qui s’étirait entre la main de son frère et la gorge de son père. Un pont de lumière qui avait enjambé la table du salon, un court moment d’éternité.

Il était resté pétrifié.

La gorge de son père s’était ouverte, comme une deuxième bouche privée de dents.

La bouche riait et le sang giclait. Les mains de son père, recroquevillées telles des serres, agrippaient les bords de la plaie, essayaient de colmater la brèche. Dérisoire tentative d’enrayer l’inéluctable venue de la mort qui ricanait en un gargouillis atroce.

Une main se posa sur son épaule.

« Vous devriez vous asseoir. »

Il leva la tête et aperçut un policier d’une quarantaine d’années, cheveux courts, fine moustache, yeux gris-bleu qui le poussait gentiment vers un fauteuil. Il s’y laissa choir mollement. »

Extrait de : J. Barbéri. « Le crépuscule des chimères. »

Labyrinth-Jungle par Oscar Valetti

Fiche de Labyrinth-Jungle

Titre : Labyrinth-Jungle
Auteur : Oscar Valetti
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Labyrinth-Jungle

« Il est temps que cesse cette sombre mascarade !
S’il est vrai que les condominiums sont superbes et profilent leurs corps élancés vers la haute atmosphère, fusées de pierre prêtes à crever la voûte céleste de leurs têtes lumineuses auréolées de cirro-cumulus, il n’en demeure pas moins que leurs pieds sont plantés dans la merde.
La Terre est un immense dépotoir radioactif et, pour les habitants des niveaux inférieurs, des strates souterraines, les discours fumeux sur l’étanchéité des tours prêteraient à sourire s’ils avaient tous à leur disposition une bouche pour le faire.
Nous sommes en train de créer un sous-peuple. Et si les premières strates regorgent de mutants, aucun cerveau aussi délirant soit-il ne peut décemment imaginer la grouillance organique qui peuple les niveaux inférieurs.
Quel humain encore présentable des strates supérieures oserait descendre en villégiature vers les premières strates ?
Cette situation est intolérable et le Gouvernement Central doit agir sans tarder en prenant des dispositions de première urgence :
•Distribution gratuite de gélules antirads.
•Intégration des mutants par la promulgation de lois et d’arrêtés inter-strates relatifs à leurs spécificités biologiques et parapsychologiques.
•Envoi de brigades spécialisées dans les niveaux inférieurs pour procéder à un état des lieux. »

Extrait de : O. Valetti. « Labyrinth-jungle. »

L’ombre et le fléau par Oscar Valetti

Fiche de L’ombre et le fléau

Titre : L’ombre et le fléau
Auteur : Oscar Valetti
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’ombre et le fléau

« La plaine ruisselait.

Le sol, imbibé comme une éponge ne parvenait plus à absorber les pluies diluviennes que le ciel d’encre crachait depuis le début de l’automne. Les nuages étaient si denses qu’ils formaient comme un mur d’ardoise sombre, un mur menaçant et chargé de maléfices édifié au dessus d’Overmonde par une armée de démons.

Nous étions partis du château d’Akralinta sous un soleil de plomb mais, sans vouloir faire de jeu de mots, je n’étais pas très chaud à l’idée d’aller affronter l’armée du prince d’Ortolan ni les maléfices de son Maître des Rêves, Hyéronimus le Borgne. Mais je n’avais pas le choix.

Depuis la fin de mon adolescence, ma vie ne m’appartenait plus et aujourd’hui, alors que le danger déchirait le ciel en un grondement de tonnerre, elle m’appartenait moins encore. »

Extrait de : O. Valetti. « L’ombre et le fléau. »

Chair inconnue par Oscar Valetti

Fiche de Chair inconnue

Titre : Chair inconnue
Auteur : Oscar Valetti
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Chair inconnue

« Le caoutchouc brésilien des pneus du Boeing sourd et poudreux le tarmac de la piste 5. Le vol savant virage et s’immobilisa rapidement à quelques centaines de mètres des aires de stationnement. Dans la tour de contrôle, les aiguilleurs poussèrent un « ouf » de soulagement.
La carlingue bruissait d’une agitation fébrile.
Des Chinois déguisés en touristes avaient applaudi la dextérité du pilote, et se congratulaient maintenant avec force gestes d’être arrivés sains et saufs.
Un exploit avec un moteur en rade. De larges vomissures de kérosène et d’huile nappaient l’aile droite de l’appareil. Les Chinois y allaient tous de leurs commentaires alors que les hôtesses, après avoir rassuré les plus anxieux, indiquaient la procédure à suivre pour évacuer l’appareil.
Bande de nazes, murmura Norma Knight en détachant la ceinture bleue qui lui comprimait la poitrine.
Elle vit par le hublot trois camions de pompiers s’approcher, toutes sirènes hurlantes. Deux navettes-passerelles se dirigeaient également vers l’avion, lourd mégalithe de métal et d’électronique échoué en bout de piste. »

Extrait de : O. Valetti. « Chair inconnue. »

Plug-in par Marc Lemosquet

Fiche de Plug-in

Titre : Plug-in
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Plug-in

« Les semelles à crampons rétractiles de ses baskets Adidax-Thombull s’abattent à tour de rôle dans les flaques jonchant la rue. Y désintègrent en ondes implacables les reflets urbains : façades déliquescentes clignant de l’enseigne comme des putes au maquillage fatigué, haute et lointaine surveillance des macs de verre et d’acier – les tours de la TeknoCortex Inc. rayant la nuit. Images-symboles allongés sur le bitume, illusoirement livrés au piétinement des masses. Que sont ces flaques où se prélasse l’ironie du siècle ? Eau ? Urine ? Carburant ? Difficile de trancher…

Mais possible aussi de s’en foutre.

Et David « Graffiti » Langevin s’en fout, de manière superlative. Quand bien même serait-ce de la vodkamikaze, du sang de Martien ou du sperme de rhinocéros, il continuerait assurément à s’en lustrer l’interface !

A ça, une raison basique. Cette même raison qui le fait ignorer les regards évaluateurs des dealers – de shoot et/ou de sexe – jalonnant la venelle, comme ceux, vaguement implorants quand ils en ont encore la force, des trashmen y croupissant. Une raison nommée Diane. »

Extrait de : M. Lemosquet. « Plug-in. »

Le gymnase de l’ogre par Marc Lemosquet

Fiche de Le gymnase de l’ogre

Titre : Le gymnase de l’ogre
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le gymnase de l’ogre

« Roham survole l’Enfer.

Il le sait. Il le voit aussi, à travers le large U de vitracier qui coupe le cockpit comme une balafre de dure transparence, et sur l’écran de contrôle, à sa gauche, où glissent les images que lèche le camérox ventral de sa Flèche.

L’Enfer n’est pas ce déchaînement chaotique de flammes monstrueuses auquel on pourrait s’attendre. C’est une étendue vaste, paisible et verte. Un calme océan d’émeraude. Serein. Une gigantesque preuve que les apparences peuvent être trompeuses. Terriblement trompeuses. Car si Roham observe attentivement l’écran de contrôle du camérox, il peut y surprendre les palpitations révélatrices du paysage qui défile à quelques dizaines de mètres au-dessous de sa Flèche. Palpitations qui en trahissent la vraie nature : la jungle. Un enchevêtrement infernal d’arbres, de lianes et de plantes, que traverse parfois une ombre énorme mais souple. Un interminable piège chlorophyllé aux entrelacs meurtriers où seule une faune de démons prédateurs peut survivre. »

Extrait de : M. Lemosquet. « Le gymnase de l’ogre. »

Cobaye par Marc Lemosquet

Fiche de Cobaye

Titre : Cobaye
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Cobaye

«  Voilà. Ça y est. Le processus est lancé. » C’est la pensée toute bête qui me tourne dans la cervelle alors que je marche vers le tube greg de l’Œuf. C’est aussi ce qu’a conclu le docmed qui vient de m’examiner. Quelques mesures, un scanner, une ostéo complète, et il m’a balancé le verdict. Avec un sourire qui ajoutait : « Tout se déroule au poil, mon gars. » Moi je dis que c’est tant mieux. Et j’évite de creuser plus loin la question, parce que je suis pas du tout sûr que la trouille soit totalement absente de ma vision des choses. Surtout maintenant.
J’arrive au tube. (Greg = gravité régulée.) Je commande la montée, et trois secondes plus tard la flèche verte s’allume. Je fais un pas dans le vide. Bref vertige, petite perte d’équilibre, et je flotte, glissant lentement vers le haut. Je passe le gymnase et rejoint l’attraction normale au dernier niveau interne de l’Œuf : mon apparte. »

Extrait de : M. Lemosquet. « Cobaye. »

Toutes les vies de Benjamin par Ange

Fiche de Toutes les vies de Benjamin

Titre : Toutes les vies de Benjamin
Auteur : Ange
Date de parution : 2011
Editeur : Syros

Première page de Toutes les vies de Benjamin

« Une petite étincelle jaillit à l’intérieur d’un ordinateur situé au deuxième étage du Centre scientifique. Rapidement, de minuscules flammes léchèrent le cœur de l’ordinateur, mais personne ne s’en aperçut, car le laboratoire était désert.

Au rez-de-chaussée, les élèves de CM2 de l’école Bradbury étaient en visite. Nous étions le matin du 15 mai 2022, et la plupart des enfants s’ennuyaient ferme.

Les deux plus jolies filles de la classe, Lucie et Capucine, regardaient Benjamin qui essayait d’acheter une barre chocolatée au distributeur.

Benjamin… Le garçon dont tout le monde se moquait. Il était maladroit, trop grand pour son âge, avec une légère tendance à bégayer par moments. Il voulut introduire la monnaie dans la fente, laissa tomber ses pièces par terre, se baissa pour les ramasser, glissa sur le sol en marbre et se cogna le nez sur la machine. Lucie et Capucine pouffèrent méchamment de rire. Benjamin s’aperçut qu’il saignait du nez, s’essuya du revers de sa main et mit du sang partout sur son tee-shirt.

– T’es trop nul ! persifla Lucie, juste derrière lui. Même pas capable de mettre des sous dans un distributeur ! »

Extrait de : Ange. « Toutes les vies de Benjamin. »

Tapisserie par Ange

Fiche de Tapisserie

Titre : Tapisserie
Auteur : Ange
Date de parution : 2005
Editeur : Bragelonne

Première page de Tapisserie

« Alexandre a quatre ans quand il voit la licorne. Il est assis par terre, dans le coin aux jouets de sa chambre, entre le lit et le bureau où Papa entrepose ses magazines autos… et d’autres, aussi, pleins de femmes sans soutien-gorge, dissimulés dans le tiroir du bas.

Alexandre a des petites voitures et des Lego, mais il ne joue pas. Alexandre ne joue jamais beaucoup ; il préfère regarder les carrés de la moquette. La moquette est bleue, les carrés sont blancs, et quand Alexandre les fixe longtemps, il a l’impression de voir les nuages filer dans le ciel.

La brise de juin soulève les rideaux de la fenêtre entrouverte. Alexandre entend un bruit. Il lève les yeux, les pupilles encore encombrées de nuages et il voit la licorne immobile à un mètre de lui.

Alexandre pense d’abord qu’elle n’est pas pour de vrai, que c’est une grosse peluche déposée par Maman dans sa chambre. Papa et Maman se sont disputés ce matin. Quand ils sont sortis du salon, Maman avait un bleu sur la joue et ses yeux étaient rouges. »

Extrait de : Ange. « Tapisserie. »

Sang maudit par Ange

Fiche de Sang maudit

Titre : Sang maudit
Auteur : Ange
Date de parution : 2017
Editeur : Castelmore

Première page de Sang maudit

« Les dames de la cour royale de Versailles descendirent du métro, soulevant leurs immenses jupes brodées d’or. Puis elles se dirigèrent vers leur correspondance, slalomant entre les hommes d’affaires accrochés à leurs téléphones portables et les femmes en imper sortant de leurs trains de banlieue. Malgré les efforts de leurs pages, les crinolines des élégantes effleurèrent deux SDF enveloppés dans leurs couvertures, qui se vengèrent en les insultant copieusement.
Des touristes japonais photographièrent avec excitation les nobles passantes, tandis que leur guide leur murmurait les noms les plus connus :
— La comtesse de Saint-Aignan… La marquise de Grammont – vous savez, la sœur de la fameuse duchesse de Montesquieu… Mme de Guise…
Angie Moretti, dix-sept ans, venait elle aussi de descendre du métro. Amusée, elle observa les Japonais, puis suivit des yeux le groupe des belles dames laissant derrière elles un sillage parfumé, tandis que, derrière, leurs assistants pressés confirmaient, au téléphone, la présence de leurs maîtresses au Bal de Versailles. »

Extrait de : Ange. « Sang maudit. »