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Fou comme l’oiseau par Pierre Pelot

Fiche de Fou comme l’oiseau

Titre : Fou comme l’oiseau
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1980
Editeur : Bragelonne

Première page de Fou comme l’oiseau

« La mère s’était déjà mise à la vaisselle, achevant de mâcher une dernière bouchée de pain. Irénée leva les yeux sur Chip, quand celui-ci repoussa sa chaise et s’en alla, claquant peut-être un peu fort la porte derrière lui. Irénée demeura immobile pendant quelques secondes ; même ses mâchoires se figèrent. Son visage n’avouait rien de ce qu’il pensait en cet instant, ses yeux gris pâle, comme à l’accoutumée, étaient vides. Il reprit sa mastication.

Sur le buffet de bois peint en blanc, parmi des bibelots, le transistor diffusait en sourdine les nouvelles du monde et de l’extérieur.

La cuisine était sombre, mais moins qu’en plein hiver à cette même heure, sur cette pente de la montagne. En hiver, il fallait allumer du lever au coucher.

La mère quitta l’évier pour venir ramasser la vaisselle sur la table. Elle prit l’assiette devant Irénée, et sa fourchette, mais lui laissa son couteau. Elle n’avait pas encore fini de mâcher sa croûte de pain. Son dentier clapait. »

Extrait de : P. Pelot. « Fou comme l’oiseau. »

Foetus party par Pierre Pelot

Fiche de Foetus party

Titre : Foetus party
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1977
Editeur : Denoël

Première page de Foetus party

« Un jour il était né. Bel et bien pris au piège. Sans le savoir.
Un jour il était né et s’était bravement mis à mourir.
Et le monde s’était mis à mourir lui aussi. La terre entière, inexorablement. Trash se disait souvent que l’événement était en rapport étroit avec sa propre naissance. Les preuves étaient là. Au fur et à mesure que Trash avait pris de l’âge, les hommes vivants disparaissaient les uns après les autres. Ne restaient que des ombres, des fantômes grouillants qui se bousculaient, se pressaient dans les rues de la ville. Ils n’avaient pas le moindre but, c’était flagrant. Ils passaient leur mort à errer.
Lorsqu’il ouvrait les yeux, chaque matin, la première chose qu’il apercevait était ce vieux poste de radio, cette boîte, posé sur le rebord intérieur de l’unique fenêtre murée. »

Extrait de : P. Pelot. « Fœtus-party. »

Fin du monde par Pierre Pelot

Fiche de Fin du monde

Titre : Fin du monde
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1999
Editeur : Science Fiction Magazine

Première page de Fin du monde

« IL AVAIT ACCEPTÉ LA SIGNATURE parce qu’il avait accepté la télé, mais surtout pour une autre raison, la meilleure : parce que c’était une occasion de voir Dytch. Deux heures et demie de train, avec un changement à Épinal. Il avait bu un café pourri au buffet en attendant sa correspondance et en notant qu’il n’avait pas mis les pieds dans ce lieu depuis quatre siècles, ou plus. Non seulement ça ne ressemblait pas au souvenir qu’il en avait, mais il n’en avait, en vérité, pas de souvenir, ou plus exactement il se rappelait un autre buffet de gare, quelque part, allez savoir où… Quelle importance ? Aucune, évidemment, mais ça lui avait occupé la tête jusqu’à l’annonce de l’entrée en gare du train pour là-bas. Les trains vont toujours là-bas. Il n’avait jamais aimé prendre des trains, précisément parce qu’ils allaient là-bas et que là-bas ce n’était pas chez lui. Une vie ne suffit pas pour s’habituer à chez soi. »

Extrait de : P. Pelot. « Fin du monde. »

Et puis les loups viendront par Pierre Suragne

Fiche de Et puis les loups viendront

Titre : Et puis les loups viendront
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Et puis les loups viendront

« Ils étaient environ une quinzaine.
Quelques années plus tôt, ils étaient encore cent. Et puis, le froid s’était mis à grandir, et mille nouveaux bras avaient poussé au spectre de la mort. Les enfants chétifs s’étaient éteints les premiers, comme ces petites flammes vacillantes qui tremblotent péniblement au-dessus des coupelles des lampes à suif. Soudain bleus et raides comme des bûches. Ou bien encore, ils se mettaient à tousser, puis à cracher du sang. Quelques jours, pas davantage. Et puis, ils mourraient.
Ensuite, en nombre croissant, des femmes s’étaient couchées pour ne plus s’éveiller. Et aussi les vieux, ceux qui avaient dépassé le cap de la trentaine. De ceux-là, il en restait quelques-uns, mais très peu.
Ils restaient environ une quinzaine, sur cent et plus. »

Extrait de : P. Pelot. « Et puis les loups viendront. »

Elle qui ne sait pas dire je par Pierre Pelot

Fiche de Elle qui ne sait pas dire je

Titre : Elle qui ne sait pas dire je
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Première page de Elle qui ne sait pas dire je

« IL DONNAIT QUELQUES COUPS de lame courbe dans le taillis, puis se servait de l’outil pour ratisser et tirer dans le fossé, à ses pieds, branches et fougères coupées ; après quoi il soupirait brièvement, toujours pareil, et s’arrêtait, se redressait lentement, essoufflé comme s’il venait de fournir un effort surhumain. Alors, il posait la main gauche sur sa hanche, pouce au-dessus de la ceinture de cuir noir, sa main droite fermée sur le manche lisse du croissant débroussailleur, il appuyait maintenant sur l’outil cette énorme fatigue qui paraissait l’habiter et restait ainsi un moment à se demander s’il allait être capable ou non de poursuivre son travail. C’était sa manière. Trois ou quatre coups de lame pour sabrer, le mouvement transformé en ample ratissage, puis la pause, un regard bref au fil de la lame pour vérifier si un caillou sournois n’y avait pas d’aventure planté une dent. »

Extrait de : P. Pelot. « Elle qui ne sait pas dire je. »

Elle était une fois… par Pierre Suragne

Fiche de Elle était une fois…

Titre : Elle était une fois…
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Elle était une fois…

« Carling Joe avait l’âme généreuse, et il le regrettait parfois. Toujours trop tard, bien entendu.

Par exemple, ce mercredi de novembre…

Il aurait préféré mille fois se trouver chez lui, dans la maison de Boolt City, à regarder tomber la pluie furieuse derrière les carreaux, une tasse de café fumant dans le creux de la main. Ou même sous l’auvent de la scierie, dans l’odeur humide des tas de sciure. La scierie ou la maison, c’était pareil : c’était chez lui.

Mais non. Au lieu de ça, il roulait sur la route tortueuse, en plein cœur de la bourrasque, luttant avec le volant de sa camionnette poussive qui balançait méchamment sous les coups de boutoir du vent.

Un vent du diable, assurément. Un temps à ne pas mettre un chrétien dehors. C’était sûr  ; après toute cette pluie, on entendrait rugir la Boolt River un fameux moment. »

Extrait de : P. Suragne. « Elle était une fois…. »

Dylan Stark – l’intégrale par Pierre Pelot

Fiche de Dylan Stark – l’intégrale

Titre : Dylan Stark – l’intégrale
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution :
Editeur : Bragelonne

Sommaire de Dylan Stark – l’intégrale

  • Quatre hommes pour l’enfer
  • Le vent de la colère
  • La couleur de Dieu
  • La horde aux abois
  • Les loups dans la ville
  • Les loups sur la piste
  • Les irréductibles
  • Le hibou sur la porte
  • La marche des bannis
  • Deux hommes sont venus
  • 7h20 pour Opelousas
  • La peau du nègre
  • L’homme-qui-marche
  • Quand gronde la rivière
  • Plus loin que les docks
  • Un jour, un ouragan…
  • Le tombeau de Satan
  • L’homme des monts déchirés

Duz par Pierre Suragne

Fiche de Duz

Titre : Duz
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Duz

« A un moment, Duz en eut assez de regarder défiler le paysage. Il décolla son front de la vitre de la portière et se laissa tomber sur la banquette.

— Est-ce que tu as fini de sauter comme ça ? dit le Type.

Sans même tourner la tête, ni jeter le moindre coup d’œil dans le rétroviseur. Rien. Ce gars-là devait avoir des yeux derrière la tête, ou quelque chose comme ça. On ne pouvait rien faire, sans qu’il le sente dans la seconde et se mette à râler.

Un instant, Duz joua à se demander s’il n’était pas un Extra-Terrestre, avec des dons particuliers, comme on en trouve dans les bandes dessinées. De ces types qui viennent d’ailleurs, de la planète Marfol par exemple, et qui se font passer pour des Terriens, mais tout ça pour faire des coups en douce et essayer de coloniser la planète – la Terre – et jouer des sales tours autant qu’ils le peuvent. »

Extrait de : P. Suragne. « Duz. »

Du plomb dans la neige par Pierre Pelot

Fiche de Du plomb dans la neige

Titre : Du plomb dans la neige
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2016
Editeur : Bragelonne

Première page de Du plomb dans la neige

« — Ça t’a jamais fait ça ? demanda Mocky sur un ton qu’il voulait détaché.

Mais ça ne prenait pas : il y avait l’œil, et cette façon de tordre la bouche en coin, et cette décontraction, en somme, qui n’était pas dans l’attitude habituelle de Mocky.

Louis enclencha la troisième. Il avait un profil dur de bandit calabrais, comme on en voit dans les films. Le profil et la face. D’ailleurs, il était calabrais naturalisé, vacciné et tout le tremblement, mais pour ce qui est de l’origine, il ne pouvait pas nier.

Qu’est-ce que ça m’a jamais fait ? demanda-t-il dans un souffle, les paroles glissant tout autour du cigare à embout plastifié qu’il serrait entre les dents.

— Un truc, comme ça, dans le ventre. »

Extrait de : P. Pelot. « Du plomb dans la neige. »

Dérapages par Pierre Suragne

Fiche de Dérapages

Titre : Dérapages
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dérapages

« Le vent courait sans s’énerver, sud-ouest-nord-est, tout juste pour dire qu’il était le vent, tout juste pour maintenir le ciel dégagé, comme une grande cape bleue bien repassée dont les pans reposaient, en ronde corolle, aux quatre points des horizons dentelés de la forêt.
Il y a deux saisons au Québec, vous diront tous les Québécois, sur un sourire-clin d’œil et un joli roulement d’accent : l’hiver et le mois de juillet.
C’était juillet, fidèle au rendez-vous, comme tous les autres juillets passés et comme ceux qui viendraient. Ciel bleu, chaleur épaisse, lourde, et chaque instant de la journée semble étiré, allongé au maximum dans le temps : le matin n’en finit pas, le midi n’en finit pas, l’après-midi n’en finit pas, le soir n’en finit pas. C’était l’après-midi de ce jour-là et ce jour-là était dimanche. »

Extrait de : P. Suragne. « Dérapages. »