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Ce soir, les souris sont bleues par Pierre Pelot

Fiche de Ce soir, les souris sont bleues

Titre : Ce soir, les souris sont bleues
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1999
Editeur : Bragelonne

Première page de Ce soir, les souris sont bleues

« Le silence était retombé.

Même les mouches semblaient ne plus avoir la force ni l’envie de voler ; elles bourdonnaient confusément aux fenêtres, suivant le tour des carreaux.

C’était un peu après que l’ombre eut glissé de ce côté-ci du bâtiment. Elian descendit de chez lui au-dessus du garage – et sortit. L’esquisse d’un pas, suspendu une seconde, traduisit sa perplexité en lisière de la chaleur vibrante. Seuls des fous ou des gens en vacances pouvaient à l’évidence se remuer à plaisir dans les pesanteurs de cette fournaise.

Les paupières d’Elian, plissées et lourdes, encadrant le gris du regard méfiant, papillotèrent et se fermèrent à demi. Il écouta. La grimace appuyée avança comme un bec sous la moustache raide et compacte. »

Extrait de : P. Pelot. « Ce soir, les souris sont bleues. »

Canyon street par Pierre Pelot

Fiche de Canyon street

Titre : Canyon street
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1978
Editeur : Denoël

Première page de Canyon street

« — Javeline ! appela une voix masculine.

Instantanément, La Chienne qui s’était approchée de la porte condamnée s’immobilisa et cessa de grogner. Elle lança à Javeline un coup d’œil rassuré, battant l’air de sa queue. Javeline hésita pendant quelques secondes, le fusil braqué sur la porte et la tête bourdonnante d’interrogations qui s’entrechoquaient. Elle avait, comme La Chienne, reconnu le timbre de la voix.

— Javeline ! appela de nouveau l’homme dans le couloir. C’est moi, Raznak ! Est-ce que tu es là ?

Une grimace contrariée tordit les traits de la jeune femme. Après la stupéfaction, c’était la colère qui maintenant bouillonnait dans ses yeux pâles. Raznak le Fou ! Que venait-il faire ici ? Elle lui avait depuis toujours – après une première et unique visite – recommandé de ne plus jamais venir dans le quartier, de ne jamais chercher à la contacter chez elle, dans cet appartement. Pour sa sécurité à elle, et celle du Fou également. Jusqu’alors, il avait suivi ses conseils… »

Extrait de : P. Pelot. « Canyon street. »

C’est ainsi que les hommes vivent par Pierre Pelot

Fiche de C’est ainsi que les hommes vivent

Titre : C’est ainsi que les hommes vivent
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2003
Editeur : Denoël

Première page de C’est ainsi que les hommes vivent

« Flamboyante de lumière dans l’incandescence de l’été finissant, la baigneuse ne l’avait pas abandonné. Elle au moins ne s’était pas engloutie avec les autres dans l’étroitesse de la faille insondable.

Une image dont il était incapable de dire si elle était le véritable souvenir d’un réel moment ou au contraire la manifestation de quelque fantasme obsédant, une hallucination de sa mémoire amputée. Un fragment de songe détaché de ses entraves nocturnes.

À son réveil, désormais, le dernier de ses rêves stagnait au fond de ses yeux un moment avant de se dissoudre au vent qui rampe, comme une marque peu profonde inscrite dans le sable. Longtemps ses rêves n’avaient laissé la moindre trace sur l’autre bord des yeux ouverts, au point de lui faire douter même qu’il en fît.

L’image lui revenait sans peine, sans effort, à la moindre sollicitation. Sans même qu’il l’appelle ni lui ouvre la porte. »

Extrait de : P. Pelot. « C’est ainsi que les hommes vivent. »

Brouillards par Pierre Pelot

Fiche de Brouillards

Titre : Brouillards
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2014
Editeur : Bragelonne

Première page de Brouillards

« Sous la semelle, à chaque pas, les graviers rares de l’allée s’incrustaient dans la terre humide. Le gazon avait tout envahi. Un des murs du cimetière, écroulé depuis Dieu sait quand, était sauvagement remplacé par une haie touffue de noisetiers ébouriffés. La plupart des tombes disparaissaient sous des amas d’orties froissées.

L’homme marchait à pas lents et précis, un peu comme si chacune de ses enjambées était comptée, pesée – quelque chose de très important. Il était de taille légèrement supérieure à la moyenne, élancé. Des épaules droites, et larges, que l’on devinait dures, musclées, tendaient la toile de son imperméable gris. Il allait tête nue, ses cheveux noirs et bouclés sous la bruine.

À un moment, il s’arrêta. Ses poings bougèrent, dans les poches de l’imperméable, comme s’il froissait quelque chose – mais peut-être remuait-il simplement ses doigts : un geste pour presque rien, qui voulait seulement marquer l’hésitation, une certaine tension nerveuse. »

Extrait de : P. Pelot. « Brouillards. »

Braves gens du purgatoire par Pierre Pelot

Fiche de Braves gens du purgatoire

Titre : Braves gens du purgatoire
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2019
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Première page de Braves gens du purgatoire

« ET MÊME LUI – cet homme-là qu’elle s’était donc décidée dans un farouche sursaut de déplaisir à appeler à son aide, pour ne pas dire son secours, dans la confusion de ce qu’elle pensait être, à l’instar de son père, un double meurtre et non pas un suicide et un assassinat, et après l’enterrement un même funeste jeudi, dans le même cimetière, des deux cadavres – n’eût été capable à l’évidence de satisfaire son questionnement, si elle l’avait exprimé, ici, à cet instant, dans l’entrouverture de la porte qui suivit le heurt de ses deux doigts recourbés contre le bois de hêtre. N’eût été capable de lui dire – ou simplement l’éclairer sur ce qu’elle devait être censée savoir, à ce que paraissaient croire à sa place tous ces gens de la parentèle qui s’étaient succédé, avec aux lèvres des questions plus ou moins finement montées et puis tombées, concernant le danger sous-entendu encouru par elle et son père, à présent que la source du mal avait été radicalement détournée, ses racines enterrées au sens propre du terme mais pas forcément à jamais – et de lui faire savoir ce qu’elle avait à penser de tout cela. »

Extrait de : P. Pelot. « Braves gens du purgatoire. »

Ballade pour presque un homme par Pierre Suragne

Fiche de Ballade pour presque un homme

Titre : Ballade pour presque un homme
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Ballade pour presque un homme

« Depuis ce jour où il était devenu Chasseur, chaque retour de safari était un grand moment de joie pour Matom. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’aimait pas son travail, tout au contraire. S’il aimait les retours, c’est parce qu’il pouvait alors se plonger à cœur perdu dans les délices de la planète capitale. Il était fêté et pouvait raconter mille histoires. C’était, en vérité et indiscutablement, un fameux instant.
Mais, au bout de quelques jours, l’ennui mettait la patte sur Matom. Il devenait alors très nerveux, il se traînait sans véritable but et les visages qu’il rencontrait, toujours les mêmes, ne lui semblaient plus présenter d’intérêt. Matom se mettait à attendre le prochain départ avec une impatience croissante. C’est pourquoi l’on peut dire que, s’il aimait les retours sur Vataïr, il aimait tout autant – et peut-être davantage encore – les départs. »

Extrait de : P. Suragne. « Ballade pour Presque un Homme. »

Aux chiens écrasés par Pierre Pelot

Fiche de Aux chiens écrasés

Titre : Aux chiens écrasés (Gore)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Aux chiens écrasés

« La première fois qu’Alain Chalendon entendit prononcer son nom à la radio, cela lui fit un choc. Sa première réaction fut de se dire que le seul ayant le droit de porter ce nom était lui, personne d’autre; qu’il était bel et bien le véritable Alain Chalendon, et ce depuis suffisamment longtemps pour qu’il en soit certain, que tout autre utilisateur du patronyme ne pouvait être qu’un usurpateur éhonté.

Après quoi, passée sa première bouffée de stupéfaite révolte, cela lui fit tout drôle.

Il avait vécu pendant soixante-huit ans, s’imaginant l’unique détenteur du nom, n’ayant en vérité jamais rien fait d’autre, jamais rien de franchement important, que s’appeler ainsi et être reconnu comme tel par une trentaine de personnes au monde. »

Extrait de : P. Pelot. « Aux Chiens Écrasés. »

Ailleurs sous zéro par Pierre Pelot

Fiche de Ailleurs sous zéro

Titre : Ailleurs sous zéro
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2020
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Sommaire de Ailleurs sous zéro

  • Ailleurs sous zéro
  • Apportez-moi trois petits cochons
  • Bievenu les canpeurs
  • Beau mais orageux en soirée
  • Doulce France
  • Frères de sang
  • Le lundi c’est gym
  • Le tonneau
  • Les quarante balais de mon con
  • Commandos
  • Le retour de Zan
  • Suaire (et Suaire la preuve)
  • Poésie, comme on dit

Première page de Ailleurs sous zéro

« Salut, ça va ?

Si ça va ? Oui, oui, ça va. On fait aller. Évidemment que ça va. Que veux-tu répondre d’autre ? Que ça ne va pas ? Et puis quoi ? Te dire ce qu’il en est vraiment ? Oui bien entendu, mais comment le dire, et avec quels mots ? Alors rester là à ressasser et décliner des hésitations, des approximations, des tentatives malhabiles d’explications ? Des errances de langage à la recherche du mot juste, précis. Pour, au final, que ça change quoi ? Que ça aille mieux ? Parce que, non, ça ne va pas trop. Ça ne va pas tellement. Mais ça va.

On retrouve le monde qu’on avait déserté il y a quelque temps. Absent pour cause de fracas. Pour cause de vrac en tête. D’effondrement des piliers de la terre.

Nous revoilà. Nous revoici. En vérité on n’était pas partis, on n’était juste pas là. Ça n’en avait pas l’air mais c’était ça. Oui, absent, c’est le mot. L’absence. »

Extrait de : P. Pelot. « Ailleurs sous Zéro. »

Offensive du virus sous le champ de bataille par Pierre Pelot

Fiche de Offensive du virus sous le champ de bataille

Titre : Offensive du virus sous le champ de bataille (Tome 5 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Offensive du virus sous le champ de bataille

« C’était un jour de janvier 1997 ; lequel, exactement, Burden n’aurait su le dire ; en début, milieu ou fin de semaine, il ne savait pas. Depuis trop longtemps, ce maelström dans lequel il survivait avait transformé en tourbillon cet ordonnancement hebdomadaire.
Le nom des jours, il s’en fichait bien. La seule chose importante était qu’ils continuent de se succéder encore, encore et toujours, envers et contre tout. Et qu’il en soit témoin, lui, à chaque aube une fois encore, à chaque crépuscule une fois de plus.
Il n’y avait pas d’autre urgence.
Il n’existait plus d’autre façon d’exister ; pour Burden, en tout cas. »

Extrait de : P. Pelot. « Offensive du virus sous le champ de bataille – Ballade de Tony Burden. »

Sécession bis par Pierre Pelot

Fiche de Sécession bis

Titre : Sécession bis (Tome 4 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sécession bis

« On ne résume pas en quelques lignes, en quelques mots, ces événements qui se succédèrent depuis le mois d’août 1996, pour en arriver à la situation présente de fin décembre de cette même année : cet état de guerre qui opposait une fois de plus le Sud des États-Unis au Nord, et qu’ils appelèrent « Sécession Bis ».
Tout au plus, peut-on tenter de remonter la filière, d’établir une sorte de récapitulation des faits significatifs qui amenèrent à l’explosion. Tout au plus, peut-on faire ce que fit un dénommé Mat Pealbean, qui se crut malin en jouant les détectives et en perdit la vie.
Et voici ce que fut la fin de la vie de Mat Pealbean, obscur représentant de commerce marron, petit escroc à la vente au porte-à-porte et occasionnellement dealer. »

Extrait de : P. Pelot. « Sécession bis – Ballade de Tony Burden. »