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La région du désastre par J. G. Ballard

Fiche de La région du désastre
Titre : La région du désastre
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1967
Traduction : P. K. Rey
Editeur : J’ai lu
Sommaire de La région du désastre
- Rêve d’oiseau
- La ville concentrationnaire
- L’homme subliminal
- Que s’éveille la mer
- Moins un
- Faux-fuyants
- Zone de terreur
- Trou d’homme n° 69
- L’homme impossible
Première page de Rêve d’oiseau
« L’aube s’est levée sur les corps des oiseaux morts luisant dans la lumière liquide du marais, leur plumage gris flottant sur les eaux calmes comme des nuages décrochés des cieux. Tous les matins, lorsque Crispin montait sur le pont de la vedette, c’était le même spectacle : des cadavres d’oiseaux voguant au fil des criques et des chenaux, des cadavres vieux de deux mois que le faible courant avait nettoyés de leurs plaies, et, longeant la rivière, la femme aux cheveux blancs qui vivait dans la maison abandonnée sous la falaise. Sur toute la longueur de la rive étroite, gisaient les grands oiseaux, plus gros que des condors, que la femme, sous le regard attentif de Crispin depuis la passerelle du bateau, foulait aux pieds en se baissant de temps à autre pour arracher une plume aux ailes déployées. Au terme de sa promenade, elle s’en retournait vers la maison vide à travers la prairie détrempée, les bras chargés de longues plumes blanches.
Au début, Crispin avait éprouvé un obscur sentiment de gêne à voir cette étrange femme descendre jusqu’à la grève et dépouiller tranquillement de leur plumage les cadavres d’oiseaux. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La région du désastre. »
La plage ultime par J. G. Ballard

Fiche de La plage ultime
Titre : La plage ultime
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1964
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : J’ai lu
Sommaire de La plage ultime
- Un problème de rentrée
- Le géant noyé
- Fin de partie
- L’homme illuminé
- L’enclos des reptiles
- Le delta au crépuscule
- La plage ultime
- Fin fond
- Les danses du volcan
- Billenium
- Le Vinci disparu
Première page de Un problème de rentrée
« Toute la journée, ils avaient remonté le courant d’un train régulier, en s’arrêtant parfois pour relever l’hélice et couper les nœuds d’herbe, et vers trois heures de l’après-midi, ils avaient couvert quelque cent vingt kilomètres. Cinquante mètres plus loin, de part et d’autre de la vedette, les gorges abruptes du fleuve tropical surplombaient l’eau, entaillant le massif du Mato Grosso qui balayait l’Amazonie de Campos Buros au delta de l’Orénoque. Malgré leur progression – ils avaient quitté la station télégraphique de Très Buritis à sept heures ce matin-là –, le fleuve ne semblait guère vouloir rétrécir, ni altérer son débit. Obscure, immuable, la forêt suivait son cours : sa voûte aérienne cachait le soleil et, le long des rives, parait l’eau d’un lustre de velours noir. Parfois, le canal s’élargissait en une vaste étendue d’eau morte que de lents tourbillons huileux changeaient en miroir stagnant du ciel lointain, énigmatique ; çà et là des îlots de rondins de balsa pourris se réfractaient dans les strates de brume de chaleur, archipels à la dérive d’un rêve entr’aperçu. Puis le canal se resserrait et l’obscurité de la jungle enveloppait la vedette de sa fraîcheur. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La plage ultime. »
La forêt de cristal par J. G. Ballard

Fiche de La forêt de cristal
Titre : La forêt de cristal
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1966
Traduction : C; Saunier
Editeur : Denoël
Première page de La forêt de cristal
« Quand le Dr Sanders vit pour la première fois s’ouvrir devant lui l’estuaire du Matarre, ce qui l’impressionna le plus fut l’eau sombre du fleuve. Après bien des retards, le petit vapeur approchait enfin de la ligne des jetées, mais bien qu’il fût déjà 10 heures, la surface de l’eau était encore grise et lourde, teinte des sombres nuances de la végétation croulant sur les rives.
Quand parfois le ciel se couvrait l’eau était presque noire, telle une teinture putrescente. Les entrepôts et les petits hôtels épars constituant Port Matarre, par contraste, brillaient d’un éclat spectral de l’autre côté des sombres houles, comme s’ils eussent été éclairés moins par la lumière solaire que par quelque lanterne à l’intérieur, ainsi que les pavillons d’une nécropole abandonnée bâtie sur une série d’estacades à l’orée de la jungle. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La forêt de cristal. »
La face cachée du soleil par J. G. Ballard

Fiche de La face cachée du soleil
Titre : La face cachée du soleil
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1996
Traduction : B. Sigaud
Editeur : Fayard
Première page de La face cachée du soleil
« Franchir les frontières est mon métier. Ces zones de no man’s land entre les postes de contrôle me font toujours l’effet de terres exceptionnellement prometteuses, riches de nouvelles vies, de nouveaux parfums, de nouvelles affections en même temps qu’elles déclenchent un réflexe de malaise que je n’ai jamais pu réprimer. Tandis que les douaniers fouillent mes valises, je sens qu’ils essaient de déballer mon esprit et de mettre au jour une contrebande de rêves et de souvenirs prohibés. Et, même en ces instants-là, il y a ce plaisir particulier qu’on éprouve à risquer d’être démasqué – et qui a très bien pu faire de moi un touriste professionnel. Je gagne ma vie comme auteur de récits de voyages, mais je conviens que ce n’est guère plus qu’une façade. Mon véritable bagage est rarement verrouillé, ses fermoirs ne demandent qu’à être libérés.
Gibraltar ne fit pas exception, or cette fois-ci, mes sentiments de culpabilité étaient fondés. Arrivé par le vol du matin en provenance de Londres-Heathrow, j’avais atterri pour la première fois sur la piste militaire desservant cet ultime poste avancé de l’Empire britannique. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La face cachée du soleil. »
La course au paradis par J. G. Ballard

Fiche de La course au paradis
Titre : La course au paradis
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1994
Traduction : B. Sigaud
Editeur : Fayard
Première page de La course au paradis
« Sauvez les albatros ! Arrêtez les essais nucléaires ! Immédiatement ! »
Ruisselante d’écume, dressée à la proue du canot pneumatique, le Dr Barbara Rafferty se retenait à l’épaule de Neil tandis que l’embarcation oscillait sur la mer capricieuse. Remplissant ses poumons fatigués mais encore indignés, elle pressa le mégaphone contre ses lèvres et hurla à l’adresse des plages désertes de l’atoll :
« Dites non à la guerre biologique ! Sauvez les albatros et sauvez la planète ! »
Une vague balaya la proue et faillit lui arracher le mégaphone des mains. Elle insulta l’écume espiègle et écouta l’écho de sa voix pourchasser les rouleaux. Comme accablés par leur propre vanité, les slogans amplifiés s’étaient éteints bien avant de pouvoir atteindre le rivage. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La course au paradis. »
Cauchemar à quatre dimensions par J. G. Ballard

Fiche de Cauchemar à quatre dimensions
Titre : Cauchemar à quatre dimensions
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1963
Traduction : G. Garson, P. Versins
Editeur : Denoël
Sommaire de Cauchemar à quatre dimensions
- Les voix du temps
- Le vide-sons
- L’homme saturé
- Treize pour le centaure
- Le jardin du temps
- La cage de sable
- Les tours de guet
- Chronopolis
Première page de Les voix du temps
« Plus tard, Powers pensa souvent à Whitby, et aux étranges sillons qu’avait creusés le biologiste au hasard apparemment, sur tout le fond de la piscine vide. Profonds de deux centimètres et longs de huit mètres, entrelacés pour former un idéogramme fouillé semblable à un caractère chinois, il lui avait fallu tout l’été pour les terminer, et il n’avait évidemment pas pensé à grand-chose d’autre, toujours à travailler tout au long des après-midi déserts. De la fenêtre de son bureau, à l’extrémité de l’aile de Neurologie, Powers l’avait observé, qui jalonnait soigneusement avec chevilles et cordeau, et qui transportait les débris de ciment dans un petit seau en toile. Après le suicide de Whitby, nul ne s’était inquiété des sillons, mais Powers empruntait souvent la clé du surveillant pour aller dans la piscine désaffectée étudier le labyrinthe de rigoles effritées, qu’emplissait à moitié l’eau suintant de l’appareil de javellisation : une énigme à présent insoluble.
Au début toutefois, Powers était trop préoccupé par l’achèvement de son travail à la clinique et par ses projets de départ. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Cauchemar à quatre dimensions. »
Billenium par J. G. Ballard

Fiche de Billenium
Titre : Billenium
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1962
Traduction : L. Massun
Editeur : Marabout
Sommaire de Billenium
- Billenium
- Les fous
- Studio 5, les étoiles
- Un assassin très comme il faut
- Urbi et orbi
- Trois,deux, un … zéro
- Mobile
- Chronopolis
- Prima Belladonna
- Le jardin du temps
Première page de Billenium
« Tout au long de la journée, et souvent même dès les premières lueurs de l’aube, le bruit lourd des pas résonnait dans les escaliers qu’on montait et descendait, tout contre l’habitacle où vivait Ward. Encastrées dans un recoin exigu de la cage d’escalier, entre le quatrième et le cinquième étage, ses parois de contre-plaqué se pliaient et grinçaient à chaque pas comme la charpente d’un vieux moulin. Plus de cent personnes vivaient dans les trois étages supérieurs du vieil immeuble à appartements et, parfois, Ward, qui se tenait éveillé jusqu’à deux ou trois heures du matin, allongé sur son lit-placard, se prenait à compter, un par un, les derniers locataires qui rentraient des cinémas permanents du stade, situé à un kilomètre de là. Par la fenêtre, lui parvenaient des bribes de dialogues que les haut-parleurs faisaient ricocher entre les toits des immeubles voisins. Le stade ne désemplissait jamais. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Billenium. »
Appareil volant à basse altitude par J. G. Ballard

Fiche de Appareil volant à basse altitude
Titre : Appareil volant à basse altitude
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1976
Traduction : E. Gille
Editeur : Denoël
Sommaire de Appareil volant à basse altitude
- L’ultime cité
- Appareil volant à basse altitude
- L’astronaute mort
- Je rêvais de m’envoler vers l’île de Wake
- La vie et la mort de Dieu
- Le plus grand spectacle de télévision au monde
- Un lieu et un moment pour mourir
- Les anges des Satcom
- Les assassinats de la plage
Première page de L’ultime cité
« De tout l’hiver, en travaillant au planeur, Halloway n’avait pas très bien su ce qui le poussait à construire ce dangereux appareil, aux ailes disgracieuses et au fuselage bossu. Même à présent, accroupi dans le cockpit pendant les dernières secondes qui précédaient son premier vol, il se demandait encore pourquoi il attendait là, perché sur les falaises abruptes au-dessus du Sound, d’être catapulté sur ces eaux violemment éclairées. Les ailes effilées frémissaient dans l’air glacé, comme si l’avion rassemblait ses forces pour éventrer le cockpit et en éjecter le téméraire pilote sur la plage en contrebas.
Halloway et ses aides — des gamins de dix ans qui lui servaient de coolies et de claque enthousiaste — s’y étaient pris dès l’aube pour traîner le planeur depuis la grange, derrière la maison de son grand-père, jusqu’aux falaises et le relier à la catapulte. Quand ils y étaient arrivés, les autres concurrents du championnat de vol à voile avaient déjà pris l’air depuis des heures. Halloway voyait de son cockpit une douzaine d’appareils bariolés suspendus au-dessus de sa tête dans le ciel calme. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Appareil volant à basse altitude. »
1972 à 1996 par J. G. Ballard

Fiche de 1972 à 1996
Titre : 1972 à 1996 (Tome 3 sur 3 – Nouvelles complètes)
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 2001
Traduction : J. Bonnefoy, J. Chambon, M. Demuth, E. Gille, M. Lebailly, F. Perrin, B. Sigaud
Editeur : Tristram
Sommaire de 1972 à 1996
- Le plus grand spectacle de télévision du monde
- Je rêvais de m’envoler vers l’île de Wake
- Catastrophe aérienne
- Appareil volant à basse altitude
- La vie et la mort de Dieu
- Notes pour une déconstruction mentale
- Le zoom à 60 minutes
- Le sourire
- L’ultime cité
- Le temps mort
- Index
- Unité de soins intensifs
- Théâtre de guerre
- Des vacances formidables
- Un après-midi à Utah Beach
- Zodiaque 2000
- Décor de motel
- Hôte de furieux fantasmes
- Nouvelles du soleil
- Mémoires de l’ère spatiale
- Mythes d’un futur proche
- Rapport sur une station spatiale non identifiée
- Ce que je crois
- L’autobiographie secrète de J. G. B***
- La cible de l’attentat
- Réponses à un questionnaire
- L’homme qui a marché sur la Lune
- L’histoire secrète de la Troisième Guerre Mondiale
- L’amour sous un climat plus froid
- Univers en expansion
- Le plus grand parc d’attractions du monde
- Fièvre guerrière
- Cargaisons de rêve
- Neil Armstrong se souvient de son voyage dans la Lune
- Guide de la mort virtuelle
- Le message de Mars
- Rapport sur une planète obscure
- Mortel penchant
- Midi le violent
Première page de Le plus grand spectacle de télévision du monde
« La découverte en 2001 d’un système efficace de voyage dans le temps eut nombre de répercussions importantes, mais dans le domaine de la télévision plus encore qu’ailleurs. Le dernier quart du XXe siècle avait connu un développement spectaculaire de la télévision sur tous les continents du globe, et les programmes diffusés par les énormes réseaux américains, européens et afro-asiatiques attiraient des milliards de téléspectateurs. Cependant, malgré leurs ressources financières considérables, les compagnies de télévision souffraient d’une pénurie chronique d’informations et de divertissements. La guerre du Viêtnam, premier conflit télévisuel, avait offert aux téléspectateurs des sensations enivrantes grâce aux émissions en direct des champs de bataille, mais les guerres en général, pour ne pas dire les activités intéressantes en tout genre, étaient en voie d’extinction, la population mondiale se consacrant presque exclusivement au spectacle de la télévision. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Nouvelles complètes 1972 / 1996. »
1963 à 1970 par J. G. Ballard

Fiche de 1963 à 1970
Titre : 1963 à 1970 (Tome 2 sur 3 – Nouvelles complètes)
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 2001
Traduction : G. Abadia, P. Alpérine, P. Billon, M. Demuth, A. Dorémieux, P.-P. Durastanti, E. Gille, P. R. Hupp, M. Jakubovski, R. Lathière, A. Le Bussy, R. Louit, B. Martin, H.-L. Planchat, C. Renard, P. K. Rey, F. Rivière, B. Sigaud, F.-M. Watkins
Editeur : Tristram
Sommaire de 1963 à 1970
- L’homme subliminal
- La fosse aux reptiles
- Trajectoire imprécise
- Les tombes du temps
- Maintenant s’éveille la mer
- Les chasseurs de Vénus
- Fin de partie
- Moins un
- Soudain l’après-midi
- Le jeu des écrans
- Temps de passage
- Du fond des âges
- Le Vinci disparu
- L’ultime plage
- L’homme enluminé
- Le delta au coucher du soleil
- Le géant noyé
- La Joconde du midi crépusculaire
- Les danses du volcan
- Les assassinats de la plage
- Le jour d’éternité
- L’homme impossible
- Oiseau des tempêtes, rêveur des tempêtes
- Demain dans un million d’années
- L’assassinat de John Fitzgerald Kennedy considéré comme une course de descente automobile
- Cri d’espoir, cri de fureur
- Identification
- Les sculpteurs de nuages de Coral D
- Pourquoi je veux baiser Ronald Reagan
- L’astronaute mort
- Les anges des Satcom
- Champ de bataille
- Un lieu et un moment pour mourir
- La traversée du cratère précédé de Notes de nulle part
- Coitus 80 : une description de l’acte sexuel en 1980
- Dites au revoir au vent
Première page de L’homme subliminal
« Les panneaux, docteur ! Vous avez vu les panneaux ? » Fronçant les sourcils d’un air agacé, le Dr Franklin pressa le pas et descendit à vive allure les marches du perron de l’hôpital pour rejoindre la rangée de voitures en stationnement. Il aperçut du coin de l’œil un jeune homme en sandales usagées et jean taché de peinture qui lui faisait signe depuis l’autre bout de l’allée.
« Docteur Franklin, les panneaux ! »
Le front baissé, Franklin évita de justesse un couple âgé qui se dirigeait vers le service de consultation. Sa voiture était garée à plus de cent mètres de là. Trop fatigué pour se mettre à courir, il se laissa rattraper par le jeune homme.
« Eh bien, Hathaway, fit-il d’un ton cassant, qu’est-ce qu’il y a, cette fois-ci ? Je commence à en avoir assez de vous voir traîner à longueur de temps dans les parages. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Nouvelles complètes 1963 / 1970. »